Bilan (ép. 2)

Samedi, 23h30. L'heure de faire le bilan de la semaine dans l'air frais du soir, une serviette de bain gracieusement nouée sur ma chevelure humide et une clope à la main.

Cette semaine, donc :

Deux nuits blanches et deux nuits de quatre heures. PAS BIEN. Une moyenne tabagique journalière supérieure à un paquet. PAS BIEN. Une inflammation des muscles de l'épaule, la nuque coincée et les bras douloureux. PAS BIEN. Des maux de tête et des bourdonnements dans les oreilles. PAS BIEN.

(Je vous le fais en clair : "Arrête de bosser sur tes genoux à trois heures du matin, fais du sport, bouffe correctement, prends l'air, get a life et d'une manière générale cesse de torturer ton pauvre organisme qui ne t'a rien fait si tu veux espérer atteindre la quarantaine.")


Et puis il m'est arrivé un truc bizarre en milieu de semaine : j'ai oublié une traduction. Pas "rendu en retard" une trad. Pas "commencé et oublié de finir" une trad. Non-non, carrément oublié une trad. Complètement zappé. C'est-à-dire que mercredi sur le coup de midi, ma cliente m'a demandé quand je comptais lui renvoyer le texte que j'étais censée lui rendre... lundi.

Gloups.

Sueurs froides.

Palpitations.

Empourprement (?) de mes joues pâlottes.

Et sprint jusqu'à la fin de l'après-midi pour traduire ce truc qui m'avait complètement échappé. Un texte pas trop long, heureusement, mais un peu technique (finances appliquées à l'aéronautique, tout ce que j'aime), donc pas évident à boucler en quatrième vitesse.

Envoi à 17h, accusé de réception reçu... le lendemain à 10h ('zauraient pu me dire qu'ils finissaient aussi tôt, hein, je n'aurais peut-être pas fini la journée dans cet état de loque tremblotante et crispée... tiens, chuis sûre que ça vient de là, les douleurs dans l'épaule).


Ça ne m'était jamais, jamais, jamais arrivé.

Je crois qu'il est grand temps que je prenne des vacances.


Sinon, cette semaine, il y a aussi eu le reportage de TF1 et de LCI sur un grand labo de sous-titrage (il y avait quelques différences entre les deux chaînes, mais minimes).

Reportage qui, dans l'esprit du téléspectateur lambda (toujours le même, celui qui feuillette Gala et/ou qui finit sa Danette vanille sur le coup de 20h30), a sans doute laissé, doucement mais sûrement, s'installer deux ou trois merveilleuses contre-vérités :

Version qu'aura comprise le téléspectateur distrait (mode feuilletage de Gala on) :
1. un sous-titrage peut tout à fait se faire en une nuit (ben oui, si ça se fait pour Cannes, pourquoi ça ne se ferait pas le reste de l'année, non mais j'te demande un peu ?). C'est globalement ce qu'on en retient si on regarde le truc d'un seul oeil (même si ce n'est pas, en fait, ce qui est dit, contrairement à ce que j'ai d'abord cru moi aussi, alors même que je ne lis pas Gala et que j'ai arrêté les Danettes en 1992, sauf celles au café parfois, mais vraiment pour les grandes occasions et pas devant mon ordinateur c'est trop dangereux pour le clavier).

Version qu'aura comprise le téléspectateur attentif (mode post-Danette et post-Gala, vraisemblablement), mais "qui ne sait pas comment ça marche" :
2. un sous-titrage peut tout à fait se faire sans avoir le film sous la main, puisque "tout est préparé en amont", nous dit-on. Mouais, il aurait été utile de préciser que le traducteur travaille alors (du moins je l'espère) sur une copie non définitive de l'oeuvre et pas "dans le vide" (enfin, sauf dans quelques multinationales du sous-titrage qui font vraiment, mais vraiment n'importe quoi, mais ce n'est pas le sujet ici).

Version qu'auront comprise à peu près tous les téléspectateurs :
3. un sous-titrage se fait par l'opération du Saint-Esprit. Ou alors peut-être avec un logiciel de traduction automatique, on sait pas trop. Ce qui est sûr, c'est que ce maillon vaguement utile de la chaîne du sous-titrage qu'on appelle traducteur (traduquoi ?) n'est absolument pas évoqué dans ce reportage, ce qui fait plaisir à voir. Ils interviewent pourtant une consoeur au milieu du sujet ; même si elle parle d'autre chose, ça leur aurait fait mal d'insérer un synthé indiquant sa profession ?

Alors d'accord, on est ab-so-lu-ment bé-at devant la logistique sophistiquée que doit gérer le grand labo de sous-titrage pour réussir à tout sous-titrer pour Cannes. D'accord, c'est pas-sion-nant de savoir que certains films sont traités aussi confidentiellement et précautionneusement qu'une valise nucléaire qui aurait par le plus grand des hasards atterri entre les mains de Jack Bauer. D'accord c'est fas-ci-nant d'apprendre que le gouvernement iranien fait des difficultés pour laisser sortir certains films tournés sur son territoire. Oui-oui-oui, c'est glamour, c'est piquant, c'est émouvant, c'est vendeur, tout ça. Et un petit mot sur le pôv traducteur qui enfile son costume de Super Sous-Titreur quand arrive le mois de mai, c'est pas possible ? Non, vraiment pas ?


Soupir...



Récapitulons, donc :

1. Prendre des vacances.
2. Commencer à envisager de changer de métier.



Vaste programme, les amis.

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A Short Visual History of Videogames

Si pour vous les jeux vidéo n'ont (j'ose le dire) pas grand intérêt...

Si votre pratique des jeux vidéo se limite à des souvenirs d'après-midis passés chez Cousine A. au début des années 90 à faire mumuse sur une GameGear (avec l'impétueux Sonic le hérisson) et sur un vieil Amstrad (avec Prince of Persia, censé être trooooop beau, mais en réalité ce n'était pas flagrant-flagrant sur l'Amstrad modèle 1985 (?))...

Si vous ne comprenez pas (mais alors pas du tout) pourquoi A. et K. ont une Wii dans leur salon (alors que A. et K. forment par ailleurs un couple de profs jeune, intéressant, sympathique, cultivé et super accueillant) et proposent à leurs invités (= vous, donc) de jouer au bowling virtuel et au lancer de javelot en fin de soirée...

Si vous ne vous voyez pas du tout vous diversifier dans la localisation de jeux vidéos parce que vous n'y captez rien...

Si vous trouvez systématiquement le graphisme des jeux vidéo super moche (même quand il est censé être "une merveille", dixit la presse spécialisée)...

Si vous appréhendez le jour où les enfants que vous n'avez pas encore vous réclameront une console à cor et à cri, parce que vous êtes profondément convaincu(e) qu'on peut fort bien s'en passer...


En un mot, si les jeux vidéo sont pour vous un monde à part et vous laissent PQP (plus-que-perplexe), ceci pourrait vous amuser et, qui sait, faire naître en vous un début de germe de compréhension.




Petit film signé du graphiste australien Kyle Downes qui raconte un peu ici la réalisation de cette animation.

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Rendez-vous manqué


2008 : deux bonnes semaines avant la date fatidique du 27 mai, Mme V., septuagénaire volubile et résidante du bâtiment B, parcourt de son pas sautillant les trois bâtiments de notre immeuble pour y accrocher d'alléchantes affichettes.

Sur lesdites affiches, on voit une bombasse aux cheveux longs proposer une barquette de macédoine à un gars à lunettes qui porte une cravate venue d'une galaxie far far away. Tout de suite, ça fait envie.

Mais naaan, faites pas semblant de pas comprendre : le principe de l'affiche, c'est que tout le monde peut s'y retrouver, elle est fédératrice, comme disent les pubeux. Genre, il y a un mec avec un casque de chantier qui discute avec un cadre coinços en costard (dépasser les préjugés sociaux). Ou une dame qui sert du champagne mousseux à un monsieur en fauteuil roulant (les personnes à mobilité réduites sont comme des gens comme tout le monde qui ont bien le droit à leur coupette). Sans oublier, donc, la bombasse et le senior (combler le fossé intergénérationnel). Et puis ils ont bien fait attention de mettre des gens de toutes les couleurs (promouvoir l'harmonie entre les peuples et l'intégration) et n'ont pas manqué de dessiner des enfants superactifs qui respirent la joie de vivre (ne pas stigmatiser la jeunesse) - et même un djeunz sosie de Steevy au fond à droite qui s'en fout complètement et qui raconte sa vie sur son portable (encourager la culture et l'accès aux nouvelles technologies).


Bref, la fête des voisins 2008, ça avait l'air groovy, un vrai projet de société.


Mais curieusement, le bâtiment C (le mien) s'est senti moyennement concerné.


L'avocate-du-rez-de-chaussée-qui-fait-des-journées-de-malade est rentrée à 22h30, comme d'hab, à l'heure où tout était fini.

La famille chinoise du 3e, qui ne parle ni français ni anglais (sauf les enfants, un peu), n'avait pas du tout suivi l'affaire.

Les djeunz trop hype du 4e et du 5e ont trouvé autre chose à faire ce soir-là.

Et moi, ben, j'avais du boulot... et accessoirement, je suis l'archétype de la voisine "ourse" peu portée sur le blablatage autour d'un gobelet de Banga en plastique mou qui menace à tout instant de s'échapper de mes doigts gras (rapport à l'assiette de chorizo qui circule et à l'absence de piques et de serviettes en papier, mais de l'avis de tout le monde, c'est pas grave puisqu'on est à la bonne franquette).

Il n'y a que le couple du 2e qui y est allé - mais juste pour papoter avec Mme V. parce qu'elle a toujours plein de potins à raconter sur les gens (surtout ceux qui ne sont pas là).

Résultat des courses (selon la gardienne de l'immeuble qui, elle aussi, a un paquet d'infos sur tout le monde) : 5 personnes (Mme V. comprise), sur la soixantaine de résidants que doivent compter les trois immeubles. Seulement 5 personnes se sont retrouvées autour de la table de cuisine descendue pour l'occasion dans la cour, sous les ballons multicolores et la luxueuse déco fournie avec le kit d'organisation dans une ambiance digne des meilleures soirées du Club Med.

Autant dire que ça ressemblait moyennement à l'affiche. Pas de barbec, pas de chien, pas de taboulé géant, pas de Monoprix en arrière-plan.



2009 : Qu'apprends-je ? Il y a deux jours, c'était la Fête des voisins !

Ben alors ? Pas d'affiches dans l'immeuble ? Pas de ballons ? Pas de Banga ?

(On me dit dans l'oreillette que le Banga a cessé d'être commercialisé il y a près d'une dizaine d'années. Je me sens doublement flouée.)

Ben non. Mme V. a jeté l'éponge (à moins qu'elle soit passée dans l'autre monde, mais je ne crois pas, la gardienne me l'aurait dit). Après avoir tenté trois ans d'affilée de créer des liens entre tous ces gens qui se disent bonjour du bout des lèvres et ne se reconnaissent même pas quand ils se croisent en dehors de l'immeuble (zavez pas remarqué ce phénomène, vous aussi ?), elle a déclaré forfait.

C'est un peu con, en fait.

Nan parce que j'aurais pu y aller, cette année. Ne serait-ce que pour demander aux nouveaux djeunz (nettement moins hype) du 5e le nom de l'entreprise qui a refait la peinture chez eux. Ou pour savoir comment le nouveau voisin d'en dessous s'est fait arnaquer par l'ancien couple du 2e qui ne lui a pas dit qu'il y avait un mur en construction qui allait obturer sa fenêtre (un chantier, ça crée des liens). Ou même pour faire remarquer discrètement aux locataires du deuxième étage du bâtiment B que j'ai, de ma chambre, une vue panoramique sur la fenêtre de leur salle de bain - fenêtre qu'ils s'obstinent à ouvrir largement quand ils s'habillent le matin, même en plein hiver.

Ou juste pour faire plaisir à Mme V., parce que c'était chouette quand même de prendre la peine d'organiser ça tous les ans.


Mais voilà, à force d'être des mauvais voisins, je crois qu'on a désespéré Billancourt découragé Mme V..


Qu'est-ce que c'est con, un immeuble de parisiens.

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Chris (teufeur) lit

ff



Curieusement, j'ai une certaine tendresse pour Christopher Lee,
alors que je ne suis pas du tout une inconditionnelle des films de vampires
et des fantaisies du même genre
où l'hémoglobine fait splatch toutes les cinq minutes
et où des héroïnes diaphanes et gentiment inconscientes se promènent
dans des cimetières inquiétants pendant les nuits de pleine lune
ou arpentent des châteaux dont les escaliers craquent à chaque marche
(sans qu'on sache très bien comment elles se sont retrouvées là, d'ailleurs).

Puisqu'il a 87 ans (et toutes ses dents) aujourd'hui,
j'ai pensé qu'un modeste hommage s'imposait
à l'occasion de ce vénérable anniversaire.

Et puis j'ai complètement foiré mon effet
en cherchant en vain un titre pour ce billet
et en m'arrêtant bizarrement (et bêtement) sur un jeu de mot pitoyable.

Christopher, pardonne-moi, je ne sais pas ce que je fais.



Ceci m'a tout de même donné l'occasion de me rencarder un peu sur l'actu de ce monsieur visiblement très en forme et de découvrir qu'il avait tourné dans un remake des Mains d'Orlac avec Mel Ferrer en 1960 - on en apprend tous les jours, j'vous dis...


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Aujourd'hui, armée de ma modeste indignation et d'une serpillière imprégnée de lessive St Marc, je pars à l'assaut des idées reçues sous la bannière d'un titre ronflant (et pompeusement chomskyesque). Mais comme il est bien fatiguant de combattre les idées reçues et que je suis un peu crevée, rapport aux trad terminées et en cours qui me bouffent toute mon énergie ces temps-ci, ben aujourd'hui, je vous préviens, je suis partie pour confirmer une idée reçue. Quel intérêt ? Aucun, j'en ai parfaitement conscience, mais ça fait plusieurs jours que je rumine cette histoire, alors tant pis pour toi, lecteur décidément persévérant de ce blog.

Portes ouvertes, attention, je prends mon élan et je fonce, épaule en avant ! (même pas mal)

La semaine dernière, tandis que je finissais de nettoyer le carrelage blanchâtre immaculé de ma salle de bain, j'ai eu le plaisir de recevoir un coup de fil d’un grand institut de sondage dont le nom commence par Ip et finit par sos. La sondeuse était très très très aimable. Non, vraiment, charmante. Et elle avait l'air de tenir absolument à avoir mon avis sur l’actualité ce qui n'a rien d'étonnant étant donné la finesse légendaire des analyses sociologiques et politiques de haut vol dont je suis coutumière. Ça ne m’arrive pas souvent d’être sondée. En plus, les prochaines élections sont européennes, or l'Europe, c'est mon dada, ma "love-hate relationship" de toujours, je vous en parlerai peut-être un jour (ou pas, comme d'hab, car n'oubliez pas que je suis aussi la reine du suspense, l'Agatha Christie de la blogosphère). Et puis un sondage, c'est un peu comme un tag, ça fait toujours plaisir et ça donne l'occasion de parler de soi (ben oui, c'est pas pour rien qu'on blogue).

J’ai donc posé à regret ma serpillière (j’en profite pour vous annoncer non sans une certaine fierté que c’est tout bien rangé chez moi, et que si vous voulez passer prendre un café, c’est le moment ou jamais parce que ça risque de ne pas durer) et consacré vingt minutes de mon précieux temps à discuter avec la demoiselle.

Au début, tout allait bien. Âge, profession, situation familiale, les grands classiques : j'étais en confiance.

Mais très vite, j'ai senti qu'il y avait comme une couille dans le gaspacho. Par exemple, quand la demoiselle au bout du fil m'a demandé de but en blanc :

"Lors des prochaines élections européennes, comptez-vous
a) Exprimer votre opposition à la politique de Nicolas Sarkozy ?
ou
b) Manifester votre soutien à son action ?"
Euh... il manque pas une réponse, là ? Du genre : "Comptez-vous élire vos représentants européens selon ce qui vous semble le plus souhaitable pour l'Europe, vu que c'est quand même ça qu'on vous demande à la base ?" C'est fou, cette manie de se prendre systématiquement pour le centre du monde, non ? (dit la blogueuse qui ne ramène jamais les choses à sa petite personne - oui mais en même temps, je ne suis pas à l'Elysée, moi)

Franchement, c'est pas honteux ? Mais si ma bonne dame. Et ce n'est pas tout.

"Il y a actuellement un mouvement de protestation en cours dans les hôpitaux. A ce sujet, diriez-vous que :
a) Vous en avez entendu parler et vous savez précisément sur quoi porte ce mouvement ?
b) Vous en avez entendu parler mais vous ne savez pas précisément sur quoi porte ce mouvement ?
c) Vous n’en avez pas entendu parler ?
Je réponds b. Question suivante :

"Diriez-vous que ce mouvement est
a) Tout à fait justifié ?
b) Plutôt justifié ?
c) Plutôt pas justifié ?
d) Pas du tout justifié ?"
Re-euh...

Cocotte, comment veux-tu que je te donne un avis éclairé sur cette question alors que je viens de te dire que je n'étais pas bien au courant ? Logiquement, tu ne devrais même pas me poser la question ! C'est ça, l'opinion publique ? L'opinion des gens qui ne connaissent rien à rien et qui donnent leur avis au pif ?

Je livre en substance ces réflexions à la sondeuse (mais sans l'appeler cocotte), qui les accueille d'un long silence. Avant de répéter exactement la même question.

[mode private joke on] Tiens, amis traducteurs audiovisuels, ça ne vous rappelle pas un autre sondage, tout ça ? [mode private joke off]

Ensuite, on est passé aux questions sur les responsables politiques. Il y a quelques mois, j’avais répondu à une enquête d’un autre institut de sondage sur le même thème. Mais les questions étaient formulées de telle façon qu'on pouvait répondre
a) qu’on n’avait pas d’opinion sur l’action de telle ou telle personnalité politique
ou
b) qu’on n’était pas au courant de ses réalisations,
voire
c) qu’on ne savait pas qui il/elle était.

On a le droit de ne pas avoir un avis sur tout le monde, non ?

Ben non. Pas chez le grand institut de sondage dont le nom commence par Ip et finit par sos. Chez eux, on n'a pas le choix, il faut dans tous les cas "approuver" les actions des politique (a) Tout à fait ; b) Plutôt, c) Plutôt pas ou d) Pas du tout).

[mode enfonçage de portes ouvertes on] Non, franchement, c'est beau, la fabrique de l'opinion...
Pour revenir aux idées reçues que je pourfends ardemment: c'est vrai qu'on entend souvent dire qu’il y a des collusions entre instituts de sondage et partis politiques. Donc tout le monde le sait, apparemment. Bon, d'accord. Mais dites donc, les gars, faudrait penser à faire ça un chouia plus subtilement, je trouve que vos gros sabots à talonnettes s'entendent de très loin.

Chuis dégoûtée, moi... Si j'avais su, je me serais cramponnée à ma serpillière et je n'aurais même pas décroché. Parce que là, franchement, ça craint. [mode enfonçage de portes ouvertes off]


Rien à voir (ou si peu), mais décidément, je me demande pourquoi Les piles intermédiaires ne figure pas encore dans le palmarès L'Express des vingt blogs d'opinion qui comptent.

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Ecrire e(s)t traduire


Connaissez-vous Agnès Desarthe ?

Moi pas. En tout cas pas jusqu'à hier. J'ai visionné l'émission qui lui était consacrée sur le site d'Arrêt sur images et j'ai été conquise.

"Les souvenirs n'arrivent pas sous forme de langue. Les souvenirs arrivent... sous forme de souvenirs, c'est-à-dire que ce sont des images avec de l'odeur et du toucher. (...)

Marcel Proust... Il faut toujours évoquer Marcel Proust, parce que c'est magnifique. Il disait : "Toute écriture est traduction". Parce qu'on n'a pas les mots dans la tête : on pense qu'on a des mots, on fait semblant que ce sont des mots, mais ce ne sont jamais des mots : c'est une matière complexe, composite, et le travail de l'écrivain, c'est de faire semblant qu'il y croit. Qu'on peut ouvrir un crâne [pour] que les autres puissent voir ce qu'il y a dedans. Donc on est obligé de passer par les mots. Mais si on pouvait les éviter, on les éviterait, parce qu'ils sont tellement approximatifs, décevants, pauvres... Donc écrire est un travail de traduction.

"En quelle langue ça vient ?" Ça ne vient pas en une langue, ça vient en boule, en pelote, et après, moi, je cherche, avec ma langue - la seule que je maîtrise, qui est la langue française - je cherche à accéder à cette espèce de grenier et je tire un mot, je me dis : "C'est celui-là ? Non, c'est pas celui-là. Un autre, non, c'est pas celui-là... Si je tire ces deux là en même temps, ah, ça y est, ça ressemble un peu à l'image." C'est comme ça que ça se fabrique, pour moi.

Il arrive que des mots, des choses me viennent en anglais, mais je ne crois pas que ce soit de l'ordre de l'affectif, parce que l'anglais, chez nous, était parlé pour une seule raison, c'était pour que les enfants ne comprennent pas. C'était la langue commune des parents pour que les enfants ne comprennent pas. Après, que je sois devenue traductrice de l'anglais, ça n'étonne personne, c'est tout à fait naturel. Mais si les mots me viennent en anglais, c'est parce que c'est une langue que je pratique tellement, que je lis tellement, et qui est tellement, pour moi, habitée par les auteurs que j'admire et qui m'inspirent, qu'il y a un travail poétique qui peut se faire en anglais aussi. Mais ça n'est pas lié au réel. Parce que le réel ne vient pas sous forme de mots."

Agnès Desarthe dans "Dans le texte", l'émission littéraire d'Arrêt sur images, diffusée en ligne sur abonnement (ainsi que sur le canal 94 de la Freebox) et animée par Judith Bernard.


L'émission dure 60 minutes. Je l'aurais écoutée parler encore des heures. Elle écrit (des livres pour enfants, des romans), traduit (de l'anglais, donc, si vous avez suivi) et quand elle parle avec passion de son métier (et de son dernier opus, Le remplaçant, aux Editions de l'Olivier), il y a comme un souffle qui traverse l'écran. La grâce, sans doute. Elle a de l'humour, sur elle-même comme sur le monde, elle parle avec une sorte de sourire naturel dans la voix et son visage très mobile respire l'intelligence et la finesse.

Voici comment elle se présente joliment sur son site :

"Agnès Desarthe est née à Paris en 1966.

Considérant très tôt le français comme une langue étrangère - car chez elle on parle l'arabe, le russe et le Yiddish - elle tente de l'apprivoiser en écrivant des poèmes qui font pleurer sa mère, des histoires qui enorgueillissent son père.

Malgré une orthographe souvent défaillante, elle parvient à suivre des études de lettres, puis d'anglais.

La traduction est son premier métier. Les livres pour enfants viennent ensuite, les romans, les chansons, les scenarii, les pièces de théâtre. Arrivée à l'âge où l'on commence à fatiguer, elle mène ces diverses et trop nombreuses activités de front, ce qui la rend parfois folle. Elle danse beaucoup, et jardine vigoureusement.

Jugée tantôt trop douce, tantôt trop cruelle, elle se verra jusqu'au bout comme une immigrée dans la république des lettres.

En écrivant, elle cherche à rendre compte du chaos qui la stupéfie, de la violence qui la cloue et l'empêcherait de se lever si elle ne trouvait pas moyen de l'utiliser, de la mater, de la transmettre.

Issue de la tradition orale, elle a entendu tant d'histoires qu'elle n'a finalement jamais eu d'autre choix que d'en raconter à son tour.

Elle souhaite, si les conditions le permettent, finir ses jours à la campagne."


Et pour finir un portrait publié dans Lire datant de quelques années, et tout aussi sympathique.


Je crois que je suis amoureuse (mais chut).


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Actualité de la pile 69


Cher lecteur fidèle de ce blog, je pense à toi. Oui, je pense à toi, malgré ta rareté, et plus je pense à toi, plus je me dis que dans le fond, tu es sans doute comme Mme H., notre voisine vosgienne qui, dans les années 80, dévorait les romans-photos feuilletonnants de Nous Deux, conservait amoureusement ses vieux numéros de La Veillée des chaumières et ne manquait pas un épisode des aventures de l'inspecteur Schimanski sur ZDF : tu aimes les sagas, les fictions à rebondissements, les séries policières allemandes et les héros récurrents.

Cher lecteur plus occasionnel de ce blog, bien que tu sois à peine moins rare, j'ai aussi pensé à toi. Si tu as loupé le début de la saga de la pile 69, je t'engage à aller voir ici, dans la dernière pile en bas à droite après la machine à café.

Alors, où en est donc la pile 69 ?

Tout d'abord, un point logistique : l'anniversaire de Frère B. approche à grands pas (il n'y a plus qu'un petit mois avant la date fatidique). Il ne reste plus que quelques albums à choisir pour parvenir à 40 - après quoi, il faudra encore confectionner un livret d'accompagnement et une boîte/coffret pour ranger et transporter tout ça, mais c'est une autre histoire.

Les commentaires laissés sur le précédent billet m'ont donné plein d'idées (merci !). J'ai écouté, cogité, hésité, commandé, et j'ai le plaisir de vous annoncer que 9 CD supplémentaires sont arrivés samedi matin.


7 autres albums sont commandés et en cours d'acheminement – dont plusieurs qui viennent de loin et/ou sont d’occase parce qu’épuisés chez les disquaires et risquent donc de ne pas arriver à temps et/ou de ne pas être très jojos après leur traversée de l'Atlantique à la rame en solitaire (ayant déjà eu quelques expériences malheureuses dans ce domaine, je me méfie...).

Disons qu'il faudrait en choisir 5 + "2 faciles à trouver" au cas où.

Pour l'instant, la sélection en est donc là :

1. Burt Bacharach – Butch Cassidy and the Sundance Kid (bande originale)
2. Joan Baez – David’s Album
3. Barbara – Une soirée avec Barbara
4. The Beatles – Abbey Road
5. Jane Birkin, Serge Gainsbourg – Jane Birkin, Serge Gainsbourg
6. David Bowie – Space Oddity
7. James Brown – Getting’ down to it
8. Johnny Cash – At San Quentin
9. Leonard Cohen – Songs from a room
10. Creedence Clearwater Revival – Bayou Country
11. Miles Davis – Bitches Brew
12. The Doors – The soft parade
13. Bob Dylan – Nashville Skyline
14. Easy Rider, bande originale
15. Aretha Franklin – Soul 69
16. Marvin Gaye - Marvin Gaye and his girls
17. Gilberto Gil – The sound of revolution
18. Charlie Haden – Liberation Music Orchestra
19. Herbie Hancock – Fat Albert Rotunda
20. The Jackson 5 - Diana Ross presents The Jackson 5
21. Jefferson Airplane – Volunteers
22. Quincy Jones – Walking in Space
23. Janis Joplin - I got dem ol'kozmic blues again, Mama!
24. John McLaughlin – Extrapolation
25. Pink Floyd – More (bande originale)
26. Elvis Presley – Suspicious Minds, the 1969 anthology
27. Santana – Santana
28. Achie Shepp – Blasé/Live at the Pan-African Festival
29. Wayne Shorter – Super Nova
30. Sly & the Family Stone – Stand!
31. Dusty Springfield – Dusty in Memphis
32. The Temptations – Cloud Nine
33. The Tony Williams Lifetime – Emergency!
34. The Velvet Underground – The Velvet Underground
35. Stevie Wonder – My chérie amour
Tu l'auras sans doute constaté toi-même, lecteur perspicace de ce blog, j'ai laissé tomber l'idée d'élargir la sélection à la musique classique. Mais même comme ça, l’heure des choix douloureux est arrivée. Par maniaquerie souci d'efficacité, j'ai fait une présélection de 20 titres envisageables :

1. The Allman Brothers Band - The Allman Brothers Band
2. The Band – The Band
3. Tim Buckley – Happy Sad
4. Cannonball Adderley Quintet – Country Preacher
5. John Coltrane – 3 Little Words
6. Cream – Goodbye
7. Deep Purple – Deep Purple
8. Nick Drake – Five Leaves Left
9. Jacques Dutronc – Jacques Dutronc (celui de 1969, bien sûr)
10. Jean Ferrat – Ma France
11. Léo Ferré - Les 12 premières chansons de Léo Ferré
12. Stan Getz – au choix The Song Is You, Didn't We, Marakesh Express ou Stan Getz and Gerry Mulligan
13. King Crimson – In the Court of the Crimson King
14. Led Zeppelin – au choix Led Zeppelin ou Led Zeppelin II
15. Lennon/Ono – Live Peace in Toronto 1969
16. MC5 – Kick out the jams
17. Rolling Stones – Let it bleed
18. Frank Sinatra – My Way
19. The Stooges – The Stooges
20. Neil Young – Everybody knows this is nowhere
Si ça ne tenait qu’à moi, ce serait vite vu : Sinatra, Ferré, Led Zep, les Stooges, Deep Purple et peut-être Cannonball Adderley en album "de secours" - hop, c'est réglé, n'en parlons plus.

Oui mais voilà : Frère B. n’est pas un inconditionnel de Led Zep ni de Deep Purple - une forte saturation qui remonte aux années 80, époque où Frère L., adolescent à la mèche rebelle (mais seulement la mèche) testait les limites sonores de sa chaîne hi-fi et faisait profiter toute la maisonnée de ses découvertes musicales (il aimait aussi mimer les solos de guitare de Jimmy Page sur sa raquette de tennis à genoux dans la cuisine et massacrer déchiffrer assez approximativement l'intro de "Smoke on the Water" sur le piano familial plutôt désaccordé). Quant aux Stooges, j’ai peur que ce soit un peu trop rock pour lui (même si c’est un putain d’album, vous me passerez l’expression).

Dutronc et/ou Ferrat présenteraient l’avantage d’ajouter une touche frenchy à cette sélection très américaine – seulement leurs albums de cette année 1969 sont un peu bof-bof. Je retiens quand même Ferré, c'est un bel album.

Stan Getz et John Coltrane : bonne idée aussi, dans le fond, mais Frère B. a déjà pas mal d'enregistrements de Stan Getz et Coltrane a l’air coton à trouver.

Et les autres... Ben pour être honnête, "j’aime, mais sans plus", je n’arrive pas à m’enthousiasmer (lecteur inconditionnel des Stones ou de Neil Young, je te prie de ne pas t'offusquer).

Je me laisse encore une semaine de réflexion. D'ici là, si vous avez des conseils, des avis, une fois de plus, lâchez-vous, amis lecteurs. Vos précédentes contributions m'ont vraiment été précieuses (si-si !).



Quand je pense qu'il faudra recommencer dans même pas quatre ans pour Frère L., pfiou...

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Positiver, positiver, positiver...

Histoire d’oublier que :

- The Man passe un week-end au vert loin de moi.

- The Man a une rage de dents à se taper la tête contre les murs, sa voiture refuse de démarrer à peu près une fois sur deux en raison d'un insoluble problème de batterie et il a 400 km de route à faire demain.

- Je m’inquiète donc un tout petit peu pour mon cher et tendre.

- J'aurais pu le rejoindre je n’avais pas autant de boulot et si un cousin ne s’était pas incrusté chez moi pour quatre jours.

- La cohabitation avec ledit cousin est... comment dire ? Délicate.

- Ledit cousin vient d'ailleurs de faire tomber mon ordinateur portable en parfait état et d’arracher quatre touches du clavier en tentant d’amortir la chute (ajoutons qu'un verre de jus de fruit bien rempli et bien sucré, qui a fait un vol plané par la même occasion, a failli atterrir sur le clavier mais s'est finalement contenté de flinguer définitivement mon plancher qui n'est malheureusement pas vitrifié).


Vite, vite, un remède anti-déprime !



Aaaaahhhh, ça va déjà mieux.

Décidément, cette compil en trois CD est l'un de mes meilleurs achats de ces derniers temps...


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Ce récent billet de la Grenouille-Rosbif m'a fait sourire : Neveu S., qui a presque le même âge que son Pouitch-Poulet, passe un peu par les mêmes passions. Sauf qu'il a commencé par s'intéresser plutôt aux dinosaures. Les dragons sont venus dans la foulée, mais de façon indirecte, en raison sans doute d'une légère confusion entre gros-animaux-bizarres-à-écailles-dont-on-parle-beaucoup-dans-les-livres-mais-que-curieusement-on-ne-croise-jamais-dans-les-rues-de-Lyon.

Son enthousiasme est fatiguant fascinant.

Il y a quelques jours, on a gardé Neveu S. tout une grande soirée, The Man et moi. Au programme, foot et toboggan au parc, maquette de tyrannosaure en carton (fort esthétique, non ?), coquillettes pour le dîner et fraises au sucre en dessert. Autant dire qu'on avait sorti le grand jeu, parce qu'on voulait avoir la paix que dans le genre tonton et tata trop cool, on est quand même ce qui se fait de mieux, même que Neveu S. avait la larme à l'oeil en repartant le lendemain et qu'on était vachement surpris émus.

Pendant le dîner, Neveu S. tend l'index vers une réplique de vieil appareil photo sur trépied qui sert de déco dans l'appartement et demande le plus sérieusement du monde...


- Qu'est-ce que c'est comme dinosaure, ça ?

- Euh non, mon chou, ça c'est un appareil photo. Mais il est très très vieux, c'est pour ça qu'il a une drôle de tête.

Mon honnêteté légendaire et ma non moins légendaire absence de jugeote me font hésiter à lui expliquer qu'il s'agit d'une copie d'appareil ancien. Et puis finalement non, ne soyons pas suicidaires et laissons-le croire que l'appartement de sa tata trop cool regorge d'antiquités et de superbes objets de valeur.



- Il est très très vieux de l'époque des dinosaures ?

- Non, quand même pas.

- De l'époque des mammouths ?

- Euh, non plus...

- Des chevaliers et des dragons ?

- Comment te dire...

- Des pirates ?

Cogitation de la tata trop cool, qui commence à fatiguer et est relativement pressée de boucler l'étape coquillettes pour passer à autre chose : après tout, la piraterie stricto sensu, ça existe encore aujourd'hui, hein... allez zou, je m'engouffre dans la brèche, pas la peine d'entrer dans les détails.

- Oui, peut-être de l'époque des pirates.

L'air pensif, Neveu S. se concentre sur son assiette (tout en visualisant Barbe-Rouge partant à l'abordage d'un galion espagnol avec un reflex Canon en bandoulière : une fois de plus, qu'ai-je fait, mon Dieu, qu'ai-je fait ?).


L'espace d'un instant, je crois avoir gagné la partie. Naïve que je suis.



- Est-ce qu'il crache du feu comme les dragons ?

- Qui donc, mon chaton ?

- L'appareil photo très très vieux ?





Bon.

Notons quand même

- que Neveu S. énumère spontanément dans l'ordre chronologique les dinosaures, les mammouths, les chevaliers et les pirates (ce qui n'est pas négligeable).

- que Neveu S. a vraisemblablement connu, dans une vie antérieure, l'époque des flashes au magnésium. Je ne vois pas d'autre explication pour cette histoire d'appareil photo qui crache du feu (et ne viens pas me dire qu'il mélange tout, lecteur goguenard de ce blog, c'est une explication parfaitement irrecevable pour une tata trop cool soucieuse de participer de façon constructive à la culture générale de son neveu préféré - car unique pour l'instant).

Non mais.

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Traduire, tergiverser, trancher

Il n'y a pas que moi qui range, en ce moment. Mon oncle X., qui s'apprête à déménager, a entrepris une grande opération consistant à répertorier et à classer les 2 000 ouvrages passablement poussiéreux qui occupent ses bibliothèques. Oui, "ses" bibliothèques. 73 ans de passion pour les livres, ça finit par prendre de la place. Sans compter qu'il hérita dans les années 70 du contenu de la bibliothèque de son père, qui, par une coïncidence folle, nourrissait la même passion. C'est curieux comme ces choses-là se transmettent de génération en génération.

En inventoriant son stock, Oncle X. est tombé sur un Faust en version bilingue, une édition un peu vieillotte de 1949, qu'il a gentiment mise de côté pour sa germaniste de nièce. J'ai récupéré il y a quelques jours cette relique familiale qui porte à l'entrée l'écriture serrée de mon grand-père.

C'est un livre dont il faut couper les pages, à l'ancienne. Et les pages n'ont pas été coupées, hé hé. Ce qui confirme ce que je soupçonnais déjà un chouia : mon grand-père (que je n'ai pas connu) était un acheteur de livres compulsif qui accumulait des piles de bouquins... et ne réussissait pas à les lire tous. C'est curieux comme ces choses-là se transmettent aussi de génération en génération.

Mais surtout, tandis que je feuilletais cet ouvrage d'une épaisseur respectable en me contorsionnant un peu pour voir les pages non découpées, un petit feuillet est tombé du livre. Et là, ô surprise :



Donc : M. Bregeault de Chastenay, traducteur de son état, a eu des états d'âme. Quoi de plus normal ? Il a hésité, tergiversé. Rien d'étonnant. Pire, il s'est trouvé confronté à des dilemmes cornéliens, qu'il n'a pas réussi à trancher. Oh, pas beaucoup, juste de quoi remplir quatre pages (recto seulement), ce qui est peu sur les 6 565 vers que compte ce volume. Mais quand même.

Vous ne trouvez pas que M. Bregeault de Chastenay a eu bien de la chance de pouvoir exprimer, et surtout imprimer, ses états d'âme ? C'est la première fois que je vois ça et je trouve ça formidable.

Parce qu'en école de traduction, on nous pénalisait quand on n'arrivait pas à trancher entre deux solutions de traduction. D'ailleurs, devenue relectrice occasionnelle, je pousse immanquablement un soupir d'exaspération quand par hasard le traducteur dont je corrige la prose a laissé deux versions de sa traduction séparées d'un "/" parce qu'il n'est pas arrivé à se décider ; et s'il propose une variante en note de bas de page, il m'arrive de ne même pas la lire (vous le saurez, hein, confrères-lecteurs...). Merde, c'est pas à moi de choisir. Comme le disait Mme-dont-j'ai-oublié-le-nom-et-que-je-n'aimais-pas-beaucoup, prof de traduction médicale (spécialité où les fantaisies traductologiques sont pourtant plus que limitées) : "Faites des choix et assumez-les."

Mais là, c'est différent.

On n'imagine pas un ajout de ce style en annexe du rapport d'activité d'une multinationale ou d'un livret de CD ; encore moins à la fin d'un documentaire ou d'un film. Quoique, si les bonus des DVD proposent des montages alternatifs, des director's cut et tout et tout, pourquoi ne proposeraient-ils pas des variantes de sous-titrages ? "Parce qu'à part les traducteurs audiovisuels (et encore), personne ne les regarderait." C'est pas faux. Ça me fait penser qu'il y a sur le DVD britannique de Sacré Graal un sous-titrage farfelu et au titre alléchant que je n'ai toujours pas regardé ("Subtitles for People Who Don't Like the Film - taken from Shakespeare's Henry IV, part II"). Fin de la parenthèse et retour à Goethe.

Non, là, vraiment, c'est différent.

En traduction littéraire, c'est facile à faire et ça offre vraiment un petit "plus" éclairant, comme une clé de lecture supplémentaire proposée à ceux qui auraient envie de se confronter au texte d'origine. Dans ce Faust, on voit par exemple comment le traducteur a malaxé et retourné ses vers - beaucoup des "variantes" proposées consistent essentiellement en un agencement différent des rimes. Une illustration :


"Ich höre was von Instrumenten tönen!
Verflucht Geschnarr! Man muß sich dran gewöhnen.
Komm mit! Komm mit! Es kann nicht anders sein,
Ich tret' heran und führe dich herein."

"J'écoute d'instruments vibrer la plénitude !
Ah ! Le maudit vacarme ! Affaire d'habitude.
Viens avec moi ! Viens donc ! Il en doit être ainsi,
Je m'approche avec toi, je t'intronise ici."

"J'écoute d'instruments vibrer le hourvari.
Ah ! Le maudit vacarme ! Affaire d'habitude.
Viens ! Viens ! A ce sujet point d'autre inquiétude.
Nous approchons et je t'amène en favori."

Évidemment, ça n'a pas le même intérêt pour toutes les oeuvres que l'on fait traduire en français. Ici, ces quatre pages font aussi écho à la citation de Gérard de Nerval reproduite au début de l'ouvrage (issue de la préface de sa première édition de Faust, 1828) : "Je regarde comme impossible une traduction satisfaisante de cet étonnant ouvrage. Peut-être... le charme d'une version poétique... pourrait-il en donner une idée... ?" Avec du Danielle Steel, ce serait déjà moins pertinent. Mais pour les auteurs ardus, intimidants, ceux sur lesquels les traducteurs craignent de se casser les dents, pourquoi pas ? Je ne lis que rarement les préfaces de traducteurs - ça, en revanche, ça me donne envie de revenir au texte, de comparer, de lire à voix haute...

Dommage qu'on n'ait pas plus d'infos sur l'histoire de ce petit feuillet glissé à la fin de l'ouvrage. Ce cher Brégeault de Chastenay s'est-il battu avec les éditions Montaigne ? Ces quatre pages sont-elles le fruit d'un compromis durement négocié ? Ou au contraire, avait-il d'excellents rapports avec son éditeur, lequel lui a peut-être proposé spontanément cette solution en le voyant plongé dans de telles affres ?

On ne saura pas...


Curieux, quand même, non ?


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Le tarif au mot remonte

e

Si-si, il remonte.

Actuellement, il tourne autour de 12,5 euros. Du jamais vu, non ?


Bah oui, 100 euros d'amende pour ça :

"Sarkozy, je te vois, Sarkozy, je te vois !"


... ça fait du 12,5 euros le mot.


Je vous le fais en tarif au feuillet, c'est plus parlant pour certains : 3 571 euros la page de 1 500 signes, espaces compris.

Ou encore 100 euros le sous-titre, à présenter sur deux lignes (42 caractères, quand même ; encore qu'il n'est sans doute pas nécessaire de doubler la réplique, allégeons le sous-titre au maximum pour faciliter la tâche au téléspectateur).


Bon, bon d'accord, you got me. Je reconnais que ce n'est pas de la traduction.


C'est du "tapage injurieux diurne troublant la tranquilité d'autrui".

Si-si !

Je m'interroge, quand même : en pleine gare Saint-Charles, un soir à l'heure de pointe, c'est fou de se soucier comme ça de la tranquilité d'autrui. Si j'allais crier "Casimir, je te vois !" dans le hall de la gare de l'Est un jour de semaine autour de 19h, je suis prête à parier que personne ne s'en apercevrait (pourtant, quel affront pour Casimir).

Quand même, on vit une époque formidable, non ?

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Faut que je vous confie un truc ('tention c'est du lourd) : je n’ai pas choisi mon métier par amour des langues étrangères, par passion pour la langue française, par désir d’œuvrer pour la communication entre les peuples ou par fascination pour les films sous-titrés. Meûhnon, bande de naïfs la vérité, c’est que je suis devenue traductrice parce que c’est une bonne excuse pour avoir plein de dictionnaires.

Petite mise au point : je n’aime pas les dictionnaires en ligne, pas plus que ceux qu’on installe sur un ordinateur à partir d’un CD-rom. Ceux-là sont éventuellement utiles, mais, il faut bien le dire, totalement dénués de charme. Nan-nan-nan, moi je kiffe les bons vieux pavés qui font travailler les biceps (que j'ai plutôt fluets donc ça ne peut pas me faire de mal) et sont imprimés en lettres microscopiques si possible sur du papier bible. Ça, c’est du dico. Du vrai dico qui te vaut des tendinites et une presbytie précoce, et qu'il faut réparer périodiquement avec du papier kraft et de la colle à bois en pot d'un demi-litre (parce que le scotch ou la colle en stick, ça vieillit mal).

Une ou deux fois par an, je fais donc une expédition dans les locaux pas très grands mais sympathiques de la Maison du dictionnaire, près de Montparnasse, où je procède à un examen assez approfondi du stock du magasin (ne pas oublier de descendre au sous-sol où il y a parfois des pépites à dégoter parmi les dictionnaires d’occasion – un précis bilingue russe-portuguais de vocabulaire nautique datant de 1956, par exemple, ça ne se refuse pas, tu en conviendras avec moi, lecteur-souvent-aussi-traducteur de ce blog). Quand la vendeuse me demande pour la quatrième fois si j'ai besoin d’un renseignement, je comprends la mort dans l'âme qu’il est temps de faire un choix (douloureux) et je repars avec un, deux, trois ou quatre volumes, selon le poids (et accessoirement selon ce dont j’ai réellement besoin). Dans la bibliothèque de mon bureau se croisent donc joyeusement dicos monolingues, bilingues et multilingues, glossaires techniques ou juridiques et dictionnaires de passionnés dans lesquels quelques auteurs se penchent sur un thème et le décortiquent in extenso, mot après mot (ho ho).

Mais les plus chouettes, ce sont les dictionnaires absurdes, ceux qui ne servent strictement à rien. Ce sont mes préférés, même si avec ceux-là, j’ai moins d’excuses pour dévaliser les librairies. En même temps, ils sont noyés dans la masse, parce que personne ne s’amuse à lire un par un les titres de mes dictionnaires, vu que pour la plupart des gens, une bibliothèque pleine de dicos, c'est un meuble sans intérêt rempli de gros livres austères (je ne comprends pas la plupart des gens).

Dans cette dernière catégorie, j’ai un petit faible pour deux ouvrages :

- Le Dictionnaire des mots qu'il y a que moi qui les connais (2001) de Jean Yanne. Jean Yanne qui déclara un jour fort justement : "Les dictionnaires sont des entreprises douteuses dans lesquelles on s'attache chaque année à supprimer de jolis mots que plus personne n'utilise pour les remplacer par des mots laids que tout le monde emploie." Mais Jean Yanne qui est aussi, par ailleurs, l’un des rares auteuuuuurs à s'être attaqué à ce que l'on peut allègrement qualifier de dernier tabou de notre société : le phénomène Ferrero Rochers. Dans Le Dictionnaire des mots qu'il y a que moi qui les connais, il baptise en effet "wilopiaux" les sucreries disposées en pyramide que l’on peut picorer lors des réceptions officielles données par les diplomates. Hommage lui soit rendu pour ce gros effort de conceptualisation.

- Le Baleinié, sorti il n’y a pas longtemps. Je ne l’ai pas encore lu, mais il semble très alléchant, à la fois absurde et drôlatique. Le principe ? Mettre des mots sur les petits tracas du quotidien. On voit et on entend beaucoup les auteurs (Christine Murillo, Jean-Claude Leguay et Grégoire Oestermann) dans les médias ces jours-ci, et je m’en réjouis.

Morceaux choisis :
double-riquesta : tentative d'aplatissement extrême pour se glisser entre deux tables de restaurant
ertezoute : personne qui vous tient la porte de si loin qu'elle vous oblige à presser le pas.
lornidien, enne : personne de la table d'à côté qui écoute tout ce que vous dites
lunoise : allumette déjà grillée dans la boîte
patoplasbille : socquette seule au sortir de la machine à laver
plute : prix oublié sur un cadeau
ubocher : enfiler son col roulé en ayant gardé ses lunettes
xataplu, e : pote qui veut votre opinion sur le film dès que la salle se rallume.
zoupard : distance entre le ticket de péage et le bout des doigts tendus.
Joli, non ?

Après tout ça, tu vois bien, lecteur compréhensif et compatissant de ce blog, qu'il m’est très délicat de relever le tag de la Grenouille-Rosbif qui propose un "jeu du dictionnaire" totalement métabloguesque, puisque qu’il consiste à définir les groupes de lettres aléatoires générés par les hébergeurs de blogs pour éviter le postage automatique de commentaires.

"Il m’est très délicat", gnagnagna... Ouais, ouais, ça va, arrête ton char deux minutes. Parce qu'en fait, j’adore ce genre de jeux inutiles et rigolos. Et puis la Grenouille-Rosbif a quand même l'immense mérite d'inventer des tags au lieu de reprendre ceux qui traînent sur Internet depuis la nuit des cybertemps. Alors, fi de ces chichis, c’est parti.


Chemini - nom complet : Chemini Crocket. Personnage concurrent de Jiminy Cricket, lancé par un employé de Disney après son renvoi pour "divergences artistiques" en plein milieu de la réalisation de Pinocchio (il se murmure dans les milieux initiés – dont je fais trop partie, tu l’auras compris, lecteur attentif de ce blog – que son licenciement était dû aux révélations qu'il menaçait de faire au sujet du big boss, Walt himself, taupe du FBI). Chemini Crocket eut une existence éphémère en raison du décès prématuré de son créateur, qui fut retrouvé sous la forme d'un petit tas au pied de son immeuble après une chute de 38 étages. "L’accident bête", aurait dit Pascal (celui des Tontons Flingueurs, bien sûr). L’enquête conclut naturellement au suicide et les figurines Chemini Crocket furent promptement retirées du commerce.

Ching - exclamation onomatopéique malheureusement tombée dans l’oubli de nos jours, mais très en vogue dans les années 20. Elle servait généralement à exprimer un vif dépit suite à un bris de verre.
Exemple d’emploi : "Oh ching, j’ai encore fait tomber ma flûte de champagne ! Charles, soyez un chou, passez-moi votre mouchoir."

Comati – état d’hébétement léthargique typique des visiteurs étrangers au terme d’une journée épuisante passée à Venise ou à Rome au plus fort de la saison touristique (il faudrait bien sûr dire "un comato/des comati" – le pluriel s'est toutefois substitué au singulier dans le langage courant, à l’instar de paparazzi ou de spaghetti).

Coppowsi blogspot, tu as d’énormes qualités, mais si je puis me permettre, j’ai l’impression que ton orthographe est défaillante (ou alors, phonétique, ce qui n’est pas moins inquiétant) – as-tu pensé à la dyslexie ? Il faut bien sûr lire "Copposie" : mafia cinématographique relativement talentueuse et passablement népotique entourant la personne de Francis Ford Coppola. La Copposie comprend notamment son père Carmine, sa fille Sophie et l’ex-mari d’icelle Spike Jonze, ses neveux Nicolas Cage et Jason Schwartzman, sa sœur Talia Shire ainsi que son fils Roman Coppola.

Frogr – en gaélique, petit esprit grenouillesque annonçant une averse toute proche. Le terme est récurrent dans les conversations des Irlandais d'un certain âge du côté du comté de Kerry (le temps pluvieux y est certainement pour quelque chose).

Hundol - marque d'essence spécialement conçue pour les tronçonneuses, qui eut son heure de gloire au début des années 80. Sa commercialisation cessa en 1984 pour cause de rupture de production, son inventeur (seul détenteur de la formule du carburant dont il gardait jalousement le secret) ayant été retrouvé carbonisé dans son atelier après avoir testé imprudemment un nouveau produit destiné aux barbecues.

Mishin – ma perplexité est grande et mon étonnement, sans bornes, je dois même dire que je ne vois pas du tout par quelle coïncidence extraordinaire ce mot est arrivé dans cette liste. Car comme j’ai pu m’en rendre compte pendant mon dernier week-end de baby-sitting, "mishin" signifie tout bonnement "méchant" dans la bouche de Nièce M. (qui, à presque deux ans, a tendance à confondre tous les sons et à zozoter légèrement sur les chuintantes). Elle dit, sur le même modèle : "zintil" (gentil), "shinter" (chanter) ainsi que, mais pas avant quelques années, "le 'Shint des partisins' shimboula mon existince et fut déterminint pour mon engazemint politique".

Mogra – nom commercial envisagé à l'origine par les créateurs de Slimfast, qui y renoncèrent en raison des connotations évidentes de sa seconde syllabe.

Ockli - diminutif autrichien, comme l'indique le suffixe -li, du nom commun "Ockel". Maintenant que j’ai dit ça, je suis bien avancée… attention, je sors les rames. Fruit d’une influence que nul linguiste n’a encore réussi à élucider en totalité, "Ockel" vient sans doute de l'égyptien "okel", terme dont la signification est proche du "caravansérail" persan ou turc. Fort logiquement, un Ockli est donc un bazar/auberge miniature conçu à l’échelle d’une maison de poupées, vendu dans les magasins de jouets et très apprécié par les bambins autrichiens (qui comme chacun le sait portent des culottes de cuir et aiment à courir d'un pas sautillant dans les vertes vallées alpines en jodlant à pleins poumons).

Protersh - terme tchèque d'origine obscure désignant la rituelle beuverie à la Berechkova qui marque le passage à l'âge adulte chez les jeunes Praguois. Autres graphies possibles : proterch, pratersh (l’accent tonique étant donc sur la dernière syllabe).


Je n'ose pas refiler ce tag à quelqu'un d'autre que C-G. Karine a laissé tomber planche toujours sur le précédent tag. Tonton semble avoir souffert dudit tag, je ne le harcèlerai donc pas davantage. Et Nath n'a pas le temps. Menfin si le coeur vous en dit, vous ou d'autres, qui que vous soyez, voici la suite des mots à expliquer :
Jardomkt
Inesse
Hayntio
Alkoy
Psodo
Scrypn
Pushos
Cremosp
Inerest
Sesses

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De la mélancolie

Ces journées un peu grises sont l'occasion de vous parler de W.G. Sebald (dit "Max" Sebald), cet auteur allemand exceptionnel décédé prématurément fin 2001. En France, il est édité chez Actes Sud et traduit par Patrick Charbonneau. J'emploie le présent car plusieurs écrits de Sebald sont sortis chez nous bien après sa mort (le dernier en date, Campo Santo, en février 2009). Au Royaume-Uni, l'un des premiers pays où il connut une forme de succès, il était notamment traduit par l'excellent Michael Hamburger (lui aussi décédé aujourd'hui - décidément, tout cela est très gai).


Ce défricheur de la mémoire au style lyrique et mélancolique continue de me fasciner et a tendance à obséder à peu près tous les gens qui se sont penchés sur ses oeuvres et se sont laissés entraîner dans son univers si particulier, fait de récits mi-autobiographiques, mi-fictionnels, ponctués de photos et de morceaux de "vraie vie" qui accentuent encore l'ambiguïté du point de vue du narrateur.

Sebald m'a aussi valu une de mes premières déconvenues professionnelles, mais je ne suis pas rancunière - en 2004, traductrice encore relativement fraîchement diplômée, j'ai eu l'inconscience de contacter Actes Sud et de proposer mes services pour l'édition française des essais littéraires de Sebald. J'avais traduit avec application les premières pages de son étude sur Joseph Roth et rédigé un courrier percutant pour accompagner cet échantillon et tenter de faire passer ma passion pour le bonhomme (je n'ai jamais relu cette traduction ni cette lettre, je suis à peu près sûre qu'elles me vaudraient aujourd'hui une double crise d'apoplexie).

Autant dire que la personne qui a reçu mon courrier n'a pas été séduite par mon style ; mais Actes Sud a quand même pris la peine de me répondre, en substance, que si par le plus grand des hasards Patrick Charbonneau venait à mourir prochainement, on envisagerait peut-être de faire appel à quelqu'un d'autre, mais que bon, fallait pas trop compter dessus (et ils avaient bien raison, car Charbonneau sait parfaitement rendre justice à la prose sebaldienne). A la suite de quoi j'ai revu mes ambitions à la baisse et envoyé une candidature aux éditions Harlequin, ce qui m'a valu de traduire quelques mois plus tard un chef d'oeuvre inoubliable de la littérature sentimentale qui est, contre toute attente, répertorié sur le site de la librairie Actes Sud à Arles...

Tout ça pour dire, surtout, que le Goethe-Institut de Paris (17 avenue d'Iéna dans le 16e) propose d'aujourd'hui au 26 juin une exposition sur Sebald.


Notes, cartes postales, photographies et documents sur Austerlitz, parmi lesquels le manuscrit original.

Plus que tout autre auteur germanophone contemporain, W.G. Sebald (Winfried Georg Maximilian), qui aurait eu 65 ans le 18 mai, est profondément ancré dans l'histoire de la littérature internationale. L'exposition présente, pour la toute première fois, le manuscrit original de son roman le plus célèbre Austerlitz. On peut y voir tout l'art de l'écriture poétique de Sebald, ainsi que le rapport qui le liait à la France, où il situe son action. Parmi les divers documents que nous a confiés le Deutsches Literaturarchiv Marbach où ils sont conservés, nous suivons, de la première à la dernière page du manuscrit, l'itinéraire du personnage principal Jacques Austerlitz à travers Paris, de la découverte de son prénom français jusqu'à la découverte de son père gare d'Austerlitz.

W.G. Sebald a reçu de nombreuses distinctions, notamment, en 2000, le Joseph-Breitbach-Preis, le prix littéraire allemand le plus prestigieux. Il est l'auteur, entre autres, de Schwindel, Gefühle (Vertiges, Gallimard, 2003); Die Ausgewanderten (Les Émigrants: quatre récits illustrés, Gallimard, 2003); Die Ringe des Saturns (Les Anneaux de Saturne, Gallimard, 2003); Luftkrieg und Literatur (De la destruction comme élément de l'histoire naturelle, Actes Sud, 2004); Logis in einem Landhaus (Séjours à la campagne, Actes Sud, 2005).

Une lecture d'extraits du "roman du siècle" aura lieu par le comédien André Wilms le lundi 8 juin à 19h, avec une introduction de Patrick Charbonneau, traducteur.

France Culture a consacré le mois dernier une émission à Max Sebald, qui peut être écoutée ici (ce lien s'ouvre directement dans le JoueurRéel) et constitue une bonne introduction à son oeuvre et à son style.

Pour ceux qui auraient envie d'entendre son merveilleux accent en anglais et sa voix grave inimitable, voici par ailleurs un long entretien avec Sebald diffusé dans le cadre de l'émission "Bookworm" sur la radio californienne KCRW quelques jours avant sa mort dans une atmosphère feutrée de conversation au coin du feu... (c'est beau, la radio, non ?)


tilidom.com



La très belle couverture de l'édition anglaise de Nach der Natur, paru chez Random House en 2002.
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Rayon de soleil

Engrish.com , ou comment éclairer un samedi tristoune d'un rayon de soleil traductologique.



(Vu à Onomichi, au Japon.)

Au moins, ils n'essaient pas de faire croire que c'est un traducteur en chair et en os qui a fait le boulot. Par contre, j'aurais bien aimé voir le contenu du manuel...
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Cannes, daddy and me



Je ne résiste pas à l’envie de coller ici l'affiche de cette 62e édition que je trouve absolument exquise.

Ah, le Feeeeestival…

C’est curieux comme certains événements récurrents changent de signification au fil des ans.

Il y a dix ans, Cannes me faisait rêver. Chaque année, je me disais que ce serait vraiment le pied de chez pied de me rendre là-bas avec une accréditation béton pour mater des films jusqu’à plus soif, siffler du Veuve Clicquot à l’œil et passer mes soirées à flirter avec Jean-Marc Barr Sean Penn Denzel Washington de parfaits inconnus au bar du Carlton.

Et puis est arrivée l’année 2002.

En 2002, donc, surmontant mon Jean-Michel apathie naturelle, je me dis qu’au lieu de baver devant mon écran de télévision et de coller avidement l'oreille contre mon poste de radio, je vais faire ce qu’il faut pour aller à Cannes. Les paillettes m'intéressent, mais j'envisage aussi, à l'époque, une carrière dans la culture, ça ne me ferait donc pas de mal d’aller serrer quelques mains entre deux beuveries. Comme je n’ai aucune idée de ce qu’il faut faire pour mener ce projet à bien, je postule au Prix de la Jeunesse pour faire partie d’un jury de djeunz trop cool et partir tous frais payés au Feeeeestival.

1e étape : le dossier de candidature. Un texte sous forme libre détaillant le rapport au cinéma du postulant, et une lettre de motivation. Fastoche. En 2002, je tourne encore à trois ou quatre séances de cinéma par semaine, autant dire que j'ai de quoi être inspirée. Je rédige un charmant texte avec toute l'inventivité dont je suis capable, je m’étale sur deux pages dans la lettre, et zou, c’est envoyé.

J’y crois. J’y crois VACHEMENT.

J’attends.

Je croise les doigts, je touche grave du bois, je fais des danses incantatoires autour de mon projecteur Pathé Baby et je prie les dieux du cinéma (Burt Lancaster, Joseph Leo Mankiewicz, Ava Gardner et Orson Welles en priorité).

Quand j’apprends que je suis encore en lice pour la 2e étape, je passe de la danse incantatoire au cake-walk hystérique et je me dis youpi. Je me rends à l'entretien bien déterminée à convaincre les jurés, trois responsables de je-ne-sais-plus-quoi. Je suis gonflée à bloc, je parle avec aisance, j’ai le sourire, mes réponses sont à la fois réfléchies, originales et spirituelles (ssssiiii, j’vous jure). Les trois responsables de je-ne-sais-plus-quoi sont sympas comme tout, on discute un peu de tout et de rien, j'ai trop mes chances.

Et la suite ?

Ben...

Je ne suis pas allée à Cannes et je n'ai jamais su comment s'était terminé le festival, parce que l'état de santé de mon papounet, cinéphile acharné et malade depuis plusieurs années, s'est brusquement agravé, et qu'il nous a quittés mi-mai 2002.

Alors depuis cette année-là, Cannes me fout le cafard. Je ne rêve plus de fouler la croisette ni d'y croiser Scorsese, je jette à peine un coup d'oeil au palmarès et je passe à autre chose. Si j'en avais l'occasion, je me laisserais peut-être tenter, mais plus comme un pèlerinage, une façon de boucler la boucle.

En attendant, je compte les années passées, les remords et les regrets.

A dans quelques jours.

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Râleries du mercredi

Connaissez-vous le proverbe kratzois qui dit : "Milieu de semaine, gare aux migraines" ? (Plus le temps passe, plus je me rends compte que ces Kratzois étaient vraiment des visionnaires).

Si je vous parle de migraine, c'est parce qu'aujourd'hui, mon chantier préféré est en ébullition - ça tape, ça perce, ça marteau-pique, ça crie, ça fait trembler l'immeuble, ça n'arrête pas (sauf pour la pause déjeuner, 60 minutes de répit à l'heure où je commence ce billet). Pour parler sans ambages, ce truc me tape grave sur le système et a tendance à me rendre ronchon puissance 12. Il faut se rendre à l'évidence : le boulot attendra, the headache is here to stay. Trois cachets d'aspirine et quelques vaines vitupérations plus tard, j'ai donc décidé de ranger d'arrêter de râler et de chercher sept bonnes raisons de me réjouir. Ça part un peu dans tous les sens, mais je sais que tu ne m'en voudras pas, lecteur indulgent de ce blog, car je vois bien que ton regard si doux respire la mansuétude.


1. Sur lepoint.fr, Emmanuel Berreta nous annonce que "Ça se discute" va disparaître des grilles de France 2 à la rentrée. Je pourrais presque m'arrêter là (mais oui, arrête-toi là), parce que c'est vraiment une putain de bonne nouvelle, vous me passerez l'expression (quinze ans que j'attendais ça, quand même).


2. Après la dure déconvenue d'hier, je contre-attaque et refuse résolument de me laisser enfermer dans la morosité. Au terme d'une longue étude rigoureuse et approfondie, je crois pouvoir vous affirmer que deux possibilités s'offrent à moi :



Mon choix n'est pas encore arrêté, je vous tiendrai au courant (ou pas).


3. J'ai constaté avec un étonnement mêlé de satisfaction qu'il restait encore deux quelques macarons dans la délicieuse boîte rapportée de ma folle escapade à Rouen (la tentation est forte, mais je saurai la vaincre, qu'on se le dise).




4. Du côté de Gaston (le petit nom de mon ordinateur, ne me demandez pas pourquoi), parmi la dizaine de mails de spam qui encombraient ma boîte de réception quand je l'ai ouverte ce matin, il y avait ça :



Allez savoir pourquoi, avant de cliquer sur "Supprimer" d'un geste rageur, j'ai été prise d'un fou rire de trois minutes, ce qui est toujours bon à prendre en ces temps difficiles.


5. Par ailleurs, grosse actu du côté du canapé : The Man reçoit désormais les trois chaînes sénégalaises sur sa Freebox, et ça, ça nous met vraiment en joie.
Apparté : pour ceuzécelles qui l'ignoreraient, The Man est sénégalais. Je le dis parce qu'autrement on pourrait croire que nous ne comptons explorer toutes les chaînes du PAM (paysage audiovisuel mondial) juste pour jouer les crash-test dummies, mais en fait non, il y a des limites.
Cette nouvelle offre nous permet d'enrichir nos trépidantes soirées en regardant des clips de soupe musicale ouest-africaine, des pubs Vache qui rit et Pampers en version locale (c'est-à-dire les mêmes qu'ici, mais avec des Sénégalais dedans), de longs reportages en wolof sur les championnats de lutte gréco-romaine (très populaires là-bas), ainsi que les épisodes de Super Star, l'émission de télé-réalité du moment (qui, au passage, a au moins l'intelligence de faire remporter des études de chant, de stylisme, de danse et de coiffure aux gagnants, au lieu de les lâcher dans la nature avec un paquet de fric en leur faisant croire que le monde leur appartient).


6. Réjouissantes nouvelles musicales, également, puisque Demis Roussos fait son come-back le Théâtre de Corbeil Essone a la bonne idée de programmer Ismaël Lo et Orchestra Baobab à deux semaines d'intervalle.



On ira à l'un ou à l'autre ou aux deux. Peut-être. Je vous raconterai. Promis.


7. J'ai rendu mon documentaire sur la mort dans l'art contemporain, du coup ça va beaucoup mieux. J'aurais dû commencer par là, d'ailleurs. Quand je vous disais que ça risquait de partir dans tous les sens.


Bilan : je ne vois pas pourquoi je me plaindrais. Et d'ailleurs, quand par hasard je sens une vague de râlerie monter en moi, je me repasse ça en boucle pour aller mieux :

tilidom.com

(Vous l'aviez oublié, hein ? On le regretterait presque, certains jours, pas vrai ? Ouais, je sais, c'est triste d'en être arrivé là.)

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Ma vie, mes drames (ép. 2)



Je suis passée à ça de cette ravissante (bien que fort kitsch) paire de chaussures sur Ebay :





Autant dire que je suis colère. Big time.



Tentative express de rationalisation (entreprise totalement vaine, puisque je suis globalement parlant une ebayeuse inconsolable et qui plus est mauvaise perdante)

"Ravissante", c'est discutable, me direz-vous.

Soit.

Difficile à assortir, par contre, ça c'est sûr. C'est même un coup à ne jamais les porter.

Mouais.

Et puis j'aime pas trop les chaussures à bout ouvert, c'est bien connu.

Mouais-mouais.

(...)



Naaaan, franchement, rien à faire, chuis colère.


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Qu'ai-je fait, mon Dieu, qu'ai-je fait ?

k
- Allô, madame Ouédmin ?

(Tiens, quelque chose me dit que mon interlocuteur n'a pas fait allemand première langue.)

- Elle-même.

- Pierre Machin, du service adhérents de Bayard Presse Jeune. Comment allez-vous ?

- Ecoutez, pas trop mal.

- Oui, euh, je vous appelle au sujet de votre petit S., et...

- Ah, je vous arrête tout de suite, ce n'est pas "mon" petit S., en fait. Je ne suis que sa tante.

(Léger flottement et bruit de feuilles tandis que Pierre Machin cherche fébrilement la question type qui correspond à ma réponse visiblement pas type.)

- D'accord. D'accord. Bon, tout d'abord, je tenais à lui souhaiter un très bon anniversaire au nom de Bayard Presse, par votre intermédiaire, car je crois qu'il a fêté ses trois ans il y a quelque temps.

("Quelque temps" ? Deux bons mois, quoi...)

- Ecoutez, je me ferai un plaisir de lui relayer le message.

- Et par ailleurs, je sais que le petit S. est un fidèle lecteur de Popi...

(Tu ne crois pas que tu exagères un peu, coco ? Primo, ça fait cinq mois à tout casser qu'il est abonné et secondo, je me demande si le qualificatif de "lecteur" correspond à l'usage que Neveu S. fait réellement de Popi : "froisseur-colorieur-piétineur" serait sans doute plus proche de la réalité.)

... et je voulais savoir si tout se passait bien, avec Popi, s'il n'y avait pas de problème.

(Re-flottement pendant que j'essaie de comprendre ce qu'il veut dire.)

- Euh... Ecoutez, pas à ma connaissance... Pour tout vous dire, je ne l'ai pas beaucoup vu depuis que je l'ai abonné, mais je ne vois pas trop ce qui pourrait mal se passer, en fait ?

(Soudain, les images les plus folles se bousculent dans ma tête : des bambins mangeant le journal et s'intoxiquant avec l'encre, fondant en larmes à la vue de Petit Ours Brun et entrant en dépression à cause d'un violent coloriage sur les fruits du marché. Cet abonnement, pourtant souscrit en concertation avec les parents de S. pour Noël, était-il vraiment une bonne idée ?)

- Bon, non, bien sûr, bien sûr. Enfin en tout cas, sachez que nous lui souhaitons beaucoup de moments de bonheur avec Popi, et d'une manière générale, avec les publications Bayard Presse Jeune.

- Bien-bien.

- Eh bien je vous remercie, madame Ouèdmon (t'as raison, je ne suis plus à ça près), et je vous souhaite une excellente journée.

CONCLUSION(S) :

- chez Bayard Presse, ils n'ont pas peur du ridicule.

- leur marketing est drôlement plus agressif qu'à mon époque.

- en même temps, leur stratégie n'est pas très au point, puisque le gars ne m'a même pas vendu un abonnement à Pomme d'Api (suite logique de Popi, à trois ans révolus, et raison vraisemblable de cet appel).



Je vais quand même appeler Belle-Soeurette pour m'assurer que "tout se passe bien avec Popi", parce que là, j'ai un doute affreux.

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"Dans les beaux soirs d’été, à l’heure où les rues tièdes sont vides, quand les servantes, jouent au volant sur le seuil des portes, il ouvrait sa fenêtre et s’accoudait. La rivière, qui fait de ce quartier de Rouen comme une ignoble petite Venise, coulait en bas, sous lui, jaune, violette ou bleue, entre ses ponts et ses grilles. Des ouvriers, accroupis au bord, lavaient leurs bras dans l’eau. Sur des perches partant du haut des greniers, des écheveaux de coton séchaient à l’air. En face, au-delà des toits, le grand ciel pur s’étendait, avec le soleil rouge se couchant. Qu’il devait faire bon là-bas ! Quelle fraîcheur sous la hêtraie ! Et il ouvrait les narines pour aspirer les bonnes odeurs de la campagne, qui ne venaient pas jusqu’à lui."


Gustave Flaubert, Madame Bovary



Si j'avais pris la peine de consulter mon horoscope dimanche dernier, j'aurais peut-être lu quelque chose du style : "Attention. Cette semaine a priori peu chargée se révélera pleine de surprises. Une escapade impromptue n'est pas à exclure. Ne vous laissez pas dépasser par les événements."

Mais voilà, je ne lis ni Télé Z ni 20 Minutes et me prive du coup bêtement des conseils judicieux de leurs pages astrologie. Si bien qu'à l'heure (tardive) où je tapote ces lignes, je ne peux m'en prendre qu'à moi-même.

Car à vrai dire, cette histoire de rangement s'annonce mal. Pour être tout à fait honnête, on peut même dire que j'ai à peine commencé.

La bonne nouvelle, c'est que mes visites de la fin de la semaine sont, pour l'une, remplacée par une expédition à Rouen ("escapade impromptue") et pour l'autre, reportée au milieu de la semaine prochaine.

Je ne vois donc pas pourquoi je paniquerais.

Ni pourquoi je me mettrais sérieusement à ranger, là tout de suite à 00h39.

D'autant que j'ai eu une journée chargée et pas trop prévue ("pleine de surprises", quoi).

Bref, ça attendra ("ne vous laissez pas dépasser par les événements").


Hum.

Pour diverses raisons, je vais donc rejoindre ma copine B.-de-Strasbourg à Rouen pour une soirée girly au cours de laquelle on va fumer des clopes en terrasse, rire comme des baleines et passer pour des demeurées (on s'en fout, on connaît personne là-bas), refaire le monde jusqu'à pas d'heure et vraisemblablement se ménager deux bonnes heures de psychologie de comptoir pour analyser avec rigueur (et gin&tonic) où en sont exactement nos couples respectifs. Je ne sais pas pour vous, mais perso je ne connais pas de meilleure façon de passer une soirée réussie.

Mais ce n'est pas tout.

Il se trouve que B. et moi go back a long time, comme on dit, et que nous suivions côte à côte, dans les années nonante, les cours de l'inénarrable Mme B., professeur de français atypique, exubérante et italienne (sisi) nourrissant une passion communicative pour Madame Bovary.

Il se trouve aussi, au passage, que j'ai relu Madame Bovary il y a un an ou deux lors de la sortie de ce curieux ouvrage de Philippe Doumenc et que je me suis exclamée in petto à chaque page ou presque : "Mazette, quel chef-d'oeuvre !" (car oui, j'ai tendance à employer des expressions surannées et ridicules quand je m'exclame in petto)

Il se trouve enfin que le premier film en VHS que j'eus l'occasion de prêter à B., toujours dans nos jeunes années, était précisément l'adaptation de Madame Bovary par Vincente Minnelli - adaptation somptueuse dans laquelle Jennifer Jones, certes plus hollywoodienne que normande, froufroutait dans une scène de bal inoubliable et illuminait l'écran d'un bout à l'autre du film, face à un Van Heflin falot à souhait dans le rôle de ce pauvre Charles Bovary (car rappelons que "la conversation de Charles était plate comme un trottoir de rue, et les idées de tout le monde y défilaient dans leur costume ordinaire, sans exciter d’émotion, de rire ou de rêverie.").

Alors, comment vous dire ?

L'idée d'aller passer une soirée-pèlerinage à Rouen sur les pas de Gustave et d'Emma en compagnie de ma très chère amie B. me réjouit au-delà des mots.


Vous l'aurez remarqué, j'aime parsemer mes billets de délicates touches d'actualité culturelle pour faire style je m'intéresse à des tas de choses alors que si ça se trouve, je mate la Star Ac et je lis Voici. Je vous signale donc qu'un très beau site pour flaubertomaniaques a vu le jour fin avril : l'édition des manuscrits de Madame Bovary dans leur intégralité, qui présente dans la partie gauche de l'écran une version scannée de l'écriture illisible de Flaubert, et en regard, le texte dactylographié avec ses ratures successives, pour plus de clarté. Je n'essaierai pas de vous faire croire que j'ai lu tout ça de A à Z, mais jetez un coup d'oeil à quelques feuillets, ça vaut le détour - le côté "coulisses d'un monument littéraire" est passionnant.

Et puis j'avoue que quand ma vie palpitante rejoint à la fois mes souvenirs d'adolescente, mes amours cinématographiques et l'actualité littéraire/Internet, je me sens toute chose. Sur ce, ayant presque réussi à donner une cohérence à ce billet bancal, je peux aller me coucher avec le sentiment du devoir accompli.

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Piles du moment

Cette semaine, je range.

Après une phrase aussi lourde de conséquences, je te dois des explications, lecteur ébaubi de ce blog : ce n'est pas de gaieté de coeur, je te le dis tout de suite, mais j'attends diverses visites à partir de la fin de la semaine, et en gros, je n'ai pas trop le choix.

Entre ça et le documentaire sur la mort dans l'art moderne, je me rends compte que c'est une semaine de grosse marrade.


Petit aperçu des piles en présence avant déblayage.

La pile qui me réjouit et me déprime à la fois : celle des bouquins offerts et achetés ces derniers mois et encore en attente de lecture.




La pile amenée à disparaître très prochainement (ce sera ça de moins à ranger, tiens) : le cadeau d'anniversaire de mon pote J., amateur de Fritz Lang. Pile que j'aurais déjà pu (et dû) poster à l'ami J., mais je te rappelle, lecteur réprobateur de ce blog, que j'ai une forte tendance à la procrastination même pour les choses qui me tiennent à coeur comme celle-là, et d'ailleurs qui es-tu pour me jeter la pierre, hein, je te le demande.





La pile de classeurs "boulot" qui a avantageusement remplacé l'éparpillage de papelards qui commençait à prendre racine dans le salon au moment de la triple tornade de la fin avril (bouclage de la TVA 2008, déclaration fiscale libérale et déclaration Agessa). Ne me demande pas, lecteur inquisiteur de ce blog, pourquoi il y a un sèche-cheveux sur le canapé, j'ai oublié le pourquoi de sa présence à cet endroit mais il y avait certainement une raison tout à fait valable à l'origine, je ne te permets pas d'en douter.





La pile qui risque d'être toujours là à peu près sous la même forme après rangement : ayant enfin décidé de racheter des thés dignes de ce nom (par opposition aux mousselines de Tchaé menthe qui commençaient à me taper sur les nerfs), j'ai procédé à un ravitaillement très réjouissant (et vais pouvoir manger des patates jusqu'à la fin du mois, parce que j'avais oublié à quel point c'est hors de prix, le thé digne de ce nom).




Enfin la pile la plus chouette du moment :



La discographie de l'année 1969 que je réunis petit à petit en vue de l'anniversaire de Frérot B., qui fêtera ses 40 ans dans quelques semaines. Pour l'instant, je suis dans les grands classiques - si tu as des idées pour compléter la collection, lecteur mélomane et coopératif de ce blog, je suis preneuse (surtout côté enregistrements classiques et jazz, parce que je manque un peu d'idées).



Y a plus qu'à, comme on dit.
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