Pourquoi ils m'agacent, chez SDI (raison # 4287)


Parce qu'en plus d'être une multinationale du sous-titrage qui casse le marché et détruit le métier un peu partout dans le monde...

En plus de reformater n'importe comment des sous-titres récupérés on ne sait-où...

En plus de supprimer la signature du traducteur sur les DVD...





Ils ont le toupet de mettre LEUR signature à EUX sur les vanity cards de Chuck Lorre à la fin de chaque épisode de série et de les rendre illisibles (et ne riez pas : c'est grave).




Non, vraiment, rien à sauver chez SDI.

(Heureusement, elles sont toutes là, les vanity cards de Chuck Lorre. Ha ha, tralala-itou et nananère.)


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Au lieu de vous dire "pas le temps - pas le temps - pas le temps - pas le temps...", je vous propose ce soir un billet express sur la grammaire et la conjugaison. Chouette, nan ? Ne le nie pas, lecteur déjà passionné de ce blog, je vois d'ici que se dessine lentement dans ton esprit quelque chose qui ressemble à ça :




Mais qui a dit que la grammaire et la conjugaison devaient forcément être rébarbatives et ternes ?

1. Je vous invite à découvrir un texte de Jean-Pierre Minaudier assez long mais fort savoureux, intitulé De l'amour des grammaires, hommage enflammé aux grammaires du monde entier.




2. Si vous cherchez quelque chose à feuilleter dans le métro (ou à bord de tout autre moyen de transport, cela va de soi, bien que la lecture en bobsleigh soit dit-on déconseillée), le grand classique de Jean-Louis Fournier, Grammaire française et impertinente est toujours disponible en librairie. Il contient des exemples édifiants permettant de se souvenir à tout jamais des multiples règles de la grammaire française - le tout est agrémenté d'illustrations fort bienvenues dans un manuel de grammaire.


Les adjectifs qualificatifs expriment une qualité.

Exemple :
Ambiance lourde au couvent : mère Marie de la Crucifixion soupçonne soeur Jeanne de la Rédemption de s'être servie de son vernis à ongle.

La qualité de l'ambiance du couvent est d'être lourde.


3. Enfin voici une découverte toute récente (commandée mais pas encore lue, pour tout vous avouer), un ouvrage destiné à réconcilier le lecteur avec les tristes manuels de conjugaison de son enfance : le Précis de conjugaisons ordinaires (tentative d'étirement du français figé), publié en 2006 aux éditions Xavier Barral et signé Florence Inoué, David Poullard et Guillaume Rannou (respectivement graphiste, typographe et acteur). Le principe ? Extraire une locution du langage quotidien (exemple : "ça va de soi"), mettre le verbe à l’infinitif ("aller de soi"), puis conjuguer ce dernier à toutes les personnes, modes et temps de la langue française (je vais de moi, tu vas de toi... je fusse allé(e) de moi, tu fusses allé(e) de toi... va de toi ! allons de nous !, etc., etc.). Un exercice parfaitement inutile mais hautement rafraîchissant.



Sur ce, bon début de semaine !


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Moi femme, toi homme, épicétou


Le bel esprit des catalogues de jouets me donne grave hâte de démarrer mes courses de Noël.





Extraits non photoshopés du catalogue Jouéclub Noël 2010.


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(Premier épisode et rappel du principe.)


Je défie mes contemporains de me citer la date de leur première rencontre avec le cinéma. Nous entrions à l'aveuglette dans un siècle sans traditions qui devait trancher sur les autres par ses mauvaises manières et le nouvel art, l'art roturier, préfigurait notre barbarie. Né dans une caverne de voleurs, rangé par l'administration au nombre des divertissements forains, il avait des façons populacières qui scandalisaient les personnes sérieuses ; c'était le divertissement des femmes et des enfants ; nous l'adorions, ma mère et moi, mais nous n'y pensions guère et nous n'en parlions jamais : parle-t-on du pain s'il ne manque pas ? Quand nous nous avisâmes de son existence, il y avait beau temps qu'il était devenu notre principal besoin.

Les jours de pluie, Anne-Marie me demandait ce que je souhaitais faire, nous hésitions longuement entre le cirque, le Châtelet, la Maison Électrique et le Musée Grévin ; au dernier moment, avec une négligence calculée, nous décidions d'entrer dans une salle de projection. Mon grand-père paraissait à la porte de son bureau quand nous ouvrions celle de l'appartement ; il demandait : « Où allez-vous, les enfants ? » — « Au cinéma », disait ma mère. Il fronçait les sourcils et elle ajoutait très vite : « Au cinéma du Panthéon, c'est tout à côté, il n'y a que la rue Soufflet à traverser. » Il nous laissait partir en haussant les épaules ; il dirait le jeudi suivant à M. Simonnot : « Voyons, Simonnot, vous qui êtes un homme sérieux, comprenez-vous ça ? Ma fille mène mon petit-fils au cinéma !» et M. Simonnot dirait d'une voix conciliante : « Je n'y ai jamais été mais ma femme y va quelquefois. »

Le spectacle était commencé. Nous suivions l'ouvreuse en trébuchant, je me sentais clandestin ; au-dessus de nos têtes, un faisceau de lumière blanche traversait la salle, on y voyait danser des poussières, des fumées ; un piano hennissait, des poires violettes luisaient au mur, j'étais pris à la gorge par l'odeur vernie d'un désinfectant. L'odeur et les fruits de cette nuit habitée se confondaient en moi : je mangeais les lampes de secours, je m'emplissais de leur goût acidulé. Je raclais mon dos à des genoux, je m'asseyais sur un siège grinçant, ma mère glissait une couverture pliée sous mes fesses pour me hausser ; enfin je regardais l'écran, je découvrais une craie fluorescente, des paysages clignotants, rayés par des averses ; il pleuvait toujours, même au gros soleil, même dans les appartements ; parfois un astéroïde en flammes traversait le salon d'une baronne sans qu'elle parût s'en étonner. J'aimais cette pluie, cette inquiétude sans repos qui travaillait la muraille. Le pianiste attaquait l'ouverture de La Grotte de Fingal et tout le monde comprenait que le criminel allait paraître : la baronne était folle de peur. Mais son beau visage charbonneux cédait la place à une pancarte mauve : « Fin de la première partie. » C'était la désintoxication brusquée, la lumière. Où étais-je ? Dans une école ? Dans une administration ? Pas le moindre ornement : des rangées de strapontins qui laissaient voir, par en dessous, leurs ressorts, des murs barbouillés d'ocre, un plancher jonché de mégots et de crachats. Des rumeurs touffues remplissaient la salle, on réinventait le langage, l'ouvreuse vendait à la criée des bonbons anglais, ma mère m'en achetait, je les mettais dans ma bouche, je suçais les lampes de secours. Les gens se frottaient les yeux, chacun découvrait ses voisins. Des soldats, les bonnes du quartier ; un vieillard osseux chiquait, des ouvrières en cheveux riaient très fort : tout ce monde n'était pas de notre monde ; heureusement, posés de loin en loin sur ce parterre de têtes, de grands chapeaux palpitants rassuraient.

A feu mon père, à mon grand-père, familiers des deuxièmes balcons, la hiérarchie sociale du théâtre avait donné le goût du cérémonial : quand beaucoup d'hommes sont ensemble, il faut les séparer par des rites ou bien ils se massacrent. Le cinéma prouvait le contraire : plutôt que par une fête, ce public si mêlé semblait réuni par une catastrophe ; morte, l'étiquette démasquait enfin le véritable lien des hommes, l'adhérence. Je pris en dégoût les cérémonies, j'adorai les foules ; j'en ai vu de toute sorte mais je n'ai retrouvé cette nudité, cette présence sans recul de chacun à tous, ce rêve éveillé, cette conscience obscure du danger d'être homme qu'en 1940, dans le Stalag XII D.



Jean-Paul Sartre, Les mots
1964 (réédition Gallimard, 1995)





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Stand-by


J'ai mis à jour ma compta pour octobre-novembre.

J'ai payé mes factures en retard (ouh, pas bien).

Je les ai saisies dans l'onglet "factures" de mon fichier "TVA 2010", puis j'ai saisi mes dernières notes d'honoraires dans l'onglet "notes d'honoraires".



I am a patient boy
I wait, I wait, I wait, I wait
My time is water down a drain



J'ai classé ma paperasse. J'ai rangé mon bureau.

J'ai nettoyé le pot à crayons et remis les stylos, les feutres et le coupe-papier dedans en les regroupant par couleurs.



I am a patient boy
I wait, I wait, I wait, I wait
My time is water down a drain



J'ai gravé les vidéos du boulot pour faire de la place sur mon disque dur.

J'ai fait mes attestations de traduction en retard, rempli les bulletins de déclaration Scam correspondants et posté le tout.



I am a patient boy
I wait, I wait, I wait, I wait
My time is water down a drain



J'ai cliqué et recliqué frénétiquement sur F5 à partir de la page de résultats de la grande aventure européenne.

J'ai fini par y apprendre que j'avais passé la barre de la moyenne aux épreuves de septembre, mais qu'il fallait encore attendre pour savoir si j'aurais la joie d'aller passer enfin ces p*£$@! de tests de traduction à Bruxelles.


I am a patient boy
I wait, I wait, I wait, I wait
My time is water down a drain



Ça se voit, que je m'ennuie un peu, là ?



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Crash test dummy



Plusieurs confrèreszésoeurs m'ont parlé de Linguee, récemment. Ce n'est pas un n-ième traducteur automatique, ouh non, c'est un outil qui permet de chercher des expressions traduites dans des sites multilingues (ce qui ne veut pas dire qu'elles ont été traduites par des traducteurs professionnels, entendons-nous bien, mais c'est un point de départ intéressant). Donc un genre de pierre de Rosette numérique, en somme (il paraît qu'on appelle ça un concordancier, j'ai appris un mot).

Comme je n'avais que ça à faire, j'ai décidé de tester Linguee rien que pour toi, lecteur tout attendri de ce blog. Je te plante le décor : imaginons que je veuille regarder comment on traduit sur le ouèbe l'expression "rights clearance" parce que je tombe là-dessus dans un texte sur le droit européen de l'audiovisuel et que c'est une expression casse-pied. Imaginons aussi que je n'aie pas de dictionnaire juridique sous la main, ni de base de terminologie, que ce terme ne se trouve dans aucun lexique ou dictionnaire en ligne et que le monde soit sur le point d'imploser. Tu visualises ?

Bon, dans un monde où Linguee n'existe pas, je commence par chercher l'expression sur les sites de l'Union européenne.




Pas grand-chose d'intéressant dans les premiers résultats. J'essaie de repérer un peu plus loin les sites dont l'url porte l'indication "en" quelque part, ce qui peut laisser supposer qu'en remplaçant "en" par "fr", je pourrai accéder à la version française de la page. Genre, ici :




Mais ça ne marche pas à tous les coups. Genre, ici toujours :




Il faut attendre la troisième page de résultats pour trouver le Graal, une de ces pages intitulées "Simple search" où le texte anglais est affiché en regard du texte français. Youpi !





Bon. Je poursuis un peu ma recherche, car "autorisation de(s) droits", c'est vraiment trop moche. Ailleurs, toujours sur les sites de l'UE, on parle de "libération des droits" ; je tombe également sur "le règlement des questions de droits d'auteur".

Je note, je note. Et je passe ensuite aux sites du Conseil de l'Europe, avec la même méthode un peu tâtonnante, en tapant ".coe.int" à la place de ".europa.eu" dans gougueule. Là encore, ça ne marche pas toujours, mais on a parfois de la chance...





"Liquidation des droits", donc. Ailleurs, sur le site de la même institution, "rights clearance" est rendu simplement par "octroi des droits". Ailleurs encore, "cross-border rights clearance" devient "la gestion transfrontalière du droit d’auteur".

Ça me fait déjà des pistes, mais je vais quand même encore faire un tour sur quelques sites officiels canadiens, histoire de voir. Le principe est toujours le même, sauf que dans les adresses canadiennes, il faut guetter les "eng" et les remplacer par des "fra" (ou cliquer sur le fort commode bouton "Français" qui figure sur pas mal de pages de l'administration canadienne) :




Après avoir épluché quelques pages de ce genre, j'ai dans ma besace "affranchissement des droits" et "obtention des permissions nécessaires". Je suis aussi retombée sur la "libération des droits".

Sur le site de l'Union européenne de radio-télévision (".ebu.ch"), je trouve encore "système de règlement des droits" pour "rights clearance system".

Une petite recherche complémentaire sur les sites des Nations unies (".un.org") ne donne aucun résultat probant.


À partir de tout ça, je vous passe les recherches de contrôle à effectuer sur les sites francophones spécialisés, le choix final (cornélien, vous l'aurez compris), tout ça tout ça.

Je n'ai pas comptabilisé précisément combien de temps j'avais passé à faire mes recherches en .europa.eu, .coe.int et .ca, mais sache que ce fut passablement longuet, lecteur admiratif devant tant d'abnégation de ce blog.


Maintenant, si je fais la même recherche dans Linguee, voici ce que j'obtiens :




Puis, après une longue liste de résultats assez répétitifs issus de la jurisprudence, de la législation et des communiqués de presse de l'UE, il y a encore deux résultats en fin de page :




(J'ai cliqué sur le bouton "Plus de résultats", tout en bas, mais la liste s'arrêtait là.)

Alors, quel bilan ?



  1. On a accès à tout plein de résultats provenant des sites de l'UE, y compris des documents .pdf. Ça, c'est un bon point, ça évite d'ouvrir chaque page susceptible d'être disponible dans une autre langue et de se casser les dents deux fois sur trois.


  2. Linguee recense un lien canadien. Un seul ? C'est très peu par comparaison avec la liste de pages bilingues que j'ai pu consulter à partir de ma recherche en .ca, et avec la série de variantes que j'ai trouvée par la même occasion.


  3. On a aussi un résultat issu du site de l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, ce qui est judicieux au vu du sujet dont il est question - et en plus, je n'y avais pas pensé, shame on me.


  4. En revanche, impasse totale sur les sites dépendant du Conseil de l'Europe, pourtant en grande partie multilingues (l'anglais et le français étant les langues les mieux représentées). D'autres institutions internationales sont laissées de côté (l'Union européenne de radio-télévision, par exemple).


  5. Au final, presque pas de sources hors UE. Et surtout : aucun résultat issu de sites autres que ceux d'organisations internationales ou d'administrations publiques (quid, par exemple, des "abstracts" bilingues rédigés par des chercheurs en droit de la propriété intellectuelle ?). C'est peut-être un choix "qualitatif", cela dit...


  6. Visiblement, Linguee repère les versions multilingues quand elles font l'objet chacune d'une page distincte, mais ne les recense pas forcément quand elles apparaissent sur une seule et même page (plus complexe, j'en conviens).




Conclusion : un outil pas mal, mais incomplet (pour l'instant ?). À garder sous le coude pour gagner du temps, mais sans perdre de vue qu'il n'est vraiment pas exhaustif et que la vérité réponse cherchée est peut-être ailleurs...

Que la musique d'X-Files vous accompagne en ce triste dimanche d'automne, mes frères.




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Tag "auteurs"


La Dame du CDI, elle a toujours des tags sympas (mais comment fait-elle, hein ?). Aujourd'hui, c'est un tag "auteurs" - et comme je suis nommément taguée, je suis obligée de m'exécuter relativement fissa (sinon, Dieu sait ce qui pourrait m'arriver, hein).

La lourde (et pénible) tâche qui m'incombe consiste à lister en moins de 15 minutes les 15 auteurs qui m'ont marquée. Bon. Alors j'ai listé ces messieurs-dames (pfiou, une seule femme dans le lot, c'est tristounet, non ?) en moins de 15 minutes, mais je vais prendre tout mon temps pour blablater autour de ce tag.

Blabla préliminaire : je me limite aux auteurs qui m'ont marquée, je laisse de côté les romans qui m'ont marquée. Je veux dire, Madame Bovary, par exemple, a été un grand moment dans ma vie de lectrice, mais je ne dirais pas que Flaubert est un auteur qui m'a marquée. Idem pour Berlin Alexanderplatz d'Alfred Döblin, La Dame de Pique de Pouchkine, Allah n'est pas obligé d'Ahmadou Kourouma, De l'autre côté du miroir de Lewis Carroll, ou le très beau Testament français d'Andreï Makine dont on a parlé ici y a pas longtemps. Ceci étant dit, passons au plat de résistance.

1. W. G. Sebald - parce que c'est à peu près le premier nom qui me vient à l'esprit quand je pense "auteur", tellement ce monsieur a marqué mon existence et l'idée que je me fais de la littérature. Et mille excuses, lecteur lassé de ce blog, parce que j'en ai déjà parlé à plusieurs reprises, mais que veux-tu, c'est comme ça.

2. Paul Auster - parce que lecture d'ado. Je relirais bien la Trilogie new-yorkaise pour voir ce qu'elle devient à l'épreuve du temps. La musique du hasard (relu, lui) reste un de mes bouquins préférés.

3. Russell Banks - parce qu'indissociable du précédent dans mon esprit (et dans ma bibliothèque, vu qu'ils se suivent ou à peu près), lu à la même époque et publié lui aussi chez Actes Sud en France. La littérature US contemporaine at its best ("à son meilleur", c'est comme ça qu'on dit ?). De beaux lendemains est une merveille, tout comme Hamilton Stark. Le dernier de ses romans (La Réserve) m'a un peu déçue, mais je garde espoir...

4. René Goscinny - parce qu'entre Astérix, Lucky Luke, Le Petit Nicolas, Oumpah-Pah et les Dingodossiers, qui ont tous accompagné mon enfance, il me semble difficile de nier que le bonhomme m'a marquée (surtout dans l'humour crétin, me direz-vous ? tss-tss, pas de mauvais esprit).

5. Joseph Roth - parce que vous savez pourquoi, ou sinon cliquez ici, je n'y reviens pas.

6. Alejo Carpentier - parce que ce fut l'un de mes rares coups de foudre littéraires. Un auteur cubain découvert un peu par hasard il y a quelques années, une langue luxuriante (je ne l'ai lu qu'en traduction, mais c'est chouette même comme ça), une fascination pour le baroque qui me parle, en un mot comme en cent : j'aime.

7. Carson McCullers - parce qu'elle est courte, la liste des oeuvres de Carson McCullers, mais que ses romans n'en sont que plus précieux et fragiles.

8. Roald Dahl - parce qu'il a baigné mon enfance et accompagné mes premières lectures en anglais quelques années plus tard, mais aussi parce que ses nouvelles vitriolées "pas pour enfants" sont particulièrement jubilatoires.

9. Oscar Wilde - parce que c'est la classe. Brillant et à la hauteur de ses ambitions. La classe.

10. Leon Garfield - parce que lecture d'enfance, là encore. Des histoires pleines de mystère, les bas-fonds anglais du XIXème siècle, un humour souvent décapant et plein d'autres petits détails qui en font de la vraiment bonne littérature pour enfants ou jeunes ados.

11. Franz Kafka - parce que c'était un des rares goûts littéraires que je partageais avec mon père, et parce qu'on finit toujours par se retrouver, en tant que lecteur, dans l'infernale absurdité et dans l'arbitraire noir de ses oeuvres.

12. George Orwell - parce que 1984 et tout le reste.

13. Leonardo Sciascia - parce que c'est une découverte que je dois à Copine B. (qui eut drôlement le nez creux ce jour-là) et que ses récits politiques, engagés et pleins de suspense en même temps, vous plongent dans une Italie "parallèle" et insoupçonnée.

14. Guy de Maupassant - parce que je ne garde pas un souvenir ému des deux années de collège où j'ai eu le plaaaiiisir d'étudier ses nouvelles, en raison d'une prof de français rébarbative au possible (qui portait un nom de famille à la troublante homophonie avec le mot "boulet"), mais que quand même, avec le recul, j'ai relu tout ça avec passion et apprécié d'autant plus l'humour cruel et satirique de ce cher Guy.

15. Albert Camus - parce que comme plein de monde, j'ai aimé passionnément Camus quand j'avais 15 ans, puis 16, puis 17. Que Noces à Tipasa reste l'un des plus beaux textes qu'il m'ait été donné de lire (et dont je conserve précieusement la vieille édition de ma môman, avec sa couverture manquante et son papier jauni). Et que La Chute, étudié avec un autre prof imbuvable en terminale, m'a également laissé un souvenir inoubliable.


Et vous ? Allez, 15 minutes de plongée mentale dans votre bibliothèque passée et présente, et on en reparle. Zou !


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(En passant)


Pour une bonne tranche de rigolade (rire plutôt jaune, mais rire quand même), filez lire le billet de Bahan sur la prestation du patron de l'agence de traduction Dynacom lors du concours Créador, c'est ex-cep-tio-nnel.


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Vian à la maison, y a le printemps qui chaaaanteuh


(Ce titre est lamentable, mais c'est pas ma faute si le Franprix m'a mis cette chanson idiote dans la tête, na d'abord.)

Boris Vian était un gars qu'on aimait bien dans la famille de Tatie Les Piles. Romans, poèmes, 33 tours, nouvelles, on avait un peu de tout à la maison. Et en ma qualité d'influençable petite dernière de ladite famille, j'ai hérité d'un a priori très favorable à son endroit, mais sans jamais me pencher réellement sur son cas ni sur son oeuvre. Je veux dire, j'ai lu quelques uns de ses romans avec grand plaisir et j'apprécie ses chansons, mais ça s'arrête là.

Et oui, je connaissais l'histoire de l'imposture-canular Vernon Sullivan, mais seulement dans les très grandes lignes. C'est-à-dire que je savais que Vian avait écrit des polars sous ce pseudo, mais j'ignorais qu'il les avait présentés comme des traductions de romans noirs américains (ce qui paraît assez logique, quand on y réfléchit deux minutes, mais j'avoue que je n'avais jamais pris cette peine - question de blondeur, sans doute).

C'est en cherchant un truc pour une traduction que je suis tombée par hasard sur cet article intitulé "Vernon Sullivan ou les pseudo-traductions de Boris Vian", d'Isabelle Fakra, qui étudie (pas autant dans le détail qu'on pourrait le souhaiter, mais c'est intéressant quand même) comment Vian a parsemé sa fausse traduction de calques et d'américanismes. Même topo, dans une veine similaire, dans cet autre article, "Boris Vian, traducteur et pseudo-traducteur", de Daniel Vojtek. À signaler aussi sur Polar Noir, une page intéressante et assez étonnante consacrée aux traductions en anglais de J'irai cracher sur vos tombes. Enfin pour "élargir le débat" (oui, oui, restons fidèles à l'esprit de ce blog qui s'efforce toujours de prendre de la hauteur, n'est-ce pas ? hmm ? non ?), un dernier article de Patricia Godbout, "Pseudonymes, traductionymes et pseudo-traductions" paru dans Voix et images en 2004.

Je t'invite à aller lire tout ça si comme moi, humble lecteur de ce blog, tu es d'une ignorance crasse sur cette histoire - ou même si tu connais très bien la question mais que tu veux me faire plaisir quand même (parce qu'il n'y a pas de raison de se fâcher, hein).


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Week-end pluvieux, week-end heureux





(Mais tout de même, autant de pluie dans un seul week-end, ça devrait être interdit, boudiou d'boudiou.)


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Ne nous précipitons pas


Parfois, il faut se méfier. Ne pas se précipiter. Penser que c'est peut-être trop beau pour être vrai. Ouvrir un dictionnaire ou un bouquin de civi. Ou chercher les coordonnées d'un traducteur.

Par exemple.

Ça se passe sur France 5, dans un documentaire français sur le business de la mort. Les pompes funèbres, tout ça, quoi. Dans un documentaire sur un sujet comme ça, on pèse bien les mots qu'on utilise (sauf dans le titre, visiblement). On essaie de ne pas choquer, de ne pas être trop cru, de tourner des images feutrées.

(Entre parenthèses, j'ai rarement vu plus kitsch que l'intérieur d'une boutique de pompes funèbres, et je trouve que quand on y est parce qu'on a perdu un être cher, on se sent profondément insulté par ce genre d'endroit. Donc "feutré", mon c**. Mais passons.)

Et puis à un moment donné - et c'est là, je crois, la seule incursion en langue étrangère du documentaire - le réalisateur va interviewer un fabricant anglais de cercueils pas chers. Il explique sa méthode de fabrication, et pour conclure, il dit : "This is our bread and butter."

J'ose espérer que ce n'est pas un traducteur, mais le journaliste ou le réalisateur, qui a traduit ça par : "C'est comme ça qu'on fait notre beurre."

Parce que ce pauvre Anglais a soudain l'air d'un horrible profiteur qui se fait du fric sur le dos des familles des défunts.

(Ce qui, entre re-parenthèses, n'est pas totalement faux, mais ce n'est pas exactement l'esprit de ce qu'il dit et en l'occurrence, c'est un peu gênant.)

Je suppose que le journaliste/réalisateur a entendu "bread and butter" et s'est dit : "Tiens, 'butter', c'est 'beurre'. Ça doit vouloir dire 'faire son beurre'."

Pourtant, le journaliste/traducteur aurait pu se dire : "Tiens, 'bread', c'est 'pain'. Ça doit vouloir dire 'c'est notre pain quotidien' ou 'c'est notre gagne pain'." Ce qui aurait été nettement plus fidèle à l'anglais et drôlement plus neutre que "faire son beurre". Non ?

Ou alors, il aurait pu ouvrir un dictionnaire.

Et surtout : il aurait pu faire appel à un traducteur professionnel, bordel !


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Crise toujours


Il y a quelques jours, Cliente A. m'a demandé de lui traduire des extraits d'un texte de trois pages...




À part lui expliquer que c'était un peu dommage parce que la traduction risquait de ne pas refléter la cohérence du texte dans son ensemble, je n'ai pas su trouver d'arguments. Après tout, elle fait traduire cet article pour sa propre compréhension, pas pour le publier, et elle paye les traductions sur son allocation de recherche, je peux donc comprendre qu'elle calcule au plus juste. Mais quand même, c'est vraiment absurde et désagréable de traduire des bouts de paragraphes isolés sans traiter ce qui précède ni ce qui suit.

Grrrrr.


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Si j'étais un lion...


Si j'étais un lion, j'irais voir l'épicier du bout de la rue et je lui dirais : "Coco, la crise est passée par là. Tu vas me faire 5% de réduction sur ma tranche de jambon et mes yaourts."

Le lion, c'est Lionbridge, une multinationale de la traduction qui vient d'annoncer à ses traducteurs indépendants une baisse de 5% de leurs tarifs. Le mail, envoyé depuis une adresse à laquelle on ne peut pas répondre (ça évite de communiquer avec ces gueux de traducteurs), dit ceci :

Dear Les Piles,

The global economic downturn of 2008 and 2009 affected all of us. Together, as translation partners, we weathered this challenging and uncertain economic environment and demonstrated our value to clients worldwide. Today, while some economies are showing some signs of improvement, the overall demand environment remains fragile and volatile:

- This week, The Economist commented that “industrial production in the USA fell by 0.2% in September, the first decline in more than a year”;

- In October alone, the US Dollar lost 6% of its value against the Euro. Year-to-date the US Dollar also lost 6% of its value against the Japanese Yen;

- Most economists predict little or no growth in Europe and Japan for 2011.

In today’s uncertain economic environment customers expect all of us to deliver “more for less”. To remain competitive, we are all demanding more from ourselves to meet these challenges.

Against the backdrop of this negative economic context, effective November 1, 2010 through January 1, 2011 we require all our partners to provide a 5% discount on all Lionbridge projects. This discount is independent of any other agreements we may have in place with you.

Lionbridge is not taking this step lightly and understands the effort it represents. Please keep in mind the following points:

- In most markets, Lionbridge bears the full burden and risk associated with exchange-rate fluctuations; as a USD denominated company this means we have effectively seen our outsourcing costs rise by approximately 6% in the last month alone;

- Lionbridge continues to put tremendous effort into securing new and existing customers and markets, effectively providing for our and YOUR future revenue streams;

- To meet customer demands, Lionbridge has taken extraordinary steps to reduce its fixed costs and we will continue to do so. We ask our partners to do the same.


In closing, I want to reiterate Lionbridge’s commitment to increasing market demand for translation services by providing the industry’s most innovative, efficient and high-quality services that enable clients to extend their global reach. As our translation partner, your success is tightly aligned with our success. I want to personally thank you for the services you are providing to Lionbridge during these challenging times and I look forward to extending our partnership in 2011 and beyond.

Thank you,

Didier


Je n'ai jamais travaillé pour ces gens que je ne porte pas dans mon coeur, pourtant je suis dans leurs fichiers puisque j'ai reçu ce mail - j'ai dû leur envoyer un CV il y a des années, je ne m'en souviens plus. En tout cas, cela montre qu'ils effectuent un suivi rigoureux de leurs fournisseurs actifs. J'avoue que je n'y ai pas trop fait attention et qu'il est parti directement dans ma corbeille, mais il provoque des remous assez intéressants sur Internet, notamment ces trois billets (et les commentaires abondants dont ils ont fait l'objet) :

Open letter to a vice-president, sur Fun pastimes for stupid children

Discounts required sur Avonturen van een vertalende thuiswerkmoeder

A Personal Response to Lionbridge VP Didier Helin’s Unilateral Demand of a 5% Discount chez Miguel Llorens

Au-delà des réponses bien senties et du style assez classe de ces différents billets, je me rends compte que celui de Miguel Llorens contient une affirmation qui me semble de plus en plus juste à mesure que les années passent et laissent leur marque indélébile sur ma pauvre personne : "the bigger [translation companies] are, the less you want to work for them."


A voir et à revoir : The client-vendor relationship.


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Zêtes tellement forts que ça ne sert à rien de prolonger le suspense (qui semble avoir des effets potentiellement fatals sur d'aucuns).




J'ai pris cette photo rue Taitbout il y a à peu près un mois, alors que j'étais plongée dans la traduction de deux documentaires sur l'archéologie. Et ce véhicule à deux roues (que je me garderai bien de nommer autrement parce que chuis nulle dans ce domaine) m'a rappelé un bouquin que j'ai lu et relu quand j'étais gamine : La Civilisation perdue : Naissance d'une archéologie, de David Macaulay. Il relate comment des archéologues de l'an 4022 découvrent, lors de fouilles, une chambre d'hôtel américaine de la fin du 20ème siècle, et interprètent les objets qu'ils retrouvent. Evidemment, leur interprétation n'a pas grand-chose à voir avec ce qu'on sait de ces objets.

Entre temps, il faut préciser qu'il s'est passé ceci :


En 1985 un cataclysme d’un ampleur sans précédent détruisit virtuellement (sic, sic et encore sic !) toute forme de vie sur le Continent nord-américain. Le 29 novembre au matin, une réduction fortuite des tarifs postaux applicables aux courriers dits de troisième et quatrième catégories ensevelit les citoyens américains sous des tonnes de prospectus publicitaires, brochures et autres dépliants gratuits.
L’après-midi, des impuretés apparemment restées en suspension dans l’air depuis des siècles finirent par céder à la pesanteur et s’écroulèrent sur ce qui restait d’une population déjà pétrifiée.
En moins d’une journée, la civilisation la plus avancée de l’ancien monde avait péri.


C'était assez drôle, dans mon souvenir, et de temps en temps, j'y repense en me demandant ce qu'ils penseraient de tel ou tel objet, ces fameux archéologues du futur (oui, j'ai des interrogations passionnantes, ma vie intérieure est d'une richesse éblouissante, toussa toussa).

Alors, qu'en diraient-ils, de ce deux-roues avec sa large façade (sékomsakondi ?) et ses mystérieuses inscriptions ?


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