Un dernier pour la route




Mais avant de partir, faut que je te dise : tu peux pas savoir comme ça m’a fait plaisir, toutes ces réponses kouisesques, lecteur joueur de ce blog. Clément a bien failli tout trouver dès le premier jour, fort heureusement pour moi qui n’avais pas le temps de rédiger un nouveau billet, il lui manquait une bonne réponse. Paul (votre ami, tout simplement) a relancé la compétition avec brio deux jours plus tard, distillant un doute subtil dans mon esprit avachi sous l’effet de la chaleur (Avons-nous vu le même documentaire sur le ver à soie ? Dave était-il incognito à Cannes en 2008 ? Giscard est-il un ancien du FC Dahuk ?)

Avec 9 bonnes réponses sur 10, Clément gagne donc mon admiration (presque) éternelle - car je rappelle que ce blog n'est pas sponsorisé, ce qui exclut les goodies type nouveau mascara épaississeur de cils ou carafe filtrante de dernière génération, et que par ailleurs je ne fais pas de travaux manuels, donc on peut oublier aussi les cadeaux sous forme d'écharpe artisanale ou de descente de lit en macramé. Je lui offre toutefois volontiers un pot lors de son prochain passage à Paris (et en même temps, si les statistiques de fréquentation de ce blog sont exactes, on dirait bien que Clément vit littéralement à l'autre bout du monde, donc ce n'est peut-être pas pour tout de suite).

Donc on l'applaudit bien fort et on passe aux réponses :

1) Vérifier le mode d’emploi d’un pendule de cartomancienne
d) docu sur le retour des prisonniers de guerre allemands après la seconde guerre mondiale

... parce que les épouses des prisonniers de guerre consultent une voyante pour savoir si leur mari va revenir, c'est bien connu.



Il faudra expliquer au Voyant que l’emploi des Majuscules
n’est pas un gage de Crédibilité.


2) S’assurer de la dénomination exacte d’un modèle d’ambulance
i) docu-fiction sur la propagation de virus très méchants dans un avenir proche

... parce qu’on y apprend tout sur les types de véhicules utilisés pour transporter des patients placés en quarantaine en cas d’épidémie (fastoche).


3) rechercher (Susan) désespérément la prononciation officielle francophone de Boswellia sacra
g) docu sur l’encens ("parfum des dieux", si si)

... parce que Boswellia sacra est le nom scientifique de l’arbre à encens (mais théoriquement, il n’y a pas de "w" dans l’alphabet latin alors comment savoir si on dit bossvélia ou bozouélia, hein ?)


4) Retrouver le nom et l’adresse exacts d’un bistrot du 5ème arrondissement aujourd’hui disparu
h) docu sur le sculpteur suisse d’origine roumaine Daniel Spoerri

... parce que Daniel Spoerri est capable de citer tous les bars où il traînait à ses débuts à Paris mais que le narrateur, lui, écorche copieusement les noms français.


5) S’interroger sur la transcription française du nom de l’épouse d’un empereur chinois
e) docu sur le ver à soie

... parce que selon la légende, ladite épouse dudit empereur a vu un beau jour un cocon de ver (pas encore) à soie tomber dans sa tasse de thé et commencer à se défaire, et même que c'est comme ça qu'elle a eu l'idée de récupérer la soie dudit cocon pour la tisser. Je sais pas vous, mais moi je ne regarderai plus les carrés Hermès de la même façon.


Le ver à soie est nettement plus choupi
que la plupart des autres vers
(sans doute parce qu’en fait, c’est une chenille).




6) Vérifier la chronologie des projections au festival de Cannes 2008
f) docu sur le monde impitoyable des critiques de théâtre, de littérature et de cinéma

... parce qu’un critique à Cannes a parfois du mal à se rappeler les titres des films qu’il a vus dans la journée, et qu’il vaut mieux vérifier qu’il ne raconte pas n’importe quoi.


7) Trouver les paroles d’un lied de Schumann incompréhensible
c) docu sur Alma Mahler (épouse de Gustav, muse, amie et plus si affinités d’un bon paquet d’artistes, compositeurs et écrivains de la première moitié du XXème siècle)

... parce qu’Alma chantait quand elle était jeune, si si, et qu’une châârmante reconstitution à sous-titrer nous la montre ado au piano en train de faire des vocalises.


8) S’imprégner du contexte d’un extrait à sous-titrer du Chant de Bernadette
c) docu sur Alma Mahler, toujours.

... parce que la même Alma épousa en dernières noces l’écrivain Franz Werfel, auteur du Chant de Bernadette, dont une adaptation inoubliable fut tournée en 1943 par Henry King.


Bernadette est habillée par Karl Lagerfeld.



9) Se renseigner sur les apports turcophones à l’argot berlinois
e) docu sur un match de football féminin amateur germano-iranien

... parce que le club de foot berlinois dont il est question compte un certain nombre de joueuses d’origine turque et que les conversations de vestiaires chez les filles ne sont pas plus relevées que chez les mecs.


10) S’arracher les cheveux entre les noms italiens, allemands et français des cols alpins
b) docu spéléologique sur les grottes de Slovénie

... parce qu’il faut bien les situer géographiquement, les grottes de Slovénie, et que les guides touristiques n’arrivent pas à se mettre d’accord.


Bon, sur ce, je laisse à nouveau ce blog en stand-by pour quelque temps. À l'heure où je vous parle, la blondasse futile et la bouquineuse à lunettes qui sommeillent simultanément en moi se livrent un combat acharné dans la boue, en bikini à paillettes, pour déterminer comment elles vont remplir l'espace restant dans la valise des vacances.




Bonnes vacances à ceux qui en prennent et bonne fin de mois à tous.


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Harlequinades 2010


J'avais loupé le coche l'an dernier et complètement zappé l'annonce de la date limite de soumission des contributions (que de de dans cette phrase), mais c'est reparti cette année :




Voui !

Les Harlequinades 2010 sont lancées !

Rappel du règlement, sur le blog de l'organisatrice :


Le principe est le même que l'année dernière: lire un roman Harlequin ou assimilé (personnellement je recommande chaudement le J'ai Lu Aventures et Passion, mais c'est vous qui voyez, si vous préférez le Harlequin médical, personne ne vous lancera Safari à Marakunda à la tête bien au contraire), le chroniquer. Tout est permis: une thèse sur l'utilité du kilt en période passionnelle, un rapport sur l'influence de la lune sur les bestioles à crocs et sang chaud chaud chaud, un rapport sur les vertus aphrodisiaques méconnues du jasmin, un mémoire sur le vol de bétail en tant que ressort narratif... Vous pouvez même aller jusuqu'à rédiger une nouvelle "harlequin", quelques pages ou quelques paragraphes dans lesquels votre imagination débridée et sans borne, assoiffée de passion pourra laisser libre court à ses instincts.

Pour participer, il vous suffira de crier votre passion (oui, encore), dans les commentaires de ce billet et de tenter de respecter la (kiss me) dead(ly) line (oups, je sors... et puis non) du 30 septembre 2010 où vous voterez avec hystérie bien entendu pour votre billet préféré.

D'ici là, bonne chasse sur les terres sans limites de la passion et que la force soit avec vous!



Yapluka, en somme.


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(Premier épisode et rappel du principe.)

L'Autrichien Peter Handke et ses errances états-uniennes, mais aussi le grand retour de Tarzan, qui aura décidément marqué la littérature... La traduction française est à la suite du texte allemand.


Im Elgin Kino schaute ich dann einen Tarzanfilm mit Johnny Weismüller an. Gleich am Anfang des Films hatte ich das Gefühl, wie wenn man etwas Verbotenes anschaut, das man sich aber schon im voraus vorgestellt hat; die Bilder riefen einen vergessenen Traum zurück. Ein kleines Passagierflugzeug flog niedrig über dem Dschungel. Dann sah man das Flugzeug von innen; ein Mann und eine Frau mit einem Säugling saßen darin. Das Flugzeug dröhnte und ruckte eigenartig hin und her, wie ein wirkliches Flugzeug nie rucken würde, und bei diesem Rucken fiel mir die Bank ein, auf der ich als Kind den Film schon gesehen hatte. „Sie sind unterwegs nach Nairobi“, sagte ich laut. Aber die Stadt wurde nie erwähnt. „Und jetzt werden sie abstürzen!“ Die Eltern hielten einander umschlungen; dann sah man das Flugzeug von außen, wie es heruntertrudelte und in den Urwaldbäumen unterging. Mit einem Krach schlug es auf, und, nein, kein Rauch, sondern Luftblasen sprudelten dann aus einer dämmrigen Landschaft, die ich erst später, als die Stelle im Film kam, als den Teich wiedererkannte, unter dessen Oberfläche Tarzan, ein Messer zwischen den Zähnen, und das inzwischen zu einem Knaben herangezogene Findlingskind, die beide in langen Abständen Atemblasen ausstießen, mit langsamen Schwimmstößen wie traumverloren umherschwammen, während der sich beim Zuschauer festige Erinnerungsvorgang auf seinem Weg zum festen Erinnerungsbild schon gleich nach dem Aufschlag des Flugzeugs in einer geheimnisvollen Vorwegnahme sich mit dem gleichen Rhythmus bewegt hatte, mit dem später aus der Tiefe des Wassers die Atemluftblasen der beiden Schwimmer aufstiegen.

Obwohl mich der Film sonst langweilte, ging ich nicht weg. (...)

Auch die komische Stummfilme möchte ich nicht mehr sehen, dachte ich. Mit ihrem Lob der Ungeschicklichkeit konnten sie mir jetzt nicht mehr schmeicheln. Die Helden, die keine Straße hinuntergehen konnten, ohne dass ihnen der Hut vom Kopf vor eine Straßenwalze geweht wurde, und sich zu keiner Frau beugten, ohne ihnen dabei Kaffee über den Rock zu gießen, erschienen mir immer mehr als Vorbilder für ein nur kindlich beharrendes, unmenschliches Leben: atemlose, in sich selber zappelnde, entstellte und ihre Umgebung entstellende Gestalten, die zu allem, Dingen und Leuten, nur aufschauen wollten. Die höhnische Schadenfreude Chaplins; andrerseits die Art, wie er sich an sich selber schmiegte und sich bemutterte; die Gewohnheit Harry Langdons, sich immerfort einzurollen und anzuklammern. Nur Buster Keaton suchte eifrig nach einem Ausweg, mit seinem aufmerksamen, verbissenen Gesicht, obwohl er nie wissen würde, wie ihm geschah. Sein Gesicht schaute ich noch gern an, und es war auch schön, als in einem Film einmal Marilyn Monroe mit gerunzelter Stirn hilflos grinste und dabei wie Stan Laurel dreinblickte.


Peter Handke, Der kurze Brief zum langen Abschied, Suhrkamp, 1972



Au cinéma Elgin, je vis un film de Tarzan avec Johnny Weismüller. Dès le début du film j’avais le sentiment de regarder quelque chose de défendu mais déjà imaginé d’avance. Les images ramenaient à la mémoire un rêve oublié. Un petit avion de tourisme volait très bas au-dessus de la jungle. On voyait l’intérieur de l’avion, les passagers, un homme et une femme avec un bébé. On entendait l’avion vibrer et trembler étrangement, par à-coups, comme ne l’aurait pas fait un véritable avion, et ces secousses me rappelèrent le banc, sur lequel, enfant, j’avais déjà vu le film. « Ils sont en route pour Nairobi », dis-je à voix haute. Mais le nom de la ville ne fut pas dit dans le film. « Et maintenant ils vont tomber. » Les parents se tenaient embrassés ; puis on vit l’avion tomber en vrille et s’écraser parmi les arbres de la forêt vierge. Il s’abattait avec fracas et ce ne fut pas de la fumée mais des bulles qu’on vit surgir d’un paysage crépusculaire. Je ne le reconnus que plus tard, dans le film, c’était l’étang sous la surface duquel Tarzan, un couteau entre les dents, et l’enfant trouvé, entre-temps devenu un jeune garçon, nageaient lentement comme perdus dans le rêve, émettant tous deux des bulles à de longs intervalles. Pendant ce temps-là, le souvenir se consolidait à la vue du film et au rythme même des bulles émises par les deux nageurs dans les profondeurs de l’eau. Au moment même où l’avion avait touché le sol, l’image, mystérieusement en avance, avait pris forme.

Quoique le film m’ennuyât je ne m’en allai point. (…)

Je n’aime même plus aller voir les films muets, pensai-je. Ils ne pouvaient plus me flatter par leur éloge de la maladresse. Ces personnages incapables de marcher dans une rue sans que le vent ne leur emporte leur chapeau sous un rouleau compresseur ou qui ne pouvaient pas se pencher vers une femme sans lui verser du café sur sa jupe me paraissaient de plus en plus les exemples d’une vie inhumaine et d’une infantile opiniâtreté, personnages toujours hors d’haleine, gigotant, à l’intérieur d’eux-mêmes, déformés et qui déformaient ce qui les entourait et qui ne faisaient que vouloir lever les yeux vers toutes choses, objets et gens. Ce plaisir sardonique que Chaplin éprouvait au malheur d’autrui, et cette façon qu’il avait de se serrer le plus étroitement possible tout contre lui-même et de se blottir, de se serrer maternellement lui-même ; et cette habitude qu’avait Harry Langdon de toujours s’enrouler ou de s’accrocher à quelque chose ! Seul Buster Keaton cherchait vraiment une issue, le visage attentif et obstiné, et pourtant il ne savait jamais ce qui allait lui arriver. Son visage, j’aimais bien encore le regarder et ce qui était bien, aussi, c’était Marilyn Monroe ricanant dans un film, le front plissé et ressemblant ainsi à Stan Laurel.


Peter Handke, La courte lettre pour un long adieu,
traduction Georges-Arthur Goldschmidt,
Gallimard 1976 pour la traduction française


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Un confrère qui s'ignore


Je ne sais pas si François Morel envisage une reconversion en ces temps d'ambiance de merde, mais je lui prédis une très belle carrière dans le documentaire touristico-exotique.


tilidom.com


(Extrait de sa chronique du 13 juillet. Ce rendez-vous estival est inspiré d'un spectacle évoqué ici même.)


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Le kouise de l'été


Une partie du travail de votre blogueuse dévouée consiste à explorer des sites, blogs et forums improbables en quête d'une info, d'un terme, d'un détail. C'est passionnant. Si si. Parce qu'on apprend plein de choses, blablabla.

Pour te distraire sur la plage, lecteur vacancier de ce blog (attention au sable sur l'i-pad), je t'ai concocté un kouise (parce qu'un été sans kouise, c'est comme un épisode de La nouvelle star sans crise de larmes : décevant). Un kouise, donc, vachement mieux que ceux de Biba, L'Express et Psychologie Magazine réunis, si tu veux mon avis. Amuse-toi (tu vas voir, c'est drôlissime) à retrouver pour quelle traduction ta blogueuse dévouée a dû faire les recherches suivantes (je pouffe déjà, pas toi ?). Tu noteras, dans ta grande perspicacité, qu'il y a 10 recherches et 9 docus (hi hi hi) : c'est donc que deux des recherches ci-dessous se rapportent à une même traduction. Parfois, c'est évident, parfois pas trop. C'est un peu le principe du kouise, en somme (rhôlàlà, on va bien se marrer, hein). Tu peux participer dans les commentaires, c'est encore plus rigolo.



1) vérifier le mode d’emploi d’un pendule de cartomancienne

2) s’assurer de la dénomination exacte d’un modèle d’ambulance

3) rechercher (Susan) désespérément la prononciation officielle francophone de Boswellia sacra

4) retrouver le nom et l’adresse exacts d’un bistrot du 5ème arrondissement aujourd’hui disparu

5) s’interroger sur la transcription française du nom de l’épouse d’un empereur chinois

6) vérifier la chronologie des projections au festival de Cannes 2008

7) trouver les paroles d’un lied de Schumann incompréhensible

8) s’imprégner du contexte d’un extrait à sous-titrer du Chant de Bernadette

9) se renseigner sur les apports turcophones dans l’argot berlinois

10) s’arracher les cheveux entre les noms italiens, allemands et français des cols alpins



a) docu sur le ver à soie

b) docu spéléologique sur les grottes de Slovénie

c) docu sur Alma Mahler (épouse de Gustav, muse, amie et plus si affinités d’un bon paquet d’artistes, compositeurs et écrivains de la première moitié du XXème siècle)

d) docu sur le retour des prisonniers de guerre allemands après la seconde guerre mondiale

e) docu sur un match de football féminin amateur germano-iranien

f) docu sur le monde impitoyable des critiques de théâtre, de littérature et de cinéma

g) docu sur l’encens ("parfum des dieux", si si)

h) docu sur le sculpteur suisse d’origine roumaine Daniel Spoerri

i) docu-fiction sur la propagation de virus très méchants dans un avenir proche



Bon kouise, réponses dans une semaine ou avant si tu trouves tout bien.


Et puis par ailleurs, je trouve que c'est dommage, lecteur fidèle de ce blog. C'est dommage que personne ne profite des merveilleux sites qu'il m'est donné d'éplucher aux fins de mon bô métier. Alors j'inaugure une rubrique "le site du moment" kekpart à droite pour te faire profiter des choses bizarres, intéressantes ou affligeantes que j'ai la joie d'explorer en ce moment.


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Reprenons, lecteur bien-aimé.

(Episode 1)
(Episode 2)



On traduit, donc.

Soit.

Mais pas que.

Enfin, disons qu'il faudrait déjà s'entendre sur le sens du mot "traduire". Ouais, je dois vous prévenir que la nuit va être longue.

Je veux dire qu'on ne se contente pas de se saisir d'une phrase dans une langue étrangère et d'en chercher la meilleure formulation possible en français en respectant le sens, le style, et tout et tout. Mais d'ailleurs, à la réflexion, la traduction se limite rarement à ça.

On adapte, aussi.

(C'est pour ça que certains traducteurs de l'audiovisuel tiennent beaucoup à l'appellation "traducteur/adaptateur" - mais d'autres s'en fichent complètement, à vrai dire. Quelqu'un qui se reconnaîtra me faisait remarquer récemment que les auteurs de doublage semblaient se considérer plus comme des "adaptateurs" et les auteurs de sous-titrage, davantage comme des "traducteurs". En voice-over, ça me semble variable. Mais toujours est-il qu'on adapte. (Et j'arrête les apartés, z'en pensez quoi ? (Ça casse un peu le rythme, quand même.)))

On adapte, donc.

Et c'est là que ça devient un peu casse-gueule, car il faut trouver un équilibre assez subtil.

D'un côté, il y a l'Œuvre, le documentaire tourné par un réalisateur, qui, théoriquement, n'est pas interchangeable avec un autre documentaire tourné par un autre réalisateur. Je dis "théoriquement", car il y a des séries documentaires qui semblent vraiment tournées "à la chaîne" et on ne tombe pas tous les jours sur de beaux Documentaires où l'Auteur exprime tout son Talent d'Individu (oui, j'aime bien les majuscules, aujourd'hui (et j'ai dit que j'arrêtais les apartés (boudiou de boudiou))).

De l'autre côté, il y a la Chaîne, média de masse et robinet à images, qui achète des programmes pour remplir sa grille, a sa propre ligne éditoriale et se fait une idée très précise du style de ce qu'elle veut diffuser. Alors si les programmes qu'elle a achetés ne correspondent pas audit style en VO, eh bien elle s'attend quand même à ce qu'ils y ressemblent en VF, c'est comme ça.

Et au milieu, il y a le traducteur-adaptateur et les contraintes d'écriture, implicites ou explicites, qu'on lui impose ou qu'il s'impose.

Cela veut dire qu'un même documentaire traduit pour, disons, France 5, Arte et Planète, ne donnera pas tout à fait le même résultat. Certaines chaînes préfèrent refaire traduire un programme dont il existe déjà une traduction, afin d'être sûres que leur version correpondra bien à leur ligne éditoriale (ou parce qu'elles n'ont pas pris la peine de se renseigner pour savoir s'il existait déjà une VF prête à diffuser). Un échange de mails avec une consoeur m'a récemment permis d'apprendre que certaines séries documentaires diffusées à la fois sur National Geographic et sur France 5, par exemple, étaient retraduites. De la même façon, Arte semble tenir à avoir sa propre traduction pour chaque documentaire diffusé : j'ai déjà retrouvé sur France 5 l'un ou l'autre des documentaires que j'avais traduits pour la chaîne Kulturelle, mais avec une autre traduction. Etc., etc.

Bon, fort bien. Mais comment savoir le ton à adopter, le degré d'adaptation, tout ça tout ça ?

Parfois, le traducteur a des consignes. Elles peuvent venir de son client direct (laboratoire de postproduction, "labo" de son petit nom) ou du client final (chaîne). Mais généralement, elles vont toutes à peu près dans le même sens, sauf qu'elles sont présentées de façon un peu différente (et parfois avec de belles couleurs).

Labo 1 :

Labo 2 :

Chaîne bien connue des téléspectateurs :


Parfois, il n'y a pas de consignes. Pour la chaîne Kulturelle qui me fait vivre, par exemple, je n'ai jamais eu entre les mains de "brief artistique" comme celui qui est reproduit ci-dessus. Tout au plus une petite indication lapidaire sur le bon de commande, du style "alléger" ou "laisser respirer les ambiances" (ah...). Pour autant, la chaîne attend exactement le même exercice des traducteurs qui travaillent pour elle : adapter, adapter, adapter, dès que c'est nécessaire.


Grosso modo, les consignes sont donc assez proches. Alors concrètement, comment sait-on ce qu'on doit écrire pour la chaîne A ou la chaîne B ? Ça consiste en quoi, adapter ?

Eh ben, ça dépend. Il y a des "mesures d'adaptation" qui tombent sous le sens, d'autres qui sont nettement plus discutables.

Pour le détail, on verra ça la prochaine fois, il se fait tard.


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Evangile selon Ste Marie, Verset 4-1-9


Je ne comprends pas, je croyais pourtant m'être désinscrite de la mailing-list de Benoît XVI.








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Pauvre, pauvre barde






- Allô, Les Piles ?

- Voui.

- Bonjour, Machin du labo Truc, j'ai eu vos coordonnées par A.. On a 30 adaptations de pièces de Shakespeare à faire sous-titrer pour la fin du mois d'août, ça vous intéresserait ? C'est l'anglais de l'époque, et tout et tout.

- Ah oui, A. m'en a parlé. Oh ben oui, tu penses, je suis une authentique groupie de Bill, je veux bien vous en prendre une.

- Très bien, alors je note...

- Euh, petit détail, quand même : qu'est-ce que vous proposez comme tarif ?

- 7 euros la minute.

- ...

- Allô ?

- ...

- Les Piles ?

- Biiiip, biiiiiip, biiiiiip...



(Avertissement : pour les besoins de ce billet, la fin de la conversation a été romancée, comme on dit ces jours-ci. En vrai, je lui ai quand même fait remarquer que c'était une honte et que non, je n'avais pas très envie de lui fournir d'autres noms de traducteurs. Et puis je suis exceptionnellement allée me faire un café pour me remettre de ces émotions matinales. La semaine démarre sur les chapeaux de roues, les amis !)


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Ils en parlent... (4)
Can you eat the herring?

(Premier épisode et rappel du principe).

La traduction française suit le texte original.




While I was changing my shirt, I damn near gave my kid sister Phoebe a buzz (...). You'd like her. I mean if you tell old Phoebe something, she knows exactly what the hell you're talking about. I mean you can take her anywhere with you. If you take her to a lousy movie, for instance, she knows it's a lousy movie. If you take her to a pretty good movie, she knows it's a pretty good movie. D.B. and I took her to see this French movie, The Baker's Wife, with Raimu in it. It killed her. Her favourite is The 39 Steps, though, with Robert Donat. She knows the whole goddam movie by heart, because I've taken her to see it about ten times. When old Donat comes up to this Scotch farmhouse, for instance, when he's running away from the cops and all, Phoebe'll say right out loud in the movie – right when the Scotch guy in the picture says it – 'Can you eat the herring?' She knows all the talk by heart. And when this professor in the picture, that's really an German spy, sticks up his little finger with part of the middle joint missing, to show Robert Donat, old Phoebe beats him to it – she holds up her little finger at me in the dark, right in front of my face. She's all right. You'd like her.

J.D. Salinger, The Catcher in the Rye, 1951





Ajout du 10 juin 2011 : une version française, disons, intéressante (?) du même passage. Ou comment illustrer à merveille le phénomène du vieillissement d'une traduction.



En changeant de chemise, l’envie me prit d’aller donner quand même un coup de fil à ma petite sœur Phœbé. (…) Vous l’aimeriez. Je veux dire, si vous racontez quelque chose à Vieille Phœbé, elle sait exactement de quoi diable vous parlez. Je veux dire, vous pouvez même l’emmener n’importe où avec vous. Si vous l’emmenez voir un navet au cinéma, par exemple, elle sait que c’est un navet. Et si vous l’emmenez voir un beau film, elle sait que c’est un beau film. D. B. et moi l’avons emmenée voir ce film français, « La Femme du Boulanger », avec Raimu. Ça l’a tuée. Son film préféré, pourtant, c’est les « Trente-neuf marches » avec Robert Donat. Elle sait toute la saleté de film par cœur, car je l’ai amenée le voir au moins dix fois. Quand Vieux Donat arrive dans cette ferme écossaise, par exemple, quand il est poursuivi par les espions et tout, Phœbé dit tout haut – juste quand l’Écossais le dit sur l’écran – « Aimez-vous le hareng ? » Elle sait tout le dialogue par cœur. Et quand ce professeur, dans le film, ce professeur qui est en réalité un espion allemand, lève son petit doigt auquel il manque une phalange, pour le montrer à Robert Donat, Vieille Phœbé le devance – elle lève son petit doigt dans l’obscurité, sous mon nez. Elle est du tonnerre. Vous l’aimeriez.

J.D. Salinger, L’attrape-cœurs,
traduction française Jean-Baptiste Rossi (cliquez pour savoir qui se cache derrière ce nom si vous l'ignorez...)
Robert Laffont, 1953



Ajout du 12 janvier 2012 : une autre version française. Juste pour le fun, hein (gros coup de coeur pour le "bicause" de la huitième phrase, personnellement).


Comme j’étais en train de mettre une chemise propre j’ai presque décidé de passer un coup de fil à ma petite sœur Phoebe. (…) Cette môme, si on lui dit des trucs, elle sait toujours exactement de quoi on parle. Je veux dire, vous pouvez l’emmener voir un film dégueulasse et elle saura que le film est dégueulasse. Si vous l’emmenez voir un film plutôt bon, elle saura que le film est plutôt bon. D.B. et moi on l’a emmenée voir ce film français La femme du boulanger, avec Raimu. Ça l’a tuée. Mais son film favori c’est Les trente-neuf marches avec Robert Donat. Ce foutu machin elle le connaît par cœur bicause je l’ai emmenée le voir au moins dix fois. Quand par exemple le gars Donat arrive à cette ferme écossaise, dans sa cavale pour échapper aux flics et tout, Phoebe dira très fort dans la salle de cinéma – juste en même temps que le type du film : « Tu manges du hareng ? » Elle connaît tout le dialogue par cœur. Et quand ce professeur dans le film, qui est en fait un espion allemand, lève le petit doigt avec une phalange en moins, pour désigner Robert Donat, la môme Phoebe le gagne de vitesse – elle lève son petit doigt vers moi dans le noir, juste sous mon nez. Elle est au poil. Vous la trouveriez au poil.

J.D. Salinger, L’attrape-cœurs,
traduction française Annie Saumont
Robert Laffont, 1986


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Ostalgie totale


Deux nouveaux ouvrages dans la petite bibliothèque de la traductrice...



Quatrième de couv' :

"Zehn Jahre nach der Vereinigung hat die in der DDR aufgewachsene Autorin ihre linguistischen Erfahrungen und Kenntnisse über die Besonderheiten des DDR-Wortschatzes in einer Mischung von sachlichen Erläuterungen und ergänzenden Kontextbeispielen wiedergegeben, ohne an einer strengen Beschreibungssprache festzuhalten. Damit wird erstmals der Versuch unternommen, nicht nur den Sprachgebrauch der SED, sondern auch den kritischen Alltagswortschatz zu beschreiben. In diesem Wörterbuch finden ostdeutsche Leser ihre Vergangenheit wieder und westdeutsche lernen, sie besser zu verstehen."


Je n'étais jamais tombée sur ce bouquin dans mes recherches diverses et variées, il a pourtant été publié il y a une dizaine d'années. Et c'est une mine d'informations sur le parler de la RDA : acronymes, expressions de la vie de tous les jours, mais aussi locutions officielles et tournures de phrases utilisées par le régime (avec langue de bois et censure intégrées), sans oublier quelques blagues (si si) typiquement est-allemandes.

Où l'on apprend que "rabotten" (du russe "работатъ", travailler) signifiait "bosser dur" et que la Trabant était surnommée au choix "Asphaltblase", "Hutschachtel", "Karton de Blamage", "Leukoplastbomber", "mechanische Gehhilfe", "Pappe", "Plastikbomber", "Plastikpanzer", "Trabbi", "überdachte Zündkerze" ou encore "westsächsischer Lumpenpreßling".

Fort utile pour les (innombrables) documentaires diffusés par la chaîne Kulturelle qui me fait vivre sur le quotidien des Allemands de l'Est, les méfaits de la Stasi et la Réunification !




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Quatrième de couv' :

"Saviez-vous que deux peuples différents portent exactement le même nom : les Avars. Que les matriochkas, ces poupées gigognes très russes, sont venues du Japon au début du XXème siècle ? Voulez-vous savoir ce que mangent les Caucasiens ou avoir une liste de plus de 150 partis et mouvements politiques de Russie ? Connaissez-vous un dictionnaire qui vous dira ce qu'est un kormlenchtchik, un assomtavrouli ou un bountchouk ?
Le Russionnaire saura vous répondre. Cet ouvrage couvre, à la manière d'un dictionnaire encyclopédique, divers aspects des réalités russes et soviétiques, tant historiques qu'actuelles. Il définit plus de 3500 termes et expressions et en donne l'équivalent en langue russe. Un outil indispensable pour quiconque s'intéresse à la Russie, à son histoire mouvementée, à sa riche culture."


Mine de rien, j'en reviens toujours à la Russie. Car mine de rien, la chaîne Kulturelle qui me fait vivre diffuse aussi beaucoup de documentaires consacrés de près ou de loin à ce pays fascinant (mais oui) - dès qu'on aborde l'Histoire du XXème siècle, difficile d'y échapper, d'une manière générale. Et mine de rien, la Russie, le russe et les Russes continuent à me passionner, même si j'ai pour l'instant abandonné l'idée de me remettre sérieusement au russe en vue d'en faire une langue de travail supplémentaire.

Ce petit bouquin sympathique m'a déjà sauvé la vie la semaine dernière pour un terme que je ne trouvais pas dans mon dictionnaire de russe et qui apparaissait dans un docu en allemand sur le retour des prisonniers de guerre détenus en URSS après la 2ème guerre mondiale (quelle vie exaltante que la mienne). Petit plus : la recherche des termes se fait au choix à partir de la graphie russe ou de l'orthographe francisée.

Mais je l'avoue, c'est aussi un achat pour le plaisiiiiiir à feuilleter tranquillou les jours de pluie, un équivalent russophile du What's What évoqué en début d'année qui permet de tout savoir sur les différentes variétés de caviar ou les ramifications de l'administration ex-soviétique, mais aussi de découvrir qu'il existe un oscar du cinéma russe, que "bourka", en russe, désigne une large cape de feutre sans manches faite de laine de chèvre ou de mouton et portée par les bergers du Caucase, ou encore que le "rassolnik" est un potage fait de rognons de veaux, de concombres salés et de crème.

Indispensable, j'vous dis.



(Pour ceuzécelles qui n'auraient pas suivi de cours de civi allemande ou d'histoire contemporaine après 1989 et/ou qui auraient regardé d'un oeil distrait les reportages consacrés aux 20 ans de la chute du Mur l'an dernier, l'explication du titre du billet est ici.)


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Préparer son avenir en faisant les bons choix


Vendredi, 16h et des brouettes dans le bus 43, cinq futurs bacheliers littéraires qui ne doutent de rien discutent des mérites respectifs des prépas Condorcet et Henri IV.

- Mais à part le niveau, qu'est-ce qu'il y a de plus à Henri IV ?
- Ben... une piscine.


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