Enigme linguistique


Il paraît que c'est dans les moments critiques, quand on est surpris, choqué ou pris de court, qu'on révèle quelle est vraiment sa langue maternelle. Genre, sous la torture. Ou quand on se réveille en sursaut la nuit, pour prendre un exemple plus proche de nous (enfin de moi, en tout cas, mais tu fais ce que tu veux de ton temps libre, lecteur qui mènes une double vie de ce blog).

Bon. Fort logiquement, donc, je jure en français quand je me pince le doigt dans une porte ou quand mon front percute ce coin de placard très vicieux qui se trouve juste au-dessus du lave-vaisselle. Et c'est toujours en français que j'exprime ma désolation légèrement rageuse quand je m'aperçois en vidant la machine à laver que j'ai visiblement laissé un mouchoir en papier dans une poche de jean.

C'est pourquoi je suis fort étonnée de m'apercevoir que c'est en anglais que j'invective mon vieux PC fatigué quand il donne des signes de faiblesse. Ce matin, par exemple, il était à peine 7 h et j'étais encore un peu dans le pâté, mais je lui lançais déjà d'un ton teinté de désespoir : "C'mon, c'mon, don't die on me, not todaaaaayyyyy!".

(D'ailleurs cette technique a parfaitement fonctionné, puisqu'il a fini par s'allumer gentiment après avoir ramé pendant 45 minutes.)

Est-ce parce que c'est en Angleterre que j'ai appris à me servir d'un ordinateur ?

Mystère...

Et vous, vous leur parlez dans quelle langue, à vos bécanes ?


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Un mois après avoir terminé mes chôlis sous-titres concoctés avec amooouuuur, j'ai eu l'insigne honneur d'aller les simuler chez Cliente-que-j'aime.

Un mois, hein, vraiment. 13 août - 14 septembre, quoi.

Un mois de tannage de cliente passé à lui expliquer pourquoi il est important de simuler les sous-titres et un mois de "oui, s'il le faut je veux bien me déplacer avec mon ordi portable, mes enceintes et mon dongle pour faire la simu à votre bureau parce que je vois bien que vous n'avez pas du tout envie d'aller jusque chez le prestataire de postproduction (à Neuilly, pouah)".

Donc j'y suis allée, accompagnée de Stagiaire A. à qui j'avais proposé de venir. "Pas de problème", m'avait dit Cliente-que-j'aime quand je lui avais demandé si ça l'ennuyait. "On adoooore les stagiaires" (phrase qui voulait sans doute dire : "On en fait une consommation immodérée", maintenant que j'y repense).

Cliente-que-j'aime, c'est pas qu'elle avait oublié qu'on avait rendez-vous, mais un peu. Et franchement, ça la barbait d'être là, elle bouclait le budget 2011 de son festival et c'était visiblement le bazar - pardon, on dit l'effervescence.

Du coup, ça n'a pas trop bien commencé - en gros, on s'est étripées sur les trois premiers sous-titres. Mais à partir du quatrième, "on s'est trouvées", comme a dit Cliente-que-j'aime, et le reste s'est passé à merveille, même qu'on a bouclé le tout en deux heures après quelques corrections ciblées et pertinentes, mais pas d'autre épisode étripationnel (comment, ce mot n'existe pas ? c'est un oubli regrettable). Cliente-que-j'aime, elle était ravie d'avoir fait cette simu, elle l'a dit plusieurs fois. Avec un peu de chance, elle essaiera à l'avenir de faire des simus un peu plus systématiquement, parce que c'est vrai que c'est mieux, quand même. Alors si tout ça a permis de faire un peu de pédagogie et si en plus Cliente-que-j'aime est contente, moi j'dis, ce n'était pas du temps perdu.


La grande aventure européenne se poursuit. Les tests de logique, de compréhension linguistique et de "maths" (notez les guillemets, qui indiquent un niveau pas méchant-méchant), c'était la semaine dernière. Deux heures de concentration dans un centre de tests près de la rue de Rivoli, pour un bilan sans grande surprise : votre blogueuse dévouée s'est vautrée en beauté à l'épreuve de logique et a fait ce qu'elle a pu pour le reste. Résultats fin octobre, on verra bien si j'ai le droit (l'honneur ?) d'aller passer les tests de traduction proprement dits à Bruxelles ou pas. Et sinon, vous saviez que l'OCDE recrutait aussi des traducteurs de langue française en ce moment ? J'ai bien envie de tenter le coup aussi, sur ma lancée.


Et le yiddish, me direz-vous ? L'inscription est faite auprès de la Maison de la culture yiddish, début des festivités en octobre. Je n'ai plus qu'à monter fissa cette semaine mon dossier de prise en charge au titre de la formation continue des professions libérales (où est passée cette %£$*#! d'attestation de versement de contribution à la formation professionnelle ?), mais suis déjà ravie d'avoir réussi à me bouger pour aller m'inscrire. En un mot comme en cent : youpi.


Côté stagiaire, ça se passe bien. On a bouclé le docu animalier sans script, on est passé au beau docu historique. Stagiaire A. est très consciencieuse, elle prend des notes et pose des questions - ça me convient bien, j'avoue. Je n'aurais pas du tout la fibre enseignante pour intéresser un groupe, a fortiori, un amphi de gens pas intéressés à ce que je raconte - en revanche, des séances en tête à tête avec une étudiante motivée, c'est assez gratifiant.

Elle prépare sa traduction chez elle et on la corrige ensemble en prenant vraiment tout le temps de voir tout ce qui va et qui ne va pas, en parlant des techniques de recherche, en voyant comment "lire" la traduction à voix haute et intelligible pour bien calibrer la longueur du texte cible en fonction du documentaire source, etc. Reprendre tout à zéro, réexpliquer les bases, penser à mentionner tel ou tel détail dont on pense qu'il "va de soi", c'est intéressant, ça oblige aussi à se demander pourquoi on fait les choses de telle façon, pourquoi on travaille comme ci et pas comme ça. Pas superflu, donc.

Pour les sorties "de terrain", Stagiaire A. m'a accompagnée à une simulation de sous-titres mi-septembre (voir plus haut si tu n'as pas suivi, lecteur distrait de ce blog) et va assister en octobre à un enregistrement de documentaire si les choses se goupillent comme je l'espère. La suite au prochain numéro.


Et Nièce A. ? Baptisée, les amis. Un week-end familial alsaco-vosgien un peu survolté mais très réussi, au milieu d'une ribambelle d'enfants de 3 mois à 11 ans tous plus charmants les uns que les autres (ne cherche pas d'ironie dans cette phrase, lecteur incrédule de ce blog, ces enfants étaient réellement adorables - j'étais la première surprise). Un week-end où l'on se rend compte que Neveu S. a un coup de crayon impressionnant pour ses 4 ans, où Nièce M. continue à materner sa poupée (Bouchra, de son petit nom) comme c'est pas permis depuis la naissance de son petit frère, où Nièce A. porte remarquablement bien la robe blanche en mousseline (ce n'est pas donné à tout le monde, hein) et où Neveu L., trois mois, affiche une carrure digne d'un mini-sumo de six mois et fait des sourires à tout le monde du moment qu'on le promène (parce que rester tout seul sans bouger dans sa nacelle, c'est pas trop son truc, et on le comprend).


J'aurais voulu vous parler de Chabrol, aussi. Parce qu'après Tex Avery et Hitchcock, je crois que c'est le réalisateur dont j'ai vu le plus de films - une petite trentaine sur la soixantaine qui figure après son nom dans mon Dictionnaire du cinéma. Donc autant vous dire je l'aimais bien, le bonhomme. Depuis une dizaine d'années, j'allais toujours voir "le nouveau Chabrol" quand il sortait et depuis un peu moins longtemps, je revois une ou deux fois par an Que la bête meure et La femme infidèle. L'un après l'autre, dans cet ordre, je ne sais pas pourquoi. Mais je n'ai pas eu le temps, et tout cela est un peu réchauffé, maintenant. Tant pis, ça m'apprendra.



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Please fill the gap(s) in your translation


Légaliste, moi ?

Pas toujours, mais un peu quand même, parfois. Et surtout, j'aime bien regarder de temps en temps ce que devient cette pauvre loi Toubon de 1994 (moui, on a les loisirs qu'on peut).

Rappelons que


Dans la désignation, l'offre, la présentation, le mode d'emploi ou d'utilisation, la description de l'étendue et des conditions de garantie d'un bien, d'un produit ou d'un service, ainsi que dans les factures et quittances, l'emploi de la langue française est obligatoire.

(...)

Les mêmes dispositions s'appliquent à toute publicité écrite, parlée ou audiovisuelle.

(article 2)



Et que


Dans tous les cas où les mentions, annonces et inscriptions prévues aux articles 2 et 3 de la présente loi sont complétées d'une ou plusieurs traductions, la présentation en français doit être aussi lisible, audible ou intelligible que la présentation en langues étrangères.



Bon... Cette loi qui fait toujours un peu sourire (et donne parfois l'impression qu'on prend les gens un chouia pour des idiots) a un côté sympathique, forcément, parce qu'elle donne potentiellement du boulot aux traducteurs. Mais en matière de campagnes de pub internationales, sont-ce vraiment les traducteurs qui s'y collent ? Pas toujours, dirait-on... Alors comment ça se passe, concrètement ? Chez Gap, par exemple ? Au pif, hein, parce qu'il y en a justement un dans le centre commercial au bout de ma rue.





"Put the it in fit". Hmm, bon cas d'école, non ? Allez, faisons deux minutes d'entreprise-fiction :


San Francisco, 25 juillet 2010

- "Put the it in fit". Ça, c'est du slogan, les gars. Et comme il nous a coûté un max, on va le rentabiliser et s'en servir dans le monde entier, mes p'tits cocos.

- Ouais mais en France, ils nous font chier, il faut traduire les accroches. Et franchement, là, c'est pas traduisible.

- Plaît-il ?

- J'vous jure, boss, le fils du cousin du grand-oncle de ma première épouse a passé deux semaines en France en 1997, c'est dire si je m'y connais. Mais vous inquiétez pas, ils vont trouver une solution, là-bas. Zont pas le choix, de toute façon.

- Mouahahahahaaaaa. Ils vont s'amuser, les Français.


******************


Paris, 10 août 2010

- "Put the it in fit", "Put the it in fit"... C'te galère... Zauraient pas pu trouver autre chose, nan ? Dix jours qu'on planche...

- Tiens, si on inventait un truc qui veut rien dire ?

- Ouais, bonne idée. On fera comme si c'était du français, on l'écrira en tout petit à un endroit où ça se voit pas et ça passera comme une lettre à la poste.




Par ailleurs, on notera une certaine redondance dans les deux accroches secondaires de la pub ("La coupe parfaite de jean par Gap", si elle est parfaite, elle est nécessairement "Faite pour vous aller", non ?). Je ne veux pas avoir l'air de critiquer, mais y a du relâchement, les gars.

Les compléments du jour : si vous y tenez, le dernier mini-rapport de la DGLFLF sur l'application de la loi Toubon dans la pub ; et puis cet article, "Autumn Rituals: Buying Jeans", sur les campagnes de pub actuelles des grandes marques de jeans. Clique, lecteur fashionisto de ce blog, la mode de l'automne est au bout de ta souris.


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Tics, manies et autres névroses (ép. 1)



Le traducteur est un petit être délicat. Confronté au monde hostile qui l'entoure, il a parfois des réactions étranges, compulsives, inquiétantes. Certains préfèrent parler de "déformations professionnelles" pour minimiser la chose, mais let's face it : le traducteur professionnel est gravement atteint. Une nouvelle série de billets (on n'est plus à ça près) pour explorer les tics, manies et autres névroses de la gent traductrice.


Le traducteur, surtout s'il est spécialisé dans l'audiovisuel, est sensible à un curieux phénomène qui ne bouleverse à peu près que lui : la division des unités de sens. Ce sport, pratiqué par certains, consiste à séparer par exemple un article du nom qu'il accompagne - mais d'autres variantes sont possibles :


Chéri, où as-tu rangé le
plat à gratin ?

Wrong! Try again!



Chéri, où as-tu rangé le plat à
gratin ?

Wrong! Try again!



Chéri, où as-tu rangé
le plat à gratin ?

Yes! Much better!



Ceci compromet bien sûr fortement le confort de lecture du spectateur, télé ou pas (et c'est pour ça que ça dérange le traducteur/adaptateur, hein, car celui-ci n'est pas complètement fou non plus) - mais provoque surtout chez le traducteur/adaptateur un traumatisme profond qui se manifeste dès qu'il se retrouve face à un sous-titre comme celui-ci :




Ou dans ce genre-là :





Mais ce n'est pas tout, un frisson d'effroi peut AUSSI envahir le traducteur-adaptateur dans la vie de tous les jours, lorsqu'il repère ce genre de panneau dans un ascenseur :



Ou lorsqu'il tombe sur une pub de l'Institut Pasteur qui fait des effets de mise en page mais oublie de réunir les adjectifs possessifs avec les noms correspondants (ah, Copine A., ton profil Facebook me conduit parfois vers des sites improbables) :



Ou encore quand Blogger affiche ses titres n'importe comment :




En résumé : sauvez un traducteur, réunissez les unités de sens.


NB : les captures d'écran présentées dans ce billet vous sont proposées respectivement par Paramount Home Entertainment (
Le Parrain 3), Sony Pictures Home Entertainment - TF1 Vidéo (Damages), Universal (American Gangster) et Warner Bros (Les Soprano), quatre petits artisans de l'édition DVD qui n'ont clairement pas les moyens de faire faire des sous-titres corrects ni de les faire simuler et relire par des professionnels.

Ah si ?

Ah, ce sont quatre groupes énormes ?

Vraiment ?

Ah ben pourquoi ils ne font pas gaffe, alors ?

Parce qu'ils s'en foutent et qu'ils prennent leurs clients pour des gogos ?

Ah, ben fallait le dire.


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SVF


Près d'un an après la castagne par coups de crayons rageurs interposés qui animait à l'automne dernier le hall de mon immeuble à la façon d'une énième resucée de Règlement de comptes à O.K. Corral, un nouvel épisode orthographique douteux vient mettre un peu de vie dans le couloir du 2ème bâtiment.


Alors : S'il Vous Flaît ou Sans Vomicile Fixe ?



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Pour démarrer ce billet qui s'annonce un peu bordélique, il me faut rendre à Babeliane ce qui est à Babeliane : elle évoquait récemment un intéressant article de Rue89 où l'on apprenait l'existence d'un petit robot au doux nom de alertecliche. Ce dernier détecte "les expressions toutes faites et autres facilités de langage" dans les articles de presse relayés sur Google Actualités.

La liste des clichés épinglés n'est de loin pas exhaustive, mais elle constitue un bon échantillon : "la cerise sur le gâteau", "le vent en poupe", "grincer des dents", "la cour des grands", "un pavé dans la mare", "revoir sa copie", "attendu au tournant", "les quatre coins de l'Hexagone" (intéressant, au passage, géométriquement parlant !), "à qui profite le crime", etc.

J'aime bien le principe. Et je voudrais le même bidule pour mes traductions, s'il vous plaît.

Parce que c'est important, en traduction, les clichés. Y a des jours, on en caserait partout, si on s'écoutait (et visiblement, parfois, on s'écoute). Et si, comme l'expliquait Michel Tournier dans le texte que je citais pas plus tard qu'il y a quelque temps, le traducteur doit maîtriser un bon "catalogue de gallicismes", il faut bien avouer que du gallicisme au cliché, il n'y a souvent qu'un pas que l'on peut franchir assez allègrement - consciemment ou inconsciemment, d'ailleurs.

Examinons l'ampleur des dégâts. Si je prends la trad que j'ai rendue la semaine dernière et que j'ai encore sous la main, j'identifie assez aisément trois expressions qui pourraient figurer dans le palmarès d'alertecliche : "découvrir le pot aux roses", "faire les 400 coups" et "un pavé dans la mare". Ce sont indéniablement des "facilités de langage", d'autant que le texte original, en allemand, ne faisait pas nécessairement appel à des expressions imagées. Maintenant que je suis amenée à me poser la question, je crois que je les utilise simplement pour mettre un peu d'animation (si si) dans mon texte - et à vrai dire, je me fiche un peu que ces expressions soient considérées comme des clichés. Elles me semblent parlantes et paradoxalement moins plates qu'une traduction sans cliché : si j'écris "avec mon frère, on faisait les 400 coups", je trouve ça plus vivant que "avec mon frère, on faisait beaucoup de bêtises", et en plus, ça me permet de varier les formulations (parce que le gars qui parle radote un peu). Tant que ces formules ne sont pas trop nombreuses (trois, en l'occurrence, pour une traduction d'un peu plus de 5 000 mots), je juge que ce n'est pas dramatique.

Voilà pour les bons gros clichés - à consommer avec modération, donc.

Mais entre-temps, j'ai appris l'existence d'un autre type de cliché - ou plutôt, j'ai découvert qu'il avait un nom, et c'est mon nouveau mot du jour (qui est aussi un néologisme, d'ailleurs, ce qui lui confère un double caractère de nouveauté absolument époustouflant, je crois qu'on peut le dire) :



snowclone



Contexte : je cherchais un truc sur Google, mais j'ai oublié quoi, honnêtement. Toujours est-il que je suis tombée sur la page Wikipedia correspondant à ce terme.


Ce n'est pas : un flocon de neige conçu en éprouvette.


C'est :

Selon Wikipedia, donc :

A snowclone is a type of cliché and phrasal template originally defined as "a multi-use, customizable, instantly recognizable, time-worn, quoted or misquoted phrase or sentence that can be used in an entirely open array of different variants".

An example of a snowclone is "grey is the new black", a version of the template "X is the new Y". X and Y may be replaced with different words or phrases – for example, "comedy is the new rock 'n' roll". Both the generic formula and the new phrases produced from it are called "snowclones".

It emphasizes the use of a familiar (and often particular) formula and previous cultural knowledge of the reader to express information about an idea. The idea being discussed may be different in meaning from the original formula, but can be understood using the same trope as the original formulation.


Je suis curieuse de voir comment ils ont traduit et défini ça dans la version française : un clic, et zou :

Un snowclone ("clone de neige") est une expression ou une phrase connue qui se fait très souvent parodier. Contrairement à d'autre formules toutes faites, les snowclones opèrent comme des expressions à trous ("ce qui ne me ..., me rend plus fort"), et viennent souvent de la culture populaire. On retrouve ce type d'expressions notamment dans des titres d'articles de presse et de romans, et sur Internet. En anglais, on parle de « snowclone » , terme qui vient du fait que les Esquimaux utiliseraient de nombreux mots pour désigner la neige. Le terme n'a pas d'équivalent strict en français.

Exemples de snowclones en français

- Verbe à l'infinitif tue (depuis l'inscription sur les paquets de cigarettes "Fumer tue")
- Untel est mort, vive Untel ! (de la phrase traditionnelle Le Roi est mort, vive le Roi !)
- Je suis adjectif mais je me soigne. (originellement le titre du film Je suis timide mais je me soigne)
- Dur, dur d'être un nom commun ! (Dur dur d'être bébé, chanson de Jordy)
- Ils sont fous, ces nationalité ! (de la phrase fétiche du personnage Obélix « Ils sont fous, ces Romains! » dans la série de bande dessinée Astérix le Gaulois)
- Nom sera adjectif ou ne sera pas. (« Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas », citation attribuée à André Malraux, ou encore (plus probablement) de la citation d'Adolphe Thiers "La République sera conservatrice ou ne sera pas")
- Sois adjectif et tais-toi. (de « Soit belle et tais-toi »)(Slogan de mai 68)
- Le monde se partage en deux catégories : ceux qui verbe conjugué et ceux qui verbe conjugué différent (réplique du film Le Bon, la Brute et le Truand)


[Au passage, je me demande toujours combien d'internautes bondissent en parcourant les articles de Wikipedia - comme je l'ai fait en lisant "« Soit belle et tais-toi »)(Slogan de mai 68)" - mais n'ont pour autant pas le courage de rectifier cette information particulièrement improbable (ou même de corriger la faute d'orthographe).]

[Au passage aussi, c'est fou cette manie de vouloir trouver un nom à tout prix pour tout. On ne peut pas se contenter de dire "citation parodiée" ou "phrase détournée" ?]

Sur son blog "You don't say", John McIntyre écrit un peu plus sévèrement :

The snowclone is a stock phrase that can be repurposed with minor variations by lazy writers who imagine themselves to be clever: X is the new Y; have X, will travel; this is your brain on X.


(C'est moi qui souligne.)

On trouve même des sites, anglophones ou germanophones (et sans doute autrelangophones aussi mais je ne suis pas allée vérifier), qui répertorient tout plein de snowclones dans leurs langues respectives (certains sites s'amusent aussi à recenser les occurences de snowclones particuliers - comme celui-ci qui traque ce qu'il appelle les "stock phrases" et leurs variantes dans la culture populaire).

Et c'est assez instructif, faut dire. Parce que le bon traducteur censé connaître à fond les langues qu'il traduit se doit évidemment de repérer ce genre de choses - ou de repérer à tout le moins qu'une formule est un peu bizarre et renvoie peut-être à une citation connue. Il y en a qui sont faciles à identifier, parce qu'ils ont un équivalent tout aussi connu dans la langue cible : impossible de passer à côté d'un "to (verbe) or not to (verbe)", par exemple. Et il est généralement assez facile de traduire par "(infinitif) ou ne pas (infinitif)" (un peu au pif, cet article repéré sur un blog au mois de juillet dernier : "Manger ou ne pas manger, telle est la question").

Ce qui marche pour Shakespeare marche aussi pour la Bible, les dialogues de Star Wars, un paquet de citations historiques et quelques autres trucs. Ainsi, une nouvelle consacrée aux chats que je retrouve sur pas mal de sites tenus par des amateurs de félidés miaulants s'ouvre sur la phrase : "Au commencement, Dieu créa le chat à son image." Pour un traducteur ayant un tout petit minimum de culture générale, aucun problème pour transposer la chose dans sa langue maternelle. Idem pour cette pub entendue récemment à la radio : "Un petit prix pour la Polo, un grand pas pour l'automobile". Ou encore pour le visuel de t-shirt ci-dessous (source), où le clin d'oeil est évident pour à peu près tout le monde (même pour moi qui n'ai aucune culture starwarsienne) et pourrait être décliné dans d'autres langues (ce qui n'aurait aucun intérêt vu qu'on perdrait la paronymie qui lie "Corse" et "force", mais vous m'avez comprise) :


Mais que se passe-t-il dans les autres cas ? Par exemple, prenons la première phrase de ce billet - un superbe snowclone que si ça se trouve tu as lu avant de savoir que c'en était un, lecteur bluffé de ce blog. Bien sûr, l'original est une citation biblique (Matthieu, 22-21). Bien sûr, il existe un équivalent en anglais de cette citation ("Render unto Caesar the things that are Caesar's and unto God the things that are God's" ou, autre variante, "Give to Caesar the things which are Caesar's, and to God the things which are God's"). Mais une petite recherche à trous sur Google me donne l'impression que l'expression est beaucoup moins triturée sur le web anglophone qu'elle ne l'est en français. On trouve bien un ou deux articles intitulés "Render unto Darwin that which is Darwin's" ou "Render unto Gary Webb the Things which are Gary Webb's", mais il faut un peu creuser. Tandis que sur le web francophone, la première page de recherche Google fait déjà apparaître de nombreuses variantes ("rendre à hatchoum ce qui est à hatchoum", "rendre à Sartre ce qui est à Sartre", "rendre à J2M ce qui est à J2M", "rendre à Ortiz ce qui est à Ortiz" et "rendre à Ben-Hur ce qui est à Ben-Hur", en plus de la formule d'origine) et renvoie à des sites de tout poil (article du Monde, forums, ouvrages reproduits sur GoogleBooks), ce qui montre que ce snowclone est bien lexicalisé. Là, déjà, une version anglaise du snowclone paraîtra peut-être moins familière au lecteur/spectateur que l'original en français.

Et puis il y a évidemment le cas des snowclones propres à une langue ou à une culture donnée. Je-ne-sais-plus-quand (mais c'était il n'y a pas longtemps et c'est pour ça que cet exemple me revient là maintenant), j'ai entendu dans un sketch des années 80 un humoriste quelconque parodier la petite phrase de Georges Marchais : "(Liliane), fais les valises, on rentre à Paris !" (Liliane était remplacée par un autre prénom, j'ai oublié lequel). Par une coïncidence qui m'arrange bien, l'actuelle saga Woerth-Bettencourt donne lieu à d'autres variations sur ce thème - ici par exemple un titre de billet : "Liliane, fais les valises... avec l'argent dedans !". Ou dans un autre style, celle-ci, relevée dans les commentaires d'un article du monde.fr : "Florence, fais les valises, on rentre à Chantilly".

OK, OK, ces formules-là précisément ont peu de chances d'être traduites un jour dans une autre langue. Mais sur le principe, que faire avec une phrase de ce genre ? Dans la mesure où elle n'a de sens que dans un pays donné et en référence à un événement qui n'a pas forcément franchi les frontières, quel est l'intérêt pour le spectateur ou le lecteur d'un autre pays qui visionne ou lit une traduction dans sa propre langue ? Ouais, mais en même temps, n'est-ce pas le rôle du traducteur, justement, de restituer au mieux les subtilités et références culturelles au sens large dans sa traduction ? Vaste question - mais je n'y répondrai pas, je te le dis tout de suite, lecteur terrassé par le suspense de ce blog. Je te laisse à tes réflexions - que tu es bien sûr invité à partager dans les commentaires si ça te chante, hein.


La conclusion mise en abyme de Tatie Les Piles :
If I had a dime for every snowclone I’ve used in my lifetime, I’d be a millionaire.
(Piqué ici.)


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(Premier épisode et rappel du principe.)

The Love of the Last Tycoon (auf Französisch : Le dernier nabab) est l'ultime oeuvre de Francis Scott Fitzgerald - inachevée, publiée à titre posthume avec tout un tas de notes et de documents complémentaires fort intéressants sur la genèse et l'écriture du roman. Le pouvoir, l'ambition, l'amour, la déchéance... il y a tout le cinéma hollywoodien comme on se l'imagine, dans ce bouquin - qui pourrait figurer à peu près en intégralité dans cette rubrique qui m'est chère. Aussi ai-je sans grande originalité jeté mon dévolu sur la première page.


Though I haven't ever been on the screen I was brought up in pictures. Rudolph Valentino came to my fifth birthday party – or so I was told. I put this down only to indicate that even before the age of reason I was in a position to watch the wheels go round.

I was going to write my memoirs once, "The Producer's Daughter," but at eighteen you never quite get around to anything like that. It's just as well-it would have been as flat as an old column of Lolly Parsons'. My father was in the picture business as another man might be in cotton or steel, and I took it tranquilly. At the worst I accepted Hollywood with the resignation of a ghost assigned to a haunted house. I knew what you were supposed to think about it but I was obstinately unhorrified.

This is easy to say, but harder to make people understand. When I was at Bennington some of the English teachers who pretended an indifference to Hollywood or its products really hated it. Hated it way down deep as a threat to their existence. Even before that, when I was in a convent, a sweet little nun asked me to get her a script of a screen play so she could "teach her class about movie writing" as she had taught them about the essay and the short story. I got the script for her and I suppose she puzzled over it and puzzled over it but it was never mentioned in class and she gave it back to me with an air of offended surprise and not a single comment. That's what I half expect to happen to this story.

You can take Hollywood for granted like I did, or you can dismiss it with the contempt we reserve for what we don't understand. It can be understood too, but only dimly and in flashes. Not half a dozen men have ever been able to keep the whole equation of pictures in their heads. And perhaps the closest a woman can come to the set-up is to try and understand one of those men.



F. Scott Fitzgerald, The Love of the Last Tycoon
édition Scribner, 1995



Question subsidiaire : il est bien, le film d'Elia Kazan ?


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Don't delay!


La prospection ? Un aspect essentiel de toute activité indépendante - et la bête noire de certains traducteurs, votre blogueuse dévouée comprise. Comment construire une stratégie de prospection ? Comment aborder les clients potentiels ? Comment les convaincre qu'ils ont besoin de mes services ? Que mettre dans un mail de prospection ? Comment élaborer un site pro ?

Que de questions épineuses...

Fort heureusement, pas de campagne de prospection en cours en ce qui me concerne. Mais dans l'autre sens, j'adoooore me faire démarcher (oh oui, démarchez-moi) par des boîtes qui proposent des trucs dont je n'ai aucun besoin. Toutefois, je crois que j'adoooore encore plus les mails de prospection ciblés sur mon métier, parce qu'en général les produits proposés sont encore moins utiles que dans les mailings commerciaux non ciblés. Je veux dire : les traducteurs, à part des dictionnaires et des logiciels de TAO, il n'y a pas grand-chose à pouvoir leur refourguer.

Or at least you'd think so.



J'ai reçu ce week-end un mail à l'objet décoiffant, me proposant de faire l'acquisition d'une indispensable base de données d'agences de traduction. Et je dois te l'avouer, lecteur incrédule de ce blog, j'ai été séduite. M'interrompant dans mon travail absorbant (si si), j'ai donc pris quelques notes à garder sous le coude pour ma prochaine vague d'e-mails de démarchage, parce que cette offre témoigne d'une maîtrise, que dis-je, d'une science de la prospection assez poussée.

Commençons par l'aspect général du mail, vu de loin :



Je retiens : du jaune fluo, du vert pâle et du rose saumon dans le corps du mail, le tout rehaussé d'un cadre vert fluo - une combinaison audacieuse, indéniablement, et un signe de bon goût (la sobriété est une valeur très surfaite). Mon interlocuteur me montre qu'il est sans doute daltonien ou qu'il pense que je le suis maîtrise parfaitement les effets Wordart et ne s'embarrasse pas de connaissances inutiles type langage html (car oui, le message est constitué d'un unique fichier image).


Mais regardons le détail de cette offre formidable :

Je retiens : penser à donner au mail un petit côté exotique l'air-de-pas-y-toucher, une subtile touche hispanisante qui évoque immédiatement au choix le soleil de Mexico ou les ramblas de Barcelone. C'est une idée de génie, d'autant que l'orthographe est aussi une valeur très surfaite, surtout parmi les traducteurs.



Je retiens : utiliser des phrases coup de poing, imaginatives et idiomatiques - le message publicitaire n'en sera que plus convaincant. Et ne pas hésiter, en cas de panne d'inspiration, à recycler un slogan libre de droits qui a déjà fait ses preuves pendant la première guerre mondiale (alors c'est dire).



Je retiens : apporter une information essentielle à mon interlocuteur. En l'occurrence : il y a des agences de traduction qui sont prêtes à payer les traducteurs, et même à payer chaque mot traduit (n'est-ce pas une révolution dans ton monde à toi, lecteur traducteur de ce blog qui pensais maximiser tes revenus en travaillant bénévolement ?). En orange sur fond vert pâle, le message passe mieux : un autre monde est possible, croyez-moi.


Mais vite, passons à l'offre proprement dite :

Je retiens : proposer si possible une offre incomplète, sans prix. Ça fait plus sérieux, plus pro - et un tantinet énigmatique, ce qui ne gâte rien. Ne pas hésiter à entretenir le mystère par des phrases dont le sens est ouvert à de multiples interprétations ("save money for you deserves", quelle idée originale !) - après tout, la traduction est un métier d'écriture, qui dit écriture dit créativité, qui dit créativité dit abandon des contraintes absurdes et oppressantes de la syntaxe et de la grammaire, alors où est le problème, hein ?



Je retiens : tout miser sur l'interactivité et donner envie à mon prospect d'aller voir le site corporate (ah oui, ben si on me le propose comme ça, moi je clique sans hésiter !).


Et je ne suis pas déçue, car cela me permet de découvrir le logo de l'entreprise fictive du prestataire de services :

Je retiens : il est parfaitement inutile de faire appel à un graphiste professionnel. Une photo de gymnaste en justaucorps rose enterrée jusqu'à la taille dans un tas de pommes de terre, quelques polices guillerettes et des tourbillons stylisés figurant d'improbables mouvements rotatifs, et zou, le tour est joué. Là encore, le slogan hautement idiomatique fait merveille et le point d'exclamation est bien employé.

Concernant le reste du site, je ne sais par où commencer mon analyse et ma chasse aux bonnes idées : l'inspiration transparaît partout, à chaque ligne, à chaque page (bon, il y en a trois, hein, des pages).


Ce que je retiens peut-être en premier lieu, c'est la richesse d'un argumentaire commercial qui n'a pas peur d'assumer les contradictions inhérentes à la vie même :




Mais je note aussi que le petit côté énigmatique qui émanait du mail se retrouve avec une belle cohérence sur le site de l'entreprise :




Et puis il y a ce paragraphe inénarrable :

Je retiens : muscler son offre commerciale et proposer au prospect un vrai service utile et exhaustif sous un format facilement exploitable. Mais surtout, une règle d'or : ne pas prendre le client pour un con.


Côté structure du site, je retiens : ne pas oublier de prévoir une page pour afficher les commentaires des pigeons des faux clients des acheteurs contents.


Cette page permet de montrer que les services proposés par l'entreprise donnent toute satisfaction, mais aussi que la société et sa clientèle parlent - très littéralement - un langage commun (quel est-il au juste ? on ne sait pas vraiment). Elle donne aussi l'occasion de mettre en avant les avantages complémentaires du produit vendu (sans extrapoler, je crois qu'on peut déduire de ce qui précède que Valentina Balsic se trouve plus belle maintenant qu'elle a fait l'acquisition de cette extraordinaire base de données, tandis que Jean-Marc reçoit des mails de réponse plus courts depuis qu'il l'utilise pour prospecter - un gain de temps sans doute non négligeable).

Je retiens : attention, ne faire figurer que les témoignages dont on est fier (éliminer par exemple ceux qui sont mal écrits ou peu clairs). Et ne pas oublier d'inviter le client potentiel à devenir un "winner", un argument essentiel dans ce monde manichéen où l'on risque de retomber à tout instant du côté des losers.


Enfin, je retiens : en conclusion, marteler un ultime slogan - toujours idiomatique, dans une police lisible et moderne :

Oh no, by all means, don't delay!


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Ah oui, et à part ça...


Plus la rentrée approche (et là, elle est comme qui dirait presque déjà passée, il faut dire ce qui est), plus le programme des deux mois à venir me fatigue par avance.

Il y a la grande aventure européenne - certes, la première épreuve ne dure que deux heures et se passe à Paris, mais j'y pense beaucoup et je m'entraîne mollement pour les tests de logique. Un truc de plus qui prend de la place dans ma tête, quoi.

Il y a le yiddish - certes, ça ne prendra que deux heures par semaine, mais vu que c'est en plein milieu de l'après-midi, autant dire que ça occupera dans les faits une petite demi-journée toutes les semaines (compter en plus 45 minutes de trajet dans chaque sens depuis chez moi).

Il y a l'Ataa - certes, l'Ataa n'est pas vraiment partie en vacances cette année, mais je me rends compte que la liste des choses à faire n'a pas tellement diminué et que je n'ai pas le temps de m'y mettre sérieusement.

Il y a le boulot - certes, rien de nouveau de ce côté là, mais le mois de septembre s'annonce déjà bien, bien rempli.

Il y a le baptême de Nièce A. - certes, mon rôle est assez limité dans cette affaire, mais ça se passe en Alsace, je crois que ma présence est souhaitée et il se trouve que rends une trad la veille du jour J et une autre le surlendemain.

Il y a la passionnante communication que je suis censée finaliser en vue d'un non moins passionnant colloque début octobre - certes... non, certes rien du tout, ça prend du temps, ces choses-là.

Et puis il y a la stagiaire. Et là, faut que je développe, lecteur qu'as décidément pas tout suivi de ce blog : dans vraiment pas longtemps, ta blogueuse dévouée va accueillir une stagiaire pour deux petits mois (quand je te dis qu'il se passe des trucs in-cro-ya-bles dans ma pwofecheuneul laïfe, je blague pas, hein). Une stagiaire, donc, qui sort d'une école de traduction non spécialisée dans l'audiovisuel et qui aimerait bien découvrir les joies du voice-over et du sous-titrage de documentaire. Après avoir envisagé brièvement de lui confier la boutique pour deux mois et d'aller faire bronzette à Majorque pendant ce temps-là, j'ai revu ma stratégie (Majorque au début de l'automne, c'est très surfait) et décidé raisonnablement de la faire bosser sur des programmes que j'ai traduits par le passé, dans un esprit plus pédagogique et moins esclavagiste.

(Plus sérieusement, et pour plus d'infos sur l'esprit dans lequel est mené ce projet, voir la série de billets consacrée au tutorat sur le blog de l'Ataa.)

C'est pas tout ça, mais l'arrivée d'une stagiaire, ça se prépare - et je ne suis pas la reine de l'impro, tu l'auras compris, lecteur fin observateur de ce blog. Ma dernière expérience d'encadrement de stagiaires remonte à 2005, lors de mon bref passage par le salariat, ce qui n'est pas tout récent. Du coup, il faut planifier un peu sérieusement ces deux mois qu'on va passer ensemble (enfin, "ensemble", façon de parler : la demoiselle travaillera principalement chez elle et on se verra deux après-midi par semaine en face à face). L'idéal serait évidemment de la faire travailler sur un petit florilège de documentaires de genres différents, avec un habile panachage (si si) entre programmes en allemand et en anglais, et, en option, une certaine gradation dans la difficulté. Mine de rien, c'est pas si simple.

Qu'ai-je donc dans ma besace ? Contre toute attente, lecteur ébaubi de ce blog, je tiens une liste presque à jour de mes traductions audiovisuelles. Pas que je sois particulièrement organisée, mais il se trouve qu'avant, je mettais sur mon CV "liste complète des oeuvres traduites sur demande", qu'un jour, un prospect me l'a demandée, la liste complète... et que je ne l'avais pas. Donc maintenant, elle existe et elle est à peu près complète. Côté documentaires (tous formats confondus, c'est-à-dire allant du magazine de 15 minutes au gros docu de 4 heures), on trouve 42 docus culture/musique + 17 magazines culturels ; 41 programmes de télé-réalité + 15 jeux débiles (MTV forever) ; 37 docus histoire/politique ; 34 docus société/économie ; 33 programmes sciences/techniques ; 33 docus touristico-exotiques ; 30 programmes nature/animaux ; 11 programmes sport ; 10 biographies ; and last but not least, 10 programmes people. Sans oublier une grosse cinquantaine de relectures que j'ai faites au fil des ans et qui peuvent aussi servir de support dans ce contexte.

Alors dans tout ça, l'UFC que choisir ?

- un docu animalier : c'est malheureux, mais il faut bien en passer par là, on finit tous un jour ou l'autre par traduire un animalier (ou plusieurs, ou beaucoup, ou beaucoup trop), ça me semble à peu près incontournable. Et puis il y a des tas de traducteurs qui aiment bien les animaliers, après tout, inutile de projeter mes propres aversions sur cette pauvre stagiaire. A priori, ce sera un programme en anglais, à traduire à l'oreille, sans la base d'un script (parce que oui, ça arrive aussi de ne pas avoir de script, alors autant travailler un peu la compréhension orale).

- un programme scientifique ou technique, en allemand ou en anglais, j'hésite encore. Ce genre de programme permet de mettre l'accent sur l'importance des recherches en traduction de documentaires, et d'apprendre à expliquer clairement des phénomènes et mécanismes parfois complexes. Bon exercice, donc. Mais difficile de faire un choix... L'horreur des virus de demain (en allemand) ? Les secrets architectoniques de la construction d'un pont titanesque à Chicago (en anglais) ? Les découvertes de la génétique sur les jumeaux (en anglais et en allemand) ? Les dessous scientifiques de l'exploration spatiale (idem) ? Suspense...

- un beau docu historique : pour ça, j'ai le candidat idéal. Un chouette programme presque tout en allemand, avec quelques reconstitutions historiques à sous-titrer et surtout une narration racontée comme un roman d'aventure : un vrai bonheur (si si). Mais après tout, d'autres docus feraient aussi l'affaire...

- une bonne vieille télé-réalité britannique ou américaine : là encore, on a l'embarras du choix. Kiffe ma mère ? Sexe et astuces : amour et sodomie ? Décos bluffantes ? J'ai survécu ? Mission : rénovation ? Mon coeur balance encore... Toutefois je dois dire que la série "Fauchée mais bien fringuée" tient la corde. Ce sera l'occasion de travailler sur la concision et le naturel des dialogues, dans ces programmes toujours extrêmement bavards.

- un chouette docu culturel ou un magazine : à voir... J'hésite ici entre un programme sur le cinéma nigérian - tout en anglais, avec des extraits de films à sous-titrer et quelques passages en pidgin pour corser la chose - et un magazine Arte également consacré au cinéma - plutôt en allemand et sans pidgin, donc. Ou pourquoi pas autre chose.

Dur choix, en résumé.

Si tu t'inquiètes pour ma stagiaire, lecteur affolé de ce blog, je te rassure tout de suite : pas question a priori de traduire ces cinq docus en entier. En sept semaines, ça ferait sans doute beaucoup et ça ne permettrait pas de s'attarder suffisamment sur la traduction proprement dite. 20 minutes de chaque, ce sera très bien pour se faire une idée des différents styles et des difficultés inhérentes à chaque genre. Sauf si la demoiselle est surdouée et surmotivée, auquel cas on pourra allègrement miser sur un docu par semaine.

Mais bon, restons réalistes (quoique bienveillants).


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Music to my ear


Entendu dans L'envers du tableau / Pile: profs - Face: élèves, un docu sur les djeunz et l'Education nationale. Deux ados sont en train de zapper devant leur télé :

"Elle est pourrie, sa voix. (...) C'est quand même vachement mieux en véôèsstéhèfère."


Je ne m'y attendais tellement pas qu'il m'a fallu 5 minutes pour comprendre qu'il parlait de VOST-FR, le gars.

♥ ♥ ♥

Les ados d'aujourd'hui sont formidables.


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En série


Dis voir, lecteur chéri de ce blog (en cette rentrée 2010, j'ai décidé de ne reculer devant aucune basse flatterie), je viens de vérifier : le dernier tag date de six bons mois, mine de rien. Il est temps d'y remédier. À mon tour, donc, de piquer son tag à La Dame du CDI. Pourquoi ? Parce que comme elle, j'ai tendance à regarder de moins en moins de films et de plus en plus de séries (principalement en DVD, à vrai dire, le côté "rendez-vous hebdomadaire avec ta série préférée" ne m'intéresse pas trop). Ce charmant tag "en série" a donc toute sa place ici.


1. A quelle série TV dois-tu ton premier souvenir de télévision ?

Avant de répondre, je me dois de replacer les choses dans leur contexte : quand j'étais toute petite, on n'avait pas la télévision à la maison (oui, verse une larme sur mon enfance brimée, lecteur compatissant de ce blog). Et plus tard, il était hors de question que je regarde des séries (nan mais oh, mes parents avaient des principes, quoi). Donc mon premier souvenir, c'est une série animée que je regardais quand j'allais chez mes grands-parents paternels (qui, eux, avaient la télévision allumée une bonne partie de la journée) : Les Maîtres de l'univers. Je situe ça en maternelle, autour de 1985.


J'avais un faible pour Musclor, sa carrure rassurante
et son look capillaire funky évoquant les Playmobil.

Hors animation, je me souviens surtout des vieux épisodes de Zorro, mais je ne sais pas exactement à quelle époque j'ai pu les voir.


2. Quel est le chef d'oeuvre “officiel” qui te gonfle ?

Lost. Surtout en version doublée (mais pas que).


3. Quel classique absolu tu n'as jamais vu et tu n'as pas envie de voir ?

X-Files (c'est un classique, non ?), Buffy et Urgences. Parce que les phénomènes paranormaux, les vampires et les hôpitaux, ça va cinq minutes (même avec George).


4. Quelle série, jugée unanimement mauvaise, tu as "honte" d'aimer ?

Hartley coeur à vif, une des rares séries qu'il m'arrivait de regarder quand j'étais ado. C'était une daube (quoique, dans le genre, il y a bien pire), mais j'ai gardé une certaine sympathie pour elle.



Hartley, source d'inspiration inépuisable
pour Copine A. et bibi, qui écrivaient à l'époque
un scénario de série (titre provisoire : "L. A.").



5. Quelle est la série que tu as le sentiment d'être seule à aimer ?

Spin City. Tous les gens à qui j'en parle prennent un air hagard quand je mentionne cette série. Pour le coup, j'ignore si elle est jugée unanimement mauvaise, mais objectivement, elle ne casse vraiment pas des briques. Donc ce n'est sans doute pas bien grave que personne ne l'aime.


6. Quelle série aimerais-tu faire découvrir au monde entier ?

Spaced (diffusée à une époque en France sous le titre "Les Allumés"), que m'a fait découvrir l'ami S. et que je trouve excellente. Choupi, drôle mais sans rires pré-enregistrés, bourrée de clins d'oeil cinéphiliques, British mais dans le bon sens, c'est une réussite. Dans mes bonnes découvertes récentes, il y a aussi Damages, dont j'ai trouvé les deux premières saisons très prenantes (mais il paraît que ça se gâte après).


7. Quelle série ferais-tu regarder à ton pire ennemi ?

Premiers baisers. Je pense que la voix d'Annette figure dans la playlist du service de torture de la CIA. Sinon, il y a la musique du générique de K2000 qui n'est pas mal non plus, pour pourrir la journée des gens qu'on n'aime pas (ne clique que si tu es masochiste, lecteur que dans le fond j'aime plutôt bien de ce blog).


8.Quelle série pourrais-tu voir et revoir?

Sans la moindre originalité : probablement les (3 ou 4) premières saisons de Friends, déjà vues et revues un million de fois en VO entre 1995 et 1998, grâce à ma correspondante irlandaise qui enregistrait consciencieusement les épisodes toutes les semaines et me faisait ensuite une copie de ses VHS.


9. Quelle série faut-il voir pour découvrir un aspect essentiel de ta personnalité ?

The Office (version britannique), qui reflète assez bien les raisons de ma vive aversion pour la vie en entreprise.


The Office, la série qui vous fera aimer les PME.



10. Quelle série t'a fait verser les plus grosses larmes ?

J'ai beau chercher... Nan, je ne vois pas. Je pleure très peu devant ma télé (même pas quand Ross et Rachel se séparent dans la saison 3 de Friends) (c'est vous dire) (on prétend que je n'ai pas de coeur) (et on n'a pas tort).


11. Quelle série t'a procuré la plus forte émotion érotique ?

Pareil, je ne vois pas trop... Ce qui s'en rapprocherait le plus serait la fixette sur Patrick McGoohan qu'a entraîné le visionnage de l'intégrale du Prisonnier. De là à parler d'émotion érotique, faut pas pousser non plus...


12. Quelle série emporterais-tu sur une île déserte (en plus d'un générateur et d'une télévision) ?

Les sept saisons d'À la Maison Blanche.


13. De quelle série attends-tu la sortie en DVD avec la plus grande impatience ?

Actuellement, la saison 4 de Mad Men.

Le trouble et très De Niro-esque Don Draper.
Oui, mes préoccupations esthétiques ont évolué
depuis
Les Maîtres de l'univers.


14. Quel est selon toi le film adapté d'une série le plus réussi ?

Les adaptations dont je connaissais la série originale m'ont toujours déçue (la palme de la daube revenant je crois à Chapeau melon et bottes de cuir). Mais il faut dire que je n'ai pas (encore) vu Twin Peaks: Fire Walk with Me - et on me dit dans l'oreillette qu'il se regarde. J'ai un souvenir acceptable (quoique bien vieux) des Incorruptibles, mais je n'ai pas vu la série.


Ma question subsidiaire :

15. Quelles sont les séries que tu ne connais pas tout en sachant qu'il faudrait vraiment que tu les voies ?

En pôle position au-dessus de mon lecteur de DVD : Les Soprano, The Big Bang Theory, Sur écoute (dont j'attends beaucoup, à juste titre semble-t-il) et la série courte de la BBC State of Play.

À découvrir aussi à l'occasion : La Famille Addams, Doctor Who (version années 60), Seinfeld que je connais très mal et, pourquoi pas, Dr House.

Bon, et vous, alors ?


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Pub, copinage et compagnie (encore !)



Avec la régularité d'un métronome, revoici en ces lieux l'ami L. un an après sa dernière apparition. Cette fois, c'est pour une BD, Rainbow Mist, dont les premières planches se trouvent ici.

C’est un calendrier des années 60, l’un de ceux dont on arrache chaque jour une page, qui permet à Vince de faire des allées et venues d’une journée dans le passé. À Harlem, un demi-siècle plus tôt, il devient barman au club de jazz Rainbow Mist, espérant attirer l’attention de la belle Bess qui s’y produit...

Pour acheter l'album (92 pages, couverture souple, 20 euros), c'est par ici. Et les sites des auteurs sont par là : Léo Henry et Fred Boot.


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