Kommunikationsproblem


Parfois, mon logiciel de sous-titrage semble vouloir me dire des choses.



Et souvent, je ne comprends pas bien où il veut en venir.
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Return of the Flesh Eaters


Ils m'ont retrouvée.

Qui ça ?

Mes amis les moustiques.

Et je suis en mesure de vous dire qu'ils sont en pleine forme, cette année.

Faut dire qu'un moustique qui s'intéresse à mon cas, c'est un peu comme un amateur de vin à qui on offrirait une bouteille de Sauternes débouchée avec une grande paille et un transat (sauf qu'un vrai amateur de vin serait scandalisé à l'idée de boire un Sauternes à la paille - mais vous m'avez très bien comprise, pas la peine de pinailler). Paraît que j'ai la peau sucrée et accueillante, quoi, un vrai délice.


Pauvre de moi (si si).


Hum, et sinon, je ne touche pas terre ces jours-ci, ce qui explique mes maigres billets de ces derniers temps. Encore une semaine difficile, et les choses devraient s'arranger ensuite.

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Pas mieux


Vendredi, 16h et des brouettes.


- Allô, Les Piles ?

- Mouiiii ?

- Bonjour Les Piles, c'est C. de la société M.

- Bonjour, C.

- Dis, j'ai un docu à traduire en urgence, là, pour la mort de Michael Jackson.

- En urgence, c'est-à-dire ?

- C'est-à-dire qu'on enregistre demain matin.

- Demain samedi ?

- Oui, demain samedi. Bon, le docu, on va le répartir entre trois ou quatre traducteurs, hein.

- Ah, génial. C'est un docu de 52 minutes ?

- Euh, à vrai dire, je ne sais même pas. On ne l'a pas encore, là. On sait juste qu'on va le recevoir ce soir et qu'on l'enregistre demain matin, alors je fais un peu le tour des traducteurs pour voir qui pourrait en prendre un bout.


A peine 24 h pour traduire, enregistrer et vraisemblablement mixer un documentaire de 52 minutes, je n'avais encore pas vu. Et moi qui croyais que les chaînes avaient sur leurs étagères des docus et des nécros prêts à l'emploi, quitte à les remonter légèrement ou à réenregistrer un bout du commentaire en cas de décès inopiné ou de mort brutale... Il me tarde de voir le résultat, j'ai le pressentiment que la qualité de l'adaptation sera ex-cep-tion-nelle.

(Il va sans dire que malgré ma forte tendance au masochisme professionnel, j'ai dit non.)

(Vous pensiez que vous alliez y couper, sur ce blog, à la mort de MJ ? Hé hé, même pas ! Pourtant, je ne peux pas dire que cet événement - semble-t-il intergalactique - m'inspire grand-chose, le bonhomme m'ayant toujours laissée plutôt indifférente. Donc a priori, on n'en reparlera plus ici. Ou si quand même. On verra, quoi. Naaan mais, j'vous l'ai déjà dit, c'est mon blog, quoi.)

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Pas de bol


Non, vraiment, pas de bol de mourir le même jour que le roi de la pop.


Ah, cette coupe de cheveux... On n'a jamais fait mieux depuis...

- Au revoir les filles.
- Au revoir Charlie.


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Silence radio


Pas le temps d'écrire grand-chose aujourd'hui. Mais deux lignes tout de même pour parler un peu de RFI, en grève pour la septième semaine consécutive pour cause de licenciements massifs annoncés (avec à la clé, suppression de certaines rédactions en langues étrangères). La direction s'est murée dans le silence dès le début du conflit et semble jouer le pourrissement, comme on dit si joliment. Résultat, tout le monde en pâtit, la médiatrice de la station rapporte sur son blog les râleries des auditeurs frustrés et privés de ce doux coin de ciel bleu que constitue RFI pour des dizaines de millions de paires d'oreilles du monde entier.

Depuis que je suis devenue une radiophile acharnée vers 20 ans, j'aime passionnément RFI parce que c'est une merveilleuse ouverture sur le monde (il est au passage complètement crétin que la station ne puisse pas émettre en FM sur le territoire français, hors Paris, mais bon, nul n'est parfait). Paradoxalement, The Man m'a raconté que son père, dans les dernières années de sa vie à Dakar, était en permanence branché sur RFI parce que... ça lui rappelait la France (où il avait vécu quelques années dans sa jeunesse). Comme quoi, chacun y trouve vraiment ce qu'il y cherche.

Hier, les journalistes ont organisé une "radio éphémère" sur le parvis de l'Hôtel de Ville - je n'étais pas au courant, j'y suis passée un peu par hasard vers 15h. Derrière les ballons, les logos rouge pétant, le joli soleil d'été, les intervenants qui prenaient le micro comme dans une foire de village et les applaudissements un peu clairsemés, la "radio éphémère festive et ludique" du parvis de l'Hôtel de Ville semblait surtout être une tentative bien désespérée d'attirer l'attention et de sensibiliser les passants (indifférents) et les auditeurs (lassés).

Triste, triste audiovisuel public, décidément.




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J'ai vraiment eu tort


... de regarder la rediff de l'émission spéciale "L'amour en chanson" sur France 3 hier soir nuit (commentée par Mireille Dumas - notez comme j'agrave mon cas sans la moindre trace d'embarras).

J'ai eu un moment de faiblesse.

Il était 1 heure du matin, je commençais à voir le bout de ma trad, j'ai bêtement craqué. Ça n'a pas duré longtemps, 40 minutes grand maximum, car j'ai très vite compris mon erreur (et accessoirement, parce que ma couette m'appelait et que mes yeux me faisaient comprendre avec insistance qu'il était l'heure d'aller faire dodo - notez comme je donne magistralement vie au moindre objet inanimé du quotidien). Mais trop tard, le mal était fait et depuis ce matin, alternent dans ma tête deux tubes qui n'ont rien à y faire (dans ma tête, je veux dire).



Veuillez installer Flash Player pour lire la vidéo


Émission naze, donc, mais qui pose une vraie question de fond (notez comme je m'efforce d'élever le débat en toute circonstance) : c'est si difficile que ça, de chanter en playback sans avoir l'air de mâcher un steak trop cuit ?


Je vous laisse méditer.

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Ouaip, c'est la fin des haricots, les amis.

Ça faisait un moment que "mon" chantier n'évoluait plus trop. En tout cas la partie visible depuis ma fenêtre maudite, parce que pour le reste ça avance bien, merci. Les appart' vendus sur plans à 10 000 euros le mètre carré seront vraisemblablement prêts dans les temps et les acquéreurs qui se sont fait un tout petit peu avoir (héhé) en achetant si cher juste au moment où les prix commençaient à vaguement stagner, voire à baisser, vont pouvoir intégrer leur splendide demeure d'ici la fin de l'année.

Ouais, mais alors... ça veut dire que fatalement, les choses devaient finir par bouger aussi du côté du fameux jour de souffrance qui éclairait encore un peu mon bureau.




Au fil des semaines, je m'étais doucement habituée aux bizarres amoncellements qui, certes, bouchaient un peu la vue et mangeaient la lumière, mais restaient (rétrospectivement) très supportables. Et puis les piles intermédiaires de matos entreposées là disparaissaient généralement au bout d'un ou deux jours, alors pas de quoi s'inquiéter, si ? Je retrouvais alors juste mon bout de mur qui s'arrêtait au premier tiers de la fenêtre. C'était peinard, finalement.

Avant-hier, il y a eu une nouvelle bizarrerie. Je l'ai prise en photo, je trouvais la situation un peu surréaliste :



Nooon ! Ne branchez pas le système d'évacuation des eaux !
Je... je... flotch... glouglouglouglou...


Et puis hier matin, pendant que je finissais tranquillement ma tradounette au sujet des futures missions spatiales sur la Lune (groovy) et que je tentais de faire abstraction du vacarme ambiant, j'ai entendu un drôle de grattement juste au-dessus de moi. Frotch-frotch-frotch (ou quelque chose d'approchant). Et au même moment, la nuit tomba. Une nuit noire, épaisse et lourde, percée seulement par un fin rai de lumière qui semblait me narguer du haut de l'encadrement de la fenêtre. Soudain...

... j'ai levé le nez :




Et quelques minutes plus tard, le temps de rapatrier un lampadaire halogène à la lumière orangée un peu dégueulasse dans le bureau, ça ressemblait à ça :



Autant dire que ça ne ressemblait plus à rien.

Autant dire que j'ai eu un sacré coup de blues, là, en contemplant feu ma fenêtre.

Autant dire que si ça ne tenait qu'à moi, je partirais bien dès demain (mais bon, non, a priori, il faut attendre l'audience au tribunal, sans doute en septembre, pour déménager ne serait-ce que le bureau).


Snif-snif-snif...


La seule bonne nouvelle, dans ce monde pourri, c'est que Marcolini (le meilleur chocolatier de la galaxie, au cas où vous l'ignoreriez) a ouvert une nouvelle boutique rue Scribe. Et que j'ai beaucoup plus d'occasions de passer dans le 9e qu'à proximité de l'autre boutique, celle du 6e. Mais bon, ça ne me rend pas ma fenêtre, tout ça.



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Puisque vous y tenez


Naaan, mais j’comprends.

Quand on est lecteur, fan, accro, timide, tout ça, on n’ose pas demander. Mais faut pas hésiter, en fait. Surtout quand on voit, comme ça, que l’Auteure la blogueuse a un incroyable talent de conteuse, qu’elle sait tenir son auditoire en van haleine comme pas deux, qu’elle n’a que ça à faire de rédiger des billets interminables, et qu’en plus la balise « texte barré » n’a pas de secret pour elle à tel point que ça en devient lassant. Et illisible.

Enfin bref, si vous insistez vraiment, je vais vous le raconter, cet anniversaire à Lyon.

Nous partîmes donc, comme un vol de gerfauts hors du charnier natal, fatigués de porter nos misères hautaines, ivres d’un rêve héroïque et brutal...


Non ? Trop de pathos ?

C'est un week-end pas comme les autres qui commence pour ce jeune couple. A l'heure où nous tournons ces images, B. ne le sait pas encore, mais son épouse lui prépare une surprise dont il se souviendra longtemps.

Non ? Trop M6 ?

(Faut me dire, hein...)

(Moi, je m'adapte...)


OK, je vais vous la faire courte : c'était bien.


C'était bien parce qu'il faisait beau et que Lyon est décidément une ville que j'adore, surtout les escaliers de Fourvière auxquels je n'avais pas du tout pensé quand j'ai entraîné d'un pas décidé Frère L., Belle-soeurette et The Man chargés de sacs en leur disant : "Sur le plan, c'est le chemin le plus court". On est lyonnais ou on ne l'est pas.



C'était bien parce qu'on s'est bien marrés tous les quatre (une fois arrivés en haut, parce qu'en bas des marches, c'était moyennement la rigolade), à gonfler des ballons et à décorer la salle selon les instructions de Belle-Soeurette (l'autre), qui nous appelait tous les quarts d'heure en chuchotant d'un air crispé et je me demande vraiment comment Frère B. n'a pas eu des soupçons à la voir comme ça pendue au téléphone tout l'après-midi.


Meet The Man, ladies and gentlemen.


C'était bien parce que le soir, on était tous réunis dans le hall de notre hôtel à attendre qu'il soit l'heure de partir pour la soirée selon un timing très précis, lequel hôtel était situé juste à côté de l'entrée du garage où Frère B. range son joujou faux 4x4 (personne n'est parfait). Du coup on s'est planqués derrière des piliers, des fauteuils et des tables basses avec des airs de conspirateurs en attendant de voir passer la voiture, sous l'oeil perplexe des deux réceptionnistes de l'hôtel qui n'ont rien dit mais n'en pensaient visiblement pas moins (et qui n'avaient donc qu'un oeil à eux deux, si je relis bien ma phrase). De 7 à 77 ans, on avait tous l'impression de préparer une bonne blague, ça faisait chaud au coeur (et mal aux mollets en ce qui me concerne, à force d'être accroupie en talons hauts et rapport aux marches montées l'après-midi).

C'était bien parce que Belle-soeurette avait retrouvé des vieux potes inimaginables que Frère B. n'avait pas vus depuis des années et dont certains étaient vraiment venus de loin, parce qu'elle avait organisé tout ça de main de maître (et qu'elle devrait vraiment envisager une reconversion dans l'organisation d'événementiel dans un pur J.Lo staïle) et parce qu'il y a eu zéro fausse note. Or dans ma famille, les fausses notes, c'est inconcevable et donc, impardonnable. Donc ouf.

C'était bien parce que Frère B. était réellement surpris et très ému. Et pour réussir à surprendre et émouvoir Frère B. qui serait plutôt du genre blasé de chez blasé, faut se lever tôt.

C'était bien aussi parce que les gens avaient l'air ravi d'être là.

Du coup, en résumé, c'était bien et tout le monde était content. Ça fait un peu "bienvenue chez les Bisounours", tout ce que je vous dis là, mais quand c'est la stricte vérité, on ne va pas raconter des horreurs pour le plaisir d'être cynique et mauvaise langue, hein ? (Oh ben non, c'est pas le style de la maison.)


Il y a même eu un mini-épilogue hier soir : sur le coup de minuit et demi, mon téléphone sonne, c'est Frérot B. qui m'appelle. Frérot B. à l'hôtel en déplacement professionnel, Frérot B. qui était encore tout déphasé après son week-end plein d'imprévu. Frérot B. qui n'avait pas l'air stressé (punaise, mais qu'est-ce qui t'arrive, frérot ?). Frérot B. qui était en veine de confidences et s'était dit que sa soeurette devait encore être debout à bosser comme une idiote à cette heure-là.

Frérot B. qui avait encore un grand sourire ému dans la voix.

Or dans ma famille, les émotions, c'est jamais facile.


Du coup je me suis sentie légère.

Légère comme les ballons qu'on a mis deux heures à gonfler samedi et que Neveu S. a commencé à éclater à peine arrivé sur place, aidé par quelques autres affreux jojos tous plus remuants les uns que les autres.

Et légère comme une chanson aérienne de Robert Charlebois qui n'a rien à voir avec la choucroute mais qui me trotte dans la tête depuis quelques semaines, allez savoir pourquoi.


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Coquillette ?


Ou... re-lapsus révélateur ?

(mais révélateur de quoi ?)

(ou alors, y a-t-il eu une nouvelle réforme de la durée du mandat présidentiel et ne suis-je pas au courant ?)

(j'arrête de poser des questions entre parenthèses)


Bref, jolie coquille à la une de Libé ce matin :


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La SNCF vous parle

Lyon - Perrache, 13h, samedi.

"Mesdames, Messieurs, suite à l’avance de notre train et en attente d’une libéralisation de quai, nous sommes arrêtés. Veuillez ne pas essayer d'ouvrir les portes."


Lapsus révélateur ?

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Roman-photo d'une semaine asphyxiante

Une semaine passée à courir aux quatre coins de Paris dans la journée entre boulot et obligations diverses et familiales, et à faire la nuit ce que je n'avais pas eu le temps de faire pendant la journée.

Lundi, opération "Nièce M. en terrasse", avec découverte des spéculoos et des verres en vrai verre à la clé. Pas d'étouffement ni de bris de verre à déplorer. En revanche, pas la peine de lui servir des pâtes (je vous le dis à toutes fins utiles), elle n'y touche pas et persiste à préférer les frites. Pff, t'sais pas c'que tu loupes, cocotte.



Mardi, opération "assemblée générale de la Sacem" à Neuilly. Comme Tonton y était aussi et qu'il a déjà immortalisé son précieux bulletin de vote, je vous poste juste la jolie vue champêtre qu'on peut admirer depuis la terrasse de cette vénérable institution.



L'espace d'un instant, j'ai cru avoir été télétransportée... chais pas, à Bangkok, peut-être.



Mercredi soir (tard), opération "travaux manuels". Le but de la manoeuvre étant de transformer une boîte à chaussures extrêmement laide (mais, miraculeusement, pile poil de la bonne taille)...



... en un luxueux coffret une boîte potable destinée à accueillir les 40 CD de Frère B., au moyen de deux adhésifs décoratifs.





Opération longue et minutieuse accomplie sans crise de nerfs et sans catastrophe de dernière minute (genre "coup de cutter malencontreux"), donc tout est bien qui finit bien.

Jeudi, opération Falstaff. Simulation un peu laborieuse (pour des questions techniques, le montage de la captation avait été modifié au dernier moment... grrrr...), mais fort agréable, les deux traductrices ayant fait du super boulot. Si vous êtes curieux, c'est diffusé dimanche soir à partir de 19h sur Arte (eh oui, le soir de la fête de la musique...). C'est un opéra chouette comme tout, bien chanté et bien joué, on rit beaucoup et les sous-titres sont vraiment exceptionnels.



Vendredi à l'aube, opération "finalisation du livret accompagnant les CD de Frère B." - un peu en catastrophe, du coup le résultat ne me satisfait pas complètement, car je n'ai pas pu lui consacrer le temps voulu. Et puis il fallait encore faire imprimer le bidule dans la journée (en deux exemplaires - call me paranoid). Mais tant pis, l'ensemble a quand même de la gueule.



Remise du cadeau (enfin !) demain soir dans la bonne ville de Lyon, lors d'une teuf surprise organisée en grand secret par Belle-Soeurette. Je ne serai pas fâchée de me débarrasser de ce cadeau d'anniversaire qui commençait à tourner à l'idée fixe... (comment ça, "vous vous en étiez rendu compte" ? mais euh, c'est mon blog, j'raconte c'que j'veux...)


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Sénégalismes


Cela ne te surprendra point, lecteur cultivé et/ou globe-trotter de ce blog : le français parlé au Sénégal comporte quelques tournures et expressions propres, dont certaines paraissent assez savoureuses vues d'ici.

Il y a des mots qui suivent une logique implacable - par exemple "essencerie", qui désigne une station-service (j'adooore).

Il y en d'autres qui ont un petit charme exotique - par exemple, lorsqu'on bidouille un véhicule ou un appareil électrique venu de l'étranger pour le rendre utilisable au Sénégal, on dit qu'on le "tropicalise" (j'adooore - mais je crois que ça s'emploie aussi en Guadeloupe).



Et puis l'aut' soir, tandis qu'on commentait mollement le remaniement gouvernemental annoncé de ce côté-ci de la Méditerranée (car nous sommes de fins analystes politiques de canapé de comptoir) et que la télévision diffusait des images de Chirac et d'Abou Diouf en train de papoter comme à un cocktail mondain côte à côte aux obsèques d'Omar Bongo, The Man m'a appris un nouveau truc.

Quand notre président chéri (l'actuel, vous suivez ?) a entamé sa politique d'ouverture et s'est mis à appâter les gros poissons de la gauche avec des maroquins, tout le monde s'est pâmé. Alors qu'en fait, il n'a rien inventé. Parce qu'Abdoulaye Wade (l'actuel, au Sénégal, non mais franchement, vous suivez ?), exemple pris totalement au hasard, pratique cette forme de realpolipêche depuis son accession au pouvoir en 2000 (alors c'est dire).

Mais au Sénégal, on ne parle pas d'ouverture, on a trouvé un terme beaucoup plus parlant pour désigner les personnalités de l'ancien parti au pouvoir qui passent régulièrement du côté de la force obscure pour un poste au gouvernement.


On les appelle les "transhumants".



Bêêêêêhêhêhê...

J'adooooore...



Pas vous ?

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Il me semblait bien, aussi...


... que la scène musicale ne se renouvelait pas tant que ça.

Je sais ce que tu te dis, lecteur outré de ce blog : mais quelle hargne, quelle injustice, pourquoi tant de haine ? Ce n'est pourtant pas une accusation gratuite de ma part, si je dis ça, c'est parce que je suis passée devant cette pub hier, dans un couloir de métro...



... et que les deux têtes d'affiche m'ont rappelé furieusement celles d'un concert de... 1996 à Cork où se trouvait votre blogueuse dévouée.

Et non, on ne se moque pas, car oui, j'ai gardé précieusement toutes ces reliques de ma jeunesse, flyer et billet. Le mastodonte au nom de boisson fruitée était quand même à l'époque au sommet de sa gloire, surtout chez les ados boutonneux et pas trop rebelles dans leur tête dont je faisais partie. Et puis c'est pas demain la veille que j'assisterai à nouveau à un concert de 50 000 personnes.

Au passage, je ne sais pas à quoi ressemble le chanteur de Prodigy aujourd'hui, mais à l'époque j'en ai fait des cauchemars pendant des mois. Brrrr, rien que de le revoir, là...

Tout ça pour dire que ça date un peu, quand même ! Bonjour le renouvellement...

Il y a un gars, là, qui raconte la soirée avec un luxe de détails impressionnant, pour un billet rédigé 12 ans plus tard. Enfin visiblement, il avait pris des notes. Weirdo, va.





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Stupeur et tremblements


Pendant ce temps-là, à Téhéran...





Ces derniers jours, je pense beaucoup à A., un Iranien que j'ai connu à Dublin il y a quelques années. Un soir, autour d'une Guinness, dans l'atmosphère à l'époque encore enfumée d'un pub (n'ayons pas peur des clichés), il m'avait raconté par bribes son Iran à lui.

Enfant, il avait connu la guerre contre l'Iraq et ses souvenirs faisaient froid dans le dos. Il se souvenait surtout, avec une lucidité rétrospective, de l'endoctrinement de la jeunesse : pendant les bombardements, on ordonnait aux petits garçons de prier ardemment pour que les bombes tombent sur eux, afin qu'on puisse dire qu'ils étaient morts en martyrs... "Et on le faisait, évidemment ", ajoutait A. en souriant.

Son père, militaire assez haut placé dans le régime d'avant 1979 et peu intéressé par la politique ou l'idéologie, avait pensé poursuivre son petit bonhomme de chemin après la révolution. Mais il avait subi des intimidations, avant d'être carrément mis au placard et de recevoir des menaces de mort. Toute la famille en avait beaucoup souffert, le père était devenu dépressif - servir son pays était pour lui un honneur et il n'avait pas compris qu'on l'en prive du jour au lendemain.

A. et sa soeur semblaient avoir connu une enfance puis une adolescence bourrées de contradictions et à la limite de la schizophrénie, entre l'endoctrinement officiel, l'évolution de l'opinion de leurs parents, le reste du cadre familial baigné de foi acharnée et de traditionalisme, et l'acquisition de leurs propres convictions (anarchistes, antimilitaristes et anticléricales - bien que le mot ne soit pas le plus adapté dans le cas présent).

La soeur d'A. avait elle aussi décidé de quitter l'Iran et n'y avait plus remis les pieds depuis sa majorité. Un fossé d'incompréhension la séparait de son pays et elle supportait à peine d'en parler. A., lui, rentrait voir leurs parents quelques semaines chaque année et mettait un mois à s'en remettre quand il regagnait Dublin. Il racontait tout ça avec un sourire en coin, un cynisme et un détachement qui ne parvenaient pas vraiment à masquer sa peine et sa rage.

Longtemps après mon départ de Dublin (je n'y étais que pour quelques mois), A. a continué à m'envoyer des articles, des références de bouquins et de films sur l'Iran. Puis on a perdu le contact il y a déjà plusieurs années.

J'aimerais bien avoir son avis sur tout ça. Son avis et peut-être ses espoirs. En attendant, comme tout le monde, j'attends, je tremble et je m'interroge.


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Quelques notes à l'écran

Très cher lecteur de ce blog, après un week-end mouvementé partiellement passé avec ma famille bien-aimée, je m'en vais te conter non pas une énième anecdote sur l'acquisition laborieuse du langage par Nièce M., mais une histoire bizarre (qui n'a toutefois pas plus d'intérêt, rassure-toi) : l'aut' jour, j'ai découvert que j'avais un point commun avec Laurent Garnier.

Ça t'en bouche un coin ? Je sais. Moi aussi.

Parce que franchement, Laurent Garnier ne me fait ni chaud ni froid - disons même que je me sens très peu concernée par la vie d'un mec qui est dit-on "connu mondialement pour ses sets techno qui retournent les dance floors", ayant pour ma part déserté lesdits dance floors il y a... ouh, 10 bonnes années.

Bref, Laurent Garnier était donc interviewé sur Inter il y a quelque temps et je l'écoutais blablater d'une oreille distraite. En gros, il racontait sa vie tout en présentant sa collection de disques au journaliste et en lui faisant écouter des bouts de musique désagréables qui faisaient du bruit comme quand on est en boîte.

Mais à un moment, il s'est passé ça :

tilidom.com

Et là, j'ai un chouïa revu mon opinion du bonhomme. Si Laurent Garnier, qui est quand même un professionnel de la musique et tout et tout, qui a 40 balais passés (c'est un peu mon obsession du moment), qui a je-ne-sais-plus-combien de disques chez lui, qui est censé s'y connaître un minimum et qui joue un peu les blasés, si ce type-là, donc, est prêt à avouer un beau matin à quelques millions d'auditeurs qu'il a attendu de voir Bringing out the dead pour découvrir T. B. Sheets et Van Morrison, moi j'dis, tout est permis.

Je peux donc te le dire presque sans honte, lecteur pas-sion-né de ce blog, il m'est arrivé exactement la même chose (c'est fou, ça, naan ?) : un froid week-end de janvier 2000, à l'époque où je vivais dans ma riante Angleterre d'adoption (précision uniquement destinée à planter le décor et qui n'a aucune incidence sur la suite de cet extravagant récit), j'ai moi aussi découvert T. B. Sheets en voyant Bringing out the dead au cinéma. Comme Laurent Garnier, j'ai halluciné en entendant cette chanson. Comme lui, j'ai été prise de frissons - le facteur "grand écran" accentuant encore la claque musicale. Et comme Laurent (je peux t'appeler par ton prénom ?), j'ai cherché à savoir d'où sortait ce morceau totalement prenant - sauf que je n'avais pas du tout les moyens d'acheter la discographie complète de Van Morrison, moi, et que je me suis donc contentée de faire une recherche sur Internet pour trouver la référence (que j'ai d'ailleurs dégotée en 30 secondes, et encore c'est parce qu'à l'époque j'avais pas le haut débit, hein - j'en parlerai à Laulau, tiens, d'ailleurs, il a pas l'air de connaître Internet) puis d'emprunter le CD à la médiathèque de mon université chérie.

Bref. Cette anecdote radiophonique sans intérêt (j'en conviens) m'a donné envie, comme ça, de faire un petit top-ten des morceaux ou artistes que j'ai découverts et aimés grâce au cinéma. Mes préférés sont en fin de liste, pour ménager le suspense (attention, je t'ai vu bâiller, lecteur peu passionné de ce blog).

Le plus incongru :
"Les cornichons" (Nino Ferrer) dans Mademoiselle, de Philippe Lioret. Ne me demande pas pourquoi, lecteur choqué et vaguement atterré. Cette chanson bizarre arrive comme un cheveu sur la soupe au milieu de ce film léger, délicat, esthétique (esthétique surtout parce que Jacques Gamblin donne envie de crever l'écran pour lui sauter dessus, mais chut) et de bon goût. Du coup, l'effet n'en est que plus réussi. J'ai souvent cette chanson dans la tête. Tant que j'évite de la chanter à voix haute, je me dis que ce n'est pas trop grave.



Le plus "classique" :
Les 5 Stücke im Volkston pour piano et violoncelle de Schumann découverts grâce à Mes enfants ne sont pas comme les autres (Denis Dercourt). Un "petit film" assez joli, avec une bande son très réussie qui m'a fait aimer le violoncelle.



Le plus chansonnier
L'inimitable Jean-Roger Caussimon entendu dans Le juge et l'assassin (Tavernier). Pour la petite histoire, j'ai découvert ces chansons quand l'entreprise allemande où je faisais un stage de sous-titrage m'a demandé de les traduire avec les rimes (ben tiens) du français vers l'allemand. Face à mon air décomposé, le boss a alors suggéré que je m'y attelle plutôt en binôme avec une adaptatrice de langue allemande qui comprenait un peu le français. Pfiou...

Le plus mélancolique
"Bang Bang" de Nancy Sinatra grâce à Kill Bill de Tarantino. Tremblotant, déprimant, mais toujours efficace.



Le plus approprié pour un lundi (ça tombe bien)
"Friday on my mind" des EasyBeats, grâce à La bande du drugstore (François Armanet). Film vu et oublié assez rapidement il y a quelques années, mais ce tube (car il paraît que c'en est un) m'est resté.



Le plus beau blouson rouge
David Bowie dans l'adaptation à l'écran de Christiane F. - Wir Kinder vom Bahnhof Zoo, cette histoire d'une adolescente droguée, prostituée et tout le reste dans l'Allemagne de la fin des années 70. Un film assez glauque et bif-bof, vu à la fac en cours d'allemand. Mais avec une séquence totalement inattendue en plein milieu : un concert de Bowie à Berlin (le must, quoi...). C'est comme ça que j'ai découvert (et commencé à vénérer) le bonhomme. Auparavant, je ne connaissais pratiquement rien de lui.



Le plus entraînant
Tchavolo Schmitt et le jazz manouche grâce à Swing, de Tony Gatlif. Dommage, pas d'extrait non plus. Ses albums sont faciles à trouver et il se produit souvent à Paris (je l'ai déjà vu deux fois en concert depuis mon installation ici en 2004).

Le plus Laurent Garniesque
Van Morrison et "T. B. Sheets" dans Bringing out the dead (Scorsese), donc. Je crois qu'il est inutile que j'en remette une couche, lecteur saturé de ce blog. Mais pour la peine, je poste quand même le titre en entier parce qu'il déchire sa mère (oui oui).



Le plus "swinging London"
Herbie Hancock dans Blow-up (Antonioni). Une grande révélation jazz pour moi, un amour qui ne s'est pas démenti depuis. On ne trouve sur Deezer que des versions ultérieures des morceaux de cette BO, allez plutôt l'écouter sur le site d'un disquaire. Ou mieux, chez un disquaire. Ou encore mieux, achetez le CD.

Le plus germano-russo-nordique
La Passion selon St Mathieu de Bach dans Le sacrifice (Tarkovski). Là encore, ça se passe pendant le générique de début. Ou plutôt rien ne se passe pendant le générique du début, si ce n'est ce morceau - "Erbarme dich". L'une de mes plus belles découvertes à ce jour. Je croyais presque tout connaître de Bach, naïve que j'étais, alors que j'étais en fait passée à côté d'un truc énorme. Par ailleurs, ce film est une splendeur.

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Et toi, lecteur méritant de ce blog, quelles sont tes plus belles découvertes musico-cinématographiques ? J'ai presque envie d'en faire un tag, tiens... Le relève qui voudra !


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(Suite du billet d’hier.)

Voici donc une compilation subjective de conseils aux jeunes diplômés qui envisagent de se lancer dans la traduction audiovisuelle malgré l'état bien déprimé du secteur. J’ai fait un petit brainstorming, opéré un retour en arrière de quelques années et tenté de répertorier les bobards les plus courants que j’ai entendus depuis que je travaille. Tout cela ne reflète que ma modeste expérience de 5 ans et des brouettes ; mais il s’agit dans tous les cas de situations auxquelles j’ai été confrontée ou dont j’ai entendu parler de source sûre.

N'hésitez pas à compléter dans les commentaires, par ailleurs. Les remarques, ajouts, réactions et rectifications sont les bienvenus.


I. Quelques vérités bonnes à rappeler

1) Le client n’est pas votre ami (malgré les apparences)

2) Vous n’êtes ni un fansubber, ni un fabricant de boulons

3) C'est vous, le spécialiste (ou en tout cas, ça devrait)

4) En traduction audiovisuelle, le nerf de la guerre est le même que partout ailleurs


II. Les dix phrases qui doivent vous faire fuir (ou à tout le moins vous amener à être méfiant)

1) "Je ne te paie pas beaucoup cette fois-ci, mais tu verras, la prochaine fois, je te paierai plus."

2) "Je ne peux pas te payer beaucoup, mais j'attends justement un gros volume de documentaires/une saison complète de série, je te garantis du travail pour six mois."

3) "Je n’ai pas de budget, c’est un test pour un nouveau client. Mais il faut que ça soit nickel pour qu’on ait le marché. Tu peux me dépanner ?"

4) "Tous nos traducteurs travaillent pour x euros. Je ne peux pas te payer plus / Tu es vraiment trop cher / Il faut que tu baisses tes tarifs."

5) "Contrat ? Bon de commande ? Pas besoin, on se fait confiance, non ?"

6) "Euh, au fait, le tarif a baissé, maintenant c’est tant."

7) "On est une petite structure, on n’a pas de marge de manœuvre, on paie nos traducteurs à 6 mois."

8) "Le client n’a pas de sous, ça n’a pas besoin d’être de la super qualité. Tu me fais ça pas cher/gratos ?"

9) "Pour les droits d’auteur, on fait 50-50."

10) "On est un festival. On ne peut pas payer les sous-titreurs."


En conclusion



I. Quelques vérités bonnes à rappeler

1) Le client n’est pas votre ami (malgré les apparences)


L’audiovisuel, c’est bien connu, c’est une grande famille. Dans les sociétés de postproduction, tout le monde aura tendance à vous tutoyer. Du coup, après quelques hésitations, vous vous déciderez à faire pareil et ça ne choquera personne. D’ailleurs, vous verrez, il y a plein de djeunz, dans les boîtes de postproduction. Et en plus de ça, votre client/-e vous racontera certainement sa vie : vous saurez tout de ses vacances à Majorque, de sa rupture douloureuse, de sa grossesse idyllique, de son remariage et de son chien qu’il a fallu piquer parce qu’il avait mordu la voisine.

Certes, on peut nouer des liens avec ses clients. Certes, il y en a qui ont l’air vraiment sympa. Mais méfiez-vous : cette complicité de façade sera dans 99% des cas à l’avantage de votre client. Moins il y aura de distance entre vous deux, et plus il sera à l’aise pour vous appeler à toute heure du jour et de la nuit, vous demander de le dépanner en cas de problème insoluble et vous proposer des plans pourris. Moins il y aura de distance entre vous deux, et plus vous aurez du mal à lui dire non.

Sachez par ailleurs que la plupart des chargés de postproduction trop chouettes qui vous tutoient, vous racontent leur vie et vous proposent d’aller manger avec eux au café du coin à midi n’hésiteront pas une seconde à vous jeter comme une lingette Demak’Up usagée si vous réclamez une augmentation, si vous râlez sur vos délais de paiement, si vous refusez une baisse de tarif, et, d’une manière générale, si vous ouvrez votre gueule plus que de raison.


2) Vous n’êtes ni un fansubber, ni un fabricant de boulons

Ce n’est pas parce qu’on est auteur et qu’on travaille dans l’audiovisuel où tout le monde est en jean-baskets 355 jours dans l’année (Cannes, ça dure bien 10 jours ?), qu’on ne doit pas prendre son métier au sérieux. Ce n'est pas parce qu'on est auteur et qu'on travaille dans l'audiovisuel qu'on fait des traductions pour le fun. Malgré le manque de considération croissant dont souffre la traduction audiovisuelle, n'oubliez pas que vous êtes maintenant un professionnel, avec des obligations et des responsabilités vis-à-vis de vous-même, de vos clients et de vos confrères et consoeurs. C’est une chose.

Par ailleurs, aux yeux des entreprises avec lesquelles vous allez travailler, vous serez un prestataire de services comme un autre, une ligne dans la rubrique "fournisseurs" du logiciel de compta - sur le même plan que le fournisseur de pièces de rechange pour la régie, le service de coursiers ou l'entreprise papeterie-en-ligne point com.

Entre ces deux réalités, à vous de vous faire respecter et de faire valoir les particularités de votre métier – notamment le fait que deux auteurs ne sont (normalement) pas interchangeables et que la traduction est l'affaire de professionnels, une activité qui requiert du temps et de bonnes conditions de travail pour que la qualité soit au rendez-vous (la qualité étant censée être l’objectif que souhaite atteindre votre client – du moins, en théorie, et surtout en présence de ses propres clients).


3) C'est vous, le spécialiste (ou en tout cas, ça devrait)

Pour avoir l’air un minimum crédible, la règle est d’éviter de dire oui à tout sans avoir posé au préalable quelques questions qui montreront à votre client que vous connaissez votre métier.

Renseignez-vous sérieusement sur ce qu’on vous propose et n’ayez pas peur de creuser un peu. Quelle est la durée précise/le genre du programme à traduire ? S’il s’agit d’un vieux film, le son est-il bon ? Y a-t-il un script ? Si votre client ne mentionne pas le tarif qu’il est prêt à payer ou ne vous demande pas quel est votre tarif, prenez les devants et posez-lui la question - une fois le boulot accepté, il sera trop tard pour pleurer. Quel est le délai de paiement ? S’il s’agit de sous-titrage ou de doublage, le tarif inclut-il le repérage/la détection ? Sinon, ces travaux sont-ils rémunérés à part ? En salaire ?

Tous ces éléments sont importants. Votre client le sait, mais il ne prendra pas forcément la peine de vous renseigner spontanément – en particulier s’il y a un "léger" problème à la clé qu'il préférerait que vous découvriez vous-même un peu plus tard (script incomplet, vidéo de mauvaise qualité, tarif plus bas que d’habitude, etc.). A vous de l’amener à mettre les choses à plat, afin de pouvoir prendre une décision éclairée.


4) En traduction audiovisuelle, le nerf de la guerre est le même que partout ailleurs

Maintenant qu’il est acquis que vous êtes un professionnel qui sait de quoi il parle, il est temps de parler soussous. Votre (premier) client vous propose un tarif, comment savoir si vous pouvez l’accepter ?

- activez votre fonction "bon sens" (le petit bouton, là) : une grande multinationale du sous-titrage vous propose un tarif qui vous semble un peu suspect ? Un rapide calcul vous montrera qu’à ce prix-là, vous paierez tout juste l’électricité qui fait fonctionner votre ordinateur, même en bossant jour et nuit (autant dire que vous pouvez oublier les Louboutin). Fuyez. Vous pouvez en option envoyer un mail d’insultes indigné. Ça fait toujours du bien.

- activez votre fonction "amour-propre" (l’autre, juste à côté) : une grande multinationale du sous-titrage vous propose un tarif qui vous semble un peu suspect ? Un rapide calcul vous montrera qu’à ce prix-là, vous serez très, très loin du Smic horaire. Alors que vous faites un métier dans lequel la grande majorité des professionnels (dont vous, probablement) ont un niveau Bac +5. Fuite, mail indigné, etc.

- activez votre fonction "instinct de survie" (là, oui, c’est ça) : vous vous lancez dans la traduction audiovisuelle ? A priori, vous comptez faire ce boulot plusieurs années ? En vivre ? Soyez sympa, réfléchissez et ne sciez pas la branche sur laquelle vous êtes assis avec nous tous. Plus les traducteurs accepteront des conditions de travail inacceptables, plus celles-ci deviendront la norme. Après tout, pourquoi les sociétés de postproduction auraient-elles une quelconque considération pour les auteurs, si ceux-ci ne se respectent pas eux-mêmes ?

- renseignez-vous : blague à part, c’est le premier réflexe à avoir. Consultez le site du Snac pour avoir une idée des tarifs syndicaux. Demandez à des confrères si le tarif proposé est dans la moyenne du marché, s’il leur paraît acceptable. Ou contactez l’Ataa, quelqu’un vous répondra. Sans la moindre information, il est difficile de se positionner raisonnablement.


II. Les dix phrases qui doivent vous faire fuir (ou à tout le moins vous amener à être méfiant)

Parmi les boîtes de postproduction qui commandent des traductions, il y a un peu de tout. Entre les gens tout à fait réglos, à un bout, et les requins, à l’autre extrémité, on trouve à peu près toute la palette du genre humain. Voici un petit top-ten des phrases qui doivent vous alerter quant à la bonne foi et l’honnêteté de votre client. Notez que dans tous les cas, il est surtout question de flouze et autres pépettes - car malheureusement, c'est toujours LA question qui fâche dans les relations entre auteurs de traductions audiovisuelles et laboratoires de postproduction. Si cet aspect-là se passait bien (ou même mieux, simplement), on perdrait beaucoup moins de temps et d'énergie, il faut l'avouer...

1) "Je ne te paie pas beaucoup cette fois-ci, mais tu verras, la prochaine fois, je te paierai plus."

Qui oserait sortir une énormité pareille à un plombier, un avocat ou un boucher ? ("M. Sanzot, j'ai un budget gigot de 2 euros aujourd'hui. Mais la prochaine fois que j’ai besoin d’une escalope, promis, on passe à 14 euros le kilo.")

Personne, évidemment. Cette façon de procéder est ridicule et vraisemblablement, la personne qui vous dit ça ne vous rappellera pas - ou alors pour vous proposer de bosser au même tarif que la première fois.


2) "Je ne peux pas te payer beaucoup, mais j'attends justement un gros volume de documentaires/une saison complète de série, je te garantis du travail pour 6 mois."

C’est l’excuse la plus lamentable, la plus usée et malheureusement la plus fréquente en traduction audiovisuelle. Elle est souvent invoquée, par ailleurs, pour faire passer une baisse de tarif.

Gober cette énormité, c’est

- rentrer dans la logique de votre client : lui, il gère une entreprise, son but est de fournir des prestations à un tarif défiant toute concurrence et au moindre coût pour lui.

- oublier votre propre logique et donc vos intérêts : vous, vous êtes auteur. Que vous ayez deux ou dix documentaires à traduire, il vous faut toujours autant de temps pour en traduire un. Vous n’êtes pas un producteur de boulons, répétons-le, vous ne bénéficiez pas de ce qu’on appelle si joliment des "économies d’échelle".

- être obligé de travailler vite et bien. Ce qui à terme, la fatigue aidant, se transformera en "être obligé de travailler vite et mal" et vous fera vraisemblablement prendre de mauvaises habitudes.

- mettre le petit doigt dans un engrenage baissier, car du point de vue de votre client, si un traducteur accepte une première baisse, il n’y a pas de raison qu’il n’en accepte pas une deuxième, une troisième, etc.

- consacrer davantage de temps à ce client s'il vous propose de compenser une baisse de tarif par une hausse de volume, ce qui vous rendra encore plus dépendant d’une entreprise qui vous paie mal et ne respecte pas votre travail.

Par ailleurs (mais faut-il le préciser ?), l'expérience montre que derrière cette promesse mirobolante ("une saison complète", mazette !), il n'y a souvent que du vent.


3) "Je n’ai pas de budget, c’est un test pour un nouveau client. Mais il faut que ça soit nickel pour qu’on ait le marché. Tu peux me dépanner ?"

C’est peut-être vrai. Mais vous pouvez être sûr que votre client va tout mettre en oeuvre pour que ce test soit réussi : il paiera évidemment ses salariés, l’électricité qui fait fonctionner son matériel et les fournitures dont il aura besoin ; sans oublier les comédiens qui viendront enregistrer le texte que vous aurez écrit, s’il s’agit d'un documentaire ou d'un doublage de fiction.

Donc il a un budget. Ou en tout cas, il est tout à fait capable d'en débloquer un quand il n’a pas le choix.

Pourquoi le traducteur serait-il le seul à ne pas être rémunéré à sa juste valeur ? Parce qu’il est le seul à ne pas avoir un contrat de travail ? Parce qu'il est une variable d'ajustement commode ?


4) "Tous nos traducteurs travaillent pour x euros. Je ne peux pas te payer plus / Tu es vraiment trop cher / Il faut que tu baisses tes tarifs."

Super. Si vos confrères travaillent pour des clopinettes, c’est leur problème. Soyez ferme, justifiez votre prix, référez-vous aux tarifs syndicaux ou aux pratiques habituelles. Toute relation économique implique une part de négociation, c'est tout à fait normal. Mais le but est de trouver un terrain d'entente, un équilibre gagnant-gagnant. Si votre prospect ne bouge pas d'un pouce, laissez tomber et dites-vous que ce n’est pas une grosse perte.


5) "Contrat ? Bon de commande ? Pas besoin, on se fait confiance, non ?"

En traduction audiovisuelle, théoriquement, on devrait toujours travailler avec un contrat. En pratique, ce n’est pas toujours le cas – et quand il y a un contrat, il arrive souvent un mois après la date de rendu de la traduction. Là, évidemment, signer un contrat servant à garantir les conditions d'un travail une fois que ce travail est terminé, ça ne sert plus à grand-chose. Bref, c’est un peu la pagaille.

Mais rien ne vous empêche, vous, d’envoyer un "accusé de réception de commande d’adaptation" (ARCA) à votre client. C’est un document tout simple à établir, qui récapitule les conditions de votre collaboration avec votre client : délai de remise de la traduction, tarif, délai de paiement, etc. Il suffit de l’envoyer dans le corps d’un courriel à votre interlocuteur et de lui demander de vous le renvoyer, ce qui vaut de sa part acceptation des conditions (un modèle ici ).

Votre client sera peut-être surpris de recevoir un ARCA. Ça, ce n’est pas grave. En revanche, s’il rechigne à vous le renvoyer, dites-vous que ça sent le roussi. Si vraiment "on se fait confiance", ça ne doit pas lui poser problème de vous confirmer par écrit ses engagements.


6) "Euh, au fait, le tarif a baissé, maintenant c’est tant."

Cette petite phrase, vous aurez peut-être la joie de l'entendre soit pendant que vous travaillerez, soit une fois que vous aurez rendu votre traduction.

Si vous avez un contrat ou un ARCA (voir point précédent), c’est cool, ça veut dire que vous disposez d'une trace écrite du tarif initial et que vous réussirez vraisemblablement à vous faire payer au bon tarif en insistant un peu.

En dernier recours et en l'absence de contrat/d'ARCA, si vous n’avez pas encore rendu votre traduction, vous pouvez toujours garder votre fichier traduit en otage jusqu’à ce que le client accepte (avec trace écrite à la clé) de revenir au tarif qu’il vous avait promis à l’origine. Autre possibilité, testée par d’aucuns : si votre tarif baisse de 10% en cours de commande, laissez vides les 100 derniers sous-titres de votre traduction (ou arrêtez-vous 5 minutes avant la fin, par exemple, si vous traduisez un programme de 50 minutes). Œil pour œil, dent pour dent. Ce n'est certes pas très constructif, mais c'est révélateur du niveau de maturité des relations entre traducteurs et sociétés de postproduction, dans certains cas.

Si vous avez rendu votre traduction et que vous n’avez ni contrat, ni ARCA, vous êtes mal barré. Vous pouvez toujours tenter de faire un esclandre un jour où le client de votre client est présent dans ses locaux. Ou faire le siège de son bureau (méthode également testée par d’aucuns : arriver un vendredi avec un sac à dos et des provisions, histoire de montrer qu’on restera sur place tout le week-end au besoin). Bonne chance.


7) "On est une petite structure, on n’a pas de marge de manœuvre, on paie nos traducteurs à 6 mois."

C'est peut-être vrai. Mais en quoi cela vous regarde-t-il ? Si votre client ne sait pas gérer sa trésorerie, c’est son problème et il n’y a pas de raison que cela devienne le vôtre. Quand on commande une prestation, on s’assure au préalable qu’on a de quoi payer le prestataire.

Par ailleurs, depuis le 1er janvier 2009, les délais de règlement légaux ont été réduits à 60 jours maxi pour les prestataires de services. Un client qui vous paierait à 6 mois serait donc en infraction.


8) "Le client n’a pas de sous, ça n’a pas besoin d’être de la super qualité. Tu peux me dépanner et me faire ça pas cher/gratos ?"

Bien sûr. Et pourquoi pas le ménage et les vitres en prime, pendant qu’on y est ?

"Le client n’a pas de sous", mais vous pouvez être sûr que votre client, lui, sera payé.

"Ça n’a pas besoin d’être de la super qualité", mais votre nom apparaîtra à la fin du film, c'est donc votre réputation que vous engagez.

Là encore, veillez à ne pas provoquer ce genre de situations en faisant un peu trop copain-copain avec votre client ; et c'est à vous de lui faire comprendre que la notion de qualité est au cœur de votre métier.


9) "Pour les droits d’auteur, on fait 50-50."

Après avoir traduit une fiction ou un documentaire, il est d'usage de déclarer votre traduction auprès d’une société d’auteurs (Scam ou Sacem). Pour cela, il vous faut une attestation de traduction signée par l'entreprise qui vous a confié la traduction de l'oeuvre audiovisuelle. Or certains clients indélicats ont la fâcheuse habitude d’inscrire leur propre nom à côté du vôtre sur les attestations, comme s’ils avaient cosigné la traduction avec vous. Cela leur permet de toucher 50% des droits d’auteur que vous versent les sociétés d’auteurs lors de la diffusion ou de l’exploitation de votre traduction. Super combine, hein ?

Bien sûr, la manœuvre s’accompagne généralement d’un chantage – "soit je codéclare tes traductions, soit je ne te donne plus de boulot".

C’est évidemment parfaitement illégal. Là encore, fuyez. Et n'hésitez pas à contacter le Snac pour signaler cette pratique.


10) "On est un festival. On ne peut pas payer les sous-titreurs."

On pourrait écrire un poème entier sur les joies de la traduction pour les festivals. Sans vouloir accabler les petites structures associatives qui s’efforcent de diffuser des films rares ou des courts-métrages exotiques, rappelons deux-trois choses :

- il y a généralement des salariés dans les structures organisant les festivals. Donc de quoi payer leurs salaires.

- les festivals ont par ailleurs des fournisseurs qu’ils rémunèrent (graphistes, imprimeurs, etc.) ; pourquoi les traducteurs feraient-ils exception à la règle ?

- les festivals sollicitent des subventions ; mais pensent-ils seulement à faire figurer le poste "adaptation" dans leur budget ? Trop souvent, le sous-titrage des films est le truc annexe auquel on pense à deux jours du début des projections. Pas étonnant qu'il se fasse alors dans des conditions déplorables.


En conclusion

Vigilance, bon sens et fermeté : tels sont les sages principes de Maître Jigoro Kano qui doivent guider vos premiers pas hésitants dans la traduction audiovisuelle. Ne vous laissez pas marcher sur les pieds sous prétexte que vous êtes djeunz et encore peu expérimenté. Et n'acceptez pas n'importe quoi, c'est le meilleur moyen de vous enfermer pour longtemps dans des relations de travail frustrantes, sans espoir d'une évolution dans le bon sens.

Mais rassurez-vous, hein, rares sont les clients qui cumulent plus de la moitié des tares susmentionnées.

Et puis un de ces jours, je ferai un billet sur les bons côtés de ce métier, parce que ça commence à devenir bien déprimant, tout ça.

Bon courage.


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M.'énerve


M. m’a écrit à nouveau.

M., c’est cette jeune étudiante qui cherchait des renseignements il y a quelques mois sur le beau métier de traducteur dans l'audiovisuel. En général, je réponds à ce genre de demandes – parce que quand j’ai commencé à m’intéresser à la traduction audiovisuelle dans les années nonante, j’habitais en province, je n’avais ni ordinateur ni accès Internet (comme à peu près tout le monde à l'époque) et j’aurais donné n'importe quoi pour trouver des tuyaux sur ce boulot qui semblait troooop glamour vu de loin.

Il y a quelque temps, donc, j’ai répondu un long mail à M. pour la décourager renseigner un peu.

OK, peut-être n’ai-je pas été assez claire.

Peut-être aurais-je dû lui raconter plus précisément comment les conditions de travail des traducteurs se sont dégradées ces dernières années. Comment les tarifs sont en chute libre depuis 15 ans. Comment il y a chaque année des dizaines de jeunes diplômés à bac +5 qui arrivent sur un marché déjà saturé et qui contribuent, souvent malgré eux, à aggraver encore la situation. Comment on n’est pas des salariés, contrairement à ce que pensait M., mais des free-lance à la merci de sérieuses fluctuations d’activité et sans la protection de ce truc quand même bien pratique (quoique fort imparfait et de plus en plus remis en question) qu'on appelle le droit du travail. Lui dire deux fois, au lieu d'une, qu'il fallait vraiment qu’elle lise ce texte. Lui répéter que je ne voulais pas faire pleurer dans les chaumières parce que c’est un métier intéressant, mais bon, si on m’avait dit tout ça il y a quelques années, j’aurais peut-être fait autre chose.

Tiens, juste pour le fun, faisons un petit bilan de ce qui s’est passé dans le secteur de l’adaptation audiovisuelle depuis un an :

- une baisse de 10% des tarifs de W. en traduction de documentaires.

- une baisse toute récente de 80% environ des tarifs du même W. en sous-titrage.

- une dégradation subite des conditions de travail et des tarifs dans le sous-titrage pour les sourds et malentendants (qui restait relativement protégé jusqu’alors). Grosso modo, la baisse atteint 60% entre 2003 et maintenant. Et ça s’accélère depuis le début de l’année.

- la délocalisation de T. au Maroc.

- le recrutement d’étudiants chez C. pour faire du sous-titrage à destination des sourds et malentendants à un tarif a priori encore plus bas que ce que paie T. à ses sous-titreurs marocains.

- la baisse toute récente aussi des tarifs des prestations techniques chez C. (moins 45%).

- l’allongement des délais de paiement chez B.

- le retour annoncé de S. sur le sol français, la multinationale du sous-titrage qui casse les prix comme c’est pas permis et qui a réussi, avec quelques autres mastodontes dans le même genre, à faire du sous-titrage un petit boulot sous-payé pour étudiants fauchés dans la plupart des pays du monde.

J’en oublie peut-être. Mais en résumé : c’est la merde.



Donc, M. m’a réécrit il y a quelques jours.

Dans son mail, elle m’explique qu’elle a commencé à traduire un film pour le plaisir en partant des sous-titres italiens et que ça lui plaît vachement.

Ah…

Puis elle demande : "Sauriez-vous me dire s'il me serait possible, avec mes 2 années de licence de langues étrangères appliquées, de commencer à travailler dans une boite de traduction/dans ce domaine qui me passionne ?"

Hmm…

M. n’a rien compris. M. me désole. M. a 20 ans et se fout complètement de ce que j’ai pu lui raconter il y a quelques mois.

J’ai donc répondu à M. en mettant les points sur les i. Parce que bon, M. et ses deux années de LEA vont se retrouver en concurrence avec des bac+ 5 au moins aussi motivés qu'elle et quand même un peu plus formés et sensibilisés à la notion de qualité en traduction audiovisuelle. M. va démarcher des boîtes qui lui proposeront de bosser pour 1/20e du tarif syndical - et M. sera ravie de bosser pour 1/20e du tarif syndical et de prendre si jeune son indépendance de papa et maman. Pendant quelques mois, M. va traduire (vite et mal, vraisemblablement) des niaiseries pour la télé ou des films pour le DVD. Elle n'aura aucun feedback sur son travail, aucun contact avec d'autres traducteurs, ne saura donc jamais qu'elle bosse vite et mal. Et puis elle va se rendre compte qu'elle n'arrive pas à en vivre même en bossant 16 heures par jour. Donc elle va faire autre chose, peut-être reprendre ses études. Elle aura perdu un an et contribué à la détérioration générale de la situation. Youpi. J'ai répondu à M., donc, mais sans grandes illusions quant à l’utilité de ce second mail. Quand on ne veut pas entendre...

Et puis je me suis dit qu’il était p’têt temps de rédiger quelques conseils à destination des traducteurs de l’audiovisuel qui débutent à l’aveuglette, à l'image de ce que fait l'auteur de ce blog pour les jeunes graphistes.

Ce sera pour demain (car ne l’oubliez pas, je suis toujours la Mary Higgins Clark de la blogosphère, non mais).

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Estimez-vous heureux


Cher lecteur de ce blog qui as tendance à revenir malgré les inanités qui pullulent dans ces pages comme des fourmis sur une nappe à pique-nique le jour de la fête du saucisson, sache que tu peux t'estimer heureux.

Car faute de temps et d'inspiration, voilà tout ce à quoi tu as échappé ces derniers temps :

- un long billet méditatif, perplexe et ému sur l'importance des élections européennes, avec à la clé, un développement interminable sur mes lointaines origines allemandes et sur l'importance de l'idée européenne quand on a vécu 20 ans (à la louche) à côté d'une frontière. Mais ne pleure pas, ô lecteur désappointé, je garde mon petit laïus pour le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, pis en plus c'est dans pas longtemps.

- un billet goguenard, spirituel et vaguement désespéré sur le niveau de la campagne desdites élections européennes. Tu y aurais appris comment le parti Europe Démocratie Espéranto a révolutionné ma vie de pauvre traductrice grâce à un spot de campagne à l'efficacité imparable, subtilement interprété par la relève de l'Actors Studio (au moins). Je t'aurais sans doute aussi parlé du jour où j'ai flippé ma race quand j'ai entendu, en décrochant le téléphone : "Bonjour Madame, bonjour Monsieur. C’est Philippe de Villiers. Peut-être êtes-vous surpris par cet appel (oh ben non, penses-tu), mais les élections européennes approchent et j’ai un message important pour vous". Mais tant pis, tu devras te contenter de lire cet article pour en savoir plus.

- un billet pratique sur la recette des tartelettes méditerranéennes et l'inauguration de mon extraordinaire moule à tartelettes.

- deux (oui, deux !) billets cinéma sur la re-vision, respectivement, de Mille milliards de dollars (avec une dissertation en trois parties trois sous-parties sur la merveilleuse actualité d'un tel film en pleine crise du capitalisme et quelques digressions à peine dignes d'une groupie de base sur le bonheur de voir réunis à l'écran Dewaeeeeere, Denneeeeer et Ferreeeeer - Mel, pas Séverine) et d'Autant en emporte le vent, dont je ne comprends décidément pas que ce soit le film préféré de tout un tas de gens, parce que quand même, Vivien Leigh est insupportable, Clark Gable a un sourire de publicité pour Freedent, Olivia de Havilland dégouline de bons sentiments et Leslie Howard n'est pas du tout crédible en fantasme inaccessible de Scarlett O'Hara (laquelle est, redisons-le, insupportable), tellement il est insignifiant. Et puis ça traîne en longueur, tout ça, y a pas moyen.



- un billet caustique et bien documenté témoignant d'une ex-cep-tion-nelle connaissance de la vie politique gabonaise, sur la valse-hésitation qui a entouré la mort d'Omar Bongo. Mais comme finalement, Caroline Cartier a résumé ça en deux minutes ce matin sur France Inter avec son incroyable talent de chasseuse de sons, je me suis dit que ce n'était pas la peine d'en rajouter.

tilidom.com

- last but not least, un billet d'enquête sur "pourquoi ont-ils viré Camélia Jordana de la Nouvelle Star" (et sur l'air de "Pourquoi ont-ils tué Jaurès"), lequel billet est à peu près le seul que mon état intellectuel me permettrait de pondre à l'heure qu'il est, mais en même temps, tout ça c'était la semaine dernière et ce n'est pas mon genre de vous servir du réchauffé, on le sait (voir plus haut, premier tiret).


Ah nan, franchement, estime-toi heureux.


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... le matin à 6h30 alors que je devrais être en train de finir ma traduction à rendre dans trois heures.




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Je savais bien...


... que c'était pas pour moi, mylittleparis point com.

Trop de bons plans maquillage, trop de cuisine moléculaire, trop de soldes Hermès, trop de bonnes adresses peeling, trop de ventes privées Vanessa Bruno, trop de lofts, de saveurs tendance, de régime crétois et de déco vintage. Pas ma came, bref.

Mais quelque part, je ne sais plus où, je ne sais plus qui disait que le site donnait de bonnes idées de cadeaux de fête des mères.

Ça tombe bien, me suis-je dit in petto, parce que ma mère sera justement chez moi dimanche soir, entre deux trains. Et que ça ne sert donc à rien de lui faire envoyer chez elle un bouquet de fleurs dont elle ne profitera pas. Et ça tombe bien aussi, ai-je renchéri toujours in petto, parce que je n'ai jamais d'idées pour la fête des mères (d'où le bouquet).

Quand on était petits, c'était facile. C'était la maîtresse qui trouvait l'idée :

- une fleur délicatement dessinée sur un cache-pot peint (2e année de maternelle)

- un savant bricolage à base de boîtes d'allumettes (vides) collées et assemblées par la maîtresse, puis décorées avec un immense talent au moyen d'un feutre fuchsia (3e année de maternelle)

- deux pots de confiture (préalablement vidés et nettoyés) peints avec une peinture spéciale pour verre dans des tons criards gais et printaniers et destinés à servir... euh... à quoi, déjà ? (CE1)

- un sous-verre avec des fleurs séchées dedans qui avaient tendance à glisser et à sortir du sous-verre (CM1)


... et sans doute encore quelques autres réalisations hautement artistiques qui me sont malheureusement sorties de la tête.


Hommage soit rendu à l'inventivité du corps enseignant dans ce domaine.


Mais il faut péniblement admettre que cette époque est révolue (depuis une vingtaine d'années, quand même, oui, je sais). Et c'est donc pleine d'espoir que j'ai testé le souffleur d'idées de My Little Paris. Ça ressemblait à ça :



Ça avait l'air fort mignon, très hype et tout et tout, mais j'ai commencé à douter en constatant qu'ils ne proposaient pas l'option "ma mère aime le bricolage, les meubles anciens, Jean-Sébastien Bach et le cinéma".


Puis j'ai frémi en imaginant sa réaction si je lui offrais

"un bain moussant nuageux, un bonnet de bain rose bonbon pour une allure rétro et une crème parfumée pour donner à ses gambettes la touche finale"

ou

"un parfum d'héroïne en noir et blanc, cigarette à la main et hommes à ses pieds (...) qui évoque (...) les interdits et les transgressions"

ou, mieux encore,

"la Gymbox des paresseuses, (...) une flopée d'exercices à pratiquer dans le métro ou au bureau".

Pendant que je découvrais ces idées avec un intérêt croissant, une bannière me faisait de l'oeil sur le côté droit de l'écran - une pub pour une leçon de maquillage mère-fille, soit à peu près la dernière chose que j'imaginerais faire en compagnie de ma mère.

Et puis tout ça était un peu trop ouvertement sponsorisé par un grand magasin parisien.


Bref, trop, c'est trop, ai-je inpettoïsé.


Conclusion : non, ce n'est décidément pas pour moi, mylittleparis point com.


A l'heure qu'il est, je me dis que finalement, je vais plutôt opter pour un bon vieux coffret de DVD.

Parce que dans ce domaine, franchement, il y a de quoi faire.




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Injuste (et paranoïaque)

k
22h, un soir de la semaine.


Voix inconnue : - Allô, Mme Les Piles ?

Mme Les Piles (qui trouve très mal élevé d'appeler des gens qu'on ne connaît pas après 20h) : - Oui ?

Voix inconnue (un peu embêtée) : - Je vous appelle au sujet de la BO d'Easy Rider que vous m'avez commandée sur Amazon Marketplace.


Ça y est, je sens qu'il va m'annoncer qu'il ne l'a plus en stock et que ô surprise, elle n'est pas disponible avant trois semaines ou que sais-je encore. Va falloir trouver autre chose pour compléter la Pile 69. 'Tain, ça fait dix jours que j'ai passé commande, il aurait pas pu s'en rendre compte plus tôt ? Commence à me prendre la tête, cette histoire de CD. Que des bras cassés, sur Amazon Marketplace, on m'y reprendra plus, franchement. Chuis curieuse de voir comment il va s'en sortir, tiens. Allez vas-y coco, sors-moi tes excuses à deux balles, on va rigoler. Pff, j'te jure, y a des claques qui se perdent...


Mme Les Piles (de plus en plus glaciale) : - Oui ?

Voix inconnue (bredouillante) : - Je... J'étais en vacances quand vous avez passé commande, du coup, ben pour que vous n'attendiez pas encore plus, je vous ai apporté le CD. Je suis en bas de chez vous, j'espère que je ne vous dérange pas trop, chuis désolé...

Mme Les Piles (bredouillante et penaude) : - Ah... euh... ben... Super, je descends, alors...



Post-it mental pour aujourd'hui : arrêter de penser que le monde est peuplé uniquement d'incompétents malhonnêtes qui ne cherchent qu'à me nuire.



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Ô temps, ... (comme on dit)

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Ça y est. Il les a eus, ses quarante ans. Frérot B., je veux dire.

Je m'y attendais un peu. Certes. Mais j'avais beau être prévenue, eh ben ça fait un coup (comme on dit).

Je le revois, bambin aux cheveux blonds comme les blés, gambadant dans les vertes prairies vosgiennes... Je me souviens de son sourire espiègle et de ses joues roses, de ses yeux bleus et...

Naan, en fait, je ne revois que dalle de cette mièvrerie pastel, puisqu'il avait déjà douze ans à ma naissance. Mais j'ai quand même du mal à imprimer que l'ado bouclé (et stressé) que j'ai connu dans ma tendre enfance est devenu un étudiant en école de commerce très public relations (et stressé), puis un golden-boy ambitieux (de plus en plus stressé) et enfin, il y a quelques années, un père de famille responsable (encore un peu plus stressé).

J'aime beaucoup mon frérot (on est "une famille très unie", comme on dit dans les interviews de Voici), mais on ne vit pas tout à fait sur la même planète, lui et moi.

Ainsi, il a longtemps tenté de me dissuader de m'installer à mon compte parce que pour lui, il n'y avait de salut que dans le salariat (mais si possible dans les étages supérieurs d'une tour de 90 étages à La Défense). Il faut dire qu'il était tombé dans le Figaro sur un article au titre évocateur de "Massacre en sous-titres" qui l'avait traumatisé (et qu'il s'était empressé de m'envoyer). Puis il a changé d'avis quand il a vu que je survivais sans être cadre sup dans une multinationale. Son vieux fantasme d'étudiant d'école de commerce a alors refait surface et il m'a vivement conseillé de créer une boîte pour me faire plein de thunes sur le dos des autres traducteurs. J'ai eu beau lui expliquer qu'outre l'aspect moralement discutable de sa suggestion, il n'y avait pas de thunes à se faire dans la traduction audiovisuelle, que le statut d'auteur rendait le truc difficilement faisable et que surtout ça ne m'intéressait pas, il est longtemps revenu à la charge. Plus maintenant, certes. Mais j'attends sa prochaine idée avec une impatience non dissimulée.

En même temps, si Frère B. ne comprend pas vraiment ce que je fais dans la vie, il faut avouer que la réciproque est vraie aussi. Sorte de Chandler Bing en version germanique, Frère B. a occupé depuis 15 ans divers postes aux intitulés obscurs dans une série de grosses boîtes. J'ai retenu qu'il était consultant en systèmes SAP, mais qu'il n'était pas DU TOUT informaticien. Concrètement, j'ignore à quoi il passe ses journées. Enfin, j'ai une petite idée, mais c'est assez flou dans mon esprit.

Mes premiers souvenirs nets de Frère B. remontent à une époque où il était déjà pratiquement adulte, du coup j'ai toujours pensé que nos rapports auraient été différents si je l'avais connu petit. Car contrairement à Frère L., qui était passionné de Lego et de Playmobil et s'acharnait à m'apprendre à jouer au rami alors que je n'avais que 5 ans (et que mes mains étaient encore trop petites pour tenir les cartes - mais tant pis, démerde-toi, j'veux jouer au rami), Frère B. n'était pas très joueur. Peu de complicité enfantine entre nous. Peu de bons souvenirs rien qu'à nous. Est-ce aussi parce que Frère B. était l'aîné ? Parce qu'il s'était vu confier symboliquement sa toute petite soeurette, étant aussi mon parrain ?

P'têt bien. Reste que même si on n'est pas trop sur la même longueur d'ondes, même si on n'a pas la même vision de la vie, même si nos opinions politiques respectives sont un sujet qu'on évite d'aborder... on se ressemble quand même beaucoup - physiquement (mais de qui avons-nous tous deux hérité ce front huit fois trop haut ?), mais pas seulement : têtes de mule à caractère de cochon, stressés pour un rien, anxieux pour tout et bordéliques pathologiques, on est vachement unis dans les faiblesses et les défauts. Et puis malgré tout, c'est un garçon jeune homme type formidable, foncièrement gentil, généreux (et stressé), qui sait - du moins je l'espère - qu'il peut compter sur sa soeurette autant que je peux compter sur lui. Et c'est quand même le plus important, après tout. Bon anniversaire, frérot.


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Have you ever seen me ecstatic?





Il faut dire qu'il y a de quoi.

Jugez plutôt (voix off de "Capital") :


- un documentaire sur le patrimoine culturel français et allemand classé à l'Unesco.

- un autre sur l'opéra The Fly (adapté du film de Cronenberg par le metteur en scène lui-même).

- quelques interviews sur Falstaff, de Verdi.

- dans la foulée, d'ici deux semaines, vérification (ou "simu", pour les initiés) des sous-titres du même Falstaff.

(Si vous avez suivi, vous aurez compris qu'il ne me manque plus qu'un film des années 40 à sous-titrer pour être pile poil dans le même état que la dame de la vidéo, la coiffure et le collier en moins).

- sans oublier le ciel bleu et le beau temps (dont je ne profite absolument pas, mais ça remonte quand même le moral).

- sans oublier ceci, qui fait toujours plaisir :



- sans oublier non plus, enfin, quelques efforts culinaires couronnés de succès ces derniers temps, notamment le sauvetage d'un reste de poulet rôti, totalement sublimé (n'ayons pas peur des mots) en un délicieux faux curry, ainsi qu'une tentative de yakitori qui a tenu toutes ses promesses.


Bon, y a toujours des trucs qui ne vont pas, par ailleurs, mais quand même, c'est coolos, tout ça.

(Ça existe, un smiley "ecstatic" ?)


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L'arnaque (totale)

Le formidable média qui me fait vivre a beau être une lucarne à blaireaux (à ce propos, connaissez-vous Eric Toulis ?), il a parfois de bonnes idées. Comme celle de programmer L'Arnaque dimanche soir.

Au passage, je ne sais pas si le site programme tv point com a un différend avec Arte ou si son budget photos a été revu à la baisse, mais voici l'image qu'ils avaient choisie pour illustrer l'article annonçant la diffusion de L'Arnaque :




Futé, non ? Comme si j'essayais de vous vendre Ocean's Eleven avec ça :




Alors qu'il était tellement facile de montrer ça :



(option gravure de mode)

Ou même ça :


(option plomberie)


Car il est bien connu qu'un Paul Newman entier, même habillé et mal rasé dans une baignoire, vaut toujours mieux qu'un Paul Newman coupé au milieu du nez, même en smoking et noeud pap.

Je veux pas me mêler de ce qui me regarde pas, hein...

Mais c'est la base, quoi.
Nan mais j'te jure...
Bande de bras cassés.
J'adore jouer avec la taille des polices sur ce blog, zavez remarqué ?


(élégant raclement de gorge et fin de l'aparté)


Dimanche soir, donc, je me suis installée confortablement sur mon désormais mythique canapé un peu avant 21h avec une relecture à finir sur les bijoux cailloux choux genoux en attendant le début du film.

Que je vous essplique : L'Arnaque n'a rien d'un chef d'oeuvre incontournable du 7e art, mais c'est l'un des rares dénominateurs cinématographiques communs à tous les membres de ma famille. Quand les parents ont enfin fait entrer une télévision et un magnétoscope dans le salon en 1988, c'est un des premiers films qu'on a enregistrés. Et on l'a gardé précieusement depuis tout ce temps (c'était autre chose, la qualité des VHS à l'époque, ma bonne dame). C'est à dire qu'on l'a tous vu 50 fois, qu'on est tous toujours partants pour le revoir une 51e fois, et que - au grand dam de mes belles-soeurettes et de The Man - mes frères et moi avons tendance à jouer à "qui dira la réplique avant les autres" quand arrivent les (nombreuses) scènes que nous connaissons littéralement par coeur. C'est super sympa, les soirées films en famille. Heureusement pour les autres, ça n'arrive pas souvent.

Mais dimanche, j'étais seule. Donc je n'avais pas forcément prévu de jouer à réciter les répliques. Et puis j'avais quand même un peu de boulot à finir, soyons sérieux (pffff ouarf, ouarf, ouarf).

Et surtout, surtout, je n'avais jamais vu L'Arnaque en VO, révélation qui, lecteur incrédule de ce blog, te laisse bouche bée et me paraît à moi-même insensée, mais c'est un fait. Pourtant, d'une manière générale, dans le vaste débat aussi stérile qu'éculé sur les mérites respectifs du sous-titrage et du doublage, je serais plutôt du genre ayatollah du sous-titrage, avec toute la radicalité et la stupidité entêtée qu'implique cette métaphore osée et finalement d'assez mauvais goût. Rares sont les versions doublées qui ont mes divines faveurs (A la Maison Blanche, Meurtre mystérieux à Manhattan et à la rigueur quelques James Bond ainsi qu'une poignée d'Hitchcock, mais ça s'arrête là).

Voyant que L'Arnaque était diffusé en version multilingue (cette merveille technologique qui constitue un casse-tête pas possible pour les auteurs de doublage et de sous-titrage mais ce n'est pas l'objet du présent billet, qui n'est que joie, bonne humeur, cinéphilie exigeante et idolâtrie d'acteurs trop bien gaulés), j'ai sélectionné l'option VOST et me suis préparée psychologiquement à faire fi d'un minime (hem...) décalage des sous-titres par rapport à la VO et de l'esthétique désastreuse du télétexte.

Les sous-titres étaient bons. Ils n'étaient même pas décalés. Newman et Redford avaient leur voix normale. La bande-son d'origine était bien nette. Tout était au poil (si vous avez lu "Tout le monde était à poil", passez votre chemin, L'Arnaque est à mon grand désespoir un film très habillé).


Mais je n'ai pas tenu dix minutes.


En VO, Luther ne disait plus "Te dire que c'est le Pérou... mais c'est un peu plus légal". En VO, Johnny Hooker ne s'appelait plus "Johnny Le Crocheteur". En VO, la police ne s'appelait plus "la rousse" ni "la maison poulaga". En VO, un portefeuille ne s'appelait plus "un marlingue", un nez cassé n'était plus "un blase en chou-fleur", Johnny le Crocheteur n'était plus "sapé comme un milord". En VO, on ne filait plus en loucedé, on ne flambait plus le toutim, on ne visait plus la grande faisande.


Bref L'Arnaque en VO, ce n'était plus L'Arnaque.


Bien sûr, il y avait à la place l'argot américain des années 30, tout aussi fleuri et objectivement plutôt bien sous-titré. Mais je me suis rendu compte que le côté outré et San-Antoniesque des dialogues français représentait en fait à mes yeux (et mes oreilles) environ 80% du charme du film (ça ne laisse que 20% à Newman et Redford, ce qui entre nous est assez minable pour deux soi-disant séducteurs mythiques, mais j'dis ça, j'dis rien). Et hop, je suis repassée en VF. Et zou, j'ai passé une excellente soirée.


Depuis, j'en voudrais presque à l'auteur du doublage - dont le nom n'apparaissait pas au générique de fin, d'ailleurs (pas plus que celui de l'auteur des sous-titres). A cause de son talent, jamais je ne pourrai voir ce film en VO sans regretter la VF. Drôlement fort, le gars (si c'est un gars).

Il m'a eue (Caramba, tou m'as touée !). Je me sens... arnaquée, ben oui, rien d'étonnant me direz-vous.

Franchement, pff, trop dég.

L'apauvrissement sémantique dont témoigne cette dernière phrase me fait penser qu'il serait temps de conclure ce billet.

Mais allez, dites-le-moi, vous qui savez : c'est qui, l'auteur du doublage de L'Arnaque ? Sssiiii, soyez sympa...


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