Dis-moi d'où tu blogues...


... et je ne te dirai sans doute pas grand-chose, mais ça fera un tag rigolo pour passer le temps.

Je t'abandonne pour quelques jours, lecteur inconsolable de ce blog - sois fort, je reviendrai. Et j'abandonne par la même occasion mon cher bureau, photographié ici sous son meilleur jour, c'est-à-dire 1. rangé (oui, quand mon bureau est rangé, il ressemble à ça - je te laisse imaginer son allure aux heures les plus bordéliques de mon appartement) et 2. sans prendre dans le champ de la photo la fenêtre murée qui se trouve juste au-dessus, histoire de ne pas tout gâcher.

Et vous, d'où vous bloguez ?



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Quand je suis de bonne foi et en forme, je l'admets volontiers : ce qui est bien, dans la traduction de documentaires, c'est que ça donne l'occasion de se pencher régulièrement sur de nouveaux sujets, de se plonger dans des domaines parfois complètement inconnus et d'apprendre plein de choses - des sujets de société aux grands mystères de l'Histoire, des avancées de la science aux portraits d'artistes, il y a de quoi faire.

Mais n'empêche. De temps en temps, on tombe sur un os, un truc plus que barbant. Ça s'appelle les aléas du métier.

L'un des derniers os de ce genre que j'ai rencontré, c'était un magazine sur "le phénomène Twilight" - une aventure perplexifiante, je ne te dis que ça, lecteur qui vas du coup me faire le plaisir de lire ce billet jusqu'au bout.

Twilight... un phénomène - justement - que je n'avais vraiment pas suivi et vraiment pas envie de suivre. Parce que c'est mathématique, plus il y a de battage autour d'un bouquin ou d'un film, moins j'ai envie de le lire ou de le voir. Et puis c'est un produit pour adolescent, et je ne veux pas avoir l'air de dire, mais j'ai un peu passé l'âge (dit la fille qui est toujours partante pour une soirée double bill Dirty Dancing - Grease, où tu veux quand tu veux). Sans compter que les histoires de vampires me passionnent très modérément et que j'ai horreur de tout ce qui ressemble de près ou de loin à du gore ou à des atmosphères fantastico-inquiétantes.

En même temps, un documentaire pour lequel on te donne un mois de délai, ça se refuse difficilement. Surtout quand tu sais que c'est le premier numéro d'une série de magazines, donc qu'il y aura peut-être un "après". Et puis voilà, quoi, on ne refuse pas une traduction sous prétexte qu'on trouve le sujet a priori sans intérêt, sans quoi on ne bosserait pas souvent.

Donc j'accepte la mission. Et je plonge dans l'univers Twilight.

Quand j'ai commencé mes recherches (oui, ça s'appelle comme ça, même pour Twilight) pour voir un peu à quoi j'avais affaire, mes doutes - déjà sérieux - se sont trouvés assez rapidement confirmés à la lecture d'un certain nombre de blogs au contenu d'une richesse extrême, qui allaient, il faut le dire, très loin dans l'analyse de l'Oeuvre :




(J'ai une tendresse particulière pour la raison n° 9).




(Avec cette phrase collector, en bas de page, qui n'a rien à voir avec la choucroute - Miley, si tu nous regardes :)




... et où les commentaires des internautes offraient une vraie valeur ajoutée, comme une sorte d'expertise indispensable rédigée dans un style rigoureux et sans fioritures digne des meilleurs universitaires :





(Mention spéciale à "it's going to be awesome but depressing", j'adore.)



Bref, trève de persiflage. Disons pudiquement que je ne me sentais pas plus intéressée par la chose après avoir vu ce qu'en disaient les aficionados.

Dans le docu, les fans avait l'air un peu moins bébête, c'est vrai. Déjà, elles parlaient au lieu d'écrire, donc leur potentielle absence d'orthographe écorchait moins les yeux. Et puis celles qui étaient interviewées n'étaient pas trop hystériques, juste passionnées et un peu béates. Elles ne gloussaient pas, du reste (comportement rédhibitoire, je pense que tu seras d'accord avec moi, lecteur sévère de ce blog). Bien.

J'ai donc courageusement entamé, début janvier, la lecture en français du premier tome de la saga, Fascination, acheté pour l'occasion. Un pavé de 500 pages inutilement imprimé en grosses lettres - c'est toujours mieux pour l'amour-propre du lecteur adolescent, hein, un gros livre, et puis ça permet de le vendre au prix modique de 18 euros le tome.

Je ne ferai pas durer le suspense plus longtemps : Fascination m'est tombé des mains au bout de 30 pages. Après l'avoir ramassé, j'ai bravement poursuivi jusqu'à la page 200, puis je l'ai refermé - et je ne pense pas que je le rouvrirai un jour de mon plein gré. J'avais beau avoir ressorti mentalement ma poussiéreuse panoplie d'adolescente rebello-romantique pour me mettre en condition (Dr Martens, faux piercing aimanté en forme de feuille de cannabis, affiche de Romeo & Juliet et compilation sur cassette des meilleurs slows des Guns'n'Roses - la base, quoi), je n'ai pas réussi à entrer dans cette histoire infantilisante, plutôt mal écrite et/ou mal traduite, ni à m'identifier un seul instant à cette héroïne d'une passivité et d'une apathie consternantes.

Autant dire que j'étais extrêmement impatiente de regarder le DVD de l'adaptation du premier film, acheté lui aussi pour l'occasion (bientôt, peut-être, un billet sur les investissements nécessaires quand on est traducteur, mais qui font vraiment mal au coeur).

Avançons dans le temps si tu le veux bien, lecteur-voyageur temporel de ce blog, avançons de deux semaines environ. Arrêtons-nous sur cette soirée où, après avoir longuement traîné les pieds et trouvé mille excuses pour ne pas ôter le cellophane emballant ledit DVD, je me suis jetée à l'eau vers 23 heures et des brouettes.

Est-ce parce qu'il était tard et que j'étais passablement fatiguée ? Est-ce parce que la télécommande avait disparu de mon champ de vision, ce qui ne m'a pas permis, comme j'envisageais de le faire, de "feuilleter" le film en accéléré (oui oui, parfois, je m'abaisse à faire ça, j'en connais au moins un qui va bondir) ? Va savoir...

Toujours est-il que, tout bien considéré, je l'ai regardé avec plaisir, ce Twilight 1. Oui, c'est un produit bien américain et bien calibré pour un public adolescent. Oui, c'est terriblement niais par moments, avec des dialogues à mourir de rire. Non, ça ne casse pas des briques. Et non, ce n'est pas le film de l'année. Mais ça se laisse voir, ça passe beaucoup mieux que le bouquin, et c'est marrant, surtout quand on n'en n'attend rien. Rien de gore ni de sanguinolant dans tout ça, du reste, on est bien dans la "sucrerie rose sombre" décrite par je-ne-sais-plus quelle critique de presse.

Du coup je l'avoue : le lendemain, je suis allée voir le deuxième volet de la saga au cinéma, sans qu'on m'y force. Bon, il se trouve qu'il passait encore tout près de chez moi dans une salle qui accepte les cartes UGC - je ne me serais peut-être pas déplacée à l'autre bout de Paris dans une salle à 10 euros la place pour parfaire ma culture twilightienne. Et il est plutôt rigolo aussi, ce deuxième chapitre. Le coeur de l'héroïne balance quand même entre un loup-garou amérindien et un vampire gravure de mode, c'est dire s'il y a des enjeux et des dilemmes auxquels on peut facilement s'identifier.

Autant dire que j'étais blindée, niveau connaissance de l'oeuvre, pour aborder la traduction de mon docu (truffé d'approximations, d'ailleurs, donc ce n'était pas du luxe).

C'est sympa, jeune, tendance et accrocheur, de faire un docu sur le "phénomène Twilight" pour lancer un nouveau magazine. C'est amusant de montrer que le distributeur du film utilise - que dis-je, exploite jusqu'au trognon - la blogosphère pour faire sa com à sa place. Ça fait bien d'interviewer des éditeurs, des pédopsychiatres et des universitaires pour analyser ledit phénomène, ça donne une caution intellectuelle de bon aloi. Tous ces gens y vont de leur analyse, avec un ton plus ou moins sérieux ou enjoué selon qu'il s'agit d'observateurs extérieurs ou d'acteurs du système Twilight qui vendent leur came.

Bon, mais alors, qu'est-ce qu'on en retient, du "phénomène Twilight" ?

- Que faire un documentaire sur le sujet quand on est une chaîne Kulturelle mais qu'on veut s'adresser aux djeunz, c'est assez inconfortable. Parce qu'on oscille sans cesse entre un point de vue qui s'efforce de prendre de la hauteur et de se montrer digne de sa ligne éditoriale un peu élitiste, et une proximité feinte avec les fans dont la passion twilightienne n'a grosso modo aucun recul. Du coup, l'ensemble laisse une légère impression de condescendance amusée. Ce qui, me semble-t-il, est plus susceptible de plaire au public habituel de ladite chaîne Kulturelle que d'attirer un nouveau public djeunz. De plus, le choix de départ de la chaîne était de doubler tous les extraits de films présentés - y compris ceux d'oeuvres antérieures à Twilight, du style Le Bal des vampires. Parce que le doublage, c'est mieux pour les djeunz. Manque de bol, impossible de reprendre le doublage du deuxième volet de Twilight, du coup on se retrouve avec un mélange de doublage et de sous-titrage pas très heureux. Pour des extraits qui doivent faire en tout 6 ou 7 minutes au total, il me semble qu'on aurait pu s'en tenir au sous-titrage pour l'ensemble du docu, mais bon.

- Que le phénomène Twilight, c'est surtout une machine trèèèèès bien huilée. Et que les produits dérivés sont tellement nombreux qu'on a du mal à croire que des gens les achètent sans se rendre compte qu'ils se font plumer.

- Qu'il est apparemment de bon ton de s'extasier sur la modernité de ce conte d'aujourd'hui (si si), car il paraît que Stephenie Meyer, l'auteure de la saga dite littéraire, a fait une trouvaille trop révolutionnaire en pondant une histoire de vampires sans sexe (du moins pendant les trois premiers tomes, si j'ai bien compris - et à petite dose dans le quatrième). Ah, merveilleux ! Après avoir été l'incarnation de la sexualité en des temps où celle-ci était un sujet tabou, le vampire devient abstinent à une époque où le sexe est partout, jusque dans les publicités pour crèmes glacées. Bien bien.

- Que l'auteure, toujours, est mormone, mais qu'elle n'a dit-elle aucun message à faire passer, qu'elle ne cherche qu'à divertir. Bien bien.

- Qu'on peut prétendre analyser le phénomène Twilight, mais pas trop s'interroger sur ce qu'il révèle d'un point de vue sociologique et idéologique. Je ne sais pas toi, lecteur déjà prêt à commander les quatre volumes de la saga sur Amazon, mais je ne peux pas m'empêcher de penser que cette histoire d'adolescents abstinents doit plaire à un paquet de gens, outre-Atlantique, qui pour le coup n'ont rien d'adolescents hystériques. Qu'elle correspond aussi à une tendance lourde, puritano-conservatrice à l'extrême, qui a trouvé son incarnation publique il y a quelque temps en la personne de Sarah Palin (je ne suis pas la seule à faire ce rapprochement, et d'autres le font sous un angle différent). Et que ce n'est peut-être pas un hasard si ce film, justement, bénéficie d'un tel lancement. Si ?

- Que finalement, le docu donne l'impression de se foutre un peu de la gueule du monde. Des amateurs de Twilight, d'abord, en démontant (un peu mais pas trop) la stratégie commerciale et en montrant du doigt le phénomène marketing et la masse de produits dérivés qui en découlent, ce qui casse un chouia le mythe et donne l'impression qu'ils sont les dindons d'une farce bien orchestrée. Des spectateurs qui ne connaissent pas la saga, ensuite, en restant soigneusement à la surface du buzz et en omettant de se demander ce que cache réellement ce succès.

Voili voilou.


Source (et instant narcissique du jour) : c'est là.

Bonus-ajout grâce à Babeliane : cet article fort joliment illustré et très drôle publié par The Oatmeal.


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Ce devait être le pendant papier/scanné drôlatique en diable de ce billet express mené tambour battant par Eddie Izzard - car oui, ce blog se caractérise par la recherche constante d'un subtil équilibre et d'une harmonie parfaite, ne me dis pas que tu ne l'avais point remarqué, lecteur attentif de ce blog.

Et puis je n'ai pas réussi à remettre la main sur ce que je cherchais ce jour-là.

Et puis j'ai rangé, depuis. Si-si, lecteur ébaubi de ce blog, j'te jure, j'ai rangé. À mon corps défendant et pour des motifs pas très exaltants, mais j'ai rangé comme je n'avais pas rangé depuis, pfiou, un sacré bail.

Et puis je suis retombée sur ce tout petit bouquin un peu futile et souriant dont je voulais te parler tantôt, et qu'il me semblait bien avoir aperçu il y a quatre ou cinq mois dans mon bureau entre une pile de papiers à trier et un tas de documents à classer (ou l'inverse).






Et puis comme je suis la reine des digressions et des "tiens, c'est trooooop drôle, parce que ça me fait justement penser à...", en ce moment, j'ai cru voir dans l'une des vignettes de ce tout petit bouquin un peu futile et souriant un hommage aux Doors.





Et puis je ne savais pas quoi faire de cette réflexion aussi passionnante qu'essentielle, mais je me suis dit qu'avec mon sens inné de l'improvisation, je trouverais bien un truc intelligent à dire là-dessus une fois que j'aurais commencé à rédiger mon billet. Merde, les langues, c'est ma partie, quoi. Et puis les Doors, bon, d'accord, un peu moins, mais quand même, j'ai écouté en boucle pendant des années et même que j'avais un bouquin sur l'histoire du groupe quand j'étais ado et une photo de Jim Morrison sur la couverture de mon agenda en 3ème (alors c'est te dire si je suis trop l'experte de référence sur la question).

Et puis rien ne me vient.


Y a des billets, comme ça, je me demande pourquoi je les publie (question purement rhétorique, lecteur atterré de ce blog, ne te sens point obligé d'y répondre).


Le conseil lecture du jour, donc :

Die europanichos assimil, Benoît Jacques, L'Association, 2006.
Une petite chronique sympatoche ici.
Le site de l'auteur .

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J moins pas beaucoup et des brouettes


Préparatifs divers et variés...



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Documentation intensive pour retrouver ses marques...



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Remise en condition auditive - putain, cet accent...




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Moralité : l'avantage, quand on ne sort jamais de chez soi du 17e arrondissement de Paris - bref, l'avantage, quand on n'est pas parti en week-end à l'étranger depuis près de trois ans, c'est qu'on est aussi fébrile que si on s'envolait pour un périple de huit semaines au fin fond du Tibet.


Même quand il s'agit de retrouver un pays qu'on a habité pendant deux ans avec un bonheur très, très relatif et qu'on a quitté à l'époque avec un intense soulagement.


On n'oublie rien de rien,
On n'oublie rien du tout.
On n'oublie rien de rien,
On s'habitue, c'est tout.



Comment ? Ça se voit, que je flippe, à l'idée de retrouver mon Angleterre d'adoption ? Tss-tss...

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Exhumée


... la dissert de philo qui me me titillait (grâce à une alliée de choc que je remercie).

Je ne me souvenais pas avoir eu une telle prédilection pour l'encre violette sous les titres - ni pour les phrases longues et un chouia bancales.

Et oui, je me flagellerai donc pour avoir mis en avant un exemple aussi peu précis dans un travail d'une exigence intellectuelle aussi élevée.







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Jenny laissa échapper un soupir en prenant la mesure du désastre.

D’un geste tendre, elle passa l’extrémité de ses doigts parfaitement manucurés sur le flanc mutilé – mais curieusement familier – de son fidèle compagnon et en suivit avec désolation le relief torturé, témoin de leurs longues nuits blanches. Çà et là, des brûlures de cigarette. Mais surtout, des crevasses, des entailles. Des lambeaux arrachés.

Non, vraiment, ce vieux Bob n’était plus que l’ombre de lui-même, songea Jenny avec consternation.

Une moue de dépit apparut sur son visage et elle secoua doucement la tête : il était temps de tourner la page. Ce n’était pas de gaieté de coeur, mais il le fallait : après tout, il en allait de sa réussite professionnelle, elle ne pouvait pas céder au sentimentalisme.

D’un geste qu’elle voulait assuré mais qui trahissait son émotion, elle tendit la main vers Bob, puis la laissa retomber, prise de tremblements.

Elle avait besoin de lui. Terriblement, follement. En cet instant, elle se rendait compte de l’importance qu’il en était venu à prendre dans son quotidien esseulé. Plus qu’un allié, il était devenu un complice indispensable, un repère incontournable, en un mot, une référence.

Jenny sentit qu’elle perdait pied. Jamais elle n’aurait pensé être à ce point dépendante de Bob.

Elle prit une profonde inspiration. Il y en aurait d’autres après lui, elle le savait. Et puis Bob était vieux, elle ne pouvait pas ne pas en tenir compte. C'était même là son principal défaut.

Reprends-toi, murmura-t-elle pour se donner du courage, ce n’est pas le moment de flancher !



(À suivre...)




*****************




RIP "Old Bob", 2002-2010.
Tu fus brave et endurant.
Les vols planés de tasses de café, les chutes intempestives,
les mégots oubliés, et même les piétinages inopinés :
tu supportas tout.




Welcome, "New Bob", 2010-?
La barre est haute, mon gars. Un p'tit café ?



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Ouais, ouais, je sais.

Tout ça pour un nouveau Robert, j'avoue que j'aurais pu faire plus sobre.


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Mot du jour (5)


Nouveau mot du jour :



orthoépie


Contexte : un dictionnaire de prononciation acheté récemment, un peu de curiosité, un petit bouquin repéré je-ne-sais-plus-trop-comment, et hop, me voici à la tête de cet ouvrage d'allure assez peu funky, je le reconnais volontiers, lecteur perplexe de ce blog :




Ce n'est pas : l'orthopédie pour dyslexiques.

C'est :

Selon l'ouvrage cité plus haut :

"L'orthoépie est à la prononciation ce que l'orthographe (en ancien français orto-grafie, -phie, du grec orthographia) est à l'écriture. Le substantif graphie peut avoir comme pendant un substantif féminin *épie ; [l'auteur se] permettr[a] parfois d'employer ce néologisme léger et commode."

Ledit auteur ajoute :

"D'après le Grand Larousse de la langue française, article "La phonétique et la phonologie", le terme orthophonie se cantonne maintenant dans la désignation des troubles de la phonation, c'est-à-dire des défauts qui apparaissent dans l'apprentissage de la parole, des dégradations pathologiques, du bégaiement, etc., tandis que l'orthoépie énonce les règles d'une prononciation correcte."


Un ouvrage plus ancien (Abrégé de prononciation française, phonétique et orthoépie, avec un glossaire des mots contenus dans le français parlé, Paul Passy, 1897), ajoute une distinction intéressante - que dis-je, absolument fascinante - entre "phonétique" et "orthoépie" :







La décharge de responsabilité de Tatie Les Piles :

J'ai une prédilection pour les sujets austères, ces temps-ci. Je te prie de m'en excuser, lecteur badin de ce blog.


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À voir


La série de France 5 consacrée au FBI que l'on peut visionner sur le site de la chaîne (chaque épisode reste en ligne une semaine après sa diffusion). Le premier volet de cette saga est tout à fait prometteur.

En complément, France Inter a consacré deux épisodes de sa quotidienne "2000 ans d'histoire" au Bureau - à écouter ici et .


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Je sais, lecteur narquois de ce blog, tu vas me dire que ce titre t'évoque les héros d'un mauvais roman à l'eau de rose sous l'Occupation, mais tu vas voir qu'il ne s'agit pas de ça.

Florence Aubenas, après en avoir beaucoup entendu parler, je l'ai découverte comme beaucoup de gens à la descente d'un avion officiel un jour du printemps 2005. Je n'ai pas oublié son regard vif ni son air limite survolté. Avait-elle été légèrement dopée pour l'occasion ? Elle nous gratifia en tout cas ce jour-là d'un petit speech surréaliste sur le tarmac de Vélizy, plongeant ses yeux d'un bleu électrique dans ceux de tous les téléspectateurs qui ne la connaissaient jusqu'alors que par son portrait régulièrement diffusé au jité et par les images plus qu'alarmantes transmises par ses ravisseurs.

Je ne sais pas toi, ô lecteur, mais moi, cette femme m'a marquée. Son énergie rayonnante, ses digressions, sa façon de raconter sa détention avec une fausse désinvolture et une vraie pudeur, son refus de se laisser enfermer dans un rôle "d'otage de service" ; puis son bouquin sur l'affaire d'Outreau, son petit livre issu d'une conférence prononcé devant de jeunes adolescents, passé un peu inaperçu et qui est en fait un très grand témoignage sur le journalisme (Grand reporter : Petite conférence sur le journalisme), son engagement auprès de l'Observatoire international des prisons, tout cela m'a laissé une forte impression.

Et justement, l'Obs publie les bonnes feuilles, comme on dit, de son nouveau livre (Le Quai de Ouistreham), qui relate son immersion dans le quotidien d'une femme de ménage slash travailleuse précaire. Récit d'une entreprise ambitieuse (six mois d'enquête) - que je m'empresserai de lire dès que j'aurai mis un peu d'ordre dans ma pile à lire, de plus en plus fouillis et imposante.

Le reportage littéraire, ce n'est pas un genre nouveau. Et cette chère Florence me rappelle un de ses illustres prédécesseurs - germanique, en l'occurrence : Günter Wallraff (il y en a plein d'autres non germaniques, hein, comme John H. Griffin à la fin des années 50 - sans même parler d'Orwell, dans un autre style). Le bonhomme - qui a aujourd'hui près de 70 ans - s'est infiltré au fil des décennies dans divers milieux peu sympathiques pour en dénoncer les dysfonctionnements. Le site Mediapart lui consacrait un papier (on dit encore comme ça ?) en août 2008, dont voici un extrait :



En suédois, mener une enquête journalistique se dit « wallraffer ». Pour toute une génération de journalistes allemands, Günter Wallraff est une légende vivante.

L’homme a passé quatorze mois dans les geôles de la Grèce fasciste, où il a été torturé pour avoir distribué des tracts pour la défense des droits de l’homme sur la Place Stygmata. Il a déjoué un putsch d’extrême-droite au Portugal. Il a documenté le déclin de l’industrie allemande, en travaillant en première ligne dans des usines Thyssen pour dénoncer les conditions de travail inhumaines, à une époque où les médias allemands préféraient disserter sur le miracle économique.

Et, sous l’identité de Hans Esser, l’écrivain a réussi à se faire embaucher à Bild Zeitung, le géant de la presse à sensation, pour y dénoncer, dans un livre à succès, les mécanismes de manipulation de l’information.

En France, l’homme est surtout connu pour sa plus grande enquête. Pendant deux ans, perruqué et doté de lentilles de contact noires, il a adopté l’identité d’un certain Ali Levent Sinirioglu, travailleur immigré, pour pointer du doigt le racisme ordinaire et la précarité des « Gastarbeiter » (travailleurs étrangers).

Son essai, publié en français sous le titre
Tête de Turc, fut un best-seller. Un CV journalistique et militant qui, dans sa démesure, rappelle les héros du journalisme Albert Londres, mais aussi Tintin, Rouletabille ; un journalisme tel qu’on en rêve enfant.

Günter Wallraff a inventé une méthode, que la charte des journalistes interdit pourtant : se déguiser, interpréter un rôle, infiltrer un milieu, pour ensuite en faire ressortir, dans une langue simple et pragmatique, les mécanismes et les injustices. En allemand, on appelle ça les « Rollenreportage », reportages de rôles. Depuis dix ans, Günter Wallraff n’avait plus rien écrit, on pensait qu’il avait pris sa retraite, amen.

Pourtant, depuis le mois d’avril dernier, il est de retour. En couverture du Zeit. Avec des papiers d’identité le rajeunissant de 15 ans, ce sexagénaire qui tient une forme olympique a infiltré une usine de fabrication de petits pains, dans la peau de Frank K., 51 ans.

« Je pars toujours de ce qu’on considère comme une évidence, et je la questionne. » explique-t-il d’une voix rauque. Interloqué par le prix des petits pains à cuire Lidl, vendus nettement moins cher que les concurrents, il se demande comment il est possible de produire aussi bon marché.

C’est aux côtés des travailleurs qu’il trouve sa réponse, après quatre mois d’enquête : heures supplémentaires non payées, machines désuètes provoquant des brûlures, non-respect des congés maladies, licenciements abusifs de tous les éléments faisant mine de se syndiquer.

(...)



Pour être tout à fait franche, lecteur avide d'honnêteté de ce blog (ne le nie pas), je n'ai pas découvert Günter Wallraff toute seule. C'est mon professeur de littérature allemande (qui se trouvait être W. G. "Max" Sebald, un homme qui m'a également pas mal marquée, tu l'auras compris si tu lis ce blog depuis quelque temps) qui m'a prêté les deux premiers ouvrages de Wallraff que j'ai lus, en 1999 : les Industriereportagen et le fameux Ganz unten, publié, donc, sous le titre Tête de Turc en français. Ces oeuvres n'étaient pas du tout au programme "officiel" des études d'allemand à l'université de Norwich, et elles détonnaient pas mal par comparaison avec le reste du corpus - très intéressant, mais plus conventionnel - qu'on nous proposait d'étudier en première année. Ouverture passionnante sur un autre pan de l'écriture allemande, témoignage sur la société de la RFA, contrepoint d'un "miracle économique" déjà bien entamé à l'époque de la rédaction de ces reportages, l'oeuvre de Günter Wallraff m'a fait l'effet à l'époque d'un bol d'air inoubliable, au goût doux-amer. Et si j'aime le documentaire aujourd'hui, c'est peut-être aussi - d'abord ? - grâce à ces "documentaires littéraires" découverts il y a un bon bail dans ma chambrette estudiantine, grâce à celui qui aura décidément provoqué à peu près tous les temps forts de ma passion littéraro-germanophile.

Voilà. Deux générations d'auteurs, une envie partagée de témoigner sur l'exploitation des petits et les dysfonctionnements de nos sociétés prospères en plongeant au coeur du schmilblick. Un destin commun, peut-être ? (Oui, je retombe presque toujours sur mes pieds avec mes titres foireux, lecteur sarcastique de ce blog). En tout cas, je suivrai avec intérêt la suite des pérégrination de cette chère Florence.


À lire (en allemand) : l'un des derniers Rollenreportagen de Günter Wallraff, publié dans Zeit l'été dernier, "Unfeine Küche", consacré aux coulisses des grands restaurants.


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The Ghost Writer


On voit pas mal ces temps-ci la bande-annonce du nouveau film de Polanski, The Ghost Writer. Un truc m'a frappée en la voyant : les premiers instants de la bande-annonce montrent un échange de répliques entre Pierce Brosnan et Ewan McGregor dans une atmosphère nocturne :


PB : - Who are you?

EMcG : - I'm your ghost.


Belle réplique, non ? Mystérieuse à souhait - on se plaît à rêver sur la polysémie de "ghost", pas trop mal rendue d'ailleurs par le titre français du roman dont est inspiré le film, L'Homme de l'ombre.

En version française, cette scène de la bande-annonce ressemble à ça :


PB : - Qui êtes vous ?

EMcG : - Je suis votre nègre.
("Votre 'nègre'." en version sous-titrée.)


Réplique glaçante, non ? Le terme est tellement connoté qu'on part tout de suite vers des associations d'idées d'un autre ordre quand on l'entend. Et là, je me dis que ça n'a pas dû être du gâteau à traduire, un film qui part sur des connotations aussi différentes dans la version originale et dans la langue d'arrivée.

Bon courage aux confrères, rétrospectivement...



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Ah ouais, "direct" ?


Ooooh, une zoulie carte postale qui fait rêver dans mon courrier d'hier.

Tiens ? Patagonie ? Mais qui est allé en Patagonie récemment ?






Ah oui, C.-G., il y a... trois mois...

L'autocollant "direct" et le petit détour par la Nouvelle-Zélande me laissent perplexe.

Pour remédier aux dysfonctionnements de la poste patagonienne, C.-G. vient faire un tour en France très prochainement. Enfin une bonne nouvelle...
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... repérés ces derniers temps :


_ La parution annoncée d'un dictionnaire Bourdieu, perspective réjouissante.


_ Ce très joli blog intitulé Letters of Note - Correspondence deserving of a wider audience qui n'a heureusement que quelques mois, sans quoi il y aurait de quoi y passer des heures et des heures compte tenu de la régularité de publication à laquelle semble s'astreindre son auteur.




_ Les robes rétro de Wearetheneons dont je remplirais bien mes armoires si je m'écoutais.


_ Une belle moisson d'avant-dernières choses sur le blog du même nom : un documentaire de la BBC intitulé The Century of Self, un billet sur Edward Bernays et une bizarre vidéo consacrée à BIOS, le robot copiste.


_ L'Hippopolivre, bibliothèque idéale du blog L'Hippopotable : rien à jeter, tout à lire. C'est stupide, mais très drôle. Dommage, pour le coup, que les billets ne soient pas plus fréquents.




_ Un passionnant (si si) billet mettant en parallèle Mike Davis et Sebald du côté de "Norwich - Du temps et des lieux, chez W. G. Sebald et quelques autres". Ce blog, que j'avais déjà évoqué peu de temps après sa création, tient décidément toutes ses promesses et est une pure merveille. Là encore, quoique dans un tout autre style : rien à jeter, tout à lire - et même à relire.


_ Les adorables créations de Dame Pivoine, babioles et bijoux mignons comme tout inspirés d'un autre temps.




Have a good browse!


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Intox à la poudreuse (enquête frisquette sur le Net)



Le nouvel épisode neigeux de ces derniers jours, conjugué à une association d'idées trop tordue longue à raconter ici, m'a refait penser à un vieux truc, lecteur déjà passionné de ce blog.

Je me suis souvenue de cette vieille rengaine que l'on sort systématiquement lorsqu'il est question de montrer au moyen d'un exemple aussi frappant qu'édifiant que la traduction entre deux langues ne saurait se limiter à la simple formule "1 mot = 1 mot" : le bon vieux truc des Esquimaux et de leurs je-ne-sais-combien de termes différents pour désigner la neige en fonction de la consistance de celle-ci, de la force du vent et de l'âge du capitaine.

Je me suis souvenue avoir employé cet exemple aussi frappant qu'édifiant dans une dissertation de philo en 1998 pour illustrer le poncif selon lequel une langue reflète la réalité entourant le peuple qui l'emploie.

Je me suis souvenue avoir à l'époque trouvé cet exemple aussi frappant qu'édifiant dans un Que sais-je ? ou un autre petit ouvrage de synthèse dans ce genre qui a visiblement disparu de ma bibliothèque depuis.

Alors je me suis dit : "Maintenant que je suis une traductrice moderne équipée d'une connexion Internet - et non plus une lycéenne du siècle dernier se limitant bêtement à des Que sais-je ? imprimés - je vais retrouver cette histoire de neige sur le Net et voir à quoi ressemble cette liste de mots".

Ben tu sais quoi, lecteur prêt à décrocher de ce blog ?

Le coup des je-ne-sais-pas-combien de mots pour désigner la neige chez les Esquimaux, c'est une vaste blague. Enfin pas tout à fait, mais tu vas voir.

Comme le canular Botul, le "great Eskimo vocabulary hoax" est un sujet abondamment traité sur le Web, mais il a aussi fait l'objet de travaux très sérieux et de publications intéressantes.

C'est apparemment l'ouvrage de Geoffrey Pullum, intitulé justement The Great Eskimo Vocabulary Hoax and Other Irreverent Essays on the Study of Language, qui est le plus connu en la matière. Et il attaque le mythe de front, avec un style fort réjouissant.

Never does a month (or in all probability a week) go by without yet another publication of the familiar claim about the wondrous richness of the Eskimo conceptual scheme: hundreds of words for different grades and types of snow, a lexicographical winter wonderland, the quintessential demonstration of how primitive minds categorize the world so differently from us.

And the alleged lexical extravagance of the Eskimos comports so well with the many other facets of their polysynthetic perversity: rubbing noses; lending their wives to strangers; eating raw seal blubber; throwing grandma out to be eaten by polar bears; "We are prepared to believe almost anything about such an unfamiliar and peculiar group", says Martin, in a gentle reminder of our buried racist tendencies.

Dans ce chapitre de son bouquin, il s'appuie sur les travaux d'une anthropologue américaine, Laura Martin, travaux qui n'ont eu que très peu d'écho lors de leur publication dans les années 1980. Cette chercheuse a notamment reconstitué la façon dont ce mythe s'est construit puis amplifié au fil des ans.

Car on est parti de très bas, si je puis dire, dans le recensement du nombre "extraordinaire" de termes relatifs à la neige dans les langues esquimaudes. Tout commence avec les travaux de Franz Boas, anthropologue américain né en 1858, et avec une simple mention de quatre variantes de vocabulaire pour désigner la poudreuse. Nous sommes en 1911, et le bonhomme écrit, dans un ouvrage au titre d'une exquise modernité vu de nos jours (The Mind of Primitive Man) :


À partir de là, nous explique Laura Martin, cette idée de base va être

1. légèrement détournée - car Franz Boas insère son exemple (dans The Handbook of North American Indians, qui date de la même année que l'ouvrage précité) dans un développement montrant que tout comme l'anglais utilise des racines distinctes pour désigner différentes formes d'eau (liquid, lake, river, brook, rain, dew, wave, foam, etc.), les langues esquimaudes ont recours à différentes racines pour désigner la neige. Les auteurs qui reprendront cet exemple aussi frappant qu'édifiant se contenteront de retenir la seconde moitié de la démonstration, comme un certain Benjamin Lee Whorf, linguiste du dimanche, qui publia pourtant des articles dans des revues fort prestigieuses :

We have the same word for falling snow, snow on the ground, snow packed hard-like ice, slushy snow, wind-driven flying snow — whatever the situation may be. To an Eskimo, this all-inclusive word would be almost unthinkable; he would say that falling snow, slushy snow, and so on, are sensuously and operationally different, different things to contend with; he uses different words for them and for other kinds of snow.

Comme le souligne Geoffrey Pullum, il s'agit là d'un cas assez flagrant de malhonnêteté intellectuelle :

I recall the stuff in question being called snow when fluffy and white, slush when partly melted, sleet when falling in a half-melted state, and a blizzard when pelting down hard enough to make driving dangerous. Whorf's remark about his own speech community is no more reliable than his glib generalizations about what things are "sensuously and operationally different" to the generic Eskimo.

2. légèrement amplifiée - mais de façon très inégale - au fil des ans, si l'on en croit Laura Martin :


Le même New York Times évoquait pourtant "four dozen words to describe snow and ice" dans un article de 1988 paru dans ses pages "Sciences", signale Geoffrey Pullum. Certaines sources vont jusqu'à évoquer "400 mots différents" - sans pour autant citer la moindre référence pour appuyer cette estimation.

BREF.

Qui croire ?

Comment savoir ?

La réponse semble plus complexe que jamais.

The snow plot thickens.


Et Nanouk, il en dit quoi, hein, Nanouk ?


Outre son intéressante analyse sur la "folklorisation" que révèle cette légende linguistique, Geoffrey Pullum met lourdement l'accent sur le climat d'approximation complète qui règne autour de cette question. En d'autres termes, il faut déterminer de quoi on parle précisément.

- "Esquimau", qu'est-ce que ça veut dire ? Rien, en vérité. Le terme désigne les peuples Yupik et Inuit du grand nord canadien, de l'Alaska et du Groenland. Si l'on considère l'immense territoire que cela représente, alors oui, on peut s'attendre à de sacrées variations de langue entre les uns et les autres. Si certains termes sont propres à une petite région, par exemple, faut-il comptabiliser chaque mot au sein de chaque dialecte séparé ?

- Qu'est-ce qu'un mot ? Est-ce une racine ? (dans un autre contexte, considérerait-on "chant" et "chanson", par exemple, comme des éléments différents ?) Les termes ayant une significations en rapport avec la neige comptent-ils réellement comme des mots pour "neige" ? Doit-on compter les synonymes "parfaits" séparément ou non ? Etc., etc.

- Quand on dit "un grand nombre", de quoi parle-t-on ? Après tout, nous rappelle ce site portant le très joli titre de "Cabinet de curiosités",

Le français possède des racines aussi variées : neige, pleige, congère, avalanche, lavanche ou lavange, blizzard, poudrerie, bourrasque, flocon, fondrière, giboulée, névé ou niévé, gel, regel, glace, cristal... Des adjectifs pour désigner la neige : poudreuse, sèche, fondue, compacte... Des dérivés savants : nivéal, nivôse, niviforme, nives. Des mots composés : boule de neige, bonhomme de neige, pelotes de neige, chasse-neige, tourmentes de neige, fonte des neiges. Des dérivés : neigeux, enneigé, enneigement, déneiger. Des verbes régionaux : nèvoler (Savoie), pelucher (Lyon), pleiger (Suisse).

Le total des mots yup'ik peut être augmenté de manière considérable par les mots dérivés, composés. Les langues inuks peuvent ainsi construire une centaine de formes différentes à partir d'un radical de départ. Cependant, c'est vrai pour toutes les langues du monde et en particulier pour les langues agglutinantes comme les langues inuks.

En un mot comme en cent (ou quarante, ou quatre cents, on ne sait plus trop), la question reste discutable selon le bout par lequel on décide de démêler cette pelote du Grand Nord.

Alors il y a ceux qui veulent bien modérer le mythe mais persistent et signent un peu quand même, comme Louis-Jacques Dorais, anthropologue, professeur-chercheur au département d’anthropologie de l'Université de Laval :





Il y a la cinquantaine de termes cités dans l'ouvrage pédagogique West Greenlandic, d'un certain Michael D. Fortescue, professeur de linguistique à l'université de Copenhague dont les travaux semblent faire autorité. Cette liste figure sur divers sites et semble digne de confiance - cinquante termes, quand même !

Il y a le Yup'ik Eskimo Dictionary de Steven A. Jacobson (1984), autre ouvrage de référence, cité par Anthony C. Woodbury de l'Université du Texas, lui-même spécialiste de plein de choses et cité en grand bien par le pourtant si critique Geoffrey K. Pullum. Il répertorie 15 racines et un certain nombre de variantes desdites racines dans un article qu'on peut consulter ici. Je reproduis la même liste traduite en français sur ce site sans trop vérifier la qualité de la traduction je l'avoue, mais en laissant la remarque finale :

qanuk = flocon de neige
qanir- = neiger
qanunge = neiger (Nunivak)
qanugglir- = neiger (Nunivak)

kaneq = glace
kaner- = être glacé/glacer quelque-chose

kanevvluk = fines particules de neige/pluie
kanevcir- = recevoir de fines particules de neige/pluie

natquik = neige emportée, dérivant/etc
natqu(v)igte- = pour la neige/etc, dérivant par terre

nevluk = particules assemblées
nevlugte- = avoir des débris assemblés/... fibre/neige/saleté...

aniu (Norton Sound dialect)= neige par terre
aniu- (Norton Sound dialect) = avoir de la neige par terre
apun (Norton Sound dialect) = neige par terre
qanikcaq = la neige sur le sol
qanikcir- = avoir de la neige par terre

muruaneq = faibles, importantes chutes de neige sur le sol

qetrar- (Norton Sound dialect) = neige tôlée
qerretrar- (Norton Sound dialect) = neige tôlée

nutaryuk (Hooper Bay-Chevak) = neige fraîche tombée sur le sol

qanisqineq = la neige flotte sur l'eau

qengaruk (subdialecte Yupik d'Alaska de la région de la rivière Yukon) = Monticule de neige

utvak = bloc de neige

navcaq = corniche de neige, formation de neige sur le point de fondre
navcite- = être pris dans une avalanche

pirta = tempête de neige, blizzard
pircir- = avoir du blizzard
pirtuk = blizzard, tempete de neige

cellallir-, cellarrlir- = neiger abondamment, fortement
pir(e)t(e)pag- = tempête de neige/blizzard sévère
pirrelvag- = tempête de neige/blizzard sévère

Ainsi, cette liste présente 15 lexèmes significatifs plus plusieurs variétés pour chacun. A comparer aux lexèmes français eux aussi relatifs à la neige :

Avalanche, blizzard, bourrasque, rafale, glace, gel, froid, grêle, flocon, iglou, poudre, congère, tempête, verglas, givre, neige,

soit déjà 16 lexèmes...


Et puis il y a ceux qui s'amusent bien, comme ce Phil James qui a fait une mise en abyme de canular, en quelque sorte, en inventant sa propre liste de termes Inuit désignant la neige.


Lecteur majeur et vacciné de ce blog, je te laisse te faire ta propre opinion sur cette question aussi épineuse que réfrigérante.




Sources et trucs à lire, en vrac :

Franz Boas, The Mind of Primitive Man, Macmillan, 1911 (extraits du texte sur Google Books)

Louis-Jacques Dorais, La parole inuit : langue, culture et société dans l'Arctique nord-américain, Peeters, 1996 (extraits du texte sur Google Books)

Laura Martin, "Eskimo Words for Snow": A Case Study in the Genesis and Decay of an Anthropological Example American Anthropologist, New Series, Vol. 88, No. 2 (June 1986), pp. 418-423

Geoffrey K. Pullum, The Great Eskimo Vocabulary Hoax and Other Irreverent Essays on the Study of Language, The University of Chicago Press, 1991

Benjamin Whorf, Science and Linguistics, M.I.T.'s Technology Review, 1940

Tony Woodbury, Counting Eskimo Words for Snow: A Citizen's Guide. Lexemes referring to snow and snow-related notions in Steven A. Jacobson's (1984) Yup'ik Eskimo Dictionary, 1991

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"La vraie nature des cuistres", comme disait l'autre


Vous avez suivi (ou pas) l'affaire BHL-Jean-Baptiste Botul ?


Botulienne de longue date, j'ai beaucoup ri, avec la satisfaction futile de voir un imposteur piégé (même si c'est une cible facile - et s'il y a depuis longtemps des gens qui s'amusent à monter des dossiers complets sur le bonhomme avec un acharnement frisant l'obsession).


Voilà, c'est tout. Billet purement méchant et sans le moindre intérêt. Mais on se fait du bien comme on peut, n'est-ce pas.


Allez, je vous colle tout de même un lien vers le site des amis de Jean-Baptiste Botul, auteur fictif et canularesque d'oeuvres aux titres éminemment crédibles de La vie sexuelle d'Emmanuel Kant, Landru précurseur du féminisme et Nietzsche et le démon de midi (bibliographie hautement recommandable, pouvant être acquise en totalité pour moins de 10 euros chez tous les bons et les mauvais libraires).



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Ah oui, et au fait...


... on y va, à Londres.


Je n'arrive pas encore à m'en réjouir, mais je suis sûre que ça viendra.


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Nouvelle page


J'entame un travail bien nécessaire d'organisation et de mise en ligne des ressources Internet que j'utilise pour la traduction - histoire de les avoir sous la main un peu mieux organisées que dans le bazar de mes Favoris, et histoire d'en faire profiter qui veut.

C'est ici et Blogger m'a gentiment créé un lien permanent dans la colonne de gauche sans que je le lui demande, ce qui tombe plutôt bien. La page n'est de loin pas encore aussi complète que je le voudrais, mais je continuerai à y travailler dans les prochains temps.


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Google Toolbeurk


Google Toolbar, c’est bien pratique, ça ne prend pas de place et ça te donne accès à Google en permanence. Et comme Google a un peu pitié de ses pauvres utilisateurs qui ne savent pas toujours bien quoi chercher, ben Google répertorie les recherches les plus fréquemment effectuées sur le thème qui t’intéresse et te propose aimablement des pistes pour aller plus vite (parce que c'est vrai que perdre deux secondes à écrire un mot complet dans ton moteur de recherche préféré, c'est tout bonnement intolérable). Donc si tu commences à taper "George Clooney", Google te propose de chercher "George Clooney nu", "George Clooney filmographie" ou "George Clooney Nespresso", selon tes centres d’intérêt.




Bien bien, rien de neuf sous le soleil.

Mais tu sais quoi, lecteur en train de t'endormir de ce blog ? Quand tu tapes des noms de personnalités de la télévision et des médias en général, et ben tu remarques dans ta grande perspicacité qu'il y a des recherches récurrentes.




Comme tu es curieux, tu fais quelques tests et tu te rends compte qu'au palmarès des meilleures recherches, on trouve "Wiki(pedia)", "biographie" et "juif". Oui oui, "juif". Là tu cherches l'erreur et puis quand même, tu fais un peu gloups.

Ça vaut pour les journalistes plus ou moins politiques…




pour les présentateurs d'émissions de divertissement…




pour ceux qui officient ou ont officié au JT...



pour les ringards…



et même pour les morts.




Il y a des abrutis partout, ce n'est pas nouveau. Mais parfois, je crois que je me passerais très bien de savoir à quel point certains de mes compatriotes internautes sont cons(ternants).


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J't'ai vu !


Dans les statistiques du blog, je vois bien qu'il y en a qui trichent au jeu très amusant d'Alain Joyandet.

C'est pas joli-joli, hein.

(Mais surtout, ça veut dire qu'il y en a qui jouent. Les élites de demain, sans doute ?)


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Because there's a fucking 'H' in it


Pas le temps, non, vraiment pas le temps, ces jours-ci. Je vous laisse avec Eddie Izzard.




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Quoi ? Steven n'est pas malade ?


Et une raison de plus ne pas regarder Dynastie, une...




Merci à A. pour ce lien édifiant qui donne décidément encore plus envie de voir des séries en version doublée.

(Qu'est-ce que c'est pourri, quand même, Dynastie...)


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Intermède


En ce moment, lecteur chéri de ce blog, ta blogueuse dévouée essaie de ne pas trop travailler et de faire des trucs qui lui font du bien.

Elle donne rendez-vous à une vieille copine du lycée sur le parvis de Notre-Dame et elle prend des photos comme les autres touristes, parce qu'elle se rend compte que ça doit faire dix ans qu'elle n'est pas passée à Notre-Dame.




Elle écoute les malheurs de la vieille copine qui a plein de choses à raconter et fait de la psychologie de comptoir. Ça tombe bien, ta blogueuse dévouée n'a pas envie de faire des efforts de conversation ces temps-ci et elle adooooore la psychologie de comptoir. En plus, une terrasse chauffée, c'est bien agréable quand ça pèle dehors.

Elle commence une soirée en apprenant à faire des maki en bonne compagnie avec une prof de choc et la termine devant un poulet yassa chez un couple charmant.

Elle vide son tiroir à chaussettes (qui compte plus de trous et de "veuves" que de paires portables) et en renouvelle entièrement le contenu grâce aux soldes du Monop.




Elle ressort comme tout le monde avec amour son exemplaire de The Catcher in the Rye, se souvient que c'est une des premières oeuvres dignes de ce nom qu'elle a dû lire en anglais hors littérature pour enfants, et verse une larme pour ce cher J. D..

Elle retombe sur ses petits carnets de films qu'elle croyait avoir laissés chez sa môman quand elle est partie de la maison. Elle feuillette, elle feuillette, elle t'en reparlera peut-être à l'occasion (ou pas).




Elle se fait faire une manucure parce que là, c'est plus possible.

Elle se rend compte avec délice que le bouquin qu'elle a commandé doit être découpé avant d'être lu et se dit que ça fait des lustres qu'elle n'avait pas eu entre les mains un livre à découper.




Elle se concocte une playlist de chanson francophone sur Deezer. Elle redécouvre Bashung un peu tardivement, se souvient qu'elle a passionnément aimé Tostaky et repense à son père qui lui chantait du Montand pour l'endormir le soir quand elle était gamine.


Ça n'améliore en rien son tout petit moral du moment, mais c'est vrai : sur le coup, ça fait du bien.



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