Pour cette première contribution aux Harlequinades, j'ai préféré ne pas m'éloigner de la thématique vaguement principale de ce blog (prudence, prudence, ne sortons pas trop des sentiers battus). Je te propose donc, lecteur amateur (ou pas) d’eau de rose de ce blog, d’aborder selon un schéma extrêmement original en trois parties trois sous-parties l'image de la traductrice dans L'Amant de l'hiver (Meryl Sawyer, Harlequin, 2007 - traduction française : votre blogueuse dévouée), court roman publié dans le cadre d'un ouvrage spécial Saint-Valentin rassemblant trois récits de très haute volée.



Résumé express de l'œuvre : Alexia, jeune traductrice célibataire déprimée et critique gastronomique à ses heures perdues, rencontre Kyle Paxton, propriétaire d'un resto branché du coin. Elle tombe sous son charme parce qu'il est bôôô et qu'il a tout plein de charme et d'humour, mais elle craint le pire : comment réagira-t-il en apprenant qu'elle est l'auteur d'une critique assassine de son établissement ?




I. Le quotidien de la traductrice : chaos solitaire, boulimie et misère affective

L'incipit de L'Amant de l'hiver s'ouvre sur une réplique rageuse (« Zut ! Les draps sont pleins de chocolat. ») qui donne le ton et nous nous plonge d'emblée in medias res, dans le quotidien sordide de la traductrice indépendante. Le personnage travaille sur son lit - les draps sont « froissés », un « fouillis » encombre les lieux, une boîte de chocolats s'est renversée sur le lit : une image apocalyptique se dessine instantanément dans l'esprit du lecteur, grâce à la richesse d'évocation de cette description initiale. Les marques du laisser-aller physique sont en outre omniprésentes : un peu plus tard, lorsque la jeune femme sort pour se confronter au monde extérieur, on apprend qu'elle a « une mine à faire peur », que « comme tous les jours ou presque, elle [n'est] pas maquillée » et que sa coiffure est « asymétrique » (une faute de goût indéniable). Quant à ses « cernes », ils témoignent d'un rapport difficile au sommeil. Enfin, « son survêtement gris [est] maculé de chocolat et elle [porte] de grosses bottes peu élégantes ».

D'un point de vue psychologique, la traductrice apparaît comme un personnage esseulé, à deux doigts de sombrer dans de graves troubles mentaux (« Sans Gordon (NB : son chat), elle en serait réduite à parler aux murs »), mais lucide, toutefois, quant à sa propre déchéance (« Elle venait encore de parler à son chat ! songea-t-elle en soupirant »). Cette situation de spectatrice de sa propre détresse laisse même transparaître, à notre sens, une forme de dédoublement de personnalité ; cette hypothèse sera confirmée par la suite du récit, dans la mesure où Alexia semble toujours happée par une double réalité, prisonnière d'une dualité souvent contradictoire - cf. à titre d'exemple sa double activité professionnelle, de traductrice et de critique gastronomique. Elle compense ce profond désarroi de deux façons : d'une part, par la violence verbale, en agressant son chat (cf. les nombreuses exclamatives des deux premières pages) puis en manifestant une certaine animosité, exprimée ou non, à l'encontre des personnes qu'elle côtoie dans la suite de ce premier chapitre. La scène chez le chocolatier est particulièrement révélatrice à cet égard, puisqu'elle songe à « étrangler » et même à mutiler un vendeur absent, puis « décoche un regard furibond » à Kyle lors de leur première rencontre (aveuglée par sa propre détresse, elle n’a en effet pas remarqué qu’il s’agissait là de l’homme de sa vie, la godiche). D'autre part, elle se réfugie dans un rapport addictif au chocolat. C'est du moins ce que suggère la scène d'introduction, qui nous montre une Alexia sautant sur l'occasion que lui procure la chute de la boîte de chocolats pour aller « se réapprovisionner », selon ses propres termes (qui renvoient clairement au champ lexical de la toxicomanie). Un peu plus tard, on la retrouve prête à acheter une part d'une tarte baptisée « Mort chocolatée », ce qui reflète là encore un rapport malsain, voire mortifère, au chocolat.

Ces difficultés palpables dès les premières pages se doublent, on l'apprend bientôt, d'une intense misère affective (et, en filigrane, sexuelle). L'auteur a le génie (n'ayons pas peur des mots) de situer son récit un jour de Saint-Valentin, ce qui lui permet habilement de faire ressortir, en creux, cet autre aspect de la solitude du personnage. Et il n'est bien sûr pas innocent que le fournisseur (osons dire : « le dealer ») de chocolats attitré d'Alexia, qui est aussi son seul véritable ami, se prénomme lui-même Valentin. Dans la boutique du père Valentin, l'héroïne est brutalement confrontée au bonheur amoureux des autres et se trouve réduite à absorber une confiserie au nom lourd de sens (« Fantasme de Minuit ») pour compenser son intense frustration. C'est dans ces premières pages que l'on apprend, par de fines allusions distillés çà et là, qu'Alexia était sur le point de se marier un an jour pour jour auparavant. Ce subtil teaser (que le lecteur me pardonne cet anglicisme) donne bien entendu un éclairage nouveau sur le personnage et sur sa détresse personnelle.


II. Le rapport d'Alexia à son métier : un pis-aller infantilisant

Disons-le sans ambages, la traduction est pour Alexia un métier profondément insatisfaisant, qui contribue sans nul doute à la frustration qu'elle ressent face à sa propre condition. Dans le premier chapitre, nous la découvrons travaillant sur son lit, en train de traduire la notice de montage d'un jouet (un camion de pompier). Cette double infantilisation - le lit, le jouet - voire, triple, si l'on y ajoute les chocolats, reflète les rapports qu'entretient le personnage avec son travail : un pis-aller, quelque chose que l'on fait avant de trouver mieux, et surtout, avant de grandir (je me permets de souligner ce terme à mes yeux clé). Visiblement, elle n'y trouve pas son compte - et on peut le comprendre, la traduction de notices de montage n'étant pas l'activité la plus exaltante qui soit. L'auteur révèle très vite la double vie d'Alexia, traductrice le jour, critique gastronomique (incognito) le soir. Mais il faut attendre la page 31 pour trouver la confirmation du sentiment d'insatisfaction qui n'est qu'implicite dans les premiers chapitres de l'œuvre : « Je ne compte pas rester traductrice toute ma vie. J'ai fait ce métier par hasard. » Kyle, qu'elle vient de rencontrer, renchérit dans ce sens : « Allie, j'ai l'impression que tu gâches ton talent. » (on notera le diminutif employé, nouveau signe d'infantilisation d'Alexia, mais cette fois, par son interlocuteur). En d'autres termes, et peut-être sans le vouloir (car c'est le propre des grandes œuvres que de permettre à l'analyse d'y déceler des éléments de réflexion qui dépassent le propos initial), Meryl Sawyer va ici dans le sens d'un cliché fort répandu : la traduction ne serait « pas un vrai métier », seulement un job que l'on fait temporairement, le temps de trouver mieux. On ne peut que le déplorer, bien sûr, même si ce jugement un peu sommaire s'inscrit dans le cadre plus vaste de l'évolution psychologique du personnage.

Les éléments du parcours d'Alexia qui nous sont communiqués la montrent comme une jeune femme frêle, confrontée aux réalités d'un univers impitoyable : elle révèle ainsi que son ancien fiancé, qui était aussi l'un de ses collègues, « s'attribuait [ses] traductions » lorsqu'elle était traductrice salariée (dure épreuve, indéniablement). On apprend également qu’elle a perdu sa mère très jeune, autre facteur de fragilisation. Par ailleurs, elle semble avoir été ballottée de pays en pays dans son enfance (ce qui explique son excellente maîtrise du chinois) ; mais lorsque Kyle lui demande pourquoi elle n'est pas « à Washington », à travailler « pour un ministère », elle élude la question. Au lieu de faire une force de ce parcours atypique, Meryl Sawyer distille l’idée qu’elle a choisi la facilité. Pourtant, le lecteur perspicace se rend très vite compte que ce manque d'ambition (internationale, en l'occurrence) est circonscrit à son activité de traductrice, puisque l'on sait qu'elle nourrit en secret le projet d'ouvrir un café et de donner ainsi une autre dimension à son activité d'entrepreneur(e). On sent donc bien là le poids d'un métier qui n'est pas choisi, mais presque subi - et l'on ne peut s'empêcher de rattacher cette problématique à celle, plus large, de la crise de l'orientation scolaire et professionnelle, ce qui confère à L'Amant de l'hiver une actualité toute particulière.

Ce n'est que lorsqu'elle réussit à s'échapper du pis-aller qu'est pour elle la traduction, qu'Alexia semble réellement s'animer et revivre. Ainsi, les critiques gastronomiques qu'elle rédige pour le journal local font preuve d'un ton mordant et d'une personnalité bien plus affirmée. Sa rédactrice en chef ne tarit d'ailleurs pas d'éloges sur son travail et l'encourage dans cette voie : (la citant :) « ‘Reflets' a tout d'un restaurant de Los Angeles. On s'attendrait à voir surgir starlettes et figures de la pègre de derrière les palmiers en carton-pâte... Personne d'autre que toi n'oserait commencer une chronique gastronomique sur ce ton ! [...] C'est l'un de tes meilleurs articles ! » La suite du roman confirme cette intuition et suit la jeune fille fragile dans son endurcissement et son passage vers une autre étape de sa vie.


III. Une femme assumée vivant le rêve américain

Très logiquement, la traduction apparaît donc dans L'Amant de l'hiver comme un tremplin, une sorte d'équivalent professionnel (et ô combien moderne) des rites de passage traditionnels. Car en abandonnant peu à peu la traduction (on notera qu’il en est de moins en moins question au fil de l'œuvre), Alexia s'éloigne de sa condition de femme-enfant et entre symboliquement dans un monde d’adultes où elle assume à la fois son caractère bien trempé et ses insuffisances de faible femme. C'est le cas dans sa relation avec Kyle, source de complications et de conflit dans un premier temps. Le jeune homme lui-même la met brutalement face à ses propres contradictions à la fin du chapitre 10 : « Tu veux ouvrir un café, mais tu n'as pas le courage de te lancer. C'est tellement plus facile de te terrer dans ton appartement pour rédiger tes fameux modes d'emploi et d'attaquer le travail des autres en te cachant derrière un pseudonyme ! » C'est deux pages plus loin qu'elle prend pleinement la mesure du vide intersidéral de son existence, tout en relevant (déjà) la tête courageusement : « Elle songea qu'elle ne s'était jamais sentie aussi seule et se mit à pleurer, laissant échapper de longs sanglots silencieux mêlés de fierté. » Lorsqu'elle annonce à son ami Valentin qu'elle compte arrêter la traduction, ses explications témoignent d'une prise de conscience douloureuse de la vacuité et du caractère destructeur de sa double activité : « C'est tout réfléchi [...]. J'en ai assez des modes d'emploi ! Et je refuse de continuer à ruiner les restaurateurs de la région avec mes chroniques incendiaires. » (on notera le vocabulaire décidé qui caractérise cette tirade vigoureuse).

Entre états d'âme amoureux et difficultés professionnels, Alexia lutte pendant de longs mois avant de trouver l'équilibre tant recherché. Si l'auteur aborde tout en finesse cette période délicate et ménage à cet endroit du récit une ellipse narrative bienvenue, elle évoque tout de même le calvaire que traverse son héroïne (« Alexia avait dû mobiliser toute sa volonté pour mener à bien son projet » ; « aucune des épreuves qu'elle avait eu à surmonter au cours de son existence ne l'avait préparée à une expérience aussi éreintante »). Nous la retrouvons au chapitre 12 harassée, « mais fière d'elle-même ». C'est la première fois dans le roman qu'elle semble manifester un quelconque sentiment de satisfaction face à sa propre condition. Osons ici un parallèle audacieux : sortie de l'anonymat et de l'enfermement qui caractérisaient ses métiers antérieurs, Alexia accède enfin à la lumière et, telle un papillon sortie de son cocon, s'épanouit dans sa nouvelle vie professionnelle. Incarnation du rêve américain, elle a réussi à s'extraire de sa condition frustrante à la force du poignet et assume désormais pleinement son rôle de femme entrepreneur. Lorsqu'elle revoit Kyle (par hasard, cela va de soi), il la trouve « plus belle encore que dans son souvenir », sans doute parce qu'elle a entre-temps repris le dessus en matière de maquillage et incarne désormais l'archétype de la Femme Barbara Gould.

Mais si l'abandon de l'horrible métier de traductrice lui a permis de prendre son envol professionnel, qu'en est-il de la solitude qui la mine au début du roman ? Sur ce point, on ne peut que noter, une fois de plus, toute l'habileté de Meryl Sawyer – et souligner l'espoir féministe qu'elle semble placer dans son personnage. Car si la rencontre d'Alexia et de Kyle au premier chapitre joue un rôle de catalyseur dans l'évolution de la jeune femme, c'est toute seule qu'elle va se hisser jusqu'au sommet et parvenir à vivre son rêve. Ses retrouvailles avec Kyle (et, ô surprise, leur mariage) ne sont que la cerise sur le gâteau de sa réussite – cerise bienvenue, certes, mais cerise quand même. Kyle, quant à lui, a dû passer lui aussi par une profonde remise en question et recommencer à zéro - ou presque. C'est seulement lorsque les deux personnages ont (re)monté la pente qu'ils peuvent enfin vivre pleinement leur amour, comme deux âmes sœurs à égalité dans cet univers hostile.



En conclusion - et pour faire bref - on peut dire me semble-t-il qu'Alexia apparaît comme une Emma Bovary qui aurait pris sa revanche sur la vie. Cloîtrée chez elle, telle Emma qui regarde par la fenêtre et se complait dans la vacuité de son existence, prisonnière d'une condition - la traduction - qu'elle n'a pas choisie, elle réussit néanmoins à prendre le dessus et à changer sa destinée apparemment toute tracée dans la médiocrité. Il faut dire que Kyle est autrement plus funky que Charles Bovary, ce qui est un plus (car, rappelons-le, « la conversation de Charles était plate comme un trottoir de rue, et les idées de tout le monde y défilaient »). En guise de clin d'œil (destiné, sans doute, à la lectrice méritante qui a réussi à arriver jusqu’à la dernière page), l'épilogue nous montre le jeune homme offrant à sa dulcinée une boîte remplie de « Fantasmes de Minuit » : la boucle est bouclée, l'héroïne bouffe désormais des fantasmes à la pelle sans culpabiliser, puisque c'est son fiancé qui régale.


Vivement que je change de boulot, moi.



Merci aux gentilles organisatrices !


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La grande aventure européenne, ép. 1


Il s'en passe, des choses, lecteur bien loin de te douter de toute cette agitation dans ma pwofècheuneul laïfe de ce blog, il s'en passe, tu n'as pas idée.

Par exemple, si je te dis qu'en juillet, l'Union européenne a annoncé l'ouverture d'un nouveau concours pour recruter des traducteurs salariés, hein, qu'est-ce que tu me réponds ? Rien de bien extraordinaire ? Hmm ? Sauf que pour une fois, il y avait des postes pour traducteurs de langue française. Et là, crois-moi, lecteur toujours pas très impressionné de ce blog, ça valait bien la petite danse de joie que j'ai effectuée illico quand j'ai appris la nouvelle, parce que ce n'est pas tous les jours que l'UE embauche des traducteurs francophones (rapport au fait qu'il y en a déjà tout plein) et encore moins des traducteurs ayant la combinaison de langues anglais/allemand > français (qui est aussi ma combinaison de langues, si jamais tu n'avais pas suivi).




Alors évidemment, j'ai sauté sur l'occasion : pour une traductrice qui rêve grave de se reconvertir d'ici quelques années dans la traduction pour les institutions internationales, ce genre de concours, c'est Noël en plein été. Et même si je ne me fais pas trop d'illusions, je me dis que ça ne mange pas de pain de tenter le coup, que ça vaut de toute façon la peine de voir comment ça se passe et, si j'arrive jusqu'aux tests de traduction, quel est le niveau requis. Et puis Copine G. a décidé de se lancer aussi, alors ça motive d'être deux.

Mais ne nous emballons pas.

D'abord, on lit le texte en petits caractères sous l'annonce ci-dessus : "l'établissement d'une liste de réserve", ça veut dire grosso modo que même si on est pris au concours (mouahahaha - voir plus loin à ce sujet), il faut vraisemblablement attendre plusieurs années avant d'avoir un poste. Sans parler du fait que la procédure de recrutement proprement dite dure déjà plusieurs mois. Mais ça, en fait, ça me convient très bien, je ne suis pas pressée d'aller m'installer à Luxembourg (ou à Bruxelles, ce qui serait quand même nettement plus sympathique).

Ensuite, combien y a-t-il de postes ?




L'option 1, c'est la combinaison anglais/allemand > français. L'option 2, c'est anglais/toute autre langue officielle de l'UE > français. Donc je suis encore relativement vernie, vu qu'il y a 13 postes pour les germanophones. Parce que si on fait le compte : l'UE compte 23 langues officielles. Si on enlève l'anglais (obligatoire), le français (langue maternelle) et l'allemand (option 1), il en reste 20. Ce qui fait en moyenne UN POSTE par langue autre que l'allemand. J'ignore s'ils embauchent effectivement une personne par langue ou s'ils sont susceptibles de prendre trois traducteurs qui déchirent en suédois > français et zéro pour le slovène et l'italien, mais dans tous les cas : gloups.

13 postes, donc.

Pour combien de candidats ? Quand je me suis inscrite, il y avait déjà dans les 500 candidatures, et c'était près de deux semaines avant la clôture des inscriptions. Comme disait une consoeur sur un forum de traducteurs où je batifole parfois, c'est donc un peu la Nouvelle Star de la traduction (voilà une image qui me parle).

Le recrutement, ça se passe comment ? Eh bien tu prépares une chanson en anglais et une en français... visiblement, la procédure est conçue pour larguer en route un maximum de candidats. D'abord, il y a l'inscription. Un interminable formulaire à remplir sur Internet et des rubriques bien casse-pied à compléter, du style :

Dans quel rôle votre contribution pourrait-elle être optimale et quelle serait la "valeur ajoutée" spécifique que vous pourriez apporter aux institutions et agences de l'Union européenne?

**********

Vous pouvez présenter deux de vos principales réalisations. Veuillez les décrire ainsi que le procédé que vous avez utilisé pour permettre leur réalisation et le bénéfice apporté pour vous et pour les autres.


Ensuite, quand tu t'es bien creusé la tête (trois jours, quand même) pour trouver quelle "valeur ajoutée" tu pourrais bien apporter à une énorme machine bureaucratique qui se passe de toi depuis un gros demi-siècle et que tu as fini de remplir tout le blabla demandé, tu attends la validation de ton dossier.


Youpi !


Au passage : l'UE, elle t'envoie des messages sur ton compte de candidat, mais elle ne te prévient pas sur ta boîte mail, du coup il faut penser à aller voir de temps en temps s'il y a du neuf sur ton compte. J'vous dis, ils font tout pour décourager les gens.

Ensuite, on t'indique un créneau pendant lequel tu auras l'insigne honneur de pouvoir te connecter au site pour réserver une date pour les examens de pré-admission (tu suis toujours ?). Ce ne sont pas encore des examens de traduction, à ce stade, mais des tests de logique et de compréhension, dont certains sont en français et d'autres en anglais. Parce que bon, si tu n'es pas logique et que tu ne comprends rien à rien, ils n'ont pas envie de te convoquer à Bruxelles, en gros. Malheureusement, dans le lot, il y a des trucs que je n'aime pas du tout, dans ce genre-là :



Mais inutile de paniquer par anticipation.

Donc tu notes le créneau en gras dans son agenda pour ne pas oublier de t'en occuper.

Puis quand arrive le créneau (déjà ?), tu vas bien sagement réserver ta date sur le site. C'est une chance, il y a un centre d'examen à Paris (sinon, pour le reste de la France, c'est ou Paris ou Toulouse, c'est tout - j'vous dis, ils font tout pour etc. etc.).

Alors là, ayé, je n'ai pas oublié mon créneau et j'ai choisi ma date (fin septembre). Je me suis plongée dans un petit bouquin d'entraînement aux tests de logique (parce qu'en matière de logique, j'ai de sérieuses lacunes - ne ris pas, lecteur moqueur de ce blog). Et j'espère ne pas oublier d'aller aux tests (ou ne pas me dégonfler, au choix), ce qui serait quand même idiot après avoir déjà perdu passé autant de temps à remplir tous ces formulaires.

Affaire à suivre, en résumé.

(Mais bon, quelque chose me dit que la grande aventure européenne, c'est pas pour tout de suite.)


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Why working at home is both awesome and horrible





C'est à lire chez The Oatmeal et c'est plutôt bien vu...






Et sinon, il y a celui-là qui n'est pas mal non plus.






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Ils en parlent... (8)
Marienbad, quelle merde !


(Premier épisode et rappel du principe.)

Promo de l'été : trois pour le prix d'un.

"Atrocement déçu" : voilà ce que semble inspirer le cinéma à Perec. Les deux mêmes mots sont juxtaposés à dix ans d'intervalle, dans Les choses d'abord, puis dans W ou le souvenir d'enfance. Les cinéphiles bo-bo avant l'heure du premier extrait n'ont pas grand-chose à voir avec l'adolescent du deuxième, pourtant le verdict est le même. Et quant au troisième passage, extrêmement bref (et issu de La vie mode d'emploi), il évoque encore une déception cinématographique qui rappelle presque en tout point... celle que décrit W, justement. Toujours une histoire d'attentes trop élevées, d'idéalisation du film avant de l'avoir vu.

Alors : Perec, déçu du septième art ?

(Mais surtout : Perec, recycleur décomplexé de sa propre prose ?)


Il y avait, surtout, le cinéma. Et c'était sans doute le seul domaine où leur sensibilité avait tout appris. Ils n'y devaient rien à des modèles. Ils appartenaient, de par leur âge, de par leur formation, à cette première génération pour laquelle le cinéma fut, plus qu'un art, une évidence ; ils l'avaient toujours connu, et non pas comme forme balbutiante, mais d'emblée avec ses chefs-d'œuvre, sa mythologie. Il leur semblait parfois qu'ils avaient grandi avec lui, et qu'ils le comprenaient mieux que personne avant eux n'avait su le comprendre.

Ils étaient cinéphiles. C'était leur passion première ; ils s'y adonnaient chaque soir, ou presque. Ils aimaient les images, pour peu qu'elles soient belles, qu'elles les entraînent, les ravissent, les fascinent. Ils aimaient la conquête de l'espace, du temps, du mouvement, ils aimaient le tourbillon des rues de New York, la torpeur des tropiques, la violence des saloons. Ils n'étaient, ni trop sectaires, comme ces esprits obtus qui ne jurent que par un seul Eisenstein, Bunuel, ou Antonioni, ou encore – il faut de tout pour faire un monde – Carné, Vidor, Aldrich ou Hitchcock, ni trop éclectiques, comme ces individus infantiles qui perdent tout sens critique et crient au génie pour peu qu'un ciel bleu soit bleu ciel, ou que le rouge léger de la robe de Cyd Charisse tranche sur le rouge sombre du canapé de Robert Taylor. Ils ne manquaient pas de goût. Ils avaient une forte prévention contre le cinéma dit sérieux, qui leur faisait trouver plus belles encore les œuvres que ce qualificatif ne suffisait pas à rendre vaines (mais tout de même, disaient-ils, et ils avaient raison, Marienbad, quelle merde !), une sympathie presque exagérée pour les westerns, les thrillers, les comédies américaines, et pour ces aventures étonnantes, gonflées d'envolées lyriques, d'images somptueuses, de beautés fulgurantes et presque inexplicables, qu’étaient, par exemple – ils s'en souvenaient toujours –, Lola, la Croisée des Destins, les Ensorcelés, Ecrit sur du vent.

Ils allaient rarement au concert, moins encore au théâtre. Mais ils se rencontraient sans s'être donné rendez-vous à la Cinémathèque, au Passy, au Napoléon, ou dans ces petits cinémas de quartier, le Kursaal aux Gobelins, le Texas à Montparnasse, le Bikini, le Mexico place Clichy, l’Alcazar à Belleville, d’autres encore, vers la Bastille ou le Quinzième, ces salles sans grâce, mal équipées, que semblait ne fréquenter qu'une clientèle composite de chômeurs, d’Algériens, de vieux garçons, de cinéphiles, et qui programmaient, dans d'infâmes versions doublées, ces chefs-d'œuvre inconnus dont ils se souvenaient depuis l'âge de quinze ans, ou ces films réputés géniaux, dont ils avaient la liste en tête et que, depuis des années, ils tentaient vainement de voir. Ils gardaient un souvenir émerveillé de ces soirées bénies où ils avaient découvert, ou redécouvert, presque par hasard, le Corsaire rouge, ou le Monde lui appartient, ou les Forbans de la nuit, ou My Sister Eileen, ou les Cinq Mille Doigts du Docteur T. Hélas, bien souvent, il est vrai, ils étaient atrocement déçus. Ces films qu’ils avaient attendus si longtemps, feuilletant presque fébrilement, chaque mercredi, à la première heure, l’Officiel des Spectacles, ces films dont on leur avait assuré un peu partout qu’ils étaient admirables, il arrivait parfois qu’ils fussent enfin annoncés. Ils se retrouvaient au complet dans la salle, le premier soir. L’écran s’éclairait et ils frémissaient d’aise. Mais les couleurs dataient, les images sautillaient, les femmes avaient terriblement vieilli ; ils sortaient, ils étaient tristes. Ce n’était pas le film dont ils avaient rêvé. Ce n’était pas ce film total que chacun parmi eux portait en lui, ce film parfait qu’ils n’auraient su épuiser. Ce film qu’ils auraient voulu faire. Ou, plus secrètement sans doute, qu’ils auraient voulu vivre.


Georges Perec, Les choses,
René Juillard 1965, pp. 52-54



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Un soir, nous allâmes au cinéma, Henri, Berthe, Robert, le père d’Henri, qui, je crois, venait de revenir de Paris pour nous aider à y rentrer, et moi. Le film s’appelait Le grand silence blanc et Henri était fou de joie à l’idée de le voir car il se souvenait d’une magnifique histoire de Curwood qui portait ce titre, et pendant toute la journée, il m’avait parlé de la banquise et des Esquimaux, des chiens à traîneaux et des raquettes, du Klondyke et du Labrador. Mais dès les premières images, nous fûmes atrocement déçus : le grand désert blanc n’était pas le Grand Nord, mais le Sahara, où un jeune officier, nommé Charles de Foucauld, fatigué d’avoir fait des frasques avec des femmes de mauvaise vie (il buvait du champagne dans leurs chaussures), se faisait missionnaire malgré les objurgations de son ami le général Laperrine, qui n’était encore que capitaine, et qui arrivait trop tard avec son goum pour le sauver des méchants Touareg (au singulier : Targui) qui assiégeaient son bordj. Je me souviens de la mort de Charles de Foucauld : il est attaché à un poteau, la balle qui l’achève lui est entrée en plein dans l’œil, et le sang coule sur sa joue.


Georges Perec, W ou le souvenir d'enfance,
Denoël 1975, pp. 205-206



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Bientôt ses promenades se firent plus rares. Un jour il demanda à Valène s’il voulait bien l’accompagner au cinéma. Ils allèrent à la Cinémathèque du Palais de Chaillot, dans l’après-midi, voir Les Verts Pâturages, une mouture mièvre et laide de La Case de l’oncle Tom. En sortant, Valène lui demanda pourquoi il avait voulu voir ce film ; il lui répondit que c’était seulement à cause du titre, à cause de ce mot « pâturage » et que s’il avait su que ce serait ce qu’ils venaient de voir, il n’y serait jamais allé.


Georges Perec, La vie mode d’emploi,
Hachette 1978, p. 52




NB : La typo des titres de films est d'origine.


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Guerre de communication


On peut dire, je crois, que NRJ a pondu LA campagne de pub qui va lui permettre de récupérer tous les auditeurs de France Inter douchés par les événements du printemps dernier.




Naan ? Vous ne trouvez pas que ça fait super envie ?


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Pas compris


Pof, je saisis mes ultimes corrections et j'enregistre mon travail dans le logiciel de sous-titrage.

Pof, j'exporte mes sous-titres dans divers formats exploitables par leurs différents destinataires.

Pof, je rédige un petit mail poli pour accompagner la livraison et j'ajoute que je me tiens à votre disposition pour organiser une simulation quand ça vous chante, Chère-cliente-que-j'aime pour qui je travaille pour la première fois et pour qui j'espère bien retravailler, s'il vous plaît, s'il vous plaît, s'il vous plaît.

Et sur ce, je vais prendre un café-clope bien mérité avec le sentiment du devoir accompli.

Moins de cinq minutes plus tard, téléphone.

- Allô, Les piles ?

- Voui !

- C'est Chère-cliente-que-j'aime.

- Bonjour, Chère-cliente-que-j'aime. Vous avez bien reçu les gentils sous-titres que je viens de terminer avec amour et de vous envoyer tendrement ?

- Oui, oui. Je vous appelle au sujet de votre mail. En fait, on ne va pas faire de simulation.

- Hmmmm... ?

- Non, on va simplement relire les sous-titres sur papier en comparant avec la transcription, et puis le prestataire de postproduction nous fournira un DVD quand tout sera fini. C'est comme ça qu'on fait, en général.

- Gloups.






Une simu, à quoi ça sert ?

Une simulation (simu, de son petit nom), ça n'a rien de sessouel, rassure-toi, c'est une sorte de contrôle qualité des sous-titres où on visionne le film sous-titré, un peu comme si on se faisait une soirée DVD à plusieurs. Sauf qu'on est là pour vérifier que les sous-titres sont tout bien comme il faut. C'est le pendant de la relecture en traduction "papier", l'indispensable "oeil extérieur professionnel" sur le travail du traducteur. En simu, on est les premiers spectateurs de la VOST. On est aussi les derniers à pouvoir apporter des modifications aux sous-titres.

Le déroulement peut varier un peu selon la configuration de la simu en question (voir point suivant), mais grosso modo, on en profite pour discuter des choix de traduction, pinailler sur des trucs sur lesquels seuls les traducteurs savent pinailler, et corriger les ultimes coquilles qui pourraient traîner ici ou là. On peut encore modifier le repérage des sous-titres (= leur point d'apparition et de disparition), reformuler des répliques qui ne semblent pas claires, repérer d'éventuels faux-sens, s'assurer que tous les sous-titres sont bien lisibles (c'est à dire qu'ils restent à l'écran suffisamment longtemps pour qu'on puisse les lire confortablement), bref...

Une simu, c'est carrément utile.


Une simu, comment ça se passe ?

Eh bien ça dépend.

- Cas n° 1 : la simu se fait sans le traducteur. C'est une mauvaise idée, mais ça arrive.

C'est compréhensible quand il y a peu de sous-titres : par exemple s'il y a un court extrait d'archives dans un documentaire, je ne me déplace pas à Strasbourg pour simuler 6 sous-titres chez mon client. Et ça n'empêche pas la personne qui effectue la simulation (= la simulatrice - allez-y, rigolez, jokes are on me - ou le simulateur) de passer un coup de fil au traducteur si elle a un doute ou une question au sujet des sous-titres ; ça ne l'empêche pas non plus de lui envoyer le fichier de sous-titres simulé pour validation des corrections.

Mais la plupart du temps, c'est une mauvaise idée parce que ça veut dire que le simulateur tranche seul les problèmes de traduction, de formulation, etc. Or le traducteur a en général mûrement pesé ses choix de traduction (ou du moins on l'espère), il est donc préférable qu'il soit présent pour instaurer un dialogue constructif (version politiquement correcte) et pour s'assurer qu'on ne massacre pas son travail (version parfois réaliste).

C'est une encore plus mauvaise idée, voire carrément une faute professionnelle, quand le simulateur ne comprend pas la langue d'origine du film. Mais ça arrive, malheureusement.


- Cas °2 : la simu se fait avec un simulateur en présence du traducteur. Cas classique, qui permet de remédier aux problèmes cités dans le cas n° 1 (vous me suivez ?).

Selon que le simulateur est un technicien, un relecteur ou un traducteur, un débutant ou un vieux de la vieille, les échanges sont plus ou moins spécialisés, les modifications apportées, plus ou moins fines. Je me souviens d'une simu d'un film allemand que j'avais traduit, effectuée par une stagiaire non-germanophone et visiblement terrorisée (pourtant non, je ne ressemblais pas encore à Freddy, à cette époque) : la simu a duré à peine 20 minutes de plus que la longueur du film, pause café comprise. Un record... mais pas l'idéal, évidemment. Il y aurait certainement eu plein de choses à améliorer.

C'est la configuration la plus agréable à mon goût en tant que traductrice. On peut discuter tranquilou, on n'a pas la pression de la présence du client final, on est entre professionnels du sous-titrage, c'est cool. Ayant aussi vécu la situation côté simulatrice, je dirais que le tableau est moins idyllique et que ça dépend du traducteur. Certains sont charmants, doués, intelligents, ouverts au dialogue... d'autres sont nuls, susceptibles et refusent toute correction. Au bout d'un moment, la diplomatie cède le pas à l'agacement.


- Cas n°3 : le traducteur tient le rôle du simulateur (c'est-à-dire qu'il manipule le logiciel de sous-titrage) et la simu se fait en présence du client final : pression, stress et compagnie (du moins en ce qui me concerne, mais il y a des tas de gens beaucoup plus zen que moi, j'en ai bien conscience). L'expression "être dans ses petits souliers" m'est venue à l'esprit, la dernière fois que j'ai eu l'occasion de faire ça. La simu se passe en général dans les locaux du prestataire technique qui joue les intermédiaires entre le traducteur et le client : autant dire qu'on a une sorte de "devoir de réserve" et qu'il est délicat d'envoyer balader le client, même s'il est absolument odieux et incompétent. Le client est roi, puisque c'est lui qui paie, pour dire les choses crûment.

Tout ça complique drôlement les choses quand il faut défendre son bout de gras - surtout si ledit client n'a qu'une vague idée de ce qu'est le sous-titrage.

Pourquoi vous n'avez pas traduit tous les mots dans les sous-titres ?

Pourquoi vous n'avez pas traduit "Don't slam the fucking door!" par "Ne claque pas la putain de porte" ?

Pourquoi, quand l'actrice répète huit fois de suite "Shit!", vous ne l'avez pas sous-titrée huit fois ?

Pourquoi vous ne traduisez pas "definitely" par "définitivement" ?

...

(Ne pas craquer, ne pas craquer, ne pas craquer.)

De temps en temps, le traducteur-simulateur martyrisé a quand même l'occasion de prendre sa revanche. Ainsi, un chargé de production de la chaîne Kulturelle assez antipathique qui s'occupait d'un film moitié en français, moitié en anglais, que j'avais traduit, ne voulait pas me croire quand je lui disais en simu que les lignes des sous-titres étaient limitées à 34 caractères pour ladite chaîne Kulturelle ("Mais non, au cinéma et sur les DVD, c'est vachement plus !"). Il a appelé devant moi le service technique de la chaîne en activant la fonction "haut-parleur" du téléphone et s'est fait rembarrer sur le mode : "Vous auriez pu vous renseigner avant."

(Instant de jubilation. On prend ses revanches où on peut, hein.)

Mais parfois, le client est simplement très attentif et fait des remarques pertinentes, hein, faut pas croire. Parfois même, il s'y connaît en sous-titrage. Si si, franchement, ça arrive.


- Cas n°4 : la simu se fait avec un simulateur, le traducteur et le client.

C'est la classe.

D'abord, psychologiquement, ça peut permettre de remettre le traducteur à peu près sur un pied d'égalité avec le client. Je m'explique : dans le cas n°3, le client semble parfois penser que le traducteur est une sorte de technicien/dactylographe qui a saisi dans le logiciel un texte tombé du ciel tout cuit. Dans le cas n°4, le traducteur redevient parfois miraculeusement un auteur qui a bossé pendant plusieurs semaines sur ces foutus sous-titres et produit un "vrai" travail qu'il vient présenter. Je ne saurais pas expliquer ce qui me fait dire ça - c'est sans doute une impression très subjective, liée aussi à mes propres complexes et à mes doutes. Mais le fait d'être installée comme le client (bras croisés, grosso modo), pendant que le simulateur se charge de manipuler le logiciel, me donne à moi une plus grande assurance. Sans parler du fait que quand on n'a pas à s'occuper de la partie technique, on a aussi l'esprit plus disponible pour argumenter, défendre ce qu'on a écrit, etc.

Et puis quand on est trois, avec un peu de chance, il se passe un truc : le simulateur prend position. Avec encore un peu plus de chance, il tranche en faveur du traducteur, quand il y a débat. Mine de rien, avoir un allié, c'est toujours bon à prendre.

Reste qu'il faut aussi défendre ses choix, faire des concessions parfois pas glop et pas mal argumenter. Mais c'est une configuration drôlement plus confortable que le cas n° 3, à mes yeux.


Une simu, ça dure combien de temps ?

C'est variable. Normalement, compter 3-4 fois la durée du film. Évidemment, un film très dense genre comédie babillante prendra nettement plus de temps qu'un film de guerre bourré de scènes de bataille sans dialogues. Mais simuler une bonne traduction de comédie bavarde peut prendre relativement peu de temps, tandis qu'un mauvais sous-titrage de film de guerre peut bouffer une journée entière.


Une simu, ça coûte combien ?

À ma connaissance, le traducteur considère en général que la simu fait partie de sa prestation (du moins c'est ma façon de procéder et celle de la plupart des traducteurs que je connais) et ne facture pas la simulation. De toute façon, on lui demande rarement son avis... Il ne reste donc à rémunérer que l'éventuel simulateur. Rappelons ici que la simulation est une prestation technique, qui doit donc être rémunérée en salaires et non en droits d'auteur.







Gloups, donc.

J'ai expliqué. Longuement.

Chère-cliente-que-j'aime a écouté, patiemment.

M'a dit qu'elle allait voir.

Je vous épargne mon mail de relance qui - c'est toujours mauvais signe - commençait par les mots : "Au risque de paraître insistante...".

On s'est rappelé, on en a reparlé.

Elle a semblé réceptive, à peu près convaincue.

C'était il y a cinq jours, j'attends toujours ma date de simu...


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Je l'ai re-re-...-revu sur grand écran l'aut'soir.

Alors j'ai bien regardé.

Et oui, je sais qu'Il était une fois dans l'Ouest est de toute façon copieusement (intégralement ?) postsynchronisé, qu'il ne faut pas trop y chercher une quelconque authenticité sonore, tout ça tout ça.

Mais quand même : l'homme à l'harmonica, il ne prend même pas la peine de faire semblant de jouer de l'harmonica, quoi !

(L'objet du scandale est à 4 min environ du début de l'extrait.
Et oui, je sais, c'est la version allemande. Pas le temps de trouver mieux, désolée !)



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Traduire e(s)t écrire


(Et inversement, hein.)

Décidément, ils racontent des choses parfois curieuses, ces écrivains-traducteurs, traducteurs-écrivains, et autres gens de lettres qui ont exercé ou exercent ces deux métiers. Parce que le temps me fait vraiment défaut ces jours-ci pour blogouiller, quelques lignes relevées dans Le vent Paraclet, autobiographie intellectuelle (dixit la quatrième de couverture) où Michel Tournier évoque entre mille autres choses ses jeunes années dans la traduction littéraire.

Je gagnais ma vie en bricolant des émissions pour la radio et en abattant pour les éditions Plon des milliers de pages de traduction. Je ne savais pas que ces deux expédients alimentaires me préparaient très efficacement chacun à sa façon au métier d’écrire.

La traduction est certainement l’un des exercices les plus profitables auxquels puisse se soumettre un apprenti écrivain. Traduire de l’anglais en français, ce n’est pas un problème d’anglais, c’est un problème de français. Certes la connaissance de l’anglais est indispensable. Mais il s’agit pour le traducteur d’une connaissance passive, réceptrice, incomparablement plus facile à acquérir que la possession active, créatrice impliquée par la rédaction en français. C’est toute la différence qui sépare la lecture de l’écriture. C’est pourquoi dans une classe seul le thème permet de mesurer la connaissance qu’ont les élèves d’une langue étrangère. La version ne révèle que la connaissance qu’ils ont du français. Les premiers en version sont les meilleurs en français.

L’objectif étant la formulation d’une pensée étrangère dans un français aussi coulant, collant, souple et familier que possible, le traducteur se doit d’apprendre à manier en virtuose les clichés, locutions, formules toutes faites, tournures usuelles et autres idiotismes qui constituent le fonds de la langue dans laquelle il écrit, et dont l’absence ou la rareté caractérise ce jargon abominable qu’on a appelé le « traduit-du ». J’ai bientôt compris l’avantage d’un catalogue de gallicismes. Je l’ai vite su par cœur à force de m’y référer et d’y puiser à outrance pour mes traductions. C’est leur rareté qui trahit la traduction. Par exemple l’allemand ignorant le verbe falloir qu’il rend par devoir, le traducteur doit recourir à tout moment à la tournure il faut que je de préférence à je dois, plus bref, aussi clair, mais qui sent son germanisme à plein nez.

Or cet exercice prépare excellemment à l’œuvre originale. En effet le maniement constant des pièces essentielles constituant l’automatisme de la langue apprend non seulement à s’en servir dans la traduction, mais à les gauchir ou à les éliminer dans l’œuvre originale. Car il y a de grandes ressources pour le style – en prose et plus encore en poésie – dans la distorsion des locutions usuelles. Les poètes usent souvent du langage comme certains sculpteurs contemporains d’une machine à coudre ou d’un moteur d’automobile qu’ils transforment en œuvres d’art par des destructions appropriées.

Mais revenons à la traduction. Chaque langue ayant son atmosphère et son attraction propres, le préalable à la bonne traduction est d’échapper à cette atmosphère, de se libérer de cette attraction afin d’évoluer en toute liberté dans la langue adoptée. C’est un problème semblable à la mise sur orbite d’un satellite artificiel qu’il faut pour cela arracher à l’attraction de la terre. J’avais imaginé pour réaliser cet arrachement un procédé que je recommande aux traducteurs. Je choisissais un auteur français ayant une affinité, même lointaine, avec l’auteur étranger que j’avais à traduire, et je m’en imprégnais avant de me mettre au travail, m’efforçant alors de traduire mon étranger non seulement en français, mais singulièrement en Flaubert, en Maupassant ou en Renan. C’est ainsi que j’ai traduit deux romans d’Erich Maria Remarque « en Zola », influence qui est certainement perceptible à la lecture de mes traductions.

Cela me donna l’occasion au demeurant de rencontrer l’auteur de À l’Ouest rien de nouveau. (...) « C’est la première fois que je peux parler dans ma langue avec l’un de mes traducteurs, m’avoua-t-il. Les autres – l’américain, l’italien, le russe – savent l’allemand comme une langue morte, le latin ou le grec ancien. » Il me félicita de faire des traductions, mais m’encouragea à ne les considérer que comme des exercices pour des œuvres personnelles à venir. « Pourtant, ajouta-t-il, il ne faut pas confondre trop traduction et œuvre personnelle. Ainsi votre traduction – d’ailleurs excellente – de mon dernier roman m’a réservé deux surprises à la lecture. La première, c’est de ne pas y avoir retrouvé certaines pages de l’original. – Et la seconde surprise ? lui demandai-je très inquiet. – La seconde surprise, ce fut au contraire d’y lire certaines pages qui ne se trouvaient pas dans l’original. » J’avais vingt ans, j’étais un petit crétin prétentieux, et je n’avais pas une estime démesurée pour la prose d’E. M. Remarque. Après avoir copieusement rougi et balbutié, j’eus l’insolence de lui répondre : « L’important, n’est-ce pas que les secondes soient meilleures que les premières ? » Il eut la générosité de sourire. Je ne savais pas encore que le traducteur n’est que la moitié d’un écrivain, ce qu’il y a en l’écrivain de plus humblement artisanal. En faisant des traductions, l’apprenti écrivain n’acquiert pas seulement la maîtrise de sa propre langue, il apprend aussi la patience, l’effort ingrat accompli consciencieusement, sans espoir d’argent, ni de gloire. C’est une école de vertu littéraire.



Michel Tournier, Le vent Paraclet,
Gallimard, 1977, pp. 163 – 167




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(Premier épisode et rappel du principe.)

Pour le premier billet de cette série consacré à un auteur français, je ne sais pas pourquoi, j'ai hésité : Sartre ou Duras ? Entre ces deux monstres sacrés, mon coeur de lectrice balançait (pardon pour cette phrase, lecteur sévère de ce blog, mais ta blogueuse favorite aime bien parfois écrire comme dans Elle, et puis c'est l'été, je crois que mes neurones sont partis à la plage en bikini). Et comme je n'ai en réalité aucune affection particulière pour l'un ou l'autre, impossible de choisir en fonction de mes affinités personnelles. Toujours est-il que Les mots et Un barrage contre le Pacifique comportent de longs et chouettes passages consacrés aux salles obscures, dans des genres assez différents, bien sûr. Alors histoire de trancher, j'ai procédé chronologiquement, Duras (1950) avant Sartre (1964). Les mots, ce sera donc pour une autre fois. En attendant, voici le premier extrait d'Un barrage contre le Pacifique, il y en aura au moins deux ou trois autres (mais pas forcément à la suite, on verra, haha...).

La mère avait dû se remettre brusquement au piano lorsque la place de pianiste à l’Éden lui avait été offerte. (...)

Elle arrivait un peu avant la séance, elle disposait des couvertures sur deux fauteuils, de chaque côté du piano et elle y couchait ses enfants. Joseph s’en souvenait bien. La chose s’était sue rapidement et, pendant que la salle se remplissait, des spectateurs venaient près de la fosse regarder les deux enfants de la pianiste qui s’endormaient. C’était devenu vite une sorte d’attraction dont la direction n’était pas fâchée. La mère lui avait dit : « C’est parce que vous étiez si beaux, qu’on venait vous regarder. Parfois à côté de vous, je trouvais des jouets, des bonbons. » Elle le croyait encore. Elle croyait que c’était parce qu’ils étaient beaux qu’on leur donnait des jouets. Il n’avait jamais osé lui dire la vérité. Ils s’endormaient immédiatement après l’extinction des lumières et le commencement des Actualités. La mère jouait pendant deux heures. Il lui était impossible de suivre le film sur l’écran : le piano était non seulement sur le même plan que l’écran mais bien au-dessous du niveau de la salle.

En dix ans la mère n’avait pas pu voir un seul film. Pourtant à la fin, ses mains étaient devenues si habiles qu’elle n’avait plus à regarder le clavier. Mais elle ne voyait toujours rien du film qui passait au-dessus de sa tête. « Quelquefois il me semblait que je dormais en jouant. Quand j’essayais de regarder l’écran c’était terrible, la tête me tournait. C’était une bouillie noire et blanche qui dansait au-dessus de ma tête et qui me donnait le mal de mer. » Une fois, une seule fois, son envie de voir un film avait été tellement forte qu’elle s’était fait porter malade et qu’elle était venue en cachette au cinéma. Mais à la sortie un employé l’avait reconnue et elle n’avait jamais osé recommencer. Une seule fois en dix ans elle avait osé le faire. Pendant dix ans elle avait eu envie d’aller au cinéma et elle n’avait pu y aller qu’une fois en se cachant. Pendant dix ans cette envie était restée en elle aussi fraîche, tandis qu’elle, elle vieillissait. Et au bout de dix ans ç’avait été trop tard, elle était partie pour la plaine.



Marguerite Duras, Un barrage contre le Pacifique,
Gallimard, 1950



Ah oui, et rendons à César, etc. : c'est cet ouvrage qui a attiré mon attention sur la place du cinéma dans les oeuvres romanesques de Marguerite Duras.


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C'est bien la peine...


QUI m'a foutu un documentaire animalier au milieu du spectacle que je sous-titre ? Qui ? HEIN ? C'est un complot, c'est ça ?




(NB : ces sous-titres ne sont bien sûr pas les miens.)


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Analysons la concurrence



Dans ma boîte mail il y a quelques jours...




Remarque numéro 1 : dire "Sirs" à Tatie Les piles, c'est déplacé (qui a vendu la mèche ?).

Remarque numéro 2 : se prétendre capable de traduire vers l'anglais comme un locuteur natif quand un mot sur deux du mail de prospection prouve le contraire, c'est audacieux.

Remarque numéro 3 : facturer un coût supplémentaire pour l'utilisation d'un logiciel de traduction assistée par ordinateur, c'est inédit.

Remarque numéro 4 : cumuler les points 1, 2 et 3 tout en demandant un tarif presque honorable (en tout cas supérieur à ce que payent certaines agences de traduction en France, si on compte les 30% en plus pour l'utilisation de Trados !), c'est suicidaire.

Ou admirable, faut voir.

Ça me la rendrait presque sympathique, tiens, la concurrence...


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Motivation linguistique
avant la rentrée



La traductrice germaniste en vacances... a des préoccupations de germaniste, sans surprise.

Enfin, pas tout le temps, hein. Elle fait aussi du tourisme culturel (oui, ça s'appelle comme ça). Par exemple, elle va faire un tour au musée Tomi Ungerer qui a ouvert il n'y a pas très longtemps dans la capitale régionale proche de la frontière rhénane où elle passe ses courtes vacances, et dans la petite boutique du musée, elle tombe sur cet intrigant volume bilingue yiddish-allemand (avec illustrations dudit Tomi Ungerer, donc) :


(Pour en savoir plus sur l'étonnant destin de ce beau texte, un article en français ici.)

Elle se dit que c'est incroyable comme coïncidence, dis donc, parce qu'elle envisage justement de se mettre au yiddish à la rentrée. Et comme elle a beaucoup pratiqué les bouquins en édition bilingue par le passé parce qu'elle adoooore cette formule, elle se dit aussi que ce serait l'occasion de voir noir sur blanc à quel point le yiddish transcrit en caractères latins est proche de l'allemand. Et c'est assez fascinant, en fait. Quelques petits exemples pris dans les hors-texte illustrés (la traduction est de Paul Badde) :









Bon, évidemment, le facsimilé du texte original, en caractères hébraïques, est nettement moins "transparent" et du coup nettement plus décourageant.



Mais la traductrice germaniste a quand même deux ans de grec ancien et cinq ans de russe au compteur, alors pas question de reculer juste parce qu'il y a un nouvel alphabet à apprendre, hein...

(Petit aparté en réaction à l'actualité : une relecture de documentaire que je fais ces jours-ci m'a par ailleurs fait découvrir le ladino et le judéo-espagnol, pendants séfarades du yiddish pour aller vite - des langues aujourd'hui en péril dont l'histoire est vraiment passionnante. Pour en savoir plus, on peut consulter la brochure Yiddish et judéo-espagnol : un héritage européen, pas mal faite.)


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Ils en parlent... (6)
Last night to the flicks


(Premier épisode et rappel du principe.)

C'est la toute toute première page du journal de Winston dans 1984, et devinez de quoi elle parle, hein, hein, j'vous l'donne en mille ?

La traduction française d'Amélie Audiberti suit le texte original.

Suddenly he began writing in sheer panic, only imperfectly aware of what he was setting down. His small but childish handwriting straggled up and down the page, shedding first its capital letters and finally even its full stops:

April 4th, 1984. Last night to the flicks. All war films. One very good one of a ship full of refugees being bombed somewhere in the Mediterranean. Audience much amused by shots of a great huge fat man trying to swim away with a helicopter after him, first you saw him wallowing along in the water like a porpoise, then you saw him through the helicopters gunsights, then he was full of holes and the sea round him turned pink and he sank as suddenly as though the holes had let in the water, audience shouting with laughter when he sank. then you saw a lifeboat full of children with a helicopter hovering over it. there was a middle-aged woman might have been a jewess sitting up in the bow with a little boy about three years old in her arms. little boy screaming with fright and hiding his head between her breasts as if he was trying to burrow right into her and the woman putting her arms round him and comforting him although she was blue with fright herself, all the time covering him up as much as possible as if she thought her arms could keep the bullets off him. then the helicopter planted a 20 kilo bomb in among them terrific flash and the boat went all to matchwood. then there was a wonderful shot of a child's arm going up up up right up into the air a helicopter with a camera in its nose must have followed it up and there was a lot of applause from the party seats but a woman down in the prole part of the house suddenly started kicking up a fuss and shouting they didnt oughter of showed it not in front of kids they didnt it aint right not in front of kids it aint until the police turned her turned her out i dont suppose anything happened to her nobody cares what the proles say typical prole reaction they never --

Winston stopped writing, partly because he was suffering from cramp. He did not know what had made him pour out this stream of rubbish. But the curious thing was that while he was doing so a totally different memory had clarified itself in his mind, to the point where he almost felt equal to writing it down. It was, he now realized, because of this other incident that he had suddenly decided to come home and begin the diary today.


(Suite en anglais : ici !)


George Orwell, 1984, Signet Classic, 1949



La couverture de cette vieille édition et surtout sa "catchline" valent leur pesant de cacahuètes.






Il se mit soudain à écrire, dans une véritable panique, imparfaitement conscient de ce qu’il couchait sur le papier. Minuscule quoique enfantine, son écriture montait et descendait sur la page, abandonnant, d’abord les majuscules, finalement même les points.

4 avril 1984. Hier, soirée au ciné. Rien que des films de guerre. Un très bon film montrait un navire plein de réfugiés, bombardé quelque part dans la Méditerranée. Auditoire très amusé par les tentatives d’un gros homme gras qui essayait d’échapper en nageant à la poursuite d’un hélicoptère. On le voyait d’abord se vautrer dans l’eau comme un marsouin. Puis on l’apercevait à travers le viseur du canon de l’hélicoptère. Il était ensuite criblé de trous et la mer devenait rose autour de lui. Puis il sombrait aussi brusquement que si les trous avaient laissé pénétrer l’eau. Le public riait à gorge déployée quand il s’enfonça. On vit ensuite un canot de sauvetage plein d’enfants que survolait un hélicoptère. Une femme d’âge moyen, qui était peut-être une Juive, était assise à l’avant, un garçon d’environ trois ans dans les bras, petit garçon criait de frayeur et se cachait la tête entre les seins de sa mère comme s’il essayait de se terrer en elle et la femme l’entourait de ses bras et le réconfortait alors qu’elle était elle-même verte de frayeur, elle le recouvrait autant que possible comme si elle croyait que ses bras pourraient écarter de lui les balles, ensuite l’hélicoptère lâcha sur eux une bombe de vingt kilos qui éclata avec un éclair terrifiant et le bateau vola en éclats. Il y eut ensuite l’étonnante projection d’un bras d’enfant montant droit dans l’air, un hélicoptère muni d’une caméra a dû le suivre et il y eut des applaudissements nourris venant des fauteuils mais une femme qui se trouvait au poulailler s’est mise brusquement à faire du bruit en frappant du pied et en criant on ne doit pas montrer cela pas devant les petits on ne doit pas ce n’est pas bien pas devant les enfants ce n’est pas jusqu’à ce que la police la saisisse et la mette à la porte je ne pense pas qu’il lui soit arrivé quoi que ce soit personne ne s’occupe de ce que disent les prolétaires les typiques réactions prolétaires jamais on -

Winston s’arrêta d’écrire, en partie parce qu’il souffrait d’une crampe. Il ne savait ce qui l’avait poussé à déverser ce torrent d’absurdités, mais le curieux était que, tandis qu’il écrivait, un souvenir totalement différent s’était précisé dans son esprit, au point qu’il se sentait presque capable de l’écrire. Il réalisait maintenant que c’était à cause de cet autre incident qu’il avait soudain décidé de rentrer chez lui et de commencer son journal ce jour-là.


(Suite en français : !)


George Orwell, 1984, Gallimard 1972,
Folio n° 177, traduction d'Amélie Audiberti





1984 étant probablement l'un des dix bouquins que j'aime le plus au monde, tu te doutes bien que je t'engage plus que vivement à le lire si ce n'est pas encore fait, ou à le relire parce que ça ne peut pas faire de mal, lecteur lecteur de ce blog.


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Et pourquoi pas ?


Parfois, l'actualité de la filière laitière donne des idées...




Mais en même temps, tout le monde s'en fout. Au moins, La vache qui rit, on ne peut pas la télécharger illégalement.


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(Sinon, mon teint blafard est tout à fait au diapason aussi.)


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Mot du jour (7)


Nouveau mot du jour français un peu paresseux, ramené de vacances dans mes valises :



salonnard


Contexte : La traductrice angliciste en vacances (oui, lecteur qui as une impression de déjà vu de ce blog, il y en aura encore un ou deux, des billets qui commenceront comme ça) saute sur la moindre occasion qui s'offre à elle de se replonger pour quelques éphémères secondes dans les affres de la traduction. Et quand, lors d'une soirée conviviale placée sous le signe du jus d'abricot et du Perrier, on lui pose innocemment une question de terminologie, il lui prend une envie soudaine de cogiter, compiler et chercher (enfin, une fois qu'elle est rentrée de vacances, passki faut pas pousser non plus).

La question en question était de savoir s'il est opportun de traduire systématiquement le terme anglais "socialite" par "mondain" en français. Alors, moi je dis, pourquoi ne pas le traduire par "salonnard", hein ?

Ce n'est pas : un salopard salace (quoique, ce n'est pas incompatible).

C'est : une version univoquement (??) négative du mondain. Ou, comme le dit mieux que moi ce cher Bob, un(e) "habitué(e) des salons mondains, qui doit sa situation à des relations, et dont l'esprit et le goût sont entachés de snobisme".

Visiblement, le terme n'est pas employé des masses (moins de 6 000 occurrences sur Gougueule, et beaucoup de pages en donnant simplement la définition). Dommage, il est joli et fort parlant.

La mise en garde linguistique de Tatie Les Piles :
Ne pas confondre le salonnard avec le salonnier, "journaliste, critique d'art qui rend compte des Salons" (quoting Bob again). Là encore, cependant, aucune incompatibilité, le salonnier peut être aussi un salonnard (et un salopard salace, du reste, mais je m'égare).

Ah, et puis sinon, en allemand, le salonnard est un lion de salon (Salonlöwe). J'adooooore !


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Q ?


La traductrice angliciste en vacances... se pose des questions d'angliciste en toute occasion, cela va de soi.

Rappelons que la traductrice (euh, moi, donc), a des neveux (S. et L.) et des nièces (M. et A.). Et que tous ces charmants bambins, dont l'aîné n'a après tout que 4 ans et des brouettes, lui font des prétextes supplémentaires pour dévaliser les boutiques diverses et variées qui bordent les rues de ses prestigieux lieux de villégiature.

Alors quand elle tombe sur un zouli puzzle animalier, coloré, qui plus est avec des lettres, son sang ne fait qu'un tour et elle se dit in petto : voilà un objet utile, intelligent, ludique et pédagogique.

Si si.




Et tant pis si c'est un puzzle Arche de Noé repéré par hasard dans la vitrine d'un magasin de bondieuseries, c'est quand même un zouli puzzle.

Bon, un examen plus poussé du zouli puzzle lui (me, hein) permet de constater que le "B" correspond à un ours et le "H", à une poule. Donc a priori, on a affaire à du zouli puzzle anglophone et c'est en partie foutu pour le côté pédagogique, du moins dans l'immédiat.

D'ailleurs, la suite de l'alphabet semble confirmer cette (audacieuse) hypothèse :

"M" comme "monkey"...

"N" comme...
tiens ? Quel est cet étrange animal qui a l'air de porter une cagoule du Ku Klux Klan ? Ah oui, "N" comme "Noah", bien sûr...

"O" comme "ostrich", on va dire...

"P" comme "pig"... (ou comme "Picasso", vu le côté cubiste du porcin en question)

"R" comme "rhinoceros", sans doute...

"S" comme "snake"...

"T" comme "turtle"...


Mais... mais... mais... Hééééé !

"Q" comme... quoi ?




"Quail" ? Non, je regrette, jamais vu une caille avec cette tête-là (à vrai dire, je n'ai même jamais vu une caille autrement que sous forme d'oeufs à l'apéro ou de plat de volaille dans mon assiette, mais en chair et en plumes, visiblement, ça ne ressemble pas à ça).

"Quack-quack" ?

"Qoc" ?


Perplexe je suis. À ce stade de mon intense réflexion, toute aide de ta part est bienvenue, lecteur anglophone plus éveillé que moi de ce blog.


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Cher nouveau client



Oui, toi.

Toi qui as tenté de me contacter le premier jour de l'une de mes deux semaines de vacances annuelles.

D'accord, tu pouvais pas savoir. Mais tu m'envoies deux mails dans la même matinée, tu me laisses un message sur mon répondeur de téléphone fixe, moi j'dis tant qu'à faire, tu aurais pu tenter directement le portable, un moyen de communication moderne (dont j'ai d'ailleurs fait l'acquisition principalement pour le boulot, hein).

Tu me re-laisses un message sur mon répondeur fixe l'après-midi, tu es tout énervé que je ne t'aie pas rappelé.

Le lendemain, je prends connaissance de tes messages et de tes mails, grâce à d'autres techniques de communication ultramodernes que je ne détaillerai point ici. Je t'envoie un petit mail poli pour te dire que c'est gentil comme tout de me contacter mais que je ne suis pas disponible en ce moment bicoze les vacances. D'ailleurs tiens, je te donne les coordonnées de Consoeur C. qui sera ravie de bosser pour toi j'en suis sûre, bien cordialement, Les piles. Et je m'apprête à filer, parce que j'ai quand même un programme shopping-manucure assez chargé qui m'attend.

Tu m'appelles dare-dare - sur mon portable, cette fois.

Tiens, je t'ai pas dit que j'étais en vacances ?

Tu es très agacé que je ne t'aie pas rappelé la veille.

On s'est mal compris : je suis en vacances.

Oui-oui, mais tu tiens beaucoup à me faire bosser, parce que c'est Cliente L. qui m'a recommandée à toi et que toi, la traduction, ben, t'y connais rien, quoi, hahaha (bizarrement, ça ne m'étonne pas).

Super. Mais moi, chuis en vacances.

Comme tu t'en fous, visiblement, tu m'annonces que tu as un texte allemand de 10 pages à faire traduire pour dans trois jours.

"Va-cances". "VA-CANCES". Répète après moi.

Tu m'expliques la vie avec un ton condescendant comme je les aime et tu me dis qu'un free-lance est dispo même en vacances. D'ailleurs, toi-même, quand tu prends des vacances, tes clients ne s'en aperçoivent même pas.

Je me demande si tes clients connaissent le phénomène ancestral de la moutarde qui monte au nez.

Bon, d'accord, tu veux bien admettre que je ne ferai pas cette trad là tout de suite, mais tu voudrais quand même une estimation de ce que ça va te coûter.

Je t'explique que "10 pages", ça ne veut rien dire, qu'il me faut un nombre de mots ou de caractères pour te donner une vague idée et qu'en plus ça m'embête de faire un devis pour un texte que je n'ai pas vu. Sans parler du fait que pendant ce temps-là, ma manucure ne va pas se faire toute seule, merde.

Tu émets un rire idiot et tu t'exclames, d'un ton intellectuellement supérieur : "J'vais quand même pas les compter pour vous, les mots !"

Ben non, coco, tu ouvres le menu "Outils" de Word, tu vas dans "Statistiques" et tu lis ce que te dit ta bécane. Ayé, il est 10 heures, les magasins sont ouverts et moi, je suis toujours là.

Ah. Tu arrêtes de rigoler. Clic, clic, 4500 mots et des brouettes.

Comme tu m'agaces vraiment, je te fais le tarif qui va bien : 18 centimes d'euro le mot plus la TVA, compter un peu moins de 1 000 euros en tout. (Sinon, un bon d'achat chez Chie Mihara, Sephora ou la Fnac, ça marche aussi, mais il faudrait me l'envoyer là tout de suite par coursier.)

Tu prends un ton outré, tu pensais en avoir pour 300 euros maxi.

À ce stade, j'ai vraiment envie de te dire : va te faire foutre. Mais Cliente L., je l'aime bien, et comme je ne sais pas exactement d'où tu la connais, je n'ai pas envie de me griller. Je t'envoie donc paître, mais vachement poliment (chuis très forte pour ça, question d'éducation).

En fin de semaine, quand je me résous à rallumer un ordinateur, je trouve quand même dans ma boîte mail un message dans lequel tu me dis que tu es, je cite, "très déçu de l'accueil que j'ai réservé à [ta] requête".


...



J'AI DIT VACANCES, BORDEL !


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