Aujourd'hui, nous testons pour vous...

The Man et moi, on est très forts pour mettre un peu de piment dans nos soirées.

Tenez, par exemple, quand on ne sait pas quoi faire le soir du Nouvel An, on aime bien aller laver la voiture dans une station en self-service déserte vers une heure du matin, parce qu'on préfère commencer l'année avec une éponge à la main et les pieds trempés plutôt qu'avec une flûte de champagne sous une boule à facettes.

Ou alors, quand on est désoeuvrés sur notre canapé sur le coup de minuit et qu'on n'a pas sommeil, eh ben on décide comme ça au débotté d'aller voir quelle est la longueur exacte du périphérique extérieur et combien il faut de temps pour en faire le tour de nuit en Seat. On est comme ça, on ne se laisse pas enfermer dans la routine sclérosante du quotidien.

Je vois à ton regard brillant que tu nous envies, lecteur sporadique de mon blog. Que veux-tu, notre mission sur Terre, à The Man et à moi, c'est d'apporter un peu de rêve aux gens simples, alors ne sois pas jaloux et fais-toi une raison.

Mais avant-hier, on a trouvé mieux : on a testé les urgences de l'hôpital Lariboisière, et je dois dire que dans la catégorie des meilleures soirées des cinq dernières années, celle-là est clairement dans le top 3 (en concurrence avec les urgences dentaires de la Pitié Salpêtrière en 2005 et un retour d'Ikéa-Roissy un soir d'hiver 2007, coffre ouvert et sans aucune visibilité, rapport aux trop nombreux colis qui remplissaient la voiture et avaient au passage arraché le rétroviseur intérieur).

Deux conseils, pour commencer :

- testez les urgences vraiment au milieu de la nuit. N'hésitez pas à viser le créneau entre 2 et 3 heures du matin pour bien en profiter - 22 heures, c'est petit joueur, et 5 heures du matin, je veux pas avoir l'air de dire, mais c'est déjà plus la nuit. Alors que vers 2h30, vous profitez pleinement des rues désertes et glauques, vous avez la bonne surprise de trouver un fourgon de flics devant l'hôpital en arrivant, et de surcroît, si le chauffeur de taxi a mal compris où vous vouliez aller, le détour par la place de la République ne constitue qu'un bref crochet de quelques minutes qui ne vous donne pas envie de lui arracher les yeux (au chauffeur de taxi), juste de l'étrangler gentiment. 'Pis au moins, vous êtes sûr que votre nuit est vraiment foutue.

- pour un vrai test professionnel, allez aux urgences pour un mal non identifiable. Votre époux s'est scié un doigt en bricolant une étagère en nocturne ? Pas drôle. Vous accouchez prématurément ? Pas drôle. Fiston s'est cassé le coccyx en dérapant sur une chaussette qui traînait malencontreusement dans la salle de bain ? Pas drôle. The Man ressent une douleur à hurler qui irradie dans tout son côté droit et ni lui, ni vous n'avez la moindre idée de ce qui lui arrive ? Ben voilà, ÇA, c'est marrant.

L'intérêt de ce test, c'est qu'il permet aussi de tordre le cou à deux ou trois idées reçues, surtout quand on croit comme moi que la vie, c'est comme dans les films.

Alors non, je ne pensais pas croiser Mister What-else à Lariboisière, mais dans mon esprit, un service d'urgences, c'était un mélange entre la gare de Lyon un samedi de chassé-croisé de mois d'août avec grève des conducteurs de trains, et une salle des marchés après les attentats du 11 septembre : un bordel innommable, des patients au bord de la crise de nerfs et un personnel soignant totalement débordé.

Mais en réalité, un soir de semaine sans catastrophe particulière, les urgences de Lariboisière c'est calme. Les patients font contre mauvaise fortune bon coeur. Leurs proches attendent, il n'y a que ça à faire. Le personnel soignant n'est pas nombreux, ça bosse sans relâche, sans toutefois avoir l'air dépassé par les événements ; tout le monde est efficace et aimable. On sent bien qu'il ne faudrait pas qu'il y ait un afflux de patients d'un coup, mais ça se passe plutôt bien. Pas d'éclats, pas d'énervement. Une curieuse impression de se retrouver dans un monde parallèle où le temps est suspendu : dehors, ça pionce sec, tandis que là, tout le monde est réveillé et attentif, que ce soit par angoisse ou par nécessité professionnelle. Les lumières sont tamisées, c'est apaisant pour les nerfs.

Dans le couloir où j'attends, il y a une dame enceinte de 7 ou 8 mois à vue de ventre, accompagnée d'un pitchoune en poussette. Une autre dame entre deux âges qui ressemble à ma prof de géo de Seconde. Un monsieur qui ne parle pas français et qui a visiblement du mal à communiquer avec l'infirmière venue lui expliquer ce qu'a sa compagne. Une très jeune fille avec un sac de voyage qui a l'air un peu perdue. Un monsieur en pardessus bleu marine qui s'endort sur sa chaise. Et moi qui fais le pied de grue en attendant que s'ouvre la porte de la salle de soins où se trouve ma moitié.

Elle s'ouvre. Je le retrouve allongé sur un lit roulant, ses tempes saillantes m'indiquent qu'il serre toujours les dents pour ne pas se plaindre. On bavarde un peu pour passer le temps ; je me rends compte qu'on est vachement doués pour raconter des bêtises et ne pas se laisser abattre. Le temps passe, très, très lentement, rythmé par les "bips" un peu agaçants de l'appareil qui régule la température de la chambre. Il est 4 heures et on ne sait toujours pas ce qu'a The Man. Un infirmier vient lui faire une prise de sang et lui poser une perfusion d'anti-inflammatoire (2 minutes pour trouver la veine, aïïïïeuh !). Une heure et demie plus tard, la poche d'anti-inflammatoire est vide, et mon cher et tendre a toujours aussi mal. Trois internes l'ont déjà examiné, la radio ne révèle rien de particulier, l'analyse de sang non plus. Mais merde, qu'est-ce qui se passe ?

Vers 6h30, je l'abandonne à son triste sort pour aller dormir deux heures. Suivent encore une échographie et quelques examens complémentaires en début de matinée. The Man est sous morphine, ça a l'air plus efficace.

Tout le monde semble perplexe. Il n'y a rien, rien, rien du tout qui explique ces douleurs. Pas la moindre inflammation, pas même un petit calcul biliaire ou une appendicitounette.

Qu'est-ce qu'on fait, alors ?
Ben rien.
The Man sort à la mi-journée un peu groggy, avec ses radios et son échographie sous le bras, et deux boîtes de je-ne-sais-pas-quoi pour calmer la douleur.


Depuis, ça va super bien.
Ce matin, il n'avait même plus mal.

Je ne comprends rien.

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Les héros ne sont plus ce qu'ils étaient


L'autre soir, j'arrivais tranquillou sur le quai de la ligne 12 à Pigalle quand j'ai fait gloups.

Face à moi, une gigantesque affiche où des lettres de feu se détachent sur fond noir :

Zorro ® Le musical


Je tiens au petit ® après Zorro (qu'on voit à peine sur la grande affiche, mais quand même), parce que je suis toujours ébahie de penser que Le Seigneur des Anneaux, Tintin, Picasso, Le Petit Nicolas ou Zorro sont des marques déposées. Je comprends que les descendants de Tolkien ou Goscinny veuillent s'assurer qu'on ne fait pas n'importe quoi avec les oeuvres et les personnages créés par leur illustre parent, mais parfois, 1. ça frise le ridicule (voire, ça tombe dedans en faisant splatch) et 2. on a quand même l'impression que ce cher ancêtre leur tiendrait peut-être un tout petit peu moins à coeur s'il ne leur assurait pas une rente confortable. Enfin, j'arrête là les persiflages, d'autant que dans le cas de Zorro, je n'ai pas l'impression que Zorro Productions Inc., qui a depuis les années 80 le monopole de l'utilisation du personnage du Zorro, ait grand-chose à voir avec Johnston McCulley, auteur des aventures du héros masqué au début du XXe siècle.

Zorro ® Le musical, donc.

Par où commencer ?

Déjà, l'ami Diego de la Vega n'étant pas particulièrement connu pour ses qualités de mélomane, je subodore qu'il ne faut pas lire le titre d'une traite - "Zorro le Musical", un peu comme "Laurent le Magnifique" ou "Jeanne la Pucelle" - et je m'interroge du coup sur ce curieux glissement qui nous a fait passer comme ça paf en un an de "Cléopâtre - La comédie musicale" à "Zorro - Le musical". C'était trop long pour l'affiche ? Je ne suis pas une puriste acharnée dans ce domaine, mais je ne vois pas l'intérêt de ce gloubi-boulga linguistique.

Mais surtout, y avait-il vraiment besoin d'une comédie musicale ?

Petit rappel : ces derniers temps, Zorro Productions, Inc. nous a déjà fait le plaisir d'autoriser

- un roman d'Isabel Allende sur le bonhomme (oui, vous avez bien lu : "autoriser un roman", le bouquin fait partie de la liste des "licensed products" sur le site de Zorro Productions)

- un roman jeunesse inspiré du précédent

- un nombre impressionnant d'articles de déguisement (qui n'ont d'ailleurs guère changé depuis ceux qu'on avait petits, comme en témoigne cette photo du carnaval de 1986 issue des archives personnelles de votre blogueuse dévouée, document sociologique essentiel pour comprendre la popularité du mythe Zorro au sein de la génération née en 1981 - et non, je ne vous dirai pas où je suis sur la photo, mais sachez que P., mon chéri de l'époque, était le Zorro tout à gauche au premier rang, même si j'avais sérieusement des vues sur A., le Davy Crockett au fond) :



- deux films ne cassant pas des briques, en association avec Disney (heureusement qu'il y avait Antonio Banderas pour se rincer l'oeil)

- des jeux à gratter


- des personnages en carton et en taille réelle à poser dans son salon parce que c'est quand même plus joli qu'un bête vase

- un jeu Wii

- des figurines du meilleur goût

- et, je le soupçonne fort mais ne suis pas en mesure de le prouver et ne tenterai pas de le faire car j'aimerais bien finir ce billet avant la fin de la matinée, des housses de couette, des verres (Nutella ? Amora ?), des casquettes, des autocollants, des cahiers, des agendas, des mouchoirs, du matériel d'équitation, des fanions, des bières, des cendriers et des sextoys.


En un mot : ça suffisait, non ?


Et ce n'est pas tout. En bonne sherlockette à talons aiguilles que je suis (ne cherchez ni mon pardessus beige ni mes Louboutin sur la photo ci-dessus, ce style, que dis-je, cette vocation m'est venue plus tard), j'ai jeté un coup d'oeil au site officiel du héros masqué chantant. Et là, consternation supplémentaire :



C'est trop, je m'avoue vaincue.

Allez, retour aux classiques pour se remonter le moral. C'était déjà Disney, mais au moins, c'était bien. Et puis le "pfuit-pfuit-pfuit" de l'épée sur l'avis de recherche, c'est quand même mille fois mieux qu'une chorégraphie de Bruno Vandelli à la noix sur l'air de Djobi, djoba. Poil au bras.



No, no, they can't take that away from me...
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C'est Beethoven qu'on assassine

Note express avant quelque chose de plus consistant ces jours-ci (du moins j'espère) pour vous faire profiter d'une vidéo inepte (une de plus, oui, je vais me calmer) que m'envoie mon ami F.

Voici donc la cinquième de Beethoven revisitée par la Shanghai Taro Butoh Company (je ne connais rien à danse ni à la musique japonaise, mais j'ai la nette impression qu'on rigole plus que chez Pietragalla, au pays du soleil levant).



Il existe une version sous-titrée, mais c'est plus sympa en gardant le mystère des mots et en profitant pleinement des images gentiment barrées...
Un article joliment intitulé "There is no escape from the silliness" à ce sujet, avec une remise en contexte (si si) sur les sorties musicales japonaises du moment.

Et un détournement plus ancien en prime (so 50s!) :


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Coup de blues

Résolution n° 1 : arrêter de surfer sur YouTube le samedi soir à 1 heure du matin et de visionner n'importe quoi.



Résolution n° 2 : GET A LIFE.
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Soleil outside, lumière divine inside

Journée paresseuse, ensoleillée, culturelle et spirituelle. Rien que ça...

12h20-13h : trois petits quarts d'heure sur les marches du Petit Palais, face au soleil. Lecture du Canard enchaîné. Observation des touristes allant et venant : à vue de nez, je figure désormais sur une bonne cinquantaine de photos de vacances. Un petit coup de soleil se dessine sur mon pied gauche.

13h-13h30 : passage à la terrasse du café du Petit Palais où I. grignote un sandwich et papotages au soleil. Mon épaule droite a pris une drôle de couleur écrevisse, mais peu importe.

15h-et-quelque-17h30 : re-terrasse, re-café du Petit Palais. Re-papotages à bâtons rompus en profitant d'un soleil digne d'un mois de juillet. Je prie intérieurement pour ne pas rentrer complètement cramée, mais impossible de me décider à regagner l'ombre, c'est trop bon.

Et entre 13h30 et 15h-et-quelque, me direz-vous ? Plongée dans la pénombre des salles d'exposition du Petit Palais et dans un univers qui m'était jusqu'alors complètement inconnu : "Le mont Athos et l’Empire byzantin. Trésors de la Sainte Montagne". Des icônes, des parchemins, des fresques, des objets liturgiques orthodoxes : une très belle collection prêtée par la Grèce et venue donc du mont Athos, qui compte un nombre de monastères impressionnant.

Petite particularité choupi comme tout : seuls les hommes peuvent visiter la péninsule montagneuse du mont Athos, les femmes y sont interdites de séjour depuis le XIe siècle (ça fait toujours plaisir). Enfin, pas seulement les femmes : "toute femme, tout animal femelle, tout enfant, tout eunuque, tout visage lisse (???)". Lors de l'entrée de la Grèce dans l'UE, l'Europe a accepté expressément ce régime d'exception... on vit dans un monde formidable.

Des icônes, donc. Les icônes m'ont toujours fascinée, je ne saurais pas dire pourquoi. Cela tient peut-être aux à-plats, à ces ors, ces visages stylisés et ces couleurs restées éclatantes au fil des siècles. A cette ferveur qui me paraît tellement plus digne que le dolorisme catholique qui m'a toujours hérissée.

Je tombe sur cette citation éclairante de Paul Evdokimov dans L'Art de l'icône :
"Il n’y a jamais de source de lumière sur les icônes car la lumière est leur sujet, on n’éclaire pas le soleil. On peut même dire que la contemplation de la Transfiguration enseigne à tout iconographe qu’il peint beaucoup plus avec la lumière qu’avec les couleurs. (...)

[L]’icône n’a pas de réalité propre ; en elle-même, elle n’est qu’une planche de bois ; c’est justement parce qu’elle tire toute sa valeur théophanique de sa participation au “tout-autre” au moyen de la ressemblance, qu’elle ne peut rien enfermer en elle-même, mais devient comme un schème de rayonnement. L’absence de volume exclut toute matérialisation, l’icône traduit une présence énergétique qui n’est point localisée ni enfermée, mais rayonne autour de son point de condensation."
C'est fort bien vu, ces icônes ont un rayonnement qui leur est propre - même abîmées, écorchées, lacérées, trouées, elles attirent le regard, captivent mon oeil inculte. On distingue les aspérités du bois sous les couleurs, les traces du temps, tout cela est curieusement émouvant.

Très belle collection, donc - même s'il y a peu de pièces devant lesquelles je sois restée vraiment bouché bée. Un regret : le manque d'explications. De grands panneaux expliquent l'histoire du mont Athos, la grandeur et la décadence de Byzance, ce qui est fort instructif. Mais très peu de détails sur les techniques utilisées, sur le choix des types de bois ou des pierres, par exemple. On aimerait en savoir un peu plus. Très peu de précisions sur les rites orthodoxes, par ailleurs, qui sont assez mal connus par chez nous me semble-t-il (je n'essaie pas d'excuser mon inculture, mais avouez que lire "diskos avec asteriskos" en guise de description d'un objet liturgique, c'est relativement rigolo, mais ça n'aide pas des masses...) Pas d'explications non plus sur l'interpénétration entre alphabets grec et cyrillique dans les manuscrits, qui m'a beaucoup intriguée. Je me rencarderai. Je vous en parlerai. Ou pas.

Rien à voir, mais sinon, Toni Morrison est l'invitée de Paula Jacques ce dimanche sur Inter. C'est juste l'une des plus grandes romancières vivantes, mais j'dis ça, j'dis rien, et pi vous faites ce que vous voulez.

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France, tu m'as trahie

Plus les années passent, plus je suis lente à la comprenette.

Ou plutôt, je suis devenue la spécialiste des prises de conscience à retardement.

La mort de Marlon Brando, un de mes acteurs fétiches ? Quatre ans pour percuter. Il y a encore six mois, j'étais persuadée qu'il coulait toujours des jours obèses paisibles à L.A.

La deuxième grossesse de ma belle-soeur ? Pas le moindre soupçon avant qu'elle me l'annonce, même après l'avoir vue refuser de goûter un Pauillac sublime.

I. et S. ? Une bonne année pour me rendre compte qu'ils étaient ensemble, alors que j'avais l'occasion de les voir au moins une ou deux fois par mois.

Straub-Huillet ? A la louche, cinq ou six ans pour comprendre qu'ils étaient deux et que ce mystérieux M. Strobuillé dont je croyais entendre parler n'existait en fait pas.

Mais ma dernière prise de conscience en date bat tous les records : 22 ans pour décanter, pas moins. 22 ans pour comprendre enfin le refrain de cette chanson, ce soir-même :



Babacar (où es-tu, où es-tu), donc. 1987, quand même.

Bon, j'ai quelques excuses :
1. En 1987, j'avais 6 ans, toutes mes dents et pas de radio. On venait tout juste de m'offrir mon premier magnétophone et je tournais sur trois cassettes : les chansons d'Yves Montand, la B.O. de Barry Lyndon et les Concertos brandebourgeois de Bach. Autant dire que les tubes de l'époque, je les découvrais quand j'accompagnais ma mère au supermarché, et allez comprendre les paroles d'une chanson que vous entendez entre une annonce pour une promo sur le saucisson et le blabla des autres clients.
2. Je n'ai jamais eu un album de France Gall entre les mains et n'ai donc jamais vu ce titre écrit en toutes lettres.
3. Bien qu'ayant déjà entendu cette chanson à maintes reprises, je ne me suis franchement jamais intéressée à la question.
4. Et d'ailleurs, j'ai toujours détesté France Gall.

Pourquoi je vous raconte tout ça, au fait ?

Ah oui, la trahison de France Gall ('reusement que j'ai tapé mon titre avant de commencer à rédiger, moi).

Parce que Babacar (où es-tu, où es-tu), ce n'est pas juste un succès kitsch des années 80 à la boîte à rythme endiablée.

Avec The Man, il arrive comme ça, histoire de, pour passer le temps, affalés sur le canapé du salon, qu'on discute "prénoms des futurs enfants qu'on n'envisage pas du tout d'avoir pour l'instant mais qu'on aura peut-être un jour qui sait et de toute façon ça ne mange pas de pain de réfléchir à la question". Et côté garçons, il y en a deux qui mènent la course :

Malick pour lui.

Et Babacar (où es-tu, où es-tu) pour moi.

Jusqu'à ce soir, donc, Babacar (où es-tu, où es-tu) était à mes yeux le plus charmant prénom au monde. Un prénom rond, un prénom de roi, le prénom de mon fiston, quoi.

Et maintenant ? Je l'associe à une chanteuse qui a traversé les années 80 avec une coupe de cheveux de chat écorché frisant l'atteinte aux bonnes moeurs. Une chanteuse aujourd'hui plutôt sur le retour et vaguement à côté de la plaque, si j'en juge d'après ce que j'ai vu ce soir sur le plateau de Denisot. Et puis voilà, une chanteuse que je n'ai jamais aimée, et puis c'est tout.

Du coup, je me projette.

A l'école, tout le monde (mais vraiment tout le monde) demandera à Babacar (où es-tu, où es-tu) si ses parents l'ont appelé comme ça parce qu'ils étaient fans de France Gall.

Il sera l'objet de quolibets et de railleries quotidiennes.

Toute sa vie, il portera ce prénom comme une croix.

Il maudira ses parents, et surtout sa mère, pour lui avoir imposé ce fardeau jusqu'à la fin de ses jours.

Il me haïra.

Par vengeance, il me laissera (dé)périr dans une maison de retraite en Picardie et ne viendra jamais me rendre visite.

Normal, puisque son mal de vivre intense lié à ce prénom invivable l'aura conduit à la délinquence précoce. Et qu'à partir de là, ce sera l'engrenage classique : braquages, prises d'otage, la balle de trop, perpète à Fleury Mérogis.


De qui on parle, au fait ?

Ah oui, de l'enfant que je ne suis pas prête d'avoir, qui n'est pour l'instant même pas dans l'oeil de son père et qui si ça se trouve s'appellera Malick.

Et puis d'ailleurs, ce sera peut-être une fille.

Tiens, si on l'appelait Ella ?
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C'est fini.

Avec D., je veux dire.


Depuis l'automne dernier, rien n'était plus comme avant. Pour être tout à fait franche, quand on s'est vus à Stuttgart en novembre, j'ai même eu la nette impression que D. me prenait pour une truffe. En tout cas, je n'ai pas retrouvé la chaleur de nos précédentes rencontres. Signe qui ne trompe pas, la traditionnelle sortie au restaurant avait été remplacée par un buffet campagnard. Mais surtout, D. ne me parlait que de process, d'automatisation et de contrôles qualité, comme si j'étais un vulgaire fabricant de boulons. Pas un mot sur la passion qui nous unissait autrefois - l'amour des mots. Puis D. m'a annoncé que les règles du jeu allaient changer, lentement mais sûrement. Qu'il allait falloir évoluer et s'adapter pour rester ensemble.

Dans un premier temps, autant le dire, je l'ai mal vécu. Pour moi, D. (anciennement D.C.) représentait beaucoup, surtout sentimentalement. C'était l'un des premiers à m'avoir fait confiance, en 2004 - on n'oublie pas ces choses-là. A l'époque, D.C. semblait avoir un certain respect pour moi - et pour toutes les autres, d'ailleurs, car je n'étais pas la seule à bénéficier de ses faveurs. Mais depuis que D.C. avait changé de nom pour devenir D., je sentais bien que je l'intéressais moins.

Alors j'ai commencé à me détacher, petit à petit. Comme pour m'habituer par avance à la séparation. Je n'avais pas encore perdu tout espoir, je l'avoue. Mais après tout, si D. se désintéressait de mon cas, je n'avais qu'à aller voir ailleurs. C'est ce que j'ai fait, sans états d'âme. J'ai même renoué avec ceux que j'avais autrefois délaissés et qui étaient maintenant susceptibles de m'apporter ce que D. ne me donnait plus.


Début avril, D. m'a fait une offre. Une proposition comme une ultime bouée de sauvetage, une dernière chance. D. s'est peut-être dit avec la voix rauque d'Al Pacino, "Ich werde ihr ein Angebot machen, das sie nicht ablehnen kann". D. a peut-être cru que je resterais envers et contre tout pour sauver ce qu'il restait à sauver entre nous. Ou pour sauver mon compte en banque.


Mais D. a commis une erreur fatale.


D. a cru m'avoir par les sentiments en me disant : "Certes, je ne peux plus te payer ce que je te payais avant. Mais si tu travailles plus, tu verras, tu compenseras la baisse de tarif par une hausse de volume." En entendant cet argument aussi usé que fallacieux, j'ai compris que c'était la fin. Que décidément, nous n'étions plus en phase. Que la proverbiale goutte d'eau venait de faire déborder le non moins proverbial vase. Alors hier soir, j'ai pris mon courage à deux mains et je l'ai écrit, ce mail de rupture.

Voilà, c'est fait, envoyé.

Plus de volant sport gainé cuir (Ledersportlenkrad), plus de ceinture de sécurité automatique 3 points (3-Punkt-Automatikgurt), plus de régulation électro-pneumatique du freinage (elektronisch-pneumatische Bremsregelung), en un mot, plus de grosses berlines allemandes (vous savez, celles dont on ne cite jamais la marque à la télévision française par peur du CSA).

Plus de bourrage de crâne sur les performances écologiques des 4x4 polluants. Plus de propagande sur les valeurs de convivialité de la "marque à l'étoile". Plus de brochures vantant la simplicité de "l'aventure authentique en camping-car" quand ledit camping-car est encore plus suréquipé que la maison de campagne du cadre allemand moyen.

C'est fini.

Et à bien y réfléchir, ce n'est peut-être pas plus mal. Parfois, c'est bien de passer à autre chose.

Edit : j'apprends que Brad Pitt et Angelina Jolie sont désormais un couple en crise et au bord de la rupture.
C'est bon de se sentir en empathie avec Brad.



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Heureuses retrouvailles

Je l'ai retrouvé.


Ce site ahurissant sur lequel j'étais déjà tombée il y a un ou deux ans. Je ne me souvenais plus très bien de l'allure de l'interface (qui a peut-être changé, d'ailleurs), mais c'est le même, c'est sûr.

Il faut dire qu'à force de faire des recherches par mots-clés pour mes traductions, je me retrouve parfois sur des pages Internet bizarres, voire carrément louches (genre, des sites où on peut apprendre à fabriquer des cocktails molotov en dix leçons quand on cherche des infos sur l'extrême-gauche allemande dans les années 70, par exemple). Ils doivent s'amuser, chez Google, pour établir mon profil et me balancer des publicités ciblées, hé hé. Fin de la digression.

Ce site ahurissant, donc (qui n'a rien à voir avec l'extrême-gauche allemande, que les choses soient claires), c'est doublevédoublevédoublevé point artdeseduire point com (pas d'url, ben non, je ne vais quand même pas leur envoyer du monde depuis mon blog, faut pas pousser).

Un site destiné en théorie à apprendre aux hommes (jeunes, enfin j'espère) à séduire. En pratique, je dirais pour être gentille que c'est une mine de recettes pour se prendre des râteaux et foirer son entrée dans la vie sexuelle et amoureuse.

Un site qui dépasse tout ce que vous pouvez imaginer.

Un site qui, potentiellement, pourrait donner lieu à une bonne douzaine de billets sur ce blog (non, je ne le ferai pas, revenez, rarissimes lecteurs de ce blog !).

Première faute de goût Premier ingrédient du succès : le pseudo-vocabulaire d'initiés. Car vocabulaire il y a, un glossaire complet, même.

Sur artdeseduire point com, un dragueur est un player parce que la séduction est un game.
Mental note #1 : checker le level de franglais de mon man.

Mais ce n'est pas tout, les players se classent dans diverses catégories. Et là, il faut s'accrocher, parce qu'il n'y a que des initiales en anglais. C'est bien, les initiales, ça fait "dans le coup", ça fait "on partage un langage commun", voire "on est des frères d'armes" dans le game de la life. Et puis c'est bien, l'anglais, ça fait "on est à l'heure de la mondialisation", "on applique des méthodes américaines, donc forcément efficaces" et puis pourquoi se fouler à chercher des équivalents en français, franchement, d'ailleurs je fais pareil. Par exemple, on peut être un AFC (Average Frustrated Chum), un H2G (Hard to Get), un LSM (Low Status Male), un MNG (Mister Nice Guy), un PUA (Pick-Up Artist) ou encore un PUG (Pick-Up Guru).

Mental note #2 : mon chum, qui n'est certainement pas average et encore moins frustrated, est-il plutôt un PUG ou un MNG ?
Pour les filles, c'est beaucoup plus simple. D'une manière générale, les filles sont des targets, "terme technique (technique ? mais oui, technique, n'ayons pas peur du ridicule) désignant votre cible, votre partenaire, celle que vous désirez séduire."

Mental note #3 : Shit, I'm a target.

Le reste du glossaire est à l'avenant. Je vous colle ci-dessous quatre définitions en tir groupé, parce que je vois bien que vous ne me croyez pas.


Deuxième ingrédient : convaincre avec des références littéraires des bouquins. Et pas n'importe lesquels, hein. Choisir le fin du fin, les titres incontournables, en un mot, les grands classiques :

Secrets de la séduction en ligne : Le premier guide qui explique aux hommes comment séduire les femmes sur les sites de rencontre.

Le manuel du séducteur : Ecrit par un collaborateur des grands PUA américains, ce livre est la meilleure alternative francophone à la Mystery Method.

Casé en une semaine : Le guide qui résume l’essentiel des conseils de séduction. Un best-seller absolu.

Sans oublier le guide gratuit à télécharger au titre prometteur : Savoir parler aux femmes.

Troisième ingrédient : se mettre à l'heure du numérique (parce que les grands classiques, ça va cinq minutes).

C'est-à-dire proposer une rubrique "coaching séduction" (inaccessible actuellement, semble-t-il, zut, j'avais envie de rigoler) et un forum "séduction et drague" où les beginners peuvent poser leurs questions ("comment lui proposer d'être fuck-friends ?", ou "la rendre jalouse en sortant avec une amie à elle : bonne ou mauvaise idée ?") et raconter leurs états d'âmes aux players chevronnés, qui prodiguent doctement leurs conseils avisés. Le forum compte quand même 5 000 membres ('tain, 5 000 mecs qui croient au Père Noël).


Le tout avec ce même langage de société secrète, qui fait que le forum d'artdeseduire point com ressemble plus à une communauté d'amateurs de jeux vidéo qu'à un lieu d'exploration de la Carte du Tendre... (quoique, c'est peut-être ça, la Carte du Tendre du XXIè siècle... hmm non, restons optimistes).


Quatrième ingrédient : adopter un style digne d'un manuel de marketing des années 90. Voire, d'un pubeux des années 80.

Avec des formules du genre : "séduire, c'est simple !", slogan du site.

Ou encore : "7 phrases de drague qui marchent", "maîtriser sa peur d'approcher une femme", "comment bien baiser", "influence et manipulation : quelques concepts clés", "les pièges de la drague en club", "comment draguer une conne"/"comment draguer une femme intelligente", "avoir le bon look pour le réveillon", "comment la rendre accro", "attirer les filles en ayant l'air occupé"... autant de titres d'articles plus alléchants les uns que les autres, qui fleurent bon le respect mutuel et la compréhension entre les sexes.


Je clique, je clique, plus j'en lis, plus j'hallucine... Depuis ce matin, je me demande même si ce site n'est pas un vaste canular créé pour me faire marcher, parce que quand même, c'est un peu gros.

Mais en fait non, je ne crois pas. C'est juste un ramassis d'articles pontifiants, bourrés de clichés, à peu près toujours misogynes et jamais pertinents.

D'abord, ça m'a fait rire. Et puis en fait, non. Les recettes miracle, les catégories marketing, les stratégies en quatre étapes, tout ça...


C'est triste.



Sinon, il y a L'Homme qui aimait les femmes, l'admirable film de Truffaut. Où la séduction est une discipline exquise et un art sans recettes, parce qu'aucun art ne saurait suivre une quelconque recette. Où "les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe" et les personnages féminins ont des répliques du style : "Vous êtes un im­bé­cile. Je me ca­res­se­rai en pen­sant à vous."


Et puis sinon, il y a aussi Odile Jacob (salut Odile !) qui publie ces temps-ci Françoise Héritier, une pensée en mouvement. Un décortiquage des relations entre les sexes, passionnant et toujours intelligent. On peut écouter un entretien avec cette grande dame (Françoise, pas Odile) ici, dans une émission de mars de France Culture.


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Things I did, could have done, didn't do

Je ne suis pas peu fière d'avoir réussi à faire des choses intéressantes trois jours de suite sans pour autant

1. devoir faire une seule nuit blanche
2. bâcler ma passionnante traduction sur la bataille des droits télévisés du foot en Autriche
3. délaisser The Man
4. ni oublier de faire ma déclaration de TVA


Alors certes, je n'ai pas

1. cuisiné de délicieux repas originaux
2. ni rangé mon appartement
3. encore moins changé l'ampoule qui a claqué avant-hier et dont j'ai la flemme de m'occuper
4. ni même défait mon sac de voyage de Pâques pour ranger mes fringues (rappelons que ça fait trois jours que je suis rentrée)


Mais-mais-mais, en revanche, j'ai

1. revu sur grand écran En quatrième vitesse (Kiss me deadly) de Robert Aldrich et Le Rebelle (The Fountainhead) de King Vidor, deux films magnifiques dans des genres fort différents, dont je n'avais qu'un souvenir très vague et vieux d'une quinzaine d'années
2. dégusté des tapas à la Casa San Pablo (quelque part dans le Marais) et des crevettes gao au Passage de Pondichéry (passage Brady)
3. pris des pots, à ces diverses occasions, avec des gens sympathiques (traducteurs, mais pas que) dont je ne ferai pas la liste ici parce qu'une liste d'initiales, ça a finalement peu d'intérêt
4. appris que ma copine A., graphiste de talent, croulait sous le travail, ce qui me fait bien plaisir


Alors je te vois venir, lecteur(-trice) sporadique de mon blog, tu vas me dire que j'aurais pu

1. zapper un ciné et faire du rangement à la place
2. acheter du bellotta et de la pâte de curry et faire moi-même la cuisine deux soirs de suite.
3. monter sur une chaise pour regarder si l'ampoule qui a claqué est à vis ou à baïonnette et descendre dans la foulée en acheter une neuve parce que quand même, t'exagères, ça prend deux minutes à changer
4. finir sereinement ma traduction dès samedi et profiter du dimanche pour prendre de l'avance sur la suite


Mais franchement, je trouve que

1. tu es bien moralisateur(-trice)
2. tu sous-estimes ma tendance à la procrastination
3. ton insistance à m'enfermer dans un rôle de femme au foyer ne te fait pas honneur
4. tu te mêles de ce qui ne te regarde pas , Bryan, laisse-moi faire mes choix et être enfin une femme libre, car c'est de ma vie qu'il s'agit, tu ne sembles pas t'en rendre compte.

Non mais.




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Rattrapage

"Ecoutez bien, ne toussez pas, et essayez de comprendre un peu. C'est ce que vous ne comprendrez pas qui est le plus beau, c'est ce qui est le plus long qui est le plus intéressant, et c'est ce que vous ne trouverez pas amusant qui est le plus drôle."

Arte a mis en ligne il y a quelques semaines les 11 heures du Soulier de satin de Paul Claudel, filmé à l'Odéon-Théâtre de l'Europe. C'est ici, c'est prenant, baroque et jamais ennuyeux (avec la sublime Jeanne Balibar, en prime). Même si je dois avouer que je visionne ça à la petite semaine, une heure par-ci, une heure par là...
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Et "piou piou", ça n'allait pas ?

Je termine la traduction d'un livret de CD concernant la musique anglaise des XVIe et XVIIe siècle, accompagné de poèmes et chants de l'époque - assez coton à traduire, mes souvenirs de la langue (contemporaine) de Shakespeare remontant à pas mal d'années. Il m'a fallu pas mal fouiner pour trouver réponse à certaines de mes questions.

Parmi ces poèmes et chants, j'ai découvert une particularité de l'époque : des vers constitués d'onomatopées, comme dans ce très frais This merry pleasant spring :

(...)
Hark how the sweet birds sing
And carol in the copse
and on the brier
Jug jug jug jug jug
the nightingale delivers
(...)

Et là, je me dis, vous savez quoi ? C'est l'occasion rêvée de se demander comment traduire un cri d'oiseau (parce que franchement, vous avez déjà entendu un rossignol français dire "jug jug jug" ?). Comme je sens que le sujet te passionne déjà, lecteur occasionnel de mon blog, je vais la faire courte. Enfin, je vais essayer.

Première piste : les travaux d'un ornithologue du XVIIIe siècle, Johann Matthäus Bechstein qui publia en son temps et entre autres choses un manuel d'ornithologie comprenant une "description de tous les oiseaux d'Allemagne" (et de leurs chants, en prime). La transcription du chant du rossignol par Bechstein est reprise comme une référence en la matière, francisée et délicieusement commentée dans de nombreux (vieux) ouvrages français, notamment le Dictionnaire raisonné des onomatopées françoises (Charles Nodier), Histoire naturelle des oiseaux (Emmanuel Le Maout) ou encore le Nouveau dictionnaire d'histoire naturelle (Jean Eustache de Sève) dont je colle ici un petit extrait :


Fort bien. Mais que choisir dans cette liste impressionnante ? Dlo dlo dlo dlo dlo ? Lu lu lu ? Ou plutôt tso tso tso ?

Devant ce dilemme, je reprends mes recherches et tombe sur une deuxième piste : les anciens (l'ornitologue du XVIIIe siècle, franchement, ça fait un peu léger, alors que là, 'zallez voir, ça en jette).

On trouve des transcriptions du chant du rossignol chez plusieurs vénérables auteurs de l'Antiquité. Ainsi, cette traduction d'Aristophane comporte la note de bas de page suivante :



Problème : dans d'autres sources, en revanche, on apprend que ce "tio tio" désigne plutôt le sifflement des cygnes. Alors, qu'en penser, je vous le demande ?

Chez certains auteurs grecs reprenant le mythe de Procné et Philomèle (Procné et Philomèle, qui se transforment respectivement en rossignol et en hirondelle pour diverses raisons que je n'ai aucune envie de vous raconter ici), on retrouve semble-t-il le "tio tio" déjà évoqué en guise de chant de Procné (et donc du rossignol, vous suivez ?), comme le souligne cet article Philomèle : Du mythe aitiologique au début du mythe littéraire.

Tio tio tient la corde.

Ultime vérification quand même, avec une troisième piste : T. S. Eliot (là encore, c'est du lourd).

Dans une étude intitulée "Ovide et les modernes" (mais pas seulement, j'ai enquêté, en bonne Sherlockette à talons hauts que je suis), les vers de ce brave homme sont traduits comme suit :

(...) yet there the nightingale
Filled all the desert with inviolable voice
And still she cried, and still the world pursues,
"Jug, Jug" to dirty ears.

(...) Là cependant le rossignol
Emplissait le désert d'une voix inviolable
Criant toujours, mais toujours va le monde,
«Tio, tio» à des oreilles bouchées de cire.

(...)Twit twit twit
Jug jug jug jug jug jug
So rudely forc'd.

(...)Twit, twit, twit
Tio tio tio tio tio tio
Si rudement forcée.

(extrait de "The Waste Land", traduction française de Pierre Leyris dans La Terre vaine et autres poèmes, Paris, Seuil, 1976)

Conclusion : m'inclinant devant ce consensus écrasant, j'opte donc pour "tio tio tio".

Deux heures de recherches pour une malheureuse onomatopée. Je fais un métier formidable.

Pour être tout à fait complète, je me dois de vous signaler les éléments suivants :

- la "Figure du rossignol dans la tradition littéraire et artistique" passionne les foules (donc si ça ne te passionne pas, lecteur occasionnel de mon blog, il serait temps que tu te penches sur la question) comme en témoigne ce colloque organisé en 2004, présenté en ces termes :

Se souvient-on, en lisant "The Nightingale" de Coleridge ou l'ode au rossignol de Keats, de la relation qu'entretient le rossignol avec la figure de Philomèle, dont l'histoire constitue l'une des métamorphoses ovidiennes ? Sait-on que le chant du rossignol, ce poncif de la poésie et de la chanson romantiques, a donné lieu à l'une des fables mythologiques les plus cruelles et les plus riches de sens sur la création artistique ?

- Pline, pour sa part, a longuement décrit le chant du rossignol dans son Histoire naturelle. A lire ici si le coeur vous en dit. Parce que bon, ça fait un moment que je suis sur ce billet et je n'ai en théorie pas que ça à faire.

- Par ailleurs, le tio tio est une tradition catalane liée au carnaval. Mais ceci n'a rien à voir avec quoi que ce soit.

LE TIÓ TIÓ : Il se déroule au cours du bal masqué du Mardi soir. Les danseurs, habillés de blanc et le visage enfariné, se munissent d'une bougie allumée. Ils entrent en piste au son d'une musique entraînante et forment un cercle. Chacun essaie d'enflammer le cornet de papier accroché dans le dos du danseur précédent tout en se protégeant de la flamme de celui qui est derrière. Les porteurs du balai et du soufflet, chargés à la fois d’attiser et d’éteindre les flammes, ouvrent et ferment la marche.


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Envies de meurtre, épisode 2

Mon client U. m'a laissé un message sur mon répondeur. Pour me proposer une trad.
U. a quand même un sacré culot.
U. n'a rien compris.

Je me calme et je lui envoie un petit mail poli (et, tiens, je vais lui rappeler au passage que j'attends toujours le "rendez-vous téléphonique" promis avec la big boss).

Mais quand même, il abuse !
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Annonce, ce matin à la radio, de la mort de Maurice Druon. Depuis, c'est le déferlement habituel : hommages divers, rappel de sa longue et prestigieuse carrière, témoignages de personnalités qui ne le portaient pas dans leur coeur...

Qu'on en parle en bien ou en mal, y a pas à dire, ça en jette, tout ça.
Tenez, regardez le début de la nécro qui lui est consacrée dans Le Monde (par Philippe-Jean Catinchi). On se sent tout petit en lisant ça :

L'écrivain et homme politique Maurice Duron est mort, mardi 14 avril à Paris, à quelques jours de ses 91 ans. Rendu célèbre par sa saga historique Les Rois maudits, il avait été, en 1973-1974, le dernier ministre des affaires culturelles de Georges Pompidou. Pendant plus de quatorze ans, il fut le secrétaire perpétuel de l'Académie française, où il avait été élu en 1966. Il en était le doyen d'élection.

Rien que dans le paragraphe d'accroche, il y a déjà de quoi occuper plusieurs vies.

Le problème, c'est qu'aujourd'hui, plus j'en entends, plus j'en lis, et plus je me sens inculte.

Parce que pour moi, Maurice Druon, c'était surtout ça :


Tistou les pouces verts, l'histoire d'un petit garçon qui se découvre un don pour faire pousser les fleurs en compagnie de son ami le jardinier Moustache, et qui du coup va fleurir une prison et un hôpital, et pour finir enrayer les canons de son papa marchand d'armes avec du lierre et des églantines. Un joli conte poétique, avec une touche de merveilleux et un charme inoubliable.


Alors Les Rois maudits, Les grandes familles, la Résistance, l'homme politique, les prises de position réactionnaires, le destin d'exception, tout ça, autant dire que je suis un peu passée à côté...



Cela dit, mieux vaut tard que jamais, pas vrai ?


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En faisant une promenade avec Neveu S., trois ans, nous passons devant la maison d'un voisin qui tond son jardin. Le voisin arrête sa tondeuse en nous voyant arriver et vient discuter le bout de gras.

Neveu S., très nature : Bonjour, c'est toi qui fais tout ce bruit avec tes machines ?

Ma mère, plutôt gênée : Rhôôô, S., on ne dit pas des choses comme ça, c'est pas très gentil.

Neveu S. : Ah ? Bonjour MONSIEUR, c'est VOUS qui fais tout ce bruit avec tes machines ?
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Bilan

Bilan des choses gentiment dépaysantes faites pendant ce long week-end (avant de ricaner sur ma conception du dépaysement, rappelez-vous que je suis une parisienne stressée qui ne met jamais le nez dehors, etc.).

Voir la Bruche par la vitre sur le chemin de l'aller (si si, entre les reflets, les flous et les arbres, c'est la Bruche - et ne me dites pas que vous ne connaissez pas la Bruche)

Profiter du soleil pour ranger le bois en un joli tas régulier.



Découvrir un après-midi que le wi-fi marche aussi sur la terrasse.




Etendre le linge à l'extérieur.




Etendre le linge à l'extérieur.



Faire une relecture au petit matin sur la même terrasse.


Manger une charlotte-framboise-chocolat-de-la-mort-qui-tue (petit nom : "carlotta").


Mini-liste express de ce que je retrouverai avec plaisir une fois rentrée à Paris :


- The Man.

- Le quotidien sans enfants.

- Les chaussures à talon.

- Le bruit de la ville.


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Vu sur un site dont je tairai le nom, après avoir cliqué sur le bouton "recherche"...


Fabuleux, fabuleux...

(Avec toutes mes excuses à la Grenouille-Rosbif pour oser fouler à nouveau ses vénérables plates-bandes en évoquant le sujet des traducteurs automatiques... Quoique, on n'en sait rien, hein, si ça se trouve c'est juste un très mauvais traducteur humain qui a écrit ça...)

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Lancement du blog de l'Ataa

Tout est dans le titre : l'Association des traducteurs adaptateurs de l'audiovisuel lance son blog.
http://www.traducteurs-av.org/blog/
Le lien se trouve désormais dans la petite liste sur la gauche de cette page.

Bonne lecture !
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Je suis au vert pour quelques jours. Un long week-end mi-boulot et mi-retrouvailles familiales dans le cadre glamour champêtre et montagnard de B., au coeur des Vosges alsaciennes.

Ici, il y a un hôtel-restaurant à vendre depuis trois ans dans le hameau d'à-côté et une camionnette qui passe deux fois par semaine en guise d'épicerie. L'économie locale est donc florissante. Je ne viendrais pas y passer deux mois de vacances, ça me déprime. Par contre, depuis que mes frères ont eu la bonne idée d'avoir des enfants, il y a plein de vieilles choses totalement régressives qui ont refait leur apparition, et ça c'est chouette.
Par exemple la caisse enregistreuse en plastique et ses grosses pièces rouges, bleues et jaunes. Ou la vieille dînette Fisher Price avec le réchaud et l'évier assortis.

La valise pleine de Légo médiévaux, bien sûr, et la caisse de Playmobils (lignes "cow-boys" et "guerre de Sécession", surtout).

Sans oublier le chariot à cubes.



Il y a aussi les livres de quand-on-était-petits qui ont atterri ici et qu'on arrive parfois à lire à Nièce M. et Neveu S. quand par hasard ils daignent s'arrêter de courir / hurler / jouer / pleurer / renverser le chariot à cubes / se tirer les cheveux / se jeter des cailloux / chercher leurs doudous en poussant des cris stridents / ramasser des scarabées pour les manger / piétiner leurs Playmobils (ne rayer aucune mention) et focaliser leur attention deux minutes d'affilée.

(Et puis plus tard, on pourra passer à l'étagère des Bibliothèques vertes).


A l'extérieur, il y a aussi la brouette qui fut autrefois rouge et qui a perdu sa peinture au fil des décennies ans. Mais qui est encore très bien pour planquer les oeufs de Pâques apportés par le lapin du même nom (léger, comme planque, je reconnais).


Et puis des peluches, des poupées, des pantins, des marionnettes, des boîtes à musique, des bus en plastique des années 70...

(Quand on regarde bien, elles ont des yeux bizarres, ces peluches et ces poupées, d'ailleurs).

C'est marrant, on oublie tous ces trucs-là pendant des années. Ça fait du bien de retrouver tout ça et d'avoir un super alibi pour retomber en enfance.


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Cloches ou lapin (ici aussi)

En réponse au billet exhumé par Claire-Gab ici, deux planches de Franquin sur le sujet, que j'avais scannées l'an dernier (car la question est passionnante et mérite que l'on se repenche dessus chaque année, vous en conviendrez). Où l'on apprend donc qu'en Belgique, c'est bien le lapin de Pâques qui se coltine les oeufs (1e planche), mais que les cloches ont toute leur importance aussi (2e planche).




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Ma vie, mes drames

Il faut que je vous fasse part du drame que je traverse.

Les chocolats Marcolini ne sont plus distribués au Publicis Drugstore (à 10 mn à pied de chez moi). Et je n'ai pas le temps d'aller jusqu'à la boutique Marcolini dans le 6e.

A quelques jours de Pâques, à quelques heures de mon départ pour le traditionnel week-end familial (et chocolaté) dans les Vosges, je ne vous cache pas qu'on frise la tragédie.
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Le chantier se poursuit... pour mon plus grand bonheur.

Il y a quelques jours, j'ai vu émerger devant ce qui me reste de fenêtre une étrange structure aux allures fantomatiques dans la brume matinale...


Et là, comme on dit, "I had a déjà vu".

Pas vous ?

Mais si !

Siiiiiiii !

La tour de Babel, dans Metropolis !


Non ?

D'accord, j'arrête le Ricard au petit-déjeuner.


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Se fanent-ils le mille soit-il allé ?

Il y a quelques mois, un sous-titrage (épique) d'une captation de la pièce Maria Stuart de Schiller m'avait donné l'occasion de comparer les traductions de l'oeuvre au fil des siècles :
- celle de Pierre Le Brun, écrite en 1820 : en alexandrins, avec de belles rimes partout, mais qui était du coup assez éloignée du texte original...


- celle de Th. Fix, datant de 1853 : édition bilingue (avec le texte allemand en regard et en caractères gothiques), plutôt pas mal, quoiqu'un peu datée.



- celle de Sylvain Fort, publiée en 2006 aux éditions de l'Arche : une pure merveille, à la fois proche du texte, fluide, accessible et parfaitement naturelle.

Paulet :
Pourtant, elle a su sortir le bras de ses chaînes trop serrées
Et le tendre au monde, jeter le brandon
De la guerre civile dans le royaume
Et armer contre notre reine, Dieu
La garde ! des hordes d’assassins.
N’a-t-elle pas depuis ces murs incité
Le scélérat Parry et Babington
À l’acte maudit de régicide ?
Cette grille de fer l’a-t-elle empêchée
De séduire le noble cœur de Norfolk ?
C’est pour elle que la meilleure tête qui fût
Sur cette île tomba sous la hache du bourreau…
Et ce lamentable exemple a-t-il intimidé
Les insensés qui pour elle
Se jettent à l’envi dans l’abîme ?
Pour elle, les échafauds se couvrent sans cesse
De nouveaux condamnés,
Et cela ne s’arrêtera pas tant qu’elle-même,
Coupable entre les coupables, n’aura pas été immolée.
Ô maudit soit le jour où les rivages de ce pays
Offrirent l’hospitalité à cette nouvelle Hélène.

Toujours est-il qu'aujourd'hui, j'ai trois lignes ultra-connues de Shakespeare à traduire en exergue d'un livret de CD et que je me suis amusée à refaire le petit jeu des sept erreurs entre les différentes traductions disponibles (sur Internet, en l'occurrence, je n'ai pas cherché plus loin) :


Wilt thou be gone? it is not yet near day:
It was the nightingale, and not the lark,

That pierced the fearful hollow of thine ear;
Nightly she sings on yon pomegranate-tree:
Believe me, love, it was the nightingale.

(Romeo and Juliet, acte III, scène 5)


Veux-tu déjà partir ? Le jour ne paraît point encore.
C’était le rossignol, et non l’alouette,
Dont la voix a frappé ton oreille alarmée ;
Il chante toute la nuit sur cet oranger lointain.
Crois-moi, mon jeune époux, c’était le rossignol.


(François-René Chateaubriand, dans son essai Shakspere ou Shakspeare, 1801)


Déjà partir ! déjà ! Mais le jour est encore loin de paraître !
Ton oreille épouvantée a cru entendre l’alouette matinale ;
C’était le rossignol qui chantait.
Il vient toutes les nuits chanter sous ma fenêtre ;
Il se cache dans le feuillage de ce grenadier.
Amour, amour ! crois-moi, j’en suis bien sûre, c’était le rossignol.


(Philarète Chasles – Bibliothèque anglo-française, ou collection des poètes anglais les plus estimés. Tome II. Shakespeare, tome II. 1837)


Tu veux déjà partir ? Le jour est encore loin.
C’était le rossignol et pas l’alouette
Qui a percé le creux craintif de ton oreille.
C’est la nuit qu’il chante sur le grenadier, là-bas,
Crois-moi, mon amour, c’était lui, c’était le rossignol.

Traduction : Yves Sarda


Veux-tu partir ? Le jour est encore loin.
C’est le rossignol, et non l’alouette, qui
A percé le creux de ton ouïe craintive.
La nuit il chante sur ce grenadier, là.
Crois-moi, mon amour, c’était le rossignol.

Traducteur inconnu ! (dommage, c'est ma version préférée)


Veux-tu donc déjà me quitter? le jour n'est pas encore prêt de paraître: c'est le rossignol, et non l'alouette, dont la voix a pénétré ton oreille inquiète; toute la nuit il chante là-bas sur ce grenadier. Crois-moi, cher amour, c'était le rossignol.

Traduction : François Pierre Guillaume Guizot

Et puis, en tombant sur ce billet , j'ai eu envie de voir quelle purée produisait la moulinette des traducteurs automatiques avec les vers du Barde éternel...
Pour ne pas vous lasser, rares lecteurs de mon blog, je me suis limitée à la première phrase, "Wilt thou be gone?", qui donne les résultats suivants :

L'affaiblissement vous être parti ?
(Reverso)

Se fanent-ils le thou soit-il allé ?
(Worldlingo)

Se fanent-ils le mille soit-il allé ?
(Systran)

Flancher tu est allé ?
(FreeTranslation)

Veux-tu être allé?
(Google Traduction)


Bon, je ricane, je ricane, mais ma légendaire absence de mauvaise foi m'oblige à vous signaler quand même qu'Abacho gagne haut la main, en produisant un "Partirez-vous ?" relativement acceptable.

Et qui du coup me fait rire un peu jaune, là.


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Abandonnée

France Inter en grève.
RFI en grève.
France Info en grève.


France Culture m'empêche de me concentrer.
Je suis allergique aux radios commerciales.


Comment je couvre le bruit du chantier, moi ?



Des fois, j'ai l'impression d'être une vraie mémé, toute perdue quand ses petites émissions chéries sont déprogrammées...
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Envies de meurtre



Quand on est traducteur pour l'audiovisuel, contrairement à ce qu'on pourrait penser, on a surtout le droit de fermer sa gueule. Du coup, parfois, on aimerait bien bénéficier d'un truc aussi basique que le droit du travail, par exemple. Et quand je dis "parfois", c'est aujourd'hui. Par exemple.

18h, coup de fil de mon client U., chargé de postproduction dans un labo audiovisuel.


- Allô ? C'est U. Vous allez bien ? Il faut dire que U. a un délicieux accent italien et une charmante voix de basse. Du coup, il met en confiance, c'est con, hein ?

- Très bien, et vous ?

- Bien bien. Dites, euh... Comment vous dire, c'est compliqué.

- Aha. Bizarrement, je sens qu'il n'a pas de boulot à me proposer et que ce qu'il a à me dire ne va pas me plaire. Notez la finesse de mon intuition.

- Vous avez reçu notre courrier concernant l'allongement des délais de paiement ?

- Ah oui, je dois dire que je n'étais pas contente.

- Oui, oui, je m'en doute....

Le courrier en question prévoit que les traducteurs seront désormais payés lorsque le labo aura lui-même livré la prestigieuse chaîne de télévision franco-allemande pour laquelle il travaille. Sachant qu'entre la date de livraison de la traduction (fixée par la chaîne) et la date de livraison définitive du documentaire "prêt à diffuser" (également fixée par la chaîne), il peut s'écouler grosso modo entre deux semaines et six mois. Quand on en arrive à une loterie pareille, on se dit que l'autarcie agricole au fin fond du Larzac aurait peut-être du bon.
Après réception du courrier, j'ai longuement hésité à rédiger une lettre d'insultes un courrier poli mais ferme pour expliquer à mon client que je n'étais pas d'accord avec cette pratique. Et puis j'ai décidé de ne pas aller à l'affrontement et d'envoyer simplement ma facture pour le mois avec une mention rappelant les conditions légales de paiement. Comme quoi, j'aurais mieux fait de l'écrire, ce courrier.

- ...

- Oui, donc, à ce sujet, il faut que je vous informe...

- ???

- La traduction sur Anna Letenska que vous nous avez livrée le mois dernier...

- Oui ?

- Eh bien, la date de livraison à la chaîne a été repoussée à octobre.

Un rapide calcul (d'accord, pas si rapide que ça, parce que je suis une littéraire, quand même) me permet de voir que mon délai de paiement habituel de 30 jours vient de passer à 7 mois. Je fais "gloups" in petto. J'ai très, mais alors vraiment très envie de lui demander si son salaire pour la relecture et la coordination de ce documentaire lui sera versé en octobre, lui aussi.

- Vous plaisantez ?

- Mais oui, poisson d'avril, on ne ferait pas un coup pareil à notre traductrice chérie Ah ben non, ils disent qu'ils ont atteint le point de saturation au niveau des relectures et des vérifications techniques, du coup ils ont repoussé les dates de livraison des documentaires non urgents.

- Et qu'est-ce que vous me proposez, concrètement ?

- Ben... Un rendez-vous téléphonique avec ma directrice ?


Sans commentaire.


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Six personnages en quête de… de quoi, au fait ?

Ah, que c’est bon de ne pas être déçue !

Soirée au Théâtre Athénée, donc. J'adore ces vieux théâtres parisiens. Ils sont tous dans le même style : salle à l'ancienne, dorures à gogo, vieux sièges moyennement confortables tendus de velours rouge... Je ne connaissais pas celui-ci, mais son charme désuet correspondait exactement à ce que j’attendais et espérais.

Così fan tutte : une blague potache qui tourne mal et qui laisse un léger sentiment de malaise à la fin. Un opéra-bouffe, donc léger et drôle, mais le talent de tout ce petit monde (où j’inclus Mozart et Da Ponte, of course… big up à eux deux), c’est de nous faire rire dans les moments de comédie burlesque, sourire aux scènes de marivaudage, frémir devant la cruauté de certains échanges, et surtout, pleurer dans les moments d’émotion – les adieux des amants, au début du premier acte, sont bizarrement déchirants, alors qu'on sait qu’il s’agit d’une mascarade. Mais je suis trop fleur bleue, c’est bien connu.

Qu’en dire, alors ? C’est une réussite. Une jolie mise en scène enlevée, transposée dans une ambiance de college anglais des années 40, six interprètes excellents qui se mêlent sans se faire d’ombre et sont aussi bons comédiens que chanteurs, un orchestre réduit (instruments à vent, clavecin) ce qui n’est pas gênant du tout, mais au contraire bien adapté aux dimensions de la salle… Sans oublier A., étonnante et vraiment très talentueuse - c'était étrange de la retrouver là, dans un rôle à part entière, avec des expressions du visage que je connaissais et qui pourtant n'étaient plus tout à fait les mêmes, car au service de son personnage. En bref, une excellente soirée et une bonne surprise. Unique bémol : le surtitrage, placé comme son nom ne l’indique pas de part et d’autre de la scène, ce qui nous a valu un début de torticolis ce matin.

Coup de bol, on avait réussi à avoir de bonnes places alors qu'on s'était décidés un peu tard à prendre les billets. The Man s’est laissé traîner, ce qui était un exploit obtenu de haute lutte au prix de promesses que je ne tiendrai pas inattendu - j’avais pourtant joué franc jeu et ne lui avais même pas caché que le spectacle durait 3h30... Mais visiblement, il a apprécié sa soirée lui aussi (faut dire qu'on a croisé Cantona à l’entracte, du coup ce cher homme se sentait moins seul dans son rôle de footeux à l’opéra).

Et pour couronner le tout, dîner pas loin chez un Italien qui ne payait pas de mine mais nous a servi à minuit passé de succulentes pâtes à l’encre de seiche.

Bon, me voilà réconciliée avec la vie pour attaquer le début de semaine fort sportif qui m’attend.
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All about A.

1991. A. a une dizaine d'années, moi aussi. Elle porte un justaucorps rouge vif (le mien est mauve, heureux choix de couleurs) et se rend comme moi tous les mercredis au cours de mime d'Evelyne Chanut, avec une poignée d'enfants. C'est une fille hyper-souriante, rigolote et discrète.

Au bout d'un an, il devient impossible de gérer la chorale, le mime ET le cours de danse en un seul après-midi, je cesse donc de pousser la lourde porte du cours d'Evelyne Chanut et je perds de vue A.

1996. Au lycée, je me retrouve dans la même classe que A. C'est une amie-d'amies, nous ne sommes pas très proches. Elle est toujours aussi souriante et sympa, suit le cursus "chant" du conservatoire. Son coeur balance : études d'orthophonie ou carrière musicale ?

En Première, on participe toutes les deux à un voyage scolaire à Saint-Pétersbourg, un grand souvenir. Un après-midi, notre petit groupe va écouter une chanteuse russe dans un curieux endroit feutré et classe, un peu genre salon de thé-cabaret. C'est très simple, très beau, ça donne des frissons dans le dos. Très émue, A. me dit à la fin : "J'ai compris ce que c'est, le 'choc esthétique' !" (notion abordée quelques semaines plus tôt avec notre exubérante prof de français Mme B.). L'année suivante, on passe le Bac, chacune suit son chemin.

2002. Récital José van Dam au Palais des Congrès de Strasbourg. J'y vais pour des raisons peu avouables (mon prof de clavecin trop mimi est dans l'orchestre) et y croise A. avant le début du concert. Elle me semble rayonnante et à la question incontournable "qu'est-ce que tu deviens ?", elle me répond seulement : "Je chante." Comme si le chant était devenu la définition même de sa vie, c'est impressionnant.

2009, fin mars/début avril. A. est en représentation au Théâtre Athénée à Paris. Elle interprète Dorabella dans Così fan tutte. Et je ne vais pas louper ça !

Compte rendu dans le week-end...
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Doigts de pied en éventail

Premier pique-nique de l'année aux Buttes-Chaumont, improvisé à l'issue d'une réunion de l'Ataa. De quoi recharger les batteries un peu à plat ces temps-ci !


L'herbe fraîche entre les doigts de pied.
Le chatouillis de la bestiole qui remonte le long de ma jambe.
Le soleil juste à la bonne température qui cuit tout doucement la peau.
La bonne idée d'E., qui connaît un bar pas loin où ils font des cafés à emporter pour les visiteurs du parc.
On est huit, tous contents d'être là.
Et c'est le bonheur, vraiment.
















Le printemps a du bon, pourvu que ça dure !

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Mon mode de vie du moment me classe dans la catégorie méconnue des mammifères à la fois diurnes et nocturnes.

J'ai horreur de bosser la nuit, même si je suis plus efficace qu'à certaines heures de la journée. Du coup, pour me motiver, il m'arrive de céder à l'attraction presque magnétique de mon canapé et de me plonger, tout en pianotant sur mon portable, dans la contemplation distraite de la boîte à blaireaux du formidable média qui me fait vivre. C'est pas sérieux, vous me direz (et tu n'as pas complètement tort, cher lecteur, bien que je te trouve légèrement moralisateur sur ce coup-là), mais quand je constate qu'il me reste encore quatre ou cinq heures de travail et qu'il est déjà 2 heures du mat', je dois dire qu'un certain découragement m'envahit et qu'il faut bien ça pour me maintenir en vie un minimum (r)éveillée.

C'est marrant, on entend toujours des gens dire qu'à la télévision, les meilleurs programmes passent après minuit, que c'est une honte que d'exxxxcellentes émissions littéraires soient reléguées à la grille de nuit, et qu'il faut pas s'étonner ma bonne dame si les gens ne sont plus cultivés parce qu'il n'y a que du divertissement décérébrant en prime-time.

Mais si vous vous posiez la question, lecteurs au rythme de vie normal, eh bien en fait, la télé la nuit, c'est tout aussi déprimant que le reste du temps.
Petit aperçu de ma séance de zapping de la nuit dernière :


Une émission de poker française avec des pseudo-célébrités.

Un épisode de Chapeau melon et bottes de cuir, époque Tara King. Toujours aussi mal doublé, mais délicieusement ringard, il faut bien l'avouer. L'histoire a l'air compliquée, l'épisode est bien avancé, je décroche.

Un clip de Philippe Katerine. Dommage que ça ne dure que trois minutes, c'est le genre d'énergie qu'il me faudrait pour garder les yeux ouverts.

Une série judiciaire française (mouarfmouarfmouarf) portant le titre-choc de Cas de divorce, à peu près aussi enlevée qu'un atelier théâtre dans une maison de retraite. L'avocat a un noeud papillon bleu et un brushing Tintin.

La rediffusion d'un débat politique que j'ai déjà vu.

Une émission de poker américaine sans célébrités.

Une émission de déco.

Deux émissions de déco.

Une émission de tatouage. Ça existe, ça ?

Un épisode de Naked Wild On. Du temps où je traduisais Wild On (version habillée, donc), c'était déjà assez atterrant de vulgarité, mais la variante "naked" est au-delà de tout.

Une rediffusion de Confessions intimes dans laquelle une dame essaie en vain de tenir ménage de son chien (et là, je m'interroge : la rediffusion est-elle vraiment indispensable ?).

Un documentaire sur un phare.

Un documentaire bien trash sur Rio (bah oui, Rio, c'est l'occasion de montrer des filles de 14 ans à moitié à poil, des agressions super-violentes, des descentes de police et des toxicomanes, faudrait pas se priver).

Duel de bikers. Title says it all.

Un film porno.

Une émission d'histoire présentée par Alexandre Adler. J'aime la façon dont il occupe toute la largeur de l'écran (ce n'est pas méchant, le bonhomme m'est plutôt sympathique), je m'arrête quelques minutes. Mais c'est la fin. Pub, bandes-annonces, je zappe.

Un documentaire sur la préparation du manioc. Au-dessus de mes forces à cette heure-ci.

Un documentaire sur les hippopotames.

La séance des questions au gouvernement. Je veux bien m'intéresser à l'actualité, mais faut pas exagérer.

Un deuxième film porno.

La fin d'une rediff de Late Night with Conan O'Brien. Dommage, c'est trop dur à suivre en bossant, et puis d'ailleurs, c'est déjà terminé.

Du téléshopping 100% français. Le nettoyant vapeur a vraiment l'air top et la dame semble extrêmement satisfaite de son achat. C'est con, je n'ai pas de carrelage chez moi.

Du foot.

Du rugby.

Du... Ah visiblement, j'arrive aux chaînes sport.

Du cheval.

Une série AB productions. Malgré un instant d'émotion amusée (c'est quand même toute une époque, hein...), je ne tiens pas plus de cinq minutes.

Un programme américain improbable où des filles et des mecs s'affrontent au lancer de pneus (façon bowling) en criant comme des putois.

Du catch.

J'arrive aux chaînes cinéma. Je reconnais le début de Scoop (de Woody Allen), mais je n'ai pas aimé ce film et n'ai aucune envie de le revoir.

Il y a bien Elle et lui qui passe sur TCM, mais le film est déjà bien entamé, ce n'est pas drôle de le prendre en cours de route.

J'atteins Disney Magic. Je commence à flipper sérieusement.

Quand j'arrive aux chaînes chinoises, j'ai perdu tout espoir. Il est 2h36.


Du coup, ben... j'éteins.
Et je me remets à bosser. Sans télé.

Oui, je sais, il serait temps (feignasse, va).
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