Vendredi 22 : j'emmène Stagiaire A. à un enregistrement de documentaire pour une chaîne Kulturelle autre que celle qui me fait vivre d'habitude. Ma cliente m'a prévenue, mon texte a été charcuté : par là, comprenez, non pas "dynamisé, allégé et fluidifié" (ce qui serait tout à fait légitime, acceptable et même souhaitable), mais privé d'environ 50% de ses informations. On passe d'une prémisse à une conclusion sans aucun lien logique, les heures de recherches consacrées à ce beau documentaire sur l'archéologie se trouvent résumées à des formules du style : "C'est un vieux sarcophage retrouvé il y a longtemps par un mec qui a un nom allemand, alors on ne va pas le dire à l'antenne parce que c'est compliqué à prononcer et que ça n'intéresse de toutes façons pas le public de crétins qui est le nôtre." Grrrrrr. C'est marrant d'assister à l'enregistrement des voix, ça faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé. Mais grrrrrr quand même.

Samedi 23 : tiens, je suis malade, au lit avec une grippe intestinale. Youpi ! Au courrier ce matin (je dois te prévenir que mon courrier va jouer un rôle important dans ce billet, lecteur passionné de ce blog, c'est dire si j'ai des trucs palpitants à raconter), le chouette calendrier 2011 du sieur Cup of Tim. Frais, coloré et mélancolique à la fois, comme le blog dudit sieur, c'est vraiment une bonne idée... à réitérer pour 2012, incontestablement.



Dimanche 24 : c'est pas tout ça, mais un nouveau passionnant documentaire m'attend, l'histoire d'un jeune papa athée qui se demande s'il doit donner une éducation religieuse à ses gamins. Dans sa famille, il y a des protestants, des juifs, des membres de l'Eglise vieille-catholique, des chamanes et des musulmans, mais tout ce petit monde s'en fout un peu. Ça questionne gentiment, ça joue les imbéciles pour poser des questions simples et dont la réponse n'est pourtant pas si évidente, c'est plutôt bien fait, malgré un sujet qui ne me tentait pas beaucoup au départ.

Lundi 25 : l'avantage quand on est malade, c'est qu'on a une super excuse pour bosser au lit et rattraper son retard de séries sans scrupules quand on fatigue. Paul, Sheldon et Tony se relaient à mon chevet, c'est magique.



Mardi 26 : ça fait quatre jours que je mange des coquillettes et du bouillon de volaille Maggi. Si j'avais une fille, je crois que je la vendrais pour une salade laitue-poivrons-oignons rouges. Dans la salle d'attente de mon psy, deux dames discutent à tue-tête et avec un enthousiasme troublant de l'émission spéciale Michel Sardou animée par Patrick Sabatier samedi dernier. J'aime me sentir 100% en phase avec les humanoïdes qui peuplent mon quartier.

Mercredi 27 : Dans mon courrier ce matin (j't'avais prévenu), une enveloppe d'American Express et une pub pour découvrir le yachting de croisière : c'est une consécration, je crois qu'on sera tous d'accord. Ils se sont visiblement plantés en m'inscrivant sur ce listing de prospection, des bons de réduction Pizza Hut ou Zara me feraient vachement plus plaisir.



(Je suis presque déçue que ces pubs soient du même style (et ce n'est pas la pub pour des pulls en cachemire reçue depuis qui va m'aider), parce que j'aurais bien joué au jeu de Tonton).

Jeudi 28 : Vous savez quoi ? The Man is here to stay (!!!!!!!), et c'est une sacrément bonne nouvelle qui illumine la fin de semaine. La phrase du jour revient à Marine de Master Chef, qui résume parfaitement l'état de mes nerfs après deux mois de suspense passés à attendre ce fucking titre de séjour : "Je ne vais pas me mettre à pleurer parce que je suis devant le plateau de fromage le plus impressionnant de ma laïfe". Merci, Marine.

Vendredi 29 : Fin du stage de Stagiaire A. aujourd'hui. Je rédigerai sans doute (ou pas) un petit billet-bilan (un billan ?), mais c'était vraiment une expérience intéressante. Et puis elle est choupi jusqu'au bout, Stagiaire A., elle m'a apporté de quoi doper (relativement sainement) mes journées traduction.




Samedi 30 : Grasse mat, farniente, bain moussant et virée chez Ikea (cherchez l'erreur). Enfin une journée de repos complet sans se poser de questions. Et enfin un nouveau tapis et des rideaux assortis pour mon salon. Quelle journée... et quel mois, mes amis, quel mois. Pas de nouvelles du côté de la grande aventure européenne, malheureusement - c'est rien que des gros menteurs, parce qu'ils avaient dit "fin octobre" pour les résultats de la pré-admission. Ce sera pour une autre fois. A bientôt !


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Toujours pas le temps


C'est un film de 2002 sans aucun intérêt, où Al Pacino fait du Al Pacino jusqu'à la caricature, et où Colin Farrell est plus insupportable que jamais (épargne-moi le couplet sur le charme irrésistible et sssoooo Irish de Colin Farrell, lecteur/trice-groupie de ce blog, ce bellâtre n'est vraiment pas ma came).

Mais j'en ai retenu un plan, quand les protagonistes en route pour un centre de formation de la CIA passent devant un panneau inoubliable :




La signalisation routière oxymorique, tout un concept...

(Plus d'infos ici.)


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SOS citations, j'écoute ?


Il y a un truc auquel on ne pense jamais quand on parle de traduction de documentaires.

1. On peut tomber sur un documentaire en allemand consacré à un sujet très français. Chouette, ça veut dire qu'on n'aura pas de mal à trouver de la doc.

2. Mais : on peut tomber sur un documentaire en allemand qui comporte des citations françaises traduites en allemand.

3. Et : on peut tomber sur un documentaire en allemand qui comporte de très nombreuses citations françaises traduites en allemand sans jamais citer ses sources.

Non, on n'y pense jamais. Parce que, franchement, ça n'a l'air de rien, comme ça.

Je dissipe tout de suite le très léger doute qui te tenaille et que je perçois jusque sur mon écran de PC, lecteur perplexe de ce blog : nan-nan, les citations françaises traduites en allemand, on n'a pas le droit de les retraduire en français.

Faut quand même le préciser, parce que c'est ce qu'avait fait une consoeur dans une traduction que j'ai eu le plaisir de relire il y a quelques années : retraduire une lettre de Louis XIV de l'allemand en "faux ancien français". À la question que je lui posais innocemment ("Tiens, tu n'as pas mis la référence de la source où tu avais trouvé l'original, histoire que le relecteur de la chaîne Kulturelle qui nous fait vivre ne corrige pas bêtement une citation d'origine du bonhomme ?"), elle me répondit fort naïvement :



Tss-tss-tss... Consoeur chérie, excuse-moi de te le dire aussi abruptement, mais ça ne va pas du tout, ça ! Allez zou, à la biblio !

Donc on ne retraduit pas : on cherche la citation originale.

Et là, il y a plusieurs cas de figure.


  • La citation idéale

    "Ich komme nach dem Theater zu Ihnen. Ich will Julia, Rosette und Eulalia haben. Sie sollen das kurze Morgenkleid tragen."

    La citation idéale est complète, référencée et retrouvable en un quart d'heure maxi sur Internet. En l'occurrence, on nous dit dans la narration du documentaire (un programme consacré à l'histoire de la prostitution) qu'elle est issue du Portefeuille de Madame Gourdan, c'est-à-dire de la correspondance d'une mère maquerelle parisienne du 18ème siècle. Et miracle de la numérisation, le recueil est consultable sur GoogleBooks (je ne le retrouve pas en intégralité pour indiquer le lien là tout de suite, mais il me semble bien que c'est là que je l'avais déniché en 2009). C'est l'occasion de feuilleter virtuellement ce curieux document et de retrouver en quelques dizaines de minutes toutes les citations qui figurent dans le documentaire, y compris celle qui nous intéresse :



    Dans ces cas-là, c'est fastoche (et rigolo parce que j'aime bien la typographie irrégulière des très vieux bouquins). En résumé : la citation idéale, on ne se souvient même pas qu'on a dû la chercher.



  • La citation pas référencée, mais sympa quand même

    "Unsere Maler sind dazu gezwungen, die Poesie der Bahnhöfe zu entdecken, so wie ihre Väter die Poesie der Wälder und Flüsse entdeckt haben", schrieb Emil Zola.

    Celle-ci sort du documentaire du moment, un très beau programme sur l'Impressionnisme, élégamment parsemé de citations dans ce genre. Mon premier réflexe : tenter une recherche Google sur ce qui me semble pouvoir être un bout de la citation originale (en l'occurrence, "die Poesie der Bahnhöfe", ça sent à vingt mètres la traduction de "la poésie des gares"). Coup de bol, je tombe directement sur la phrase que je cherche : "Nos artistes doivent trouver la poésie des gares, comme leurs pères ont trouvé celle des forêts et des fleuves". On m'apprend même qu'elle sort de La bête humaine, ce qui est parfaitement logique vu le thème. Youpi, une bonne chose de faite, on passe à la suivante.



  • La citation référencée, mais qui prend des heures à retrouver

    Pour être tout à fait honnête (on se connaît trop bien pour que j'essaie de t'embobiner, lecteur de longue date (ou pas) de ce blog), je n'aurais sans doute pas lu Les Bienveillantes si je n'avais pas traduit un documentaire sur ce bouquin en 2008. Mais même comme ça, je n'avais pas forcément prévu de le lire de bout en bout, je dois aussi l'avouer. Au départ, j'envisageais plutôt de le parcourir un peu "en travers", histoire de situer les personnages, de repérer les épisodes importants et de me faire une idée du style et de la structure du roman, vu que je n'avais qu'une petite semaine pour cette traduction.

    Le hic ?

    Les citations. Des paragraphes entiers repris dans la narration, sans référence de chapitre et encore moins de page. Or des pages, il y en a dans Les Bienveillantes : 903, pour être précise. Ce fut long. Et pénible, parce que ce bouquin n'est vraiment pas un modèle de finesse. La dernière citation apparaissait à la page 813 de l'édition française. Non, je ne vous dirai pas si j'ai lu les 90 dernières pages des Bienveillantes, n'insistez pas.



  • La citation pénible, car un peu détournée de son sens et de son contexte d'origine

    Mittlerweile ist der Place Pigalle "in den Herrlichkeiten und Drangsalen des Lebens gealtert" wie Baudelaire es schon 1859 voraussah.

    Pas besoin d'être germaniste pour comprendre que dans la narration (avant et après les guillemets de la citation, quoi), il est question de Pigalle et de Baudelaire. L'avantage avec Baudelaire, c'est qu'il est dans le domaine public et donc consultable sur Wikisource et autres sites bien pratiques pour les recherches des traducteurs. Donc je me plonge dans la correspondance de Baudelaire et dans ses écrits publiés aux alentours de 1859 pour retrouver ce fameux passage consacré (semble-t-il) à Pigalle. Manque de bol, il n'en parle pas trop, de Pigalle. Pas grave, je tente des recherches avec "splendeurs" (Herrlichkeiten), "tribulations" (Drangsalen), et d'autres termes qui pourraient potentiellement être les mots d'origine de la citation de ce cher Charles. Rien, rien, rien qui ressemble à une réflexion sur l'avenir de Pigalle. Un peu désespérée après 30 bonnes minutes d'épluchage, j'essaie quand même de voir si la citation en allemand est répertoriée telle quelle quelque part. Youpi, il y a UNE occurrence dans un bouquin consultable sur GoogleBooks qui réunit des essais de l'auteur datant des années 1857-1860. Ce qui me permet enfin de resituer la citation et de constater qu'il n'est pas du tout question de Pigalle dans le texte d'origine :

    (Je souligne ce qui correspond à l'allemand, rien que pour toi, lecteur non germaniste et donc fort méritant de ce blog :)
    "Ce n’est pas seulement les peintures de marine qui font défaut, un genre pourtant si poétique ! (…), mais aussi un genre que j’appellerais volontiers le paysage des grandes villes, c’est-à-dire la collection des grandeurs et des beautés qui résultent d’une puissante agglomération d’hommes et de monuments, le charme profond et compliqué d’une capitale âgée et vieillie dans les gloires et les tribulations de la vie." (Baudelaire, Salon de 1859)

    Voilà, tout ça pour ça. Et maintenant, débrouille-toi pour réinsérer la citation dans ta trad, cocotte.



  • La citation approximative (donc exaspérante) et un peu coton à retrouver (surtout quand elle est, elle aussi, un chouia détournée de son sens d'origine).

    Parfois, je dis bien parfois, le réalisateur du documentaire prend des libertés quand il traduit une citation française en allemand. Il la tourne un peu comme ça l'arrange pour la caser au mieux dans ses phrases ou pour qu'elle serve son propos.

    On revient là au documentaire sur l'histoire de la prostitution (tu suis, lecteur attentif de ce blog, hein ?), qui évoque la correspondance d'un proxénète avec une prostituée dans les années 40 en France. Avec un bon peu de recherches, je retrouve non pas la correspondance en intégralité, mais une longue étude qui lui est consacrée (Cyril Olivier, "Un proxénète écrit à Suzy en 1941") et qui cite copieusement les lettres.

    Parfois, la citation allemande est sérieusement raccourcie, mais ce n'est pas trop grave :

    "Ich werde dir sagen, dass ich dich immer liebe und dass ich nicht ohne dich leben kann. Mit diesem Stück Papier schicke ich dir einen Windstoß von verrückten Küssen."

    (Je souligne les passages correspondant à l'allemand :)
    "Maintenant mon amour, je vais te dire que je t’aime toujours et que je ne puis me passer de toi, que je veux que tu me restes, et qu’aucun mirage ne vienne assombrir l’amour que j’ai pour toi. Au revoir chérie, je t’envoie avec ce bout de papier tout l’amour que j’ai pour toi et une rafale de baisers fous."

    Mais ailleurs, la traduction allemande m'embête. Parce que dans ses lettres, le proxénète manipule vachement la fille, et le bout de citation choisi gomme un peu ce côté :

    “Du weißt doch, dass ich dich nicht ausschimpfen werde, wenn du alles tust um Geld zu verdienen.”

    (Littéralement : "Tu sais bien que je ne te gronderai pas, dès lors que tu fais tout ton possible pour gagner de l'argent.")

    Citation correspondante - du moins je suppose - remise dans son contexte :

    "Si par hasard tu travailles moins une semaine que l’autre, et bien tu cherches à te rattraper la semaine suivante. Tu sais bien que je ne te gronderai pas si tu fais ton possible pour arriver, ce que je suis certain, et comme nous avons déjà un peu d’économie, nous pouvons voir venir. Naturellement, ce n’est pas une raison pour s’arrêter en croyant que notre fortune est faite, non !"

    Voilà pour le mini-dilemme de la citation approximative et détournée (ah, on ne fait pas un métier facile, ma bonne dame). Cela dit, quand ladite citation apparaît dans la narration du documentaire, aucun problème en général pour rétablir le texte d'origine quitte à ajouter une petite note de bas de page pour signaler le problème et montrer qu'on est un professionnel consciencieux ce qui ne fait jamais de mal.



  • La citation qu'on n'a pas trouvée sur Internet - et non, on ne peut pas la laisser comme ça.

    Retour à l'Impressionnisme !

    "Im Freien wir man dazu geführt, Töne auf die Leinwand zu setzen, die man sich im abgeschwächten Licht des Ateliers nicht vorstellen kann", schrieb Auguste Renoir.

    Et un peu plus loin...

    "Ich fand im ‚Moulin de la Galette’ Mädchen genug, die zu mir als Modelle kommen wollten,...man darf nicht glauben, dass diese Mädchen für den ersten besten zu haben waren. Man fand zuweilen überraschende Tugend bei Ihnen, obwohl sie von der Gasse kamen", schrieb Renoir.

    Voilà, on arrive aux citations prise de tête...

    Recherche Google sur les termes possibles de la version française : check. Pas de résultat.
    Recherche sur des sites énumérant des citations de Renoir : check. Pas de résultat.
    Recherche sur des sites consacrés à l'Impressionnisme plus généralement : check. Pas de résultat.

    On passe donc aux bon vieux supports papier. Mais par où commencer, quand on n'a que quelques jours pour retrouver ces $#%*!@ de citations ?

    Etape numéro un : un peu de logique. On va se concentrer sur la correspondance de Renoir et sur les bouquins réunissant ses écrits sur l'art. Mais même ça, ça fait quelques pages à éplucher. On procède par élimination : on a affaire d'une part à une citation un peu généraliste sur les joies de la peinture en extérieur et d'autre part à un bout de récit des séances de peinture au Moulin de la Galette. Les candidats idéaux semblent être les Ecrits et propos sur l'art de Renoir, sa correspondance avec son galeriste Durand-Ruel, ainsi que les écrits-souvenirs d'Ambroise Vollard (par exemple cette édition), marchand de tableaux. Reste à trouver les bouquins.

    Etape numéro deux : the quest. Bibliothèques diverses et variées, sites de bouquins d'occasion qui livrent rapidement, Fnac en désespoir de cause (technique testée une fois précédente : feuilletage-épluchage discret du bouquin en question pendant une petite demi-heure au rayon BD de la Fnac où il y a toujours des gens qui viennent bouquiner, puis coup de fil à moi-même pour dicter le passage tant recherché à mon répondeur de téléphone fixe). (Note to self : je pourrais aussi faire un billet sur les ouvrages incongrus achetés juste pour le boulot, tiens.)

    Etape numéro trois : l'épluchage. Compter quelques heures.

    Etape numéro quatre : youhou, j'ai plus d'yeux, mes oreilles bourdonnent et je termine ma troisième cafetière, mais j'ai tout retrouvé ! Et notamment :

    "En plein air, on est amené à mettre sur la toile des tons qu'on ne pourrait pas imaginer dans la lumière atténuée de l'atelier."

    "J’avais eu la chance de trouver, au Moulin de la Galette, des fillettes qui ne demandaient pas mieux que de poser (…). Il ne faut pas croire toutefois que ces filles se donnaient à qui voulait. Il y avait, parmi ces enfants lâchées dans la rue, des vertus farouches."

    Etape numéro cinq : une fois qu'on a trouvé et fait une petite danse hystérique, stylo à la main, surtout ne pas regarder par curiosité si la citation est quand même sur Internet.

    (Etape numéro six, optionnelle : voir que si.)

    Etape numéro sept : sortir le whisky et noyer son chagrin. Ou sortir le whisky pour fêter la fin de la recherche de citations, si on a eu la présence d'esprit de ne pas passer par l'étape numéro six.



  • La citation qu'on ne trouve pas.

    Ben oui, théoriquement, ça peut arriver... Quand j'ai commencé la rédaction de ce billet, j'étais coincée avec mes citations de Renoir et je n'en menais pas large. Impossible de savoir si j'allais terminer sur une note optimiste ou sur un fiasco complet (quel suspense dans ma vie, lecteur passionné de ce blog, quel suspense !).

    Puisque l'optimisme est de rigueur, on va dire qu'une citation peut toujours être retrouvée 1. si la traduction ne la déforme pas trop (voir ci-dessus) et 2. si on a un peu de temps. Mais si on ne trouve pas ce qu'on cherche, qu'est-ce qu'on fait ?

    Bluffer et retraduire en se disant que personne ne va aller vérifier ? Dans le cas de Baudelaire et de Zola, j'aurais un peu des scrupules à faire du "à la manière de", je dois dire. La traduction allemande des citations de Renoir, par ailleurs, était beaucoup plus plate que l'original, ce qui aurait fait perdre tout leur sel aux phrases françaises. Et puis voilà, quoi, c'est pas pro... Donc bof.

    Reformuler la narration pour éviter de passer absolument par la case "ouvrez les guillemets" ? Oui, plutôt. Avec une note de bas de page et de plates explications pour dire qu'on a cherché, cherché, cherché, en vain.

    Mais que si on avait les coordonnées de la boîte de prod ou du réalisateur, on pourrait, peut-être, qui sait, encore trouver...


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Je me demandais...


"Je me demandais : qu'est-ce qui t'a donné envie d'apprendre le yiddish ?", s'interrogeait Karine l'aut'jour dans un commentaire. Excellente question (merci, Karine !), qui me fait une idée de billet toute facile à trouver en ces temps de maigre inspiration et de "pas le temps". Et puis c'est l'occasion de raconter un peu ma vie et je ne suis pas du genre à louper ça.

Alors pourquoi le yiddish, donc ?

Tout a commencé, lecteur déjà captivé de ce blog, tout a commencé il y a à peu près un an, quand Loin d'où ? est sorti en France. Loin d'où ? (Lontano da dove? en VO), c'est le joli titre d'une fabuleuse biographie de Joseph Roth signée Claudio Magris (traduction : Marie-Noëlle Pastureau), écrite dans les années 70 mais jamais publiée en France jusqu'à l'année dernière. Pour vous resituer les choses et vous donner une idée de mon niveau de subjectivité et de bonne foi, Joseph Roth figurerait sans doute dans le top-10 de mes auteurs préférés si je faisais des classements en littérature (pas mon genre), et j'aime beaucoup Claudio Magris aussi. Donc je me suis jetée sur ce bouquin comme un candidat de MasterChef sur sa boîte surprise et je l'ai lu avec grand intérêt.

Dans cette très bonne (on ne le dira jamais assez) bio, Claudio Magris explore entre autres choses la place des origines juives de Joseph Roth dans son univers romanesque, ses personnages et... sa langue. Et à cet endroit, l'auteur rappelle notamment qu'il y a plein de petits mots en yiddish dans les romans de Joseph Roth.

C'est là que votre blogueuse dévouée a pris un air idiot et a commencé à se demander si on parlait bien du même auteur. Parce que je n'avais aucun souvenir de mots en yiddish dans les oeuvres de Roth - et certes, je n'ai de loin pas tout lu de cet auteur, mais quand même, quoi. Comme je n'avais pas Claudio sous la main, plutôt que de rester dans le doute, j'ai ressorti les romans de ma biblio et j'ai compris la raison de ma perplexité : ayant lu les bouquins de Joseph Roth en allemand, je n'avais pas repéré les mots en yiddish parce qu'ils étaient transcrits en alphabet latin, un peu noyés dans la masse, et surtout, parce qu'ils ressemblaient comme deux gouttes d'eau à des mots de dialecte ou de patois allemand.

Donc voilà le point de départ : une biographie d'un écrivain cher à mon coeur, deux-trois recherches qui m'apprennent qu'en effet, le yiddish est très proche de l'allemand, et cette impression curieuse : à l'oreille, je comprends plein de choses quand j'entends parler yiddish (pour peu que le locuteur ne parle pas trop trop vite), mais à la lecture, les caractères hébraïques me sont bien sûr complètement "opaques", ne laissent absolument rien transparaître qui pourrait servir de point d'accroche à une quelconque intuition de la langue... Bizarre, bizarre... Et drôlement attrayant, je trouve.

Donc le yiddish est venu rejoindre la pile de langues qui m'intéressent. Parce que si je récapitule bien, ça doit faire cinq ou six ans que je me promets à chaque rentrée de m'inscrire à des cours de langues et que je ne le fais pas. Pourtant, ce n'est pas le choix qui manque : il y a le wolof que j'aimerais apprendre parce que c'est la langue maternelle de The Man (et que The Man refuse obstinément de me donner des cours particuliers), le russe que j'aimerais reprendre sérieusement en vue, à long terme, d'en faire une langue de travail supplémentaire (vaste projet), l'espagnol qu'il serait quand même utile de savoir un peu parler, l'arabe qui a l'air vachement intéressant et qui est si bôôô à écrire, et puis bien sûr l'italien, tellement agréable à apprendre, et que j'ai lâchement laissé tomber il y a des années. Autant dire que le dossier "langues" était déjà chargé depuis un bon bout de temps, ce qui me fait dire que je ne me serais sans doute pas inscrite à la Maison de la culture yiddish s'il n'y avait pas eu un événement déclencheur supplémentaire.

Et ledit événement est arrivé au début de l'été : une conversation complètement fortuite avec Copine C. autour d'un lexique anglais-yiddish négligemment posé sur un bureau, qui m'a permis d'apprendre qu'elle s'intéressait elle aussi au yiddish et envisageait, pourquoi pas, de prendre des cours. Disons-le : rien n'aurait été possible sans Copine C. (si si, je t'assure, Copine C.).

À quoi ça tient, tout ça, hein ?

Alors voilà, les trois premier cours sont passés, j'y ai retrouvé le plaisir d'une atmosphère "cours de langue", je découvre très laborieusement un nouvel alphabet qui s'écrit à contre-courant (joliment dit, re-merci Karine !) et qui ne ressemble à rien de ce que je connais, ce qui n'est pas évident du tout. Donc pour l'instant, je suis ravie.

Mais c'est normal, après tout. On en reparlera dans six mois, histoire de voir où en est la motivation...



PS : je ne résiste pas... si vous ne connaissez pas Joseph Roth, Tatie Les Piles recommande :

Les fausses mesures, 1937 (un court roman qui m'a fait découvrir Roth : une merveille)

Le poids de la grâce, 1930 (un autre court roman aussi beau que son titre)

La Marche de Radetzky, 1932 (son roman le plus connu - pas mon préféré, mais à relire à l'occasion)

La Toile d'araignée (un roman glaçant sur la montée du nazisme, écrit en... 1923. Clairvoyant, vous avez dit clairvoyant ?)

Et en plus, les traductions que j'ai eues entre les mains (celle Paule Hofer-Bury pour Le poids de la grâce et de Françoise Bresson pour Hôtel Savoy) m'ont fait très bonne impression ! Alors, plus d'excuses...


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Dis, dis, c'est quand ?


- C'est quand, "fin octobre" ?

- Dans deux bonnes semaines, cocotte.

- Dis, dis, c'est loin, "deux bonnes semaines" ?

- Oh non, c'est pas loin, deux bonnes semaines.

- Mais dis quand même, c'est loin comment ?

- Eh ben, tu te lèves pour bosser une grosse quinzaine de fois, tu traduis trois documentaires, tu vas deux ou trois fois chez ton psy (ça dépend comment tu comptes) et sans doute au moins une fois au cinéma, tu prépares environ 12 000 tasses de thé, tu fumes un nombre de clopes que je ne me risquerai pas à évaluer ici, tu apprends 10 ou 12 nouvelles lettres de l'alphabet yiddish et hop, tu y es, fin octobre.

- Ah.

- Mais pourquoi, qu'est-ce que tu attends, qu'est-ce qu'il y a de si important fin octobre ?

- Le renouvellement du titre de séjour de The Man qui n'est de loin pas acquis, les résultats de la pré-admission à l'UE, l'audience de notre procès-fleuve contre le promoteur immobilier qui osa un jour pourrir ma vie en construisant un mur devant la fenêtre de mon bureau, et la fin du stage de Stagiaire A. qui me rendra deux après-midi par semaine.

- Et alors ?

- Ben rien, je crois que je n'ai jamais autant attendu la fin d'un mois d'octobre, c'est tout.


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Mise en garde


Pff, y a même plus de suspense !



(Extrait d'un bon de commande de la chaîne Kulturelle qui me fait vivre.)


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Les bons côtés (enfin)


Je ne sais plus combien de fois j'ai écrit ici qu'à l'occasion, il faudrait vraiment que je rédige un billet sur les bons côtés de la traduction audiovisuelle en freelance. Parce que quand même : je râle, je râle (et je ne suis pas la seule, d'ailleurs), mais je ne suis pas complètement masochiste, après tout. Quand on reste dans la traduction sans envisager de faire une reconversion en soudure, en comptabilité ou en paysagisme dans un avenir proche, c'est qu'on y trouve quand même un peu son compte.

Et comme j'essaie désespérement de voir le verre à moitié plein, ces temps-ci (mais diantre, quand il est objectivement plus qu'à moitié vide, c'est vachement plus difficile), j'ai décidé de me lancer.

Donc : qu'est-ce qui fait avancer la traductrice ? À part le café noir, le whisky et les drogues dures, je veux dire.

L'écriture, d'abord. J'aime écrire, mais sans prendre de risques. Inimaginable pour moi de me lancer à l'assaut d'une page blanche comme ça, sans cadre, sans directives, sans rien. Pas d'idées, pas d'imagination, rien à dire. J'ai besoin d'un environnement bien structuré, de contraintes. Et quoi de plus contraignant qu'un texte source ou un film à traduire ? Jusqu'au bout, le document d'origine restera penché sur mon épaule à regarder ce que je fais, comme un voisin inquisiteur dans le métro, tantôt bienveillant, tantôt pénible. C'est parfait, ça me laisse juste assez de marge de manoeuvre pour jouer avec le vocabulaire, les phrases, la langue, sans avoir la responsabilité du contenu d'origine.

La langue toujours remise en question, ensuite. Se poser 10 000 fois par jour la question : "Mais bordel, comment on dirait ça SPONTANEMENT en français ?", c'est assez sain, en fin de compte. Cela provoque certes des déformations professionnelles assez agaçantes pour mon entourage (crise d'hystérie sur canapé devant les fautes de français au JT, fous rires légèrement gênants pour quiconque m'accompagne face à des panneaux mal orthographiés, etc.) - mais c'est aussi un moyen de maintenir les cellules grises en éveil et de conserver une certaine hygiène linguistique.

Les autres langues, bien sûr. Cela va de soi : garder le contact avec l'anglais et l'allemand, mais aussi avec les cultures qui s'y rapportent, c'est un bonheur immense - et je pèse mes mots. Continuer à s'immerger régulièrement dans ces "ailleurs" devenus curieusement familiers au fil des ans, c'est une façon d'entretenir cet amour des langues étrangères qui m'accompagne comme un fil rouge depuis une quinzaine d'années. Et de revivre un peu (je dis bien un peu) l'émerveillement de ces années de l'adolescence où j'ai compris que plus tard, il faudrait absolument que je travaille avec les langues même que sinon je serai très malheureuse.

Et puis le passage, logiquement. Oui-oui-oui, c'est un poncif poussiéreux comme c'est pas permis, le traducteur est un passeur. Mais une fois qu'on a dit ça, on n'a rien dit de son métier. Le passage se vit et se revit à chaque instant, à chaque phrase, à chaque mot ou presque. Faire coïncider aussi strictement que possible deux langues, deux réalités, deux systèmes de pensée, deux façons de restituer le monde, est un exercice aussi exaltant que minutieux. Comme une construction en allumettes qu'on essaierait de reproduire en miroir, mais avec un autre modèle d'allumettes. Fascinant.

Le vertige du hiatus. Mais si, vous voyez de quoi je veux parler. Ce hiatus qui subsiste entre le texte source et le texte cible. La phrase traduite est toute belle, elle tient debout, elle est fluide, elle est parfaitement juste du point de vue du sens et de la terminologie, elle a même l'air d'avoir été écrite directement en français par un locuteur natif. Mais il reste ce "petit rien" qu'on n'arrive pas à rendre en français malgré les heures passées à retourner la phrase dans tous les sens et les dizaines de solutions de traduction déjà testées. Et le traducteur est pris d'un léger vertige devant ce truc indéfinissable qui l'empêche d'être complètement satisfait de sa phrase. Nous y voilà : le perfectionnisme, l'insatisfaction... Un moteur formidable (et inépuisable).

Les choses qu'on apprend. Et il y en a, des choses, à apprendre, tout le temps ou presque. La civilisation de l'Indus ? Les Mapuches ? L'oeuvre photographique de Horst Wackerbarth ? L'inégalité des sexes devant la maladie ? La vie d'Elvis ? L'épopée du cabillaud ? Le retour des Allemands d'origine turque à Istanbul ? Tout ça, et tout le reste. J'apprends et je me fiche de rester à la surface des choses, parce que j'apprends quand même, je découvre quand même et j'approfondis ce qui me plaît, quand ça me chante. J'apprends, donc je suis.

La deuxième vie de la traduction audiovisuelle. Car elle ne s'arrête pas au papier ou au listing de sous-titres, la traduction audiovisuelle : une fois qu'elle a quitté l'ordinateur du traducteur, elle prend vie, une deuxième vie. Elle s'inscruste au bas de l'écran et devient partie intégrante du film, ou elle quitte la forme écrite pour se transformer en voix. C'est un peu magique. Oui, c'est le quotidien du traducteur de l'audiovisuel, et oui, ça continue à m'émouvoir, je dois être sentimentale.

La liberté de dire "non". Pas toujours, pas tous les jours... on est bien d'accord. Mais dans "freelance", il y a "free" (ouais, je sais, elle est facile), et il y a des moments où on en est très conscient. Envoyer gentiment promener les gens avec lesquels on n'a aucune envie de travailler, quitter les clients qui baissent les tarifs, c'est parfois délicat et ça noue drôlement l'estomac, mais qu'est-ce qu'on est content, a posteriori.

Café, clope, radio. Un trio infernal fort agréable réservé aux freelances (ou alors, votre employeur est super cool ET enfreint la loi). Alors oui, pour bien, il faudrait transformer le trio infernal en duo et supprimer la clope. Mais en attendant de m'atteler sérieusement au problème, c'est un avantage non négligeable de cette forme d'exercice de la traduction. Une forme de rituel, aussi, sans doute, un truc un peu rassurant qui m'aide à me mettre en route le matin. J'en ai besoin, semble-t-il.

Boulot-dodo, mais sans métro. Non, ça ne me gêne pas de ne pas faire 75 minutes de trajet matin et soir pour me rendre à mon lieu de travail. Non, ça ne me gêne pas non plus de ne pas devoir retenir ma respiration et rentrer le ventre au milieu d'une foule d'anonymes qui font la gueule sur la ligne 1 (densité estimée : 45 personnes au mètre carré). Non, vraiment, ça va, n'insistez pas.

Les confrères. On n'a pas de collègues, quand on travaille seule à domicile, mais on a des confrères, et dans l'ensemble, ils sont plutôt chouettes, les confrères. Je ne dis pas ça pour te flatter, lecteur-traducteur de ce blog - et puis tu sais comme moi qu'il y a des cons chez les traducteurs comme partout, c'est évident (et attesté). Mais ceux que je connais un peu dans la vraie vie sont plutôt des gens bien et je suis à peu près sûre que le fait de ne pas se voir tous les jours comme on a de fortes chances de le faire avec des collègues de bureau permet de créer des liens plus sereins et peut-être plus durables.

La non-vie en entreprise. Ne pas être sous le regard des Autres (cet enfer) en permanence, ne pas subir les petites ou les grandes humiliations du quotidien, ne pas lécher trop de bottes, ne pas être obligée d'être aimable avec des gens qu'on ne peut pas encadrer, ne pas supporter les conversations creuses à la machine à café, ne pas stresser parce qu'on a 15 minutes de retard le matin, ne pas se sentir obligée de meubler les 30 minutes qui me séparent de l'heure officielle de ma fin de journée en faisant semblant de travailler, ne pas, ne pas, ne pas... (oui, j'ai un souvenir particulièrement exaltant de mes brefs passages par l'Entreprise).




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Comme j'ai dit que j'allais m'efforcer de voir le verre à moitié plein, il va de soi que je ne parlerai pas ici de la paperasse à remplir, des mauvais payeurs à pourchasser, des creux d'activité, des nuits blanches quand le boulot revient, de l'isolement, des baisses de tarifs, des paiements à échéances irrégulières, des traductions alimentaires sans intérêt, de l'enfermement, de la difficulté de trouver un appartement à louer, des clients qui ne comprennent rien à rien, des fluctuations de clientèle, des re-baisses de tarifs, des confrères qui cassent les prix, de l'inexistence des congés payés ou même des week-ends escamotés. Non, cela va de soi, je n'en parlerai pas.


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(Premier épisode et rappel du principe.)

Pourtant non, je n'arrive toujours pas à aimer Duras. Mais il y a décidément de jolies choses dans ce Barrage contre le Pacifique.

Pour Suzanne comme pour Joseph, aller chaque soir au cinéma, c’était, avec la circulation en automobile, une des formes que pouvait prendre le bonheur humain. En somme, tout ce qui portait, tout ce qui vous portait, soit l’âme, soit le corps, que ce soit par les routes ou dans les rêves de l’écran plus vrais que la vie, tout ce qui pouvait donner l’espoir de vivre en vitesse la lente révolution d’adolescence, c’était le bonheur. Les deux ou trois fois qu’ils étaient allés à la ville ils avaient passé leurs journées presque entières au cinéma et ils parlaient encore des films qu’ils avaient vus avec autant de précision que s’il se fût agi de souvenirs de choses réelles qu’ils auraient vécues ensemble.



Marguerite Duras, Un barrage contre le Pacifique,
Gallimard, 1950



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Leçon numéro 1 : penser à retourner son cahier pour pouvoir écrire de droite à gauche.

Y a du boulot, les amis.


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Joliment dit #4




"la non imbécilité du lecteur."



C'était , vendredi dernier (rhôôôôô, c'était groovy en diable, zauriez dû venir, ceux qui sont pas venus), et c'est la première intervenante qui a évoqué le concept de la non imbécilité du lecteur (apparemment, c'est cette vénérable personne qui utilisait en son temps l'expression, mais je n'ai rien trouvé sur Internet à ce sujet).

La non imbécilité du lecteur, le traducteur se doit semble-t-il de la présupposer. Dans l'exemple que donnait l'intervenante de vendredi, il était question de l'explicitation (ou non), dans la traduction française d'un roman, du toponyme "Braunau" qui, dans la version originale (allemande), désignait Hitler par métonymie. Tu suis, lecteur ? Nan parce que j'ai déjà recommencé quatre fois ma phrase, alors sois indulgent. L'idée étant que, dans la mesure où on a eu l'occasion de préciser à un moment donné dans le roman que Braunau était le lieu de naissance du sinistre moustachu, on peut tabler dans la suite de la traduction sur la non imbécilité du lecteur et estimer qu'il comprendra que "Braunau" (tout seul) désigne Hitler par métonymie, même si ledit lecteur n'est pas de culture allemande ou ne connaît pas par coeur la bio du führer. Au passage, je suis nulle en figures de style, donc si tu penses que ce n'est pas une métonymie, lecteur érudit de ce blog, envoie ténulenfranssai au 821822 n'hésite pas à me le signaler.

On notera qu'il n'est pas question de l'intelligence du lecteur, simplement de sa non imbécilité, ce qui est intéressant comme nuance. Dit en langage de non universitaire, il me semble que cela consiste donc simplement à ne pas prendre le lecteur pour un con. Mais je trouve que c'est drôlement (et) joliment dit.

(Et j'y reviendrai, tiens, quand j'arriverai à terminer cette série de billets consacrée à la fascinante question de savoir ce qu'on traduit quand un traduit un documentaire. Un début d'explication se trouve dans le commentaire brillamment laissé par Tiz ici.)


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