Rions un peu

Vu ici :


Alain Joyandet, secrétaire d’État chargé de la Coopération et de la Francophonie organise du 15 janvier au 7 février 2010 un concours intitulé "Francomot", à la recherche du mot francophone le plus juste.

(...)

Notre langue est très souvent émaillée de mots venant de l’anglais. Pourquoi parler "d’email" et non pas de courriel ? Savons-nous ce que parler veut dire en proposant un "chat", un "talk" ? Sommes-nous bien assurés de faire du "tuning" ou d’être confrontés à un "buzz" ? Pourquoi envoyer/recevoir une "newsletter" et non pas par exemple une lettre d’information ?

"Francomot" est un concours ludique qui s’adresse aux élites de demain
(MOUAHAHAHAHA), dans les (sic !) tous les secteurs, afin de leur faire prendre conscience de la richesse de la Francophonie. Du 15 janvier au 7 février, "Francomot" propose aux étudiants et aux élèves, plus particulièrement de dernière année de mastère ou de grande école, de métropole et d’Outre-Mer, d’adresser par voie électronique, à l’adresse franco.mot@diplomatie.gouv.fr, des traductions innovantes pour les 5 mots cités précédemment.






Alors, comment dire...

Cher Alain (tu permets que je t'appelle Alain ?), comme tu le dis si bien, il existe déjà un mot pour "email". J'en vois même trois, à vrai dire (courriel, courrier électronique, message électronique). Je ne suis pas sûre qu'en inventer un quatrième soit vraiment nécessaire.

Idem pour "newsletter", je ne vois pas bien où tu veux en venir.

Quant aux autres, il y a la Commission générale de terminologie et de néologie qui se penche sur la question depuis pas mal de temps, je ne sais pas si tu connais, comme elle ne dépend pas de ton ministère. Elle suggère par exemple d'employer "personnalisation" pour "tuning", ou "dialogue en ligne" pour "chat". Pour ce dernier terme, l'Office québecois de la langue française a même inventé un mot absolument choupi qu'on n'est pas près d'employer de ce côté-ci de l'Atlantique me semble-t-il : "clavardage". Mais "discussion en ligne" va très bien aussi, si tu veux vraiment mon opinion. Et puis au Québec toujours, le "buzz" est une "rumeur" (voire une "rumeur organisée", selon certains sites et selon les contextes).

Enfin, je dois t'avouer ma grande perplexité. J'ignore ce qu'est un "talk". Veux-tu parler d'un "talk-show" ? Ton assistant a-t-il fait un copier-coller malheureux quand il t'a préparé ton briefing ? Mystère... N'hésite pas à préciser ta pensée, en tout cas, toute information complémentaire est bienvenue en ce qui me concerne.

Alors certes, la Commission générale de terminologie et de néologie ou l'Académie française n'incarnent peut-être pas "les élites de demain" (re-MOUAHAHAHAHA, excuse-moi, Alain, c'est nerveux), mais bon, elles ont le mérite d'exister, même si elles refusent parfois des termes chouettes comme tout ("pourriel" à la place de "spam", c'eût été parlant).

Donc mon cher Alain, je te renvoie à leurs sites Internet, au cas où, et je t'engage à te pencher sur d'autres questions plus pressantes en matière de langue française. Par exemple la qualité des traductions audiovisuelles en français, qu'en penses-tu ? Un truc vraiment utile, ce serait un grand plan d'action permettant aux auteurs de sous-titrages et de doublages de travailler dans des conditions acceptables et de faire du bon boulot, digne de notre jolie langue.

Mais ce n'est qu'une suggestion, hein. Chuis open.


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En dépit du bon sens, le paradoxe du traducteur


Un bel article pas tout récent de la revue Meta sur lequel je suis tombée en cherchottant autre chose.

"En dépit du bon sens, le paradoxe du traducteur"

Auteurs : André CHASSIGNEUX et Évelyne CLAVAUD
Revue : Meta : journal des traducteurs / Meta: Translators' Journal, Volume 37, numéro 2, juin 1992, p. 204-213
À consulter en intégralité (et en PDF) ici :
http://id.erudit.org/iderudit/002223ar



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Exem-quoi ?



EXEMPLAIRE, adj.
Qui peut être cité en exemple, en modèle à imiter. Synon. édifiant, parfait.
Un maître exemplaire (BERNANOS, Joie, 1929, p. 646). Le remarquable et exemplaire bon élève des bons pères (PRÉVERT, Paroles, 1946, p. 251). Quelle vie exemplaire ! (SARTRE, Mots, 1964, p. 107).

(source : TLFI)



"la France veut montrer l’exemple"
(discours du Président de la République prononcé le mardi 27 novembre 2007 devant les étudiants de l’université de Qinghua (Tsinghua) à Pékin)


"l’Etat doit jouer un rôle exemplaire"
(le Président de la République en conclusion du Grenelle de l’environnement, le 25 octobre 2007)


"L’Etat doit donner l’exemple."
(discours du Président de la République prononcé le 19 mai 2009 à Urmatt)


"Je veux que l’État soit exemplaire."
(discours du Président de la République prononcé à l'Ecole Polytechnique, Palaiseau, le 17 décembre 2008)


"Si l’Europe veut être écoutée, elle doit être exemplaire."
(discours du Président de la République prononcé lors de la séance d’ouverture du XIIème Sommet de la Francophonie, Québec, 17 octobre 2008)





... Et si on commençait par la langue française ?





Source : Le Canard enchaîné n°4657 du 27/01/2010.


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Le boulet


Ça suffit, de critiquer les donneurs d'ordres et les clients finaux des traducteurs.

Nan mais.

Petite séance bitchesque sur un traducteur de l'audiovisuel que j'ai appris à connaître il n'y a pas longtemps. Désolée pour les lecteurs à qui j'ai déjà raconté cette histoire de vive voix tout récemment, ça m'a donné envie de me défouler un peu par écrit.

Quand une de mes clientes m'a proposé de relire une traduction effectuée par X, j'ai fait la moue. Elle ne s'en est pas rendu compte, rapport au fait qu'on était au téléphone, mais j'étais moyennement ravie. X a une réputation assez bif-bof dans le métier, j'ai entendu quelques horreurs à son sujet par le passé ; par ailleurs, il m'avait appelée quelque temps auparavant de façon assez inexpliquée et m'avait tenu la jambe pendant trois bons quarts d'heure en m'abreuvant d'un discours extrêmement paternaliste et condescendant - je cherche encore aujourd'hui à percer à jour la motivation profonde de ce coup de fil, bien que j'aie quelques hypothèses.

Mais à part ça, X, je ne le connais pas. Et bien que bourrée d'a priori, je fais contre mauvaise fortune bon coeur et j'accepte la relecture.

1e mail de X

"On me dit souvent que je n'ai aucun style, tu me diras ce que tu en penses."

Ça commence bien.

2e mail de X

"Attention, le relevé de texte n'est pas fiable. Je te conseille de relire à partir de la vidéo."

Hmmm... Comment tu pensais que j'allais relire ? Avec un bandeau sur les yeux et des boules Quiès ?

3e mail de X

"Il y a un gars qui parle par ellipses dans le docu. Il faut faire attention au sens plus qu'à la forme."

OK, apprends-moi mon métier, tu marques des points.

Suite du 3e mail de X

"Pour les sous-titres, je préfères que tu les relises au format texte. Je ferai une simulation moi-même."

Aucun intérêt. Je le lui fais remarquer et lui annonce qu'il n'a pas trop le choix, que je ferai une simu de mon côté, vu que je suis payée pour ça.

Réponse :

"No problem. Je referai une simu de contrôle après coup." Suit une liste de recommandations techniques inutilement interminables concernant le format sous lequel je peux/dois ouvrir le fichier de sous-titres et celui sous lequel je peux/dois lui renvoyer ledit fichier.

Parano.



Le texte et les sous-titres arrivent. Je me plonge dans la relecture.



Ben c'est vrai, qu'il n'a pas beaucoup de style, le gars. C'est un peu lourd, quoi. On est censés être des traducteurs-adaptateurs, lui s'est visiblement arrêté à la première moitié du boulot. Ce n'est pas mauvais-mauvais, hein, mais c'est pesant, souvent redondant, et ça manque de pep. Dans quelques passages, sa traduction manque de précision, ailleurs j'ai l'impression qu'elle est même un peu à côté de la plaque. Les sous-titres sont repérés un peu à la hache, leur contenu laisse parfois à désirer. Certaines indications phonétiques sont fausses, comme s'il n'avait même pas pris la peine d'écouter les locuteurs allemands prononcer les noms concernés.

Donc je taille dans la masse. Je corrige, je réécris, c'est ce qu'on me demande de faire.

Huit heures de relecture plus tard, je lui renvoie le tout en lui précisant que je me tiens à sa disposition pour discuter des modifications. "N'hésite pas à râler", ajouté-je bêtement en forme de boutade à la fin de mon mail, comme je le fais souvent histoire de dédramatiser l'impression que peut faire au traducteur l'ouverture d'un fichier plein de corrections.


3 minutes plus tard, le téléphone sonne, X m'a prise au mot. Ce type appelle systématiquement en numéro caché, ce qui a le don de m'exaspérer (je reçois par jour deux à dix appels téléphoniques de démarchage commercial, ce qui fait que je ne décroche plus, par principe, quand on m'appelle en numéro caché, histoire de ne plus perdre mon temps à répéter : "Je vous ai déjà dit quatre fois que je n'avais pas besoin d'armoires à archives, qu'est-ce qu'il faut faire pour ne plus figurer dans votre base de données ? Saisir la CNIL ?").

Mais je me doute bien que c'est lui, donc je décroche quand même. X a un ton hargneux, limite insultant.

"Dis, Les Piles, je ne pensais pas devoir revoir TOUTES tes corrections, mais je vois qu'il va falloir que je le fasse ! Parce que là, tu m'inquiètes !"

Pardon ?

"Nan mais que tu réécrives ma traduction, ça à la limite je m'en fous, si c'est ta façon de voir les choses. Mais que tu changes le sens de ce que j'ai écrit, ça va pas du tout, là ! A la deuxième minute, tu ne peux pas écrire ça, c'est pas ça que ça veut dire !"

Je lui fais remarquer que le terme concerné a plusieurs significations et que sa traduction était parfaitement incohérente compte tenu du contexte.

"Ah. C'est comme ça que tu le comprends."

Ben oui. Sinon ça n'a pas de sens, lui dis-je sans prendre trop de gants. La moutarde me monte déjà au nez.

"Bon."

X raccroche.

10 minutes plus tard, le téléphone re-sonne. Numéro caché. Je décroche avec l'amabilité naturelle qui me caractérise.

Ouiiiiiiii, X ?

"Bon, non, t'as raison, à la deuxième minute, ta phrase, elle est mieux comme ça."

A partir de ce moment, X ne tarira plus d'éloges sur ma relecture de toute la journée.

"Mais c'est bien, parce que tu as l'air d'avoir l'habitude de relire des traductions."

???

"Ce qui est cool, c'est que tu n'hésites pas à supprimer des infos quand on les a déjà données juste avant."

?????

"Et puis tu as remplacé tout plein de répétitions que j'avais laissées par des synonymes, ça c'est une bonne idée."

???????

Ce type a la cinquantaine, il est censé faire ce métier depuis je ne sais combien d'années, et il a l'air d'une poule qui a trouvé un couteau. Ou en tout cas, c'est l'impression qu'il veut me donner. Pourquoi, je l'ignore.

Il râle un peu concernant certaines corrections que j'ai apportées à ses sous-titres. Pourtant, je suis relativement sûre de moi quand je lui suggère par exemple que

au milieu de figurants
en costumes traditionnels.

serait plus lisible que

entourés de comparses
en habits de Munster.

(Les "comparses en habits de Munster", un concept bien connu susceptible de plaire aux téléspectateurs français amateurs de fromages alsaciens, lesquels ne connaissent pas nécessairement la riante bourgade de Münster, en Westphalie - dont le nom apparaît de toute façon comme un cheveu sur la soupe ici et n'a strictement aucune importance).

Je crois avoir fait le tour des corrections avec lui, nous sommes déjà au téléphone depuis trois quarts d'heure et il a souligné plusieurs fois qu'il était très pressé parce qu'il avait lui-même une traduction à relire.

Mais non.

J'ai droit à son CV complet.

Ses débuts comme guide touristique en Grèce. Ses jobs de comédien. Ses déboires quand il a voulu commencer à faire de la traduction parce que ce n'était pas son métier (tiens ?). Sa technique de travail imparable qui consiste à bâcler traduire super vite et à limiter ses recherches à Internet, "parce que moi je trouve absolument tout, hein, sur Internet". Sa femme, sa famille. Son projet de quitter la France prochainement (youpiiiii !), mais de continuer à bosser pour le marché français (ooooh...). Son emploi du temps HYPER-chargé, "mais bon, si jamais tu entends parler d'un truc, tu peux quand même me contacter ; enfin je ne pourrai sans doute pas le prendre parce que j'ai énormément de travail, mais on ne sait jamais, quoi, je traduis telle langue, telle langue et telle langue, et d'ailleurs, tu bosses pour qui, toi ?" (j'ai l'impression de l'entendre prendre un papier pour noter - mais c'est sans doute la lassitude qui trouble mon ouïe).

Sa logorrhée m'est de plus en plus pénible. Je lui rappelle que nous avons déjà bossé pour un autre client commun sur une même série documentaire, chose que je lui avais d'ailleurs déjà signalée lors du coup de fil énigmatique qu'il m'avait passé quelques semaines plus tôt (et chose dont il aurait pu se rendre compte en lisant la ligne "destinataires" des mails adressés par le client à l'ensemble des traducteurs travaillant sur cette série, du reste). Sa surprise est sans bornes, il n'en revient pas, c'est fou, ça. C'est bien ce que je pensais : ce mec s'écoute parler, c'est tout ce qui l'intéresse.

En tout, il me rappelle encore quatre fois dans la journée. Ensuite, c'est fini, je ne décroche plus. Le téléphone sonne encore deux ou trois fois en affichant le symbole "numéro caché", je ne veux pas savoir si c'est lui ou pas, je n'en peux plus.

J'hésite à facturer à ma cliente les heures de téléphone infligées par X. Je crois que je le ferai, si ça se reproduit. En attendant, j'arrête les relectures pour quelque temps.


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Outils et nouveautés


J'ai fait du shopping, depuis un mois. Pas chez Zadig & Voltaire ni chez Furla, malheureusement. Plutôt du côté de chez Advanced International Translations, Amazon et Chapitre.com. C'est bien aussi, hein, même si on peut moins facilement arborer ses achats dans les soirées branchées (qui constituent mon quotidien, tu l'auras compris, lecteur attentif de ce blog).



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Après maintes hésitations, j'ai fini par investir dans TO3000 (en promo en fin d'année), un logiciel censé faire gagner en efficacité en termes de facturation, de devis, de suivi des paiments, de planning, etc., notamment en traduction libérale. J'avoue que pour l'instant, j'ai seulement testé la fonction planning car il faut personnaliser le template de facturation et je ne me suis pas encore penchée sur la question rapport au fait que ça m'avait l'air relativement barbare (mais apparemment, une fois le template personnalisé, les factures se font toutes seules, c'est magique). Le but en ce qui me concerne est surtout de tenter de m'organiser mieux, le côté "planning" lié à la fonction facturation et à ma petite base de données de clients étant censé m'obliger à être plus rigoureuse dans le suivi de mon activité libérale. On verra avec le temps, quoi.



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Quatrième de couv' (relativement mal rédigé, d'ailleurs) de Whozzat :

"Vous le saviez, vous, qui étaient Robert Grosseteste, Ethelred le Malavisé... à quoi ressemblait le monde selon Grimp ou qui était ce Grimaldi qui faisait la une des gazettes dans les années 1820 ? Si la réponse est non, vous ne pourrez plus l'ignorer après avoir consulté ce dictionnaire de quiconque est quelqu'un dans le monde anglophone, des origines à nos jours. Ils sont venus, ils sont tous là, même ceux du sud de l'Italie (Sinatra, Frank - Francis Albert - (1915-1998) p. 333), puisqu'ils sont quelque 2 500 à hanter ces pages, presque aussi nombreux que les personnages d'un annuaire téléphonique, mais avec une action beaucoup plus palpitante et variée !"





Double achat fait en fin d'année 2009 en guise de cadeau de Noël à moi-même (il en faut). Ils peuvent se feuilleter à bâtons rompus, même si les articles sont un peu succincts à mon goût. C'est plus un gadget acheté pour le plaisir qu'un outil vraiment vraiment indispensable, je l'avoue, mais ça ne fait pas de mal de compléter sa culture gé, et je suis convaincue que ces bouquins pourraient me sauver la vie un jour de coupure de connexion Internet (l'important est de s'en persuader). J'ai repéré une coquille dans le seul article que j'ai consulté pour le boulot jusqu'à présent, mais ceci mis à part, ça a l'air pas mal.



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Celui-ci, par contre, je le cherchais depuis longtemps en vain, car il n'a pas été réédité depuis 1987. Après l'avoir guetté, que dis-je, traqué pendant des mois, j'ai fini par en trouver une édition des années 60 sur Chapitre.com et ai donc cliqué sans attendre, telle une panthère aux aguets ayant repéré un zèbre vulnérable et isolé dans la savane brûlante (si si, c'est moi). Autant la première moitié du dico n'apporte pas grand-chose de plus qu'un Robert en termes de phonétique, autant la seconde est précieuse car elle porte sur les noms propres, français et étrangers. Or il n'existe pas d'autre source francophone consacrée à la prononciation des noms propres (incrédibeul, hein ?). Le but est d'avoir une base à peu près fiable lorsqu'il faut indiquer les prononciations des noms "à problème" dans les traductions de documentaires (le complément Web étant l'excellent site collaboratif Forvo - ainsi que, parfois mais pas toujours, les fichiers audio accompagnant les articles de Wikipedia).


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Prochaine étape envisagée : un compte (gratuit ou payant, faudra voir) de stockage en ligne chez Dropbox, qui permet non seulement de conserver les versions successives des trads et des fichiers d'administration divers, mais aussi, si j'ai bien tout compris (je prends mes précautions, hein), de synchroniser les sauvegardes sur plusieurs ordinateurs. Je modifie mon fichier sur l'ordinateur fixe, je le sauvegarde instantanément dans la Dropbox, du coup quand j'ouvre l'ordinateur portable, je récupère sans avoir rien à faire la version que j'ai sauvegardée depuis le premier ordi. À tester...


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- Quelle heure est-il ?

- Sept heures.

- Embrasse-moi. Je t'attendrai à la terrasse du Royal Camée, comme d'habitude. Quand tout sera fini tu prendras ta grosse voiture, tu t'arrêteras en face, je monterai à côté de toi. Et nous serons libres. Libres, Julien.

- Bien.

- Je t'attends, je n'attends que toi.





Revoir le début d'Ascenseur pour l'échafaud avec la même émotion que la première, la deuxième et la troisième fois.

Partir complètement, dans le sillage de Jeanne Moreau déambulant dans un Paris nocturne, mélancolique et banalement illuminé.

Allumer une clope, se lover voluptueusement dans le canapé et savourer chaque note familière de Miles Davis.

Avoir l'immense joie, qui plus est, de faire découvrir cette merveille à The Man.



...



Être prise d'envies de meurtre violent sur appareil électroménager quand le lecteur de DVD lâche au bout de 44 minutes de film.



Même pas eu le temps de voir Ventura à l'écran. Merde, quoi.

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Ça ne s'arrange pas





Pas le temps d'écrire grand-chose ces jours-ci, mais voici un joli cliché croisé sur un blog de traduction russe.

Pour les curieux non russophones, dans le reste du billet l'auteur souhaite tout simplement à ses lecteurs de passer de bonnes fêtes, de se voir confier des commandes intéressantes et bien payées, et de ne jamais se retrouver dans le champ d'application du panneau photographié. Grosso modo, quoi, parce que franchement, mon russe est rouillé (ne cherchez pas la contrepèterie, il n'y en a pas).


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J'aime bien Diana Ross(e) (et ses suprêmes copines)...


... mais je les trouve quand même un peu limite, ces pubs de produits pour bébés qui disent toutes "all you do is treat me bad"...






... non ?


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London, baby! Euh ben non, toujours pas, en fait...


A la suite de ça, on avait rendez-vous cet après-midi à Asnières.

Ouaip. Pour obtenir un visa de tourisme permettant d'aller passer un week-end à Londres, il faut d'abord aller à Asnières. Ou à Marseille. Ou à Lyon. Autant dire que c'est super-pratique si on habite dans une agglomération de moins de 500 000 habitants.

Mais passons, à la limite dans le cas présent on s'en fout, on vit à Paris.

"Ils" n'ont laissé entrer que The Man (zont tout de suite vu que j'avais un air louche, je les comprends). Après un passage au détecteur de métaux, je l'ai vu disparaître dans une salle d'attente. Et on m'a priée d'attendre dehors, ce qui est vachement convivial, merci les gars (heureusement, il faisait quand même dans les 5 degrés, cet après-midi).

40 minutes et un nez congelé plus tard, je l'ai vu ressortir, l'air perplexe.

On a pris ses empreintes digitales.

On l'a pris en photo (je me demande à quoi servent les photos d'identité demandées avec le dossier).

On lui a demandé de payer encore un euro parce qu'on l'avisera par SMS de la suite donnée à son dossier (ça fait cher du SMS, non ?).

Et on l'a prévenu qu'il n'aurait pas de réponse avant deux semaines.




Chais pas pourquoi, j'ai de moins en moins envie d'y aller, à Londres.


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Thanks for asking


Alors voilà. Tout a commencé avec un commentaire délicatement déposé au bas de ce billet par un lecteur ou une lectrice par ailleurs blogueur/-euse répondant au très doux nom de Ici ou ailleurs.



"Heu, c'est surement très bête comme question, dans la mesure où je ne connais pas votre métier en détails. Et c'est aussi pour cela que je vous la pose.

Ne serait-il pas pertinent de vous diversifier, en ajoutant une casquette low cost ?

Par exemple, une offre qui consiste à juste passer un coup de logiciel auto, et puis une seule relecture, ça pourrait correspondre à un certain type de besoin, non ?

Je me dis juste que ce n'est forcément une distortion de conscience profesionnelle. On accorde j'imagine pas le même soin / attente / budget à traduire du Hemingway qu'un livret notice de machine à laver. Ou pour le cas d'imageschack, est-ce que les coquilles se traduisent par un manque à gagner ?"




On notera qu'Ici ou ailleurs prend des gants. Et Ici ou ailleurs fait bien, parce qu'il faut avouer que son commentaire a de quoi faire bondir pas mal de traducteurs. Mais il est très intéressant aussi, parce qu'il montre à quel point la traduction dans son ensemble souffre d'un énorme défaut de pédagogie, notamment en ce qui concerne les notions de qualité et de déontologie.

Reprenons.

La traduction low-cost, en quoi ça consiste ? Quand on parle d'injecter un texte dans un traducteur automatique et de repasser derrière après, il faut savoir qu'avec un traducteur automatique, il faut tout reprendre. Vraiment tout. Enfin non : avec un peu de bol, il y aura quelques groupes de mots utilisables tels quels, mais ça s'arrête là. L'exercice est facile à faire, je vais donc passer au traducteur automatique le premier paragraphe du texte sur lequel je travaille actuellement :


Le chef de musique Kathedral et chef de musique d'université d'Uppsala, Eric Burman (1692 – 1729) était un représentant umtriebiger de sa matière : „Il tenait Zweimahl la semaine Concerte dans sa maison, wobey se non seulement les enseignant apprenant, mais encore arrivaient. Et on peut dire avec la vérité, que si bien, la théorie, comme la pratique de la musique damahls dans Upsal, à l'étonnement de Jedermann, à la plus haute fleur avouent sey,“ comme nous apprenons „la base d'une porte d'honneur“ (Hambourg en 1740) de Jean Matthesons. Mattheson lui-même n'a jamais été en Suède, et ainsi il aura connu Burmans l'académie musicale tout aux mieux à Hörensagen.



Voilà voilà.

Ma version non finalisée et pas encore satisfaisante à mes yeux, traduite par mes petites mimines avec mes neurones à moi, ressemble à l'heure actuelle à ça :


Eric Burman (1692 – 1729), directeur musical de la cathédrale et de l’université d'Uppsala, était un représentant dynamique de son art : « Il donnait deux fois par semaine des concerts à son domicile, auxquels participaient non seulement des musiciens en formation, mais aussi des professeurs. Et l’on peut dire en vérité que tant la théorie que la pratique musicales s’épanouissaient à Upsal, au grand étonnement de tous ». Ceci, nous l’apprenons dans Grundlage einer Ehren-Pforte (Fondement d'un arc de triomphe, Hambourg, 1740) de Johann Mattheson. Ce dernier ne se rendit du reste jamais en Suède ; c’est donc au mieux par ouï-dire qu’il connaissait l’académie musicale de Burman.



Je n'aime pas le "représentant dynamique de son art", ça ne fait absolument pas naturel. Il faudra trouver autre chose. Je n'aime pas les "musiciens en formation" ni même les "professeurs", autant de termes qui paraissent trop modernes dans la citation. Il faudra trouver mieux. Je n'aime pas non plus le "Fondement d'un Arc de Triomphe", et puis il y a plusieurs versions de ce titre en français. Il faudra que je me décide entre fondement, fondements, fondations, base, etc. Et ainsi de suite.

Bref, je n'ai pas fini.

Pourtant, j'y ai déjà consacré du temps, à ce texte.

J'ai fait un premier jet de traduction. J'ai dépiauté les phrases, déconstruit leur syntaxe et en ai étalé les composantes pour reformer des phrases en français à partir de ces éléments (l'allemand, c'est du Meccano, ne l'oublions pas). J'ai fait des recherches de vocabulaire dans mes dictionnaires de terminologie musicale. J'ai consulté des descriptifs d'oeuvres du compositeur auquel est consacré le texte pour être sûre de ne pas faire de contresens (et aussi parce qu'on ne parle pas tout à fait de la même façon de musique baroque et de musique classique ou contemporaine). J'ai consulté une copine allemande pour avoir son opinion sur deux expressions qui m'échappaient. J'ai contacté mon client pour lui faire remarquer qu'il y avait une incohérence majeure dans le troisième paragraphe de la deuxième page, et il m'a confirmé que oui, il fallait lire autre chose que ce qui était écrit dans le fichier qu'il m'avait envoyé. J'ai vérifié les titres d'oeuvres cités dans le texte, ainsi que les tonalités des morceaux évoqués, et même quelques dates.

Puis j'ai fait une deuxième version de ma traduction. J'ai réécrit mes phrases maladroites et trop littérales ; les ai allégées du mieux que je pouvais, parce que l'allemand est une langue particulièrement redondante et lourde ; les ai retournées dans tous les sens pour qu'elles aient un air de français. J'ai coupé les phrases interminables de la version originale pour obtenir un style un peu plus vivant et naturel, moins imbriqué, moins compliqué - moins allemand, en un mot. J'ai corrigé des erreurs hénaurmes que j'avais laissées dans mon premier jet (accords improbables, phrases apparemment bizarres car mal interprétées, et dont le sens surgit soudain comme une révélation). J'ai malaxé, façonné puis poli le tout.

Demain, il me restera à relire ma traduction imprimée, traquer la petite bête, rendre les phrases plus fluides encore, réécrire des passages qui me paraîtront sans aucun doute très moches, repérer les coquilles, faire quelques vérifications d'ordre typographique, vérifier la cohérence du tout, passer un dernier coup de correcteur orthographique et là, je pourrai envisager de renvoyer mon texte avec l'impression, non pas de livrer une traduction parfaite, mais d'avoir fait de mon mieux et de rendre un travail professionnel.

Ce que je veux dire, c'est que dans tout ça, un traducteur automatique ne fournit même pas l'équivalent du premier jet (et pourtant, Dieu sait que mes premiers jets sont imbitables). Donc penser que l'on peut se contenter d'un traitement automatique et "d'une seule relecture" pour obtenir un résultat compréhensible et exploitable, c'est illusoire (sans même parler d'élégance ou de fluidité, hein).

D'ailleurs, si les sites de traduction automatique gratuite font beaucoup de publicité un peu partout sur Internet, on notera qu'ils ne se mouillent pas lorsqu'il s'agit de garantir la justesse des traductions qu'ils offrent généreusement à leurs utilisateurs. Cf. la mention que l'on trouve au milieu des conditions d'utilisations du service Wordlingo :



Because of the complexities of the human language, and the possibility of a number of different translations and interpretations of particular words and phrases, there are inherent limitations in machine translations. WorldLingo therefore recommends that you examine and verify the translation resulting from use of the Services, and accepts no responsibility for the accuracy thereof.



On me dira qu'il existe des textes plus simples que celui que j'ai choisi pour illustrer mon propos, mais qui a dit que j'étais de bonne foi ?. Peut-être, mais à bien y regarder, aucun texte n'est facile. Même pas une notice technique. Même pas l'interface d'Imageshack, comme en témoigne la capture d'écran postée l'autre jour : on ne peut pas dire de la traduction de "download options" par "télécharger des options" qu'elle "aide à la compréhension, même si bon, c'est vrai qu'elle n'est pas tout à fait juste en français". Non, elle veut carrément dire autre chose, c'est un faux sens total (terme que j'utilise sous le contrôle de Tonton, cela va de soi). De même que traduire "tags" par "onglets" est absurde et n'aide en rien l'utilisateur du site. Donc utilité zéro, de mon point de vue. Sauf à tout reprendre de fond en comble, mais dans ce cas, autant faire ça soi-même, on économise le temps d'un copier-coller dans le bête et méchant logiciel de traduction automatique.

Bon, ça, c'est fait.

Ensuite, il y a la question de la conscience professionnelle. Quelqu'un qui utiliserait la méthode envisagée (traducteur automatique + simple relecture) pour fournir des prestations low-cost, à mes yeux, ne serait pas un traducteur au sens professionnel du terme. Cela me fait penser à une loi adoptée il y a une dizaine d'années, qui interdit aux boutiques qui se contentent de décongeler des stocks de baguettes industrielles de porter le nom de "boulangerie". Soit on est traducteur et on fait son boulot, soit on ne se prétend pas traducteur et on trouve une autre désignation pour l'activité qu'on exerce. Sans quoi :
- il y a clairement tromperie sur la marchandise.
- on nuit à la profession dans son ensemble en faisant croire que la traduction consiste à bidouiller vaguement un amas de mots sortis d'une machine pour pas cher.
- on encourage l'utilisation des logiciels de traduction automatique, ce qui contribue à niveler par le bas le marché de la traduction.

Voir à ce sujet la réaction commune de l'ATLF et de la SFT lorsque le ministère de la Culture a annoncé en 2008 son projet d'avoir recours à des services de traduction automatique pour son site.

Donc oui, c'est une question de conscience professionnelle. Et d'estime de soi, aussi un peu. Et puis de refus du cynisme intégral, n'ayons pas peur des (grands) mots.

Qu'il y ait une "demande" pour des prestations low cost, comme le suggère Ici ou ailleurs, je n'en doute pas. Le low cost, tout le monde en veut.

Alors il y a des traductions qui sont faites comme ça "parce qu'il faut les faire", parce que telle ou telle entité est tenue de par ses statuts de faire traduire ses documents internes en je-ne-sais-combien-de-langues tout en sachant pertinemment qu'elle n'utilisera réellement que leur version anglaise, par exemple. Mais 1. si on adopte des politiques en interne, on se donne les moyens de les mettre en oeuvre, ça me paraît la moindre des choses ; 2. ces cas ne représentent franchement qu'une fraction des traductions qui circulent sur le marché.

La plupart du temps, si l'on veut du low cost, c'est surtout parce qu'il s'agit de rogner sur les budgets et de contrôler les dépenses, et les personnes qui commandent des traductions se foutent pas mal de savoir si le tarif qu'elles proposent imposent permet au traducteur de vivre de son travail (on retrouve la notion que j'aime tant de "variable d'ajustement commode", puisque soumise à la concurrence mondiale notamment venue des pays à bas coûts, et obligée d'exercer sous un statut qui n'offre aucune garantie et aucun moyen de recours en termes de rémunération). Je veux dire qu'on attend, généralement, du traducteur dit "low cost" qu'il fasse le même boulot que le traducteur pas low cost, simplement on le paye dix fois moins. Et ça, ce n'est pas possible, du moins pas en vivant dans le même pays. En France, on ne peut pas vivre décemment avec 2 euros de l'heure, soit 600 euros par mois à supposer, en étant très ambitieux, qu'on ait du boulot en permanence et qu'on fournisse 10 heures par jour de travail effectif-productif, 365 jours par an - si l'on reprend l'exemple proposé dans le billet cité plus haut.

Donc à la question : "Ne serait-il pas pertinent de vous diversifier, en ajoutant une casquette low cost ?", je réponds non, ça ne serait pas pertinent. Ce serait rejoindre le joyeux clan des fossoyeurs de la profession, qui sont déjà suffisamment nombreux pour qu'on ne se sente pas obligé de les aider à aller plus vite. La principale raison expliquant l'apparition des prestations de traduction low cost, c'est la multiplication des agences de traduction basées dans des pays où l'on vit très bien avec un net de 2 euros de l'heure. Et je n'ai aucune envie d'entrer dans cette spirale de concurrence déloyale, je préfère dire non et chercher d'autres clients (on en trouve, faut pas croire).

Enfin, pour finir sur cette remarque : "On accorde j'imagine pas le même soin / attente / budget à traduire du Hemingway qu'un livret notice de machine à laver."

On n'y accorde peut-être pas le même soin ? On n'a peut-être pas les mêmes attentes ? Peut-être... Cela dit, il ne faut pas sous-estimer la traduction de notices techniques : ce n'est pas un exercice très rigolo ni très glamour, mais en revanche, c'est tout un art. Traduire le mode d'emploi d'un objet qu'on n'a pas sous les yeux, donner des explications claires et sans ambiguité pour l'utilisateur lambda, trouver des dénominations parlantes pour tous les bitoniaux, boutons, touches, molettes & co. qu'il faut bien différencier tout au long de la notice, le tout, en gardant à l'esprit qu'on est quand même parfois un peu responsable de la sécurité dudit utilisateur (peut-être pas dans le cas d'une machine à laver, mais plus sûrement dans celui d'une tronçonneuse), c'est moins évident qu'il n'y paraît (c'est la raison pour laquelle, d'ailleurs, on s'arrache les cheveux ou on pique des fous rires - c'est selon - quand on tombe sur une notice dont la traduction a visiblement été bâclée ; par ailleurs, on peut jeter un coup d'oeil au site Engrish, qui offre de bonnes tranches de rigolade dans ce domaine).

On n'y consacre peut-être pas le même budget ? Contrairement aux idées reçues, la traduction technique est parfois mieux payée que la traduction littéraire, domaine où les tarifs ne sont vraiment pas mirobolants malgré l'énorme travail que l'on attend des traducteurs. Une comparaison réalisée sur le tarif au mot peut déjà révéler un écart en faveur de la notice de machine à laver ; ramené à l'heure de travail, je suis prête à parier que l'écart devient dans la plupart des cas un fossé, au vu du temps nécessaire pour restituer toute la richesse et toutes les subtilités d'un auteur étranger. C'est malheureux, mais c'est un fait : un appareil électro-ménager vendu à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires rapporte nettement plus que les ventes de la Pléiade... La traduction de grandes oeuvres prestigieuses, je ne sais pas si ça eût payé, mais ce qui est certain, c'est qu'Hemingway ne nourrit plus son traducteur, de nos jours.


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Sage bilan


Un jean et un pull chez Gap (à côté du take away japonais).

Deux paires de bottes chez Minelli (à côté du Monoprix).



Y a pas de secret, quand je croule sous le boulot au moment des soldes, je suis très raisonnable.




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Prospectez, prospectez... la suite


J'ai failli me désabonner de ce site déprimant en fin d'année (allez zou, cette fois je dénonce par url interposée). Et puis j'ai oublié, ce qui me permet aujourd'hui d'illustrer l'inanité des offres qui traînent sur ce genre de plateformes et qui arrivent quotidiennement dans ma boîte mail (ce n'est de loin pas le seul site du genre, faut être honnête, même si j'ai l'impression qu'il est particulièrement gratiné).






Wow...

185 dollars US. Ça fait, dans les... 130 euros, quoi (j'arrondis à la hausse).

Trois jours de boulot, bien bien.

Pour 9 000 mots, il les faut, hein, les trois jours. C'est même plutôt ce que j'appellerais de la commande urgente.

Je divise 130 par trois (merde, ça aurait été plus simple en arrondissant à 120), ça nous fait 43 euros de la journée.

Bon. Mettons que je traduise 300 mots/heure (1er jet + 2e passage + relecture, c'est déjà un bon rythme, surtout à tenir trois jours de suite). Ça nous fait 10 heures de boulot par jour (sans compter pause déjeuner, pause café, pause coup de téléphone avec chéri, mails divers et variés, courriers à rédiger, et tout et tout).

Je divise 43 euros par 10, j'obtiens 4,3 euros de l'heure.

Sur lesquels je dois encore payer 40% de charges environ (retraite, sécu, Urssaf et quelques bricoles).

Il me reste 2,58 euros net de l'heure.

Hmmm... Ça fait envie, non ?



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Mettons que je propose un tarif. Oui, moi, là. Pour 9 000 mots, à raison de 0,14 euro le mot (pas trop élevé, comme tarif, même pas du tout quand on voit le délai imposé), ça nous fait 1 260 euros. Tiens dis donc, c'est marrant, ça alors, c'est à peu près 10 fois plus.

Pour le même boulot, ça nous fait donc 420 euros la journée, 42 euros de l'heure. Sur lesquels je retire 40%, j'arrive à 25,2 euros net de l'heure. Ce qui me semble correct mais sans excès pour une "professionnelle diplômée bac+5 ayant 6 ans d'expérience", surtout compte tenu des aléas du métier en termes de volume de travail (on n'a pas tous les jours 3 000 mots à traduire, quoi, il faut être un chouia prévoyant).


Gee, I loooooove the global market.



*****************************


PS : nan, parce qu'il faut quand même voir que le problème, quand on paye peanuts à ses traducteurs, c'est qu'on obtient des traductions comme celle qu'a visiblement fait faire au rabais Imageshack, où je viens d'héberger la capture d'écran ci-dessus :





Nananananèèèèreuh...


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Rohmer aussi ?


Il faut avouer qu'il était très fort, le bougre.

Parce pour la plupart des gens, une soirée entre anciens potes de lycée ressemble à ça :




Tandis que dans les films de Rohmer, ça ressemble quand même à ça :




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Profonde (et saine) indignation


Qu'on se le dise, je déplore qu'on parle de plus en plus de "quarantenaires" et de "cinquantenaires".

Alors que franchement, les mots "quadragénaires" et "quinquagénaires" sont encore en très bon état de marche et même pas usés, avec en prime de jolies abréviations en deux syllabes pour faire plus fun si besoin est.

(Et que le TLFI indique que ces deux dernières variantes sont pourtant "plus courantes" que les deux premières, allez comprendre).


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Je l'aimais bien, Mano Solo, même si ses chansons âpres me glaçaient plus qu'autre chose - et même si j'évitais de plonger trop souvent dans son mal-être hyper-communicatif, même par procuration et par chaîne hi-fi interposée.





(Vous saviez, vous, qu'il était le fils de Cabu ?)


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Vendue (enfin pas tout à fait encore)


Je me demande pourquoi les seules offres d'emploi auxquelles j'ai envie de postuler émanent de boîtes pour lesquelles je ne me vois pas du tout bosser.

J't'essplique, lecteur tout perdu de ce blog.

Bien que je sois relativement contente de mon sort de traductrice free-lance, il y a des moments où je me sens très fatiguée, lasse et psychologiquement vidée. Où je rêve d'avoir des soirées. Des week-ends. Des congés payés. Et une vie en dehors du boulot. Genre en ce moment, où je rentre soi-disant de vacances et où ma motivation est au 36e dessous, alors même que j'ai du taf pour un mois et des choses a priori plutôt chouettes à traduire. Mais rien n'y fait, je n'arrive pas à m'y intéresser, encore moins à m'y atteler (ce qui d'ailleurs commence à m'inquièter sérieusement, mais chaque chose en son temps).

Dans ces moments, donc, j'ouvre le dossier "EMPLOI" dans les favoris de mon navigateur et j'épluche les offres du moment. Pas trop en traduction, parce que les annonces dans ce domaine sont rarement alléchantes ("Entreprise prestigieuse cherche traducteur parfaitement trilingue chinois-néerlandais-arabe, si possible avec formation d'ingénieur et 20 ans d'expérience. SMIC horaire, poste localisé à Perpète-les-Olivettes, permis poids lourd indispensable. Vous traduirez des notices techniques de chaudières électriques.") - sauf les postes en organisations internationales, mais pour ça j'ai des alertes, en plus il n'y en a pas tant que ça à Paris, et puis bon faut pas se faire d'illusions, sans oublier que je manque d'expérience pour prétendre à ce genre de boulots de rêve. Bref, je zieute plutôt les postes de rédactrice dans la communication internationale, ce genre de choses. Ou alors les boulots dans les groupes de télévision, histoire de changer un peu d'air sans changer de secteur.

Au final, je postule à très, très peu d'offres d'emploi, peut-être trois ou quatre par an, et je ne réponds qu'à celles dont le contenu m'intéresse vraiment, soit, au cours des 12 derniers mois :

- une offre d'une chaîne de télévision que je ne porte pas dans mon coeur (la première qui s'allume quand on appuie sur la télécommande) - au printemps dernier.
- une offre d'un think-tank de droite bien connu et assez ouvertement ultralibéral (celui qui porte le nom d'un philosophe du XVIe siècle et d'une avenue du 8e arrondissement de Paris) - l'été dernier.
- une offre d'un grand groupe pétrolier et gazier (ni Shell, ni Exxonmobil, ni BP, ni Texaco, ni GDF Suez) - hier.

Trois postes qui ont l'air vraiment intéressants. Trois postes permettant d'utiliser ce que j'ai appris jusqu'à présent dans un contexte différent. Trois postes susceptibles d'amener ce "changement de carrière" (mouarf mouarf mouarf) que je ferai nécessairement un jour, je le sais depuis un bon moment déjà.

MAIS

Trois "environnements de travail" où je ne m'imagine pas du tout. Trois postes où j'aurais l'impression de vendre mon âme (j'exagère un peu, mais tu vois ce que je veux dire, lecteur compréhensif de ce blog). Trois endroits où je sais que je me sentirais mal à l'aise (ce n'est pas pour rien que je travaille seule chez moi).

Trois postes dont au moins un ferait super plaisir à Frère B., tiens, maintenant que j'y pense. Mais ce n'est pas le problème.

Non, vraiment, je m'interroge.


Bon, le point positif, c'est qu'en général mes candidatures ne sont pas retenues. Ça fait un dilemme de moins à trancher.


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Aujourd'hui, lecteur germanophone ou pas de ce blog, je t'offre une occasion unique de réviser tes verbes allemands grâce à mon merveilleux blog auquel je t'autorise à accéder en vertu de ma très grande bonté et de mon altruisme inouï (c'que t'es chanceux, quand même, parfois j'aimerais bien être à ta place).

Si tu veux quitter cette page, c'est maintenant, hein.

L'aut'jour, en rédigeant laborieusement un mail dans la langue de Goethe Rammstein Tokyo Hotel, bref, en allemand, à destination de ma copine I. avec laquelle on a bêtement hardiment décidé qu'on allait dorénavant s'écrire en allemand et en français au lieu de passer paresseusement par l'anglais, j'ai voulu dire que je m'étais plantée.

Trou noir.

Je savais que mon allemand actif était tombé à un niveau particulièrement lamentable ces dernières années, mais quand même.

J'ai donc ouvert mon dictionnaire à la page ver-, soupçonnant vaguement que j'y dégoterais le bon verbe. Eh bien sache, lecteur germanophone ou pas de ce blog, qu'il y a tellement de verbes allemands qui expriment, de façon plus ou moins précise, qu'on s'est planté et/ou qu'on a mal fait quelque chose, que j'ai mis du temps à trouver ce que je cherchais. J'en ai relevé une trentaine, mais je suis sûre qu'il y en a plus (on pourrait croire, comme ça, que je n'ai que ça à faire, mais du tout du tout, je suis très occupée, en fait).


verbauen : mal bâtir
verbringen : gaspiller, gâcher, mal employer
verdrucken : imprimer incorrectement
verfahren (sich) : se tromper de route, se fourvoyer
verfehlen : louper, se tromper de (personne, porte, etc.)
verfuttern : se tromper de fourrage pour son bétail
vergaloppieren : se fourvoyer, se fourrer le doigt dans l'oeil
vergreifen : se méprendre, se tromper
verhaspeln (sich) : s'embrouiller
verhauen (sich) : se méprendre, se tromper lourdement
verhunzen : estropier, bâcler,
verkalkulieren (sich) : se tromper en calculant quelque chose
verkennen : méconnaître, se tromper sur
verlaufen (sich) : se tromper de chemin, s'égarer
verlesen (sich) : se tromper en lisant
vermessen (sich) : se tromper en mesurant
verrechnen (sich) : se tromper dans son calcul
versauen : louper, massacrer
verschätzen (sich) : commettre une erreur d'appréciation
verschneiden : mal couper
verschreiben (sich) : faire une faute d'orthographe, écrire de travers
versieben : bâcler, bousiller
verspekulieren (sich) : faire une erreur de spéculation
vertippen (sich) : faire une faute de frappe
vertun (sich) : se tromper
verwählen (sich) : faire un faux numéro
verwässern : diluer avec trop d'eau
verwetten : parier à côté de la plaque
verzählen (sich) : se tromper en comptant
verzeichnen : mal tracer, mal décrire (un dessin, un personnage...)

(... et n'oublions pas le grand classique sich täuschen, se tromper, se méprendre.)


C'est-y pas beau, quand c'est synthétique comme ça, l'allemand ?


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Un peu de légèreté


J'aime bien lire les chroniques "Gimmicks" de Frédéric Pommier (chose qu'on peut faire sur son blog), mais j'aime encore mieux les (ré)écouter, parce qu'il a une jolie voix de radio très douce et un ton taquin-l'air-de-ne-pas-y-toucher qui me plaît beaucoup.

Et vous ?


"Au chevet"

tilidom.com

"En même temps..."

tilidom.com

"La grogne"

tilidom.com

"Les couacs"

tilidom.com

"Rebondir"

tilidom.com

"Reprendre la main"

tilidom.com

"Revisiter"

tilidom.com

"Revoir sa copie"

tilidom.com



En direct, c'est ici une fois par semaine.


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Je ne sais plus qui en a reparlé le premier, de The Man ou de votre blogueuse dévouée, mais toujours est-il que l'aut' soir, on s'est dit pour la quarantième fois en cinq ans : "Mais comment se fait-il qu'on ne soit toujours pas allés passer un week-end à Londres ?"

Et puis on a regardé pour la quarantième fois en cinq ans la procédure à suivre en vue d'obtenir un visa de tourisme pour le Royaume-Uni, et on a eu la réponse à notre question.

Sauf que cette fois, pleins d'entrain et motivés comme on était, on a décidé de tenter le coup. Le temps de remettre la main sur le passeport de môssieur, on a commencé vers minuit et demi. On a terminé, il était trois heures du matin.

Déjà, c'est convivial comme tout, le site où tu fais la demande de visa. Comment dire : tu sens là le Royaume-Uni tout entier qui te souhaite la bienvenue à l'unisson, avec une chaleur et un enthousiasme tout britanniques. C'est une interface "secured by VeriSign" and watched by Big Brother un peu compliquée à trouver, mais une fois que tu y es, tu es vachement content et tu te mets allègrement à répondre à plusieurs dizaines de questions rédigées en tout petits caractères bleu pâle sur fond blanc (c'est plus lisible), dans des cadres où tu n'as le droit de mettre ni retours de lignes, ni caractères accentués (c'est plus simple, pour les locuteurs d'à peu près toutes les langues du monde autres que l'anglais).

Par exemple, on te demande de donner le numéro de tous tes passeports expirés (des fois qu'un dangereux terroriste essaierait de se faire passer pour toi avec un passeport portant une photo de toi quand tu avais 15 ans de moins), tu dois indiquer la date et le lieu de naissance de tes parents (des fois que tu tenterais de les faire entrer clandestinement dans le pays au fond de ta valise), tu dois détailler tes sources de revenus (des fois que... et de quoi je me mêle, au fait ?), tu dois donner les coordonnées de ton employeur (quand t'en as pas, tu mets quoi ?), tu dois préciser combien tu comptes dépenser pendant ton week-end à Londres et si tu disposes bien de cette somme (si t'es pas prévoyant, si tu ne budgètes pas ton week-end deux mois à l'avance, eh ben Londres, c'est pas pour toi, sache-le), et puis en fin de procédure, tu réponds à quelques questions dignes des formulaires des douanes américaines ("Avez-vous commis des actes de génocide ou des crimes contre l'humanité ?" ; "Y a-t-il d'autres raisons de penser que vous n'êtes pas une personne de bonne moralité ?" ; etc.).

Et puis faut faire gaffe, hein, tu ne peux pas répondre n'importe quoi, parce qu'après le remplissage du formulaire, il faut prendre rendez-vous en ligne avec un bureau à Asnières (c'est toujours plus pratique) pour aller présenter en personne tout un tas de pièces justificatives, du genre bulletins de salaires (que tu n'as pas), preuve de réservation de l'hôtel où tu vas loger (que tu n'as pas encore mais grâce à quelques alliées qui se reconnaîtront, c'est en bonne voie), factures EDF ou quittance de loyer, etc. Et si par malheur tes pièces justificatives ne correspondent pas à ce que tu as indiqué dans le formulaire, tu es prévenu : en cas de mensonge ou de document falsifié, tu es privé de visa pour dix ans. Ça rigole pas.

Cerise sur le gâteau, bien sûr, tu raques : 77 euros, non remboursables, avant même de savoir si ta demande sera acceptée ou non.

(En même temps, peut-être que l'expédition à Asnières n'est vraiment qu'une formalité, hein, et qu'on va lui filer son visa de tourisme sans problème, je n'en sais rien.)

Le bon côté, c'est qu'on a du coup été obligés de fixer les dates de ce fameux week-end (qui n'était jusqu'alors qu'un vague projet) et de se renseigner un peu sur les Eurostar et les possibilités d'hébergement. Sentiment bizarre, cette impression que le site glacial de l'Immigration britannique, tel un esprit maléfique, te force la main et t'oblige à réserver un hôtel...

L'autre bon côté (t'as vu comme je vois le verre à moitié plein, lecteur admiratif de ce blog ?), c'est qu'on aura au moins le temps d'oublier cette soirée extrêmement désagréable avant de le faire vraiment, ce week-end à Londres. Déjà que j'appréhende mon retour sur le sol anglais après un départ sur une triste impression et une dizaine d'années de coupure complète, mais là, j'avoue que ça m'a fait une boule supplémentaire à l'estomac et que j'ai encore moins envie qu'avant de traverser la Manche.

Et depuis, je rêve...

Je rêve d'une procédure simplifiée pour les gens qui veulent juste aller dépenser des sous dans les pubs et les bed & breakfast, photographier la relève de la garde à Buckingham Palace comme des touristes de base, faire marcher la société de consommation anglaise, en un mot, passer un chouette week-end à Londres en amoureux. Un truc un peu humain, quoi.

(Ouais, je sais, je rêve.)


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Mot du jour (4)


Nouveau mot du jour :



bowls/lawn bowls/lawn bowling
(auf französisch : boulingrin)



Contexte : figure-toi, lecteur assoiffé de nouvelles de ce blog, que le 23 décembre dernier à 15 heures, je n'avais pas encore de cadal pour Frère L., ce cher petit. Ceci n'était pas le fait d'un défaut de prévoyance de la part de ta blogueuse favorite, du tout du tout, mais le fait d'un défaut de prévoyance de la part du vendeur-livreur de couteaux suisses qui n'avait pas en stock le modèle ultrasonique-et-top-perfectionné-avec-montre-intégrée-de-la-mort-qui-tue que je lui avais commandé une dizaine de jours plus tôt, et qui avait mis une grosse semaine à me signaler cette absence (crétin, va).

Or donc, le 23 décembre à 15 heures, grave en panne d'idées et refroidie par le prix des gadgets de course à pied ultrasoniques-et-top-perfectionnés-avec-montre-intégrée-de-la-mort-qui-tue que proposait le magasin spécial "course à pied" de l'avenue de la Grande-Armée, j'ai poussé la porte de la boutique d'antiquités marines de la rue St-Ferdinand.

Ce joli petit magasin (qui était auparavant installé avenue des Ternes, mais dont je n'ai aucun souvenir à son emplacement précédent) a ouvert il y a déjà trois ou quatre ans, pourtant je n'y avais jamais mis les pieds - ce qui ne m'empêchait pas de baver régulièrement devant la vitrine en admirant les vieux instruments de navigation, les hublots patinés et les maquettes adorables qui s'y trouvaient. J'ai toujours des scrupules et des réticences à entrer dans ce genre d'endroits sans avoir une idée de ce que je cherche ou au moins un projet d'achat. C'est mathématique, moins il y a de surface de vente, plus les vendeuses sont susceptibles de vous mettre le grappin dessus à peine passé le seuil du magasin et de ne plus vous lâcher.

A l'intérieur, c'était encore plus alléchant que vu du dehors. Des horloges anciennes, des globes, des lampes, des maquettes à gogo toutes plus fignolées les unes que les autres, de vieilles publications sur la marine, des compas, des sextants, d'innombrables petits objets provenant de bâtiments plus ou moins anciens, mais aussi pas mal de bricoles n'ayant rien à voir avec la mer, et j'en passe...

La bonne surprise, c'est qu'au lieu d'une vendeuse pénible (espèce assez répandue dans le quartier), il y avait un monsieur gentiment bourru et tout à fait passionné, qui s'est fort aimablement mis en quatre pour que je trouve mon bonheur et celui de Frère L.. Après avoir reluqué avec envie quelques boussoles anciennes malheureusement hors de portée de mon portefeuille et avoir regardé de près pas mal d'objets plus ou moins étranges en écoutant le monsieur gentiment bourru et tout à fait passionné m'expliquer d'où ils venaient et à quoi ils servaient dans leur vie passée, je me suis arrêtée sur quelque chose qui ressemblait à ça, en moins craquelé :






L'objet était très joli, agréablement lourd (le côté bois plein) et en superbe état. Mais qu'était-ce ?

Une vieille boule de bowls, m'a dit le monsieur, également appelé lawn bowling. Un sport (?) situé quelque part entre la pétanque et le bowling, pratiqué principalement sur les gazons des pays anglo-saxons.

Nous y voilà.


Ce n'est pas : un article de marine, donc.

C'est :

Selon Wikipedia :
" a sport in which the goal is to roll slightly asymmetric balls, called bowls, closest to a smaller—normally white—bowl called the "jack" or "kitty". Bowls [...] is usually played outdoors, on grass and synthetic surfaces. Flat-green bowls can also be played indoors on synthetic surfaces. Both variants are collectively known as "lawn bowls".

Bowls belongs to the boules sport family, and so is related to bocce and pétanque. It is most popular in Australia, New Zealand (where the natural playing surface is cotula), the United Kingdom, and in other Commonwealth nations."

La remarque de Tatie Les Piles :

La pratique de cette activité boulesque s'étendant jusqu'au Canada, il existe une version française de son nom, le boulingrin. Et je trouve qu'avec cette jolie sonorité entre "bourlingue" et "grain", cet objet avait du coup, par une chouette coïncidence paronymique comme je les aime, toute sa place dans ce magasin chaleureux.

Allez zou, vendu.


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Goethe en wolof ?


Les relations germano-sénégalaises : un domaine dont on ne parle pas des masses - du moins, pas par chez nous, écrasés et aveuglés que nous sommes par la pesante Françafrique - et auquel s'est pourtant consacrée, toute sa vie durant, une Allemande au doux nom d'Uta Sadji (qui était par ailleurs l'épouse du fils d'un grand auteur sénégalais, Abdoulaye Sadji). J'ai appris l'existence de cette dame et de son action culturelle tout récemment, un peu par hasard, par le biais d'un membre de la famille de The Man. Cette nécro la concernant m'a paru assez étonnante, et comme j'ai du mal à y ré-accéder sauf en cache et à certaines heures de la journée (?), je me suis dit que ce serait plus simple de la coller ici.


Hommage à Uta Sadji, artisane du dialogue germano-sénégalais

(par Ute G. Bocandé de la Fondation Konrad Adenauer)


Qui n’a pas connu la Sènebibliothèque de Uta Sadji à la Patte d’Oie, ce lieu de rencontre, de lecture commentée, de jeux créatifs ? La disparition de Uta Sadji a frappé les jeunes de la Patte d’Oie et des Parcelles Assainies en plein cœur, ils n’en reviennent pas. Que dire des amis et collaborateurs de cette passionnée de la culture et de la communion germano-sénégalaises ? Comment consoler le professeur Amadou Booker Sadji qui vient de perdre sa compagne avec qui il a construit toute une vie au service de la germanistique africaine, avec qui il a fêté ses noces d’or il y a même pas deux ans ?

Le 19 octobre, Dr. Uta Sadji, Professeur Titulaire des Universités, fut arrachée à notre affection, elle a laissé un vide incommensurable. Née en 1939 en Thuringe en Allemagne, elle fit la connaissance, au cours de ses études à Leipzig, de Amadou Booker Sadji, pour l’épouser quelques années plus tard. L’Allemagne étant divisée à cette époque de guerre froide, la demande de pouvoir quitter la RFA ne fut pas bien vue, cependant, Uta Sadji réussit à suivre son époux au Sénégal. Ils s’établirent d’abord à Kaolack où ils enseignèrent dans le secondaire, entre 1964 et 1974.

Ce séjour à l’intérieur du Sénégal permit à Uta de s’imprégner des réalités vécues par les populations du Saloum et surtout, d’apprendre le wolof. La maîtrise de la langue de Kocc Barma la poussera plus tard à traduire, avec son époux, la poésie de Goethe en wolof et à confectionner tous les ans un calendrier bilingue avec les plus beaux poèmes de Goethe. Ce monument de la littérature allemande fut le premier et le dernier amour littéraire de Uta Sadji . Tout juste quelques semaines avant sa disparation, elle avait terminé la rédaction du dernier volume des Etudes Germano Africaines, revue qu’elle avait fondée avec Booker Sadji, ayant pour titre : "Goethe vit en Afrique" … Ce volume sera prochainement édité, grâce aux amis en Autriche et en Allemagne.

L’ouverture du département d’allemand à l’université de Dakar incita le jeune couple à postuler aux postes d’enseignants, mais il s virent leur demande refusée avec l’argument qu’ils n’avaient pas soutenu leurs thèses en France. Le Sénégal post colonial montrait encore certaines lourdeurs et incohérences. Comment comprendre que les autorités refusèrent le titre de professeurs d’allemand à des docteurs d’état et de troisième cycle ayant fait leurs études en Allemagne ?

Qu’à cela ne tienne, les Sadji ne se laissèrent pas décourager et reprirent les études, cette fois-ci à la Sorbonne, pour revenir au Sénégal avec les titres en bonne et due forme d’une université française et pour commencer leur carrière comme professeurs d’allemand à l’Université Cheikh Anta Diop. Leur engagement hors norme fit de ce département bientôt une référence de la germanistique en Afrique, et leurs contacts et connaissances en Allemagne, Suisse et Autriche leur permirent de mettre beaucoup d’étudiants dans de bonnes conditions d’études avec souvent des bourses à l’étranger à l’appui.

Uta et Amadou Sadji en 1978


Pendant les vacances, Uta Sadji enseignait à l’Université de Salzbourg en Autriche et à l’Université de Cologne, tout en saisissant l’occasion pour nouer de nouveaux contacts et chercher de nouvelles bourses pour ses étudiants. En 1992, elle publia sa thèse d’état avec un travail sur "Le Noir sur la scène européenne du 18ème siècle" (Der Mohr auf der deutschen Bühne des 18. Jahrhunderts).

Quand l’Institut des langues étrangères appliquées (ILEA) à Dakar ouvrit ses portes aux étudiants venus des quatre coins d’Afrique, les professeurs Sadji furent tout naturellement nommés à la direction du secteur allemand. A l’ILEA également, leur engagement et leur passion du dialogue germano sénégalais favorisèrent l’émergence d’une génération de brillants maîtrisards qui aujourd’hui sont tous insérés dans le monde professionnel de leurs pays respectifs, plusieurs après avoir eu des bourses d’études de troisième cycle en Allemagne.

Tout dans la vie de Uta Sadji et a été dialogue, enracinement et ouverture réciproques : communiquer la culture allemande au Sénégal et la culture sénégalaise en Allemagne. Avec son mari, ils ont emprunté les pas de Senghor et de Frobenius, qui avaient jeté les jalons de cette entente cordiale entre les peuples allemand et sénégalais. En effet, Frobenius ayant déjà décelé bon nombre de similitudes entre les contes et mythes populaires de ces deux pays, Senghor devra conclure que les âmes des deux peuples étaient sœurs.

Abdoulaye Sadji, le beau-père de Uta, fut imprégné comme Senghor de la richesse des pensées de Frobenius et de la curiosité de la culture allemande. Il écouta la musique classique allemande à la maison, il fit lire à son fils Booker les classiques allemands et voilà que les bases de sa future carrière de professeur d’allemand étaient jetées. Dans la mesure où les théories de Frobenius avaient fortement contribué à la création du concept anticolonial et libérateur de la négritude de Senghor et de Sadji, Uta et Booker s’employèrent toute leur vie à promouvoir le dialogue germano-sénégalais et à faire tomber les barrières entre les peuples.

Le plus grand succès de l’engagement des professeurs Sadji au niveau universitaire fut indubitablement l’organisation du congrès mondial de l’Association des Germanistes de l’Enseignement Supérieur, le premier en terre africaine, en avril 1979 à Dakar. Le président Léopold Sédar Senghor encouragea et appuya fortement l’organisation de ce congrès. Son premier ministre Abdou Diouf présida le comité d’honneur et la cérémonie inaugurale d’ouverture fut présidée par Senghor, le germanophile. Toutes les têtes d’institutions du Sénégal, les ministres, les ambassadeurs et toutes les autorités universitaires assistèrent à cette séance mémorable. Pendant près d’une semaine, d’éminents germanistes de plusieurs pays d’Afrique, d’Europe et d’Amérique discutèrent sur le thème "Négritude et Germanité. L’Afrique noire dans la littérature d’expression allemande". Le compendium avec le même titre fut par la suite édité aux Nouvelles Editions Africaines.

Le résultat le plus appréciable du congrès fut le fait que désormais, Goethe eut droit de cité en Afrique sous forme de cette nouvelle appellation : Germanistique africaine. Cette germanistique tient à enseigner les trois points focaux : langue, littérature et civilisation allemande, sous un nouvel angle, notamment en privilégiant des recherches comparatives et interculturelles sur les relations réciproques entre les littératures et cultures germanophones et africaines.

Nous avons déjà mentionné les Etudes Germano Africaines, cette revue fondée par le couple Sadji qui publia régulièrement les contributions de scientifiques d’Allemagne, du Sénégal et d’autres pays africains, européens et d’Amérique, voire du Japon, sur des thèmes choisis et correspondant souvent à l’actualité. Notons certains titres "Bienvenue Afrique du Sud" en 1993, "L’expérience de l’autre" en 1996, "Projection interculturelle : enseignement de civilisation par les étudiants ouest-africains en langues étrangères appliquées" en 2000, "Devoir de mémoire d’une germanistique africaine" en 2001 ou "Senghor et la culture de l’espace germanophone" en 2002-2003. Les Etudes Germano Africaines sont un instrument très apprécié par toutes les universités allemandes et africaines dans leur démarche de rapprocher davantage les germanistes de ces deux continents et de promouvoir le dialogue interculturel par le biais de la recherche.

Le dernier numéro : "Goethe vit en Afrique" est resté sur CD sous forme de maquette, prêt à être imprimé… Il reflète dans sa forme la plus pure l’activité de Uta Sadji de ses dernières années au Sénégal. Vivant paisiblement sa retraite à la Patte d’Oie, quartier périphérique de Dakar, elle passa son temps à aménager une petite bibliothèque-atelier dans sa maison. La Sènebibliothèque avait ses portes grandes ouvertes à tous les enfants du quartier qui finirent par adopter la bibliothèque comme leur second domicile et Uta Sadji comme leur maman inspiratrice. Car les jeunes ne venaient pas seulement pour lire. Uta, germaniste de renom et enseignante engagée, avait découvert, au fil des ans, une autre passion : le travail de ses mains.

Durant ses années à l’université, elle n’avait pas eu trop de temps de penser à transmettre ses dons d’artisan et d’artiste , mais tout dans sa maison trahit l’immense créativité de Uta Sadji. Ce qui frappait d’abord, c’étaient les fleurs et ses locataires, les oiseaux. La maison et ses cours ressemblaient à un jardin de paradis avec un nombre impressionnant de fleurs, d’arbres, d’herbes médicinales qui donnaient l’impression au visiteur de se trouver dans un oasis au milieu de la ville bruyante et poussiéreuse. Avec une finesse exquise et une originalité qui cherchait son pareil, elle avait décoré les moindres recoins de sa maison toujours accueillante, toujours calme et inspirante.

On ne s’étonnera donc pas trop de la voir convertie en éducatrice des jeunes de son quartier aux arts et aux lettres. En venant à la Sènebibliothèque qui était en même temps un centre culturel, les filles et les garçons pouvaient choisir leur lecture dans toute la richesse de la bibliothèque du couple Sadji constituée de plus de 8000 volumes. Mais ils pouvaient également écrire, dessiner, bricoler, faire des mosaïques, des statues, des instruments de musique, tout était possible. Uta Sadji engagea même un artiste peintre pour donner des cours de dessin aux enfants qui produiront, par la suite, de véritables œuvres d’art. Plusieurs seront publiés dans le prochain numéro des Etudes Germano Africaines : "Goethe vit en Afrique", tout comme les commentaires et les rédactions des jeunes Sénégalais de la Patte d’oie sur l’œuvre de Goethe et l’impact de l’échange culturel sur les relations entre les enfants allemands et sénégalais.

Le fil conducteur de la vie de Uta Sadji, "Goethe en Afrique" - Goethe étant synonyme de culture allemande et de l’échange culturel - fut certainement couronné par la création de la première société Goethe en Afrique. En 2002, sur la demande du professeur Werner Keller de la Société Goethe de Weimar, le couple Sadji fonda la Société Goethe du Sénégal. Jusqu’en 2007, année de leur départ en l’Allemagne pour des raisons de santé, ils organisèrent plusieurs colloques (ex. sur Kant et sur Senghor) et s’appliquèrent particulièrement à intensifier l’échange et la collaboration entre chercheurs allemands et sénégalais. Avec la Fondation Konrad Adenauer à Dakar, ils organisèrent trois grands colloques sur les thèmes chers aux deux institutions : "Le dialogue interreligieux", "L’œuvre de l’écrivaine et promotrice culturelle Aminata Sow Fall" et "L’histoire du parlementarisme au Sénégal".

Dans la conclusion de son allocution au congrès Négritude et Germanité – qui fut en réalité un cours magistral sur la question "Pourquoi apprendre l’allemand" - le président Senghor disait : "La leçon, qu’à mon avis, on peut tirer de la langue, et, partant, de la culture allemande, c’est celle que voici. L’Homme intégral, qu’est en train de former la Civilisation de l’Universel en gestation, naîtra de la symbiose, vivante, entre le "penser", le "vouloir" et le "sentir"."

Cette symbiose, Uta Sadji l’a vécue toute sa vie. Puisse son vœu se réaliser, le même qu’a exprimé Senghor, en ses propres mots : "Je souhaite que tous ces jeunes puissent s’épanouir, dans l’esprit mais aussi dans les actes, dans la lecture comme dans les travaux manuels. Qu’ils puissent agir comme membres responsables de la société de leur pays et devenir des ambassadeurs entre les religions et les cultures."



Liens de complément en vrac :


Un article récent (en allemand) au sujet d'Uta Sadji dans Neues Deutschland (source de la photo ci-dessus)

D'Uta Sadji, cet article "Mohrendiener im deutschen Drama des 18. Jahrhunderts"

D'Amadou Booker Sadji, Le rôle de la génération charnière ouest-africaine, chez L'Harmattan.

Sur l'écrivain Abdoulaye Sadji, un blog plus trop mis à jour mais avec une liste de sites (en bas à gauche)


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Ces cartes stupides me font penser à Glen Baxter, un artiste que j'aime beaucoup et qui me fait rire bêtement. Si vous ne connaissez pas, son site est par là.


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Billet de circonstance


sas
n.m. sas [sas] (lat. setacium, de seta, soie de porc, crin)
(...)
2. Petite chambre munie de deux portes étanches, permettant de mettre en communication deux milieux dans lesquels les pressions sont différentes: Le sas de décompression d'un sous-marin.
(...)

Lecteur post-réveillon de ce billet, en attendant de sortir de mon sas situé quelque part entre l'après-fêtes et la pré-reprise du boulot à temps plein et du blog, je te souhaite une très



BONNE ANNEE !



Que 2010 t'apporte à peu près tout ce que tu peux souhaiter (comme ça, on est sûr de ne pas se tromper), des petites joies du quotidien aux grandes satisfactions de la vie avec un grand V. Niveau voeux, je ne sais pas faire mieux, mais le coeur y est, je te prie de me croire.


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