Change de métier #1
My services are boundless


Longtemps, parce que c'est pas bien de médire, j'ai résisté à la tentation de créer une série de billets spécialement consacrée aux perles de CV de traducteurs qu'on m'envoie périodiquement alors que je n'ai rien demandé.

Mais tant pis (pour eux), ils m'ont eue à l'usure.

Candidature #1, donc, reçue ce week-end. Voici trois morceaux choisis du mail d'accompagnement (le gras souligné est d'origine).




Et la ligne qui tue, dans le CV en pièce jointe :




Ai-je besoin de le préciser ? Ce monument de modestie traduit vers l'anglais, bien sûr.



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Gore


Ils sont prêts à tous les racolages pour attirer du monde, chez France 5.





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Gougueuleries


Dites, un an et demi déjà qu'il n'y a pas eu de point Gougueuleries sur ce blog. Allons-y donc, ça ne mange pas de main et je n'ai pas le temps de faire mieux ces jours-ci : voici un portrait tout en nuance de l'abondant lectorat de passage sur les Piles intermédiaires ces derniers mois, sur la base des mots clés enregistrés.



Ceux qui nous rappellent la polysémie du terme "pile"
c'est l'imprtance de monter une pile en serie ou en parrallele
définition d'une pile art roman
prarie pile traduction
devinette sur les piles


Les amis des bêtes
revue animal, frisquette
dentition du cervidé
dinosaures et mammouths
si j'etais une lionne
si j'étais un lion


Les amateurs de langues étrangères
apprendre le woloof a la sorbonne
dictionnaire arabe allman t
apprendre le yiddich


Ceux qui parlent à Google (et maîtrisent à fond le concept de "mot clé")
IL ya un film sur mon ordinateur qui s appelle zola et mirage trouver les
quand est passé le film dirty dancing a la television francaise pour la premiere fois
qu'est-ce qu'on dit dans un documentaire televise
quel est l'artiste d'une boule de piles
effilées et confits est un adjectif qualificatif oui ou non
quesqu une phrase narrative


Les postulants à un boulot dans les institutions européennes
dans quel rôle votre contribution pourrait-elle être optimale
quelle serait la valeur ajoutée spécifique que vous pourriez apporter à
Vous pouvez présenter deux de vos principales réalisations. Veuillez les décrire ainsi que le procédé que vous avez utilisé pour permettre leur réalisation (x 4)
Dans quel rôle votre contribution pourrait-elle être optimale et quelle serait la "valeur ajoutée" spécifique que vous pourriez apporter aux institutions et agences de l'Union (x 5)
Vous pouvez présenter deux de vos principales réalisations


Les confrères
agence de traduction jeunes freelance
londres boîte traduction audiovisuelle
Lionbridge 5% réduction
lionbridge discount
lionbridge 5% discount
"all our partners to provide a 5% discount on all lionbridge
traducteur 2035.xls
tarif au mot
all our partners to provide a 5% discount on all lionbridge
"prosperous translator"
traducteurs freelance clientèle directe


Mention spéciale :
Les traducteurs Harlequin
le tremblement de ses mains trahissait son émotion


Les futurs confrères (ou pas)
j'ai raté l'esit


Les locataires et propriétaires en plein questionnement immobilier (ou les amateurs de Catherine Millet, on ne sait pas toujours)
jours de souffrance
jours de souffrance fenetre
créer une fenêtre ou un jour de souffrance
droit immobilier aeration jour de souffrance
photo jour de souffrance
jour de souffrance


Les mélomanes, toutes tendances confondues
Marvin Gaye And His Girls
t.b. sheets traduction (x 2)
traduction tadieu bone
accorder un clavecin
accordeur electronique pour clavecin (x 2)
parolestadieubone


Les amateurs de bonne télévision
steven est malade
hartley coeur a vif (x 2)
"marine de master chef"


Les cinéphiles au goût plus ou moins sûr
One of these days, I’m gonna get – ORGANIZIZED » explication
"royal camée" (x 2)
traduction one of these days i'm gonna get organized
le rouge leger de la robe de Cyd
ghost writer doublage
personne ne met bébé dans des coins
l'arnanque vo
pancarte de cinéma muet image
acteurs connus (x 3)


Les collégiens/lycéens/étudiants en quête d'une dissertation toute faite de documentation
Michel tournier le génie du lecteur procedes utilises pour argumenter
combien de mots pour une dissert en philo
traduire un texte allemand du lycée ?


Les pirates
télécharger les films des productions I.G.+ tistou
mad men sous titres corriges orthographe


Les fins connaisseurs en matière de littérature jeunesse
La Civilisation Perdue. Naissance D'Une Archeologie
naissance d'une archeologie
david macaulay comment ça marche livre


Les inuitophiles (et autres victimes de la légende urbaine sur les mots désignant la neige chez les Eskimo)
les mots pour parler de la neige chez les esquimaux
exemple de mots yupik
termes designant la neige


Ceux qui cherchent un confrère
viviane de dion, traductrice
andré chassigneux
babeliane traduction
patrick charbonneau (x je-ne-sais-plus-combien)
blog d'une traductrice
patrick charbonneau traducteur


Ceux qui cherchent un autre blog
grenouille-rosbif blog


Les fétichistes (du pied et de la fossette)
fossette menton
fossette au menton
fossette au menton billy bob thorton
photo une fossette au menton
"bottes pieds nus"
photos de fossette au menton


Les amis d'Arrêt sur images
judith bernard (x 10)


Ceux qui s'interrogent grave sur la traduction
traduction qui parle (x 4)
traducteur audible
comment traduire un titre
chaque langue ayant son atmosphère et son attraction propres, le préalable à la bonne traduction est d?échapper
traduit l'anglais en parlent
la revue des traducteurs meta
non imbécilité du lecteur
"relevé de texte" sous-titrage


Ceux qui n'ont pas dû être déçus (pour des raisons variées)
secret de la seduction en ligne telecharger
mon dieu que fait tu de moi
classeur de recettes
paris etendre +linge exterieur
voir toutes les sortes de musiques de films les plus entendus blog
teufeur


Les sartriens, malruciens, döbliniens, sadjiiens, péréquiens et autres tintinophiles orwelliens (mais surtout sartriens) (cherchez l'intrus)
succession Hergé
citation malraux sera indéniablement
nous suivions l'ouvreuse en trébuchant
"berlin alexanderplatz" "nouvelle traduction"
"nous suivions l'ouvreuse en trébuchant"
döblin berlin alexanderplats
Harlequinades
1984 orwell
LES ENFANTS DE Amadou Booker SADJI
sartre les mots ses lectures d enfance
"ils aimaient les images pour peu qu'elles"
Je défie mes contemporains de me citer la date de leur première rencontre avec le cinéma. Nous entrions à l’aveuglette dans un siècle sans traditions qui devait tranc
george orwell 1984
mais son beau visage charbonneux


Ceux qui se posent de drôles de questions, quand même
souffrance des mousses marins
phrases détournées pour dire au revoir
collection caches gommage machine à écrire
monticule de neige glacee syno
musique reine Engrish MELL
adjectif qualificatif des raleries
life-balance bracelet francais wikipedia


Ceux qui sont bien péremptoires
"traductrice" "pas chez moi"
futile grammaire


Les amateurs de la langue française
jean pierre minaudier grammaire
"jeu de mot" détoner détonner


Ceux dont je ne vois vraiment pas comment ils sont arrivés là, mais c'est Blogger qui me le dit (et je me demande s'il ne se fout pas un peu de ma gueule sur ce coup-là)
jhjhjhjhjhjh
alice zeniter jusque dans nos bras


Les alcooliques
berechkova


Laurence Parisot (ou Luc Chatel)
jeunes diplomés lourd à former


La cellule bédéphilie de TRACFIN
blanchiment d'argent méthode stroumph
technique des schtroumpfs blanchiment d'argent


Ceux qui s'intéressent aux mêmes choses inintéressantes que votre blogueuse dévouée (et ont donc toute sa sympathie)
tio tio dictionnaire raisonné des onomatopées françoises
la figure du rossignol
polymathie malebranche


Ceux qui n'ouvrent plus jamais un bouquin depuis qu'Internet existe
be my guest traduction
positiver
tergiverser
regle grammaire feu mon grand pere
cuisine traduiree en anglais


Et, tout de même :

Ceux qui ne viennent plus chez nous par hasard
"premier jet" "piles intermédiaires"
les piles sous titrage
les piles traduction blog
piles intermédiaires blog traduction




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Images express du moment


Revoir Damages, saison 1, épisode 1, et attendre impatiemment que s'affiche le sous-titre qu'on préfère... (VO : "$100 million, Mrs. Hewes, (that's a one with a hell of a lot of zeroes).")




Les joies de l'actualité : où l'on découvre que la Tunisie possède un ministère des Missionnaires. Ou pas ?




Merci à Tiz pour cette superbe plaque d'une professionnelle de la profession qui inspire confiance au premier coup d'oeil.




Et puis toujours au rayon de la confiance instantanée, un nouveau concept repéré sur un CV que m'a envoyé un traducteur en pleine prospection : le "hoppy" - vraisemblablement un hobby pratiqué à cloche-pied (ce qui est méritoire, pour le foot et le tennis).




That's all, folks! Pas beaucoup de temps ces jours-ci...


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Perles rares


Par définition, le traducteur de langue rare est... rare.

Le traducteur de langue rare spécialiste de la traduction audiovisuelle est encore plus rare.

Et le traducteur 1. maîtrisant une langue rare 2. spécialiste de la traduction audiovisuelle, 3. de langue maternelle française (et éventuellement 4. bon) est vraiment rarissime.

Au cours de ma longue et fascinante carrière, j'ai eu l'occasion de relire et/ou de simuler de passionnants documentaires comportant des langues plus ou moins rares (persan, tibétain, bengali, estonien, lituanien, japonais, arabe, tchèque, bulgare, wolof, israélien, hongrois, chinois, roumain, suédois et peut-être quelques autres), avec, il faut l'avouer, un plaisir variable.

Les circonstances peuvent varier, elles aussi : parfois, la traduction arrive toute prête dans ma boîte mail. Un simple fichier Word, aucun contact avec le traducteur, une journée pour relire la traduction : non seulement c'est un vrai cocktail de convivialité, mais en plus, c'est absurde. Parfois, j'ai un numéro de téléphone, un e-mail, bref, de quoi poser des questions sur les passages qui me posent problème - déjà, c'est mieux. Et parfois encore, il s'agit de simuler des sous-titres en présence du traducteur, voire de les rédiger de concert et de conserve (à l'époque où j'étais salariée dans un labo, notamment), ce qui est déjà nettement plus chaleureux et pratique.

Les traducteurs de langues rares, finalement, sont comme tous les traducteurs : il y a les pointures, ceux dont on ne dit rien, les catastrophes et les imposteurs. Le truc, c'est que la rareté de la langue qu'ils traduisent les rendent relativement plus indispensables que les traducteurs de langues non-rares. Une fois qu'une société de postproduction a dégoté à grand-peine "son" spécialiste du pakistanais, de l'estonien ou du peul après avoir passé une journée à appeler facs, ambassades, consulats et agences de traduction, pas question d'en changer la fois d'après. L'autre truc, c'est que des gens au demeurant très sympathiques mais pas vraiment traducteurs se retrouvent parfois à faire de la traduction juste parce qu'ils maîtrisent ladite langue rare. Attention, loin de moi l'idée de généraliser ; il y a aussi plein de traducteurs de langues rares super compétents et légitimes - mais les spécimens présentés ici ont volontairement été choisis pour leur côté atypique et parce qu'ils ne pourraient pas être (ou se prétendre) traducteurs de langues non rares, du moins il me semble (encore que...). Voici donc quelques portraits de traducteurs de langues rares rencontrés, en vrai ou virtuellement, au fil des dernières années.


O., le prof de fac

Il est de langue française et maîtrise une langue vraiment très très rare qu'il enseigne à l'INALCO. Il est sympa et de bonne volonté, mais let's face it : il n'est pas traducteur. Son texte est digne d'une version de lycée. Ah mais si, tiens, il est aussi traducteur-interprète, m'apprend Google. Je ne l'ai pas rencontré en vrai, mais je reste un peu perplexe : peut-on faire carrière dans la traduction en rendant des traductions aussi scolaires et maladroites ? La réponse est oui. Il suffit visiblement d'être le seul spécialiste connu en France de ladite langue vraiment très très rare.


W., l'inconnue au bataillon

Elle maîtrise une langue modérément rare - pour laquelle il existe de vrais traducteurs, même des spécialisés dans l'audiovisuel, même des de langue française, même des talentueux. Je ne sais pas comment elle a été choisie par notre client commun, son nom et ses coordonnées ne renvoient à rien du tout ni sur Google ni dans les annuaires de traducteurs, elle ne répondra à aucune de mes questions par e-mail, ne rappellera jamais suite aux messages que je laisse sur son répondeur. Une énigme. Mais une énigme capable de rendre ça au client, quand même :



Wow.

Une traduction ni faite ni... ah si, à refaire, en fait.


T., le moine bouddhiste défroqué

Il est exceptionnel. Il débarque un après-midi à 14h30 pour sous-titrer quelques mantras ; il fera la fermeture des bureaux avec moi à 20h. Entre temps, j'aurai eu le récit circonstancié de sa vie au Tibet et de son passage par les geôles chinoises, le compte rendu de ses nombreuses rencontres avec Sa Sainteté, un exposé sur sa collaboration avec Annaud et Scorsese, une carte de visite en deux exemplaires ("Une pour le bureau, une pour toi !") et la référence de ses bouquins autobiographiques, sans oublier une proposition indécente de me joindre aux cours de tibétain qu'il affirme dispenser à Johnny Depp et Vanessa Paradis (j'aurais dû dire oui rien que pour l'emmerder, je sais - j'étais trop abasourdie pour réagir). À part ça, le sous-titrage proprement dit a pris 40 minutes (et encore, les mantras, il paraît que c'est in-sous-titrable). Et six mois après mon départ de la boîte, mon successeur recevait encore des mails me proposant d'aller prendre un verre et plus si affinités. Inoubliable, T.


O., l'étudiant en histoire de l'art

O. vient d'un pays à régime "à poigne", où les droits de l'homme ne sont pas une priorité. Du coup, quand dans un premier temps il insiste d'un ton péremptoire pour ajouter "notre nation glorieuse" dans un sous-titre sur deux, je me pose un peu des questions. Mais après tout, puisqu'il s'agit de sous-titrer un chant de propagande, je décide de lui laisser une chance. Et au final, après deux ou trois séances de travail communes sur plusieurs documentaires, il s'avère qu'O. est nettement plus sympathique qu'à première vue. Il a choisi de se spécialiser en histoire de l'art comparée pour pouvoir aller passer un an en France et il en profite grave derrière son air un peu austère, ça fait plaisir à voir. Par contre, il a beau avoir du vocabulaire, il parle un français très hésitant. Du coup, il se demande un peu ce qu'il fait là : "Mais tu sais pourquoi ils m'ont appelé moi ?" Non, je ne sais pas. "C'est bizarre, parce que je connais des vrais traducteurs, hein !" Ah... Une énigme de plus...


T., le réalisateur

Tout est parti d'un contretemps. Une traductrice que j'ai recommandée à mon client a annulé en dernière minute et a envoyé toute confuse un ami en remplacement. Je me méfie un peu : je sais que la traductrice en question est super, mais quid du bon pote qui s'est dévoué pour venir ? Eh ben le bon pote n'est pas traducteur, mais réalisateur, et j'ai rarement assisté à une séance de sous-titrage aussi enrichissante. On sous-titre tout en nuances les dialogues à traduire, on discute longuement du sujet abordé par le docu et de la manière - discutable - dont il est traité, on parle de son pays (où les droits de l'homme ne sont pas non plus une priorité), T. a des choses intéressantes à dire et je me dis en rentrant chez moi que c'est chouette, de faire un métier où on peut rencontrer des gens comme ça.


D., le pénible

L'archétype du traducteur qui m'énerve. Comme W., il maîtrise une langue rare pour laquelle il existe des traducteurs plus dégourdis que lui. Contrairement à W., en revanche, il écrit en bon français et est un vrai traducteur, c'est déjà ça. Mais après trois collaborations avec lui, je me rends compte qu'il finit toujours par planter les gens pour lesquels il travaille : il met les autres dans la panade en rendant sa trad trois jours après la date convenue, il se présente comme "équipé d'un logiciel de sous-titrage" mais omet de préciser qu'il ne sait pas s'en servir ce qui oblige bibi à se coltiner en urgence le repérage et la saisie des 400 sous-titres du programme, il a deux de tension et l'air tout gentil, mais pratique un languedeputage actif dans le dos d'à peu près tout le monde, y compris votre blogueuse dévouée... Bref, il me fatigue. Oui mais voilà : la langue rare, dans son cas, est un sésame infaillible qui lui permet de continuer à sévir sans trop se remettre en question. M'énerve.


M., la fumiste

M. ne le sait pas, mais je la connais. En DESS, elle a re-passé avec ma promo les examens qu'elle avait loupés l'année précédente et j'ai papoté un quart d'heure avec son chéri pendant qu'elle re-soutenait son mémoire au mois de juin, en attendant d'aller présenter le mien. Mais manque de bol pour elle, elle ne s'en souvient pas (gniark gniark gniark). Son DESS, elle l'a passé (obtenu ?) en traduction anglais > français, mais il s'avère qu'elle a une corde supplémentaire à son arc - une langue rare, donc.

J'ai déjà relu son voice-over pas catastrophique mais un peu bâclé et elle vient maintenant faire une centaine de sous-titres. J'ai autre chose à faire ce jour-là, mais elle affirme qu'elle n'a jamais appris à manipuler un logiciel de sous-titrage et qu'elle ne sait pas bien faire. On commence sur des bases saines comme je les aime : je suis bien placée pour savoir qu'elle a appris tout ça en DESS. Elle joue les idiotes et ça m'énerve : "Ah ? Il y a des limites de lisibilité dans les sous-titres ? Et comment tu fais pour savoir quand doit démarrer un sous-titre ? Je me suis toujours demandé !" Je l'avoue, je finis par exploser sur le mode : "Arrête de me prendre pour une conne, I KNOW WHAT YOU DID LAST SUMMER!"

Je l'ai recroisée quelques mois plus tard dans un autre labo où, paraît-il, plus personne ne voulait la relire - depuis, plus rien. J'ignore si elle a persévéré dans cette voie...


The Man, le "traducteur" de langue rare qui se passe de commentaires

Ouais, c'est du piston. Assumé. Le jour même de mon embauche chez A. en 2005, la chargée de post-prod m'annonce d'un air paniqué : "On a un documentaire en wolof à traduire. T'en connais, toi, des gens qui parlent wolof ?" Je réfléchis deux minutes et décide de répondre par l'affirmative à sa question a priori rhétorique, et de proposer à The Man de venir faire les sous-titres sur place avec moi. Un vrai bonheur, malgré mes appréhensions initiales : une journée au boulot avec mon cher et tendre, l'occasion pour lui de comprendre mon travail et de se rendre compte que c'est un vrai métier qui prend du temps, le sous-titrage. Dommage que l'occasion ne se soit pas représentée depuis...


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Mot du jour (9)


Nouveau mot du jour glané au cours d'une simu fin 2010, et que je vous réchauffe sans vergogne avec quelques semaines de retard :



polymath(e)


Contexte : Une simu, donc, où il est question d'un champion d'échecs bien connu qui est décrit en anglais comme un "Renaissance man". Comme la traductrice et bibi hésitons quant à l'interprétation précise à donner à cette expression, une petite recherche s'impose.

Ce n'est pas : un insecte à plusieurs pattes.

C'est :

Première piste sur Wikipedia version anglophone :


Renaissance Man may refer to:

- Polymath, a person whose expertise spans a significant number of different subject areas
(...)


Wikipedia version francophone précise :



La polymathie désigne la connaissance variée et approfondie d'un nombre différents de sujets, en particulier des connaissances en art et en science. Le substantif polymathe désigne donc un individu aux connaissances variées et approfondies. On dit parfois « homme d'esprit universel ».

Le mot provient du grec polymathēs, πολυμαθής, voulant dire « connaissant, comprenant ou ayant appris en quantité », des racines πολυ- pour « beaucoup » et μαθ- pour « apprentissage ».

(...)



Un peu de contexte: le terme apparaît par exemple dans les Oeuvres complètes de Malebranche (1638-1715), mais visiblement dans un sens légèrement péjoratif :




Il existe (le saviez-vous ?) une Société polymathique du Morbihan dont le site est bourré de pubs pénible mais nous apprend des choses passionnantes (ou pas).


" POLYMATHIQUE "...
Que se cache-t-il derrière ce nom savant, dérivé de "polymathie" ?
Le mot, d'origine grecque, veut dire :
- multiplicité des connaissances,
- culture encyclopédique,
- pluridisciplinarité.



En choisissant ce vocable en 1826, les créateurs de l'association ont voulu indiquer qu'aucune science, ni aucune forme de culture ne serait négligée en son sein, avec pour champ d'application préférentiel, le département du Morbihan.
Sous la houlette de ses fondateurs, notamment le chanoine Mahé, Jean-Marie Galles, Amand Tasié ou le Docteur Mauricet, ils se sont donné pour objectif de " faire fleurir les sciences, les lettres et les arts " en joignant l'utile et l'agréable : " utile dulci ".

(...)

Les travaux historiques entrepris par les savants et érudits de la SPM sont publiés régulièrement depuis 1857 dans un volume annuel. La collection, qui en est à plus de 125 tomes, constitue un ensemble exceptionnel de connaissances sur le Morbihan.
Parmi les contributions les plus importantes, on peut citer celles des archéologues Alfred Fouquet, Gustave de Closmadeuc, Louis et René Galles, James Miln et Zacharie Le Rouzic, Louis Marsille mais aussi les études historiques du chanoine Le Mené, d'Emile Sageret, de Léon Lallement, Louis Rosenzweig, Roger Grand, Pierre Thomas-Lacroix...

La Société Polymathique du Morbihan, poursuit depuis 1826 le chemin tracé par ses fondateurs, en s'adaptant au contexte contemporain.

Elle reste le rendez-vous des chercheurs, des étudiants, des universitaires et des amateurs en suscitant chaque mois des travaux inédits qui ont valeur de sources essentielles pour la connaissance toujours renouvelée du passé et du présent de la Bretagne du Sud.


On trouve sur le site des comptes rendus de réunions et communications qui, y a pas à dire, donnent envie d'adhérer sans attendre.





Et les bulletins de la Société polymathique du Morbihan peuvent être consultés sur le site de la BNF, par ici, si on y tient vraiment.

Par ailleurs, sache, lecteur avide de savoir inutile, qu'il y eut même à une époque une Ecole polymathique (et son pensionnat), sise au 337 rue de Clichy à Paris, qui avait l'air assez groovy aussi dans son genre.



Les indispensables précisions lexicales de Tatie Les Piles :


Le terme polymathe est absent de la plupart des grands dictionnaires. On le retrouve uniquement dans le Littré (2e édition). On trouve cependant polymathie et polymathique dans la 8e édition du dictionnaire de l'Académie française et le TLFi.


Dixit Wikipedia, qui n'a pas tort sur ce coup (nous n'avons d'ailleurs pas retenu le terme "polymathe" lors de la simu, mais préféré caser "érudition universelle" dans le sous-titre).

Et tiens, regardons un peu ce que nous dit Wikipedia quant aux versions de ce mot ailleurs en Europe :

  • Côté allemand, polymathe devient Universalgelehrter (= érudit universel) ou Polyhistor (ce dernier terme étant également connu en anglais, semble-t-il, ainsi que dans de nombreuses langues du nord de l'Europe).

  • Le néerlandais, faisant fi du grec, opte carrément pour un Uomo universale très italien.

  • Et en suédois, on passe au cran encore au-dessus : Universalgeni.

  • Mais le mieux, c'est... le grec, qui a résolument adopté l'Homo Universalis latin.

  • Il n'y a guère que le finnois qui marque sa différence avec Yleisneroksi, littéralement "esprit universel". Nan mais.


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Entre deux


Est-ce qu'on fait tous le même métier ? "Tous", je veux dire, les traducteurs free-lance, hein. Chers chirurgiens cardiaques, garagistes, juristes d'entreprise, coiffeurs et ébénistes qui, par milliers (voire plus), suivez ce blog au quotidien, vous n'êtes pas obligés de vous sentir visés (mais vous pouvez si vous voulez, chuis pas sectaire).

C'est difficile à dire. On utilise des outils de TAO ou on n'en utilise pas. On travaille avec des clients directs ou avec des agences. On propose des prestations annexes (rewriting, communication) ou on s'en tient à la traduction pure. On sous-traite et on fait occasionnellement de la gestion de projets multilingues, ou on préfère s'en tenir au côté traduction/écriture qu'on préfère. On est "droits d'auteur" à 100%, ou "honoraires" à 100%, ou un peu des deux. On est incollable sur la dernière loi de finance, ou on pense que LOLF est une abréviation SMS et on suit l'évolution de la fiscalité des indépendants de très, très loin, voire on ne pense pas à la suivre. On a un comptable et on paie l'impôt sur les sociétés parce qu'on est en SARL, ou on fait ses calculs au dernier moment pour déclarer ses droits d'auteur en traitements et salaires.

On gère son activité comme une entreprise, ou on refuse catégoriquement d'admettre qu'on en est une, en somme.

Entre ces deux extrêmes, chacun peut trouver sa place, évidemment (chuis trop généreuse, je sais). À chacun sa dose de gestion de trésorerie, de suivi comptable, d'investissements semi-perso/semi-pro à amortir, de prospection systématique, de cartes de voeux professionnelles, de renégociation annuelle des tarifs, de site pro, de participation à des salons spécialisés, de networking, de cartes de visite, de papier à en-tête, etc. etc.

J'ai commandé The Entrepreneurial Linguist: The Business-School Approach to Freelance Translation, il y a quelques mois, parce que ce titre radical m'intriguait ("business-school approach", mazette !).


Et voici comment les auteures présentent leur bébé sur leur site :



The “Entrepreneurial Linguist: The Business-School Approach to Freelance Translation” book gives freelance linguists all the tools they need to go from “just” linguists to being Entrepreneurial Linguists. It includes easy-to-understand lessons based on teachings of business school, with many case studies, examples, etc. The book focuses on how to market yourself, how to reap the benefits of web 2.0, what economics can do for you, advertising strategies, how to streamline your bookkeeping, how to build long-term relationships, insightful tips on productivity, time management, and life/work balance, professional development, and much, much more. Translation-related cartoons from talented cartoonist and translator Alejandro Moreno-Ramos will have you start each chapter with a smile. The following is a part of the index:


1) The New Mindset
2) Organization and Accounting
3) Social media and Web 2.0
4) Marketing
5) Business Development
6) Pricing
7) Negotiating
8) Professional Development
9) Giving Back
10) Work/Life Balance
11) Entrepreneurship Recap


Je ne sais pas au juste à quoi je m'attendais en achetant ce petit livre ; à apprendre des choses et à trouver de nouvelles idées, vraisemblablement. Finalement, bien qu'il soit tout à fait complet, instructif et accessible, et qu'il y ait effectivement de bonnes idées à y glaner, The Entrepreneurial Linguist ne changera pas ma vie. D'une part, parce qu'il donne surtout des conseils de bon sens (utiles, encore une fois, mais pas révolutionnaires), et d'autre part parce qu'au fond, je me rends compte qu'il y a déjà une bonne dose d'entreprise dans mon activité et je n'ai pas envie d'en mettre beaucoup plus pour l'instant. Il n'y a là ni science infuse ni satisfaction béate de ma part ; simplement, chacun fait ses choix en fonction de ses besoins, de ses ambitions et de ses capacités, et les miens me correspondent.

Un petit livre pratique et bien fait, en résumé, mais qu'il faudrait surtout à mon sens confier aux jeunes diplômés pour deux raisons :

  • Parce qu'il donne des outils pour travailler avec des clients directs - c'est même tout l'objectif de l'ouvrage. Non, un traducteur free-lance ne travaille pas forcément que pour des agences, un autre monde est possible et le client "direct" n'est pas inaccessible. Pour le coup, c'est une évidence qui vaut la peine d'être décortiquée.

  • Parce que dans The Entrepreneurial Linguist, il n'est nulle part question de TAO. J'ai beau ne pas être du tout fermée à l'informatique, aux nouvelles technologies et tout et tout, je n'arrive pas à me faire aux "CAT tools", komondi. Sans doute en partie parce qu'ils n'ont aucun intérêt pour la traduction audiovisuelle, qui représente deux bons tiers de mon activité. Mais à l'époque où la traduction dite "technique" constituait la quasi-totalité de mon travail, je n'étais pas plus convaincue.

    (Il faut dire que le prof chargé des cours sur Trados en DESS de traduction était un type extrêmement antipathique (j'allais écrire "un connard fini", mais je me retiens - ou pas, tiens, finalement) qui nous expliquait que dans la vie, il y avait des "traducteurs de quartier" et des "grands traducteurs". Lui-même se classait visiblement dans la seconde catégorie et présentait la maîtrise de Trados comme l'apanage de ceux qui allaient réussir dans la vie. Comme il nous parlait aussi avec des trémolos dans la voix de la piscine qu'il avait pu s'offrir grâce à ses fins calculs d'indemnités de déplacement lui permettant d'escroquer ses clients quand il faisait des missions d'interprétation, il ne m'était décidément pas très sympathique et j'ai gardé une dent contre la TAO depuis cette douce époque. Fin de l'interminable parenthèse.)

    Je ne nie pas l'utilité de ces outils, mais il faut avouer qu'ils servent avant tout à engraisser de gros éditeurs de logiciels et à imposer aux traducteurs indépendants des réductions de tarifs considérables (alors que ceux-ci ont déjà investi des centaines d'euros dans le logiciel en question). Comme les agences de traduction, la TAO n'est pas une fatalité et on s'en passe très bien. Un bon point pour les soeurs Jenner, donc !


Judy A. Jenner et Dagmar V. Jenner, The Entrepreneurial Linguist: The Business-School Approach to Freelance Translation, EL Press, avril 2010, 200 pages.
À consulter en complément :
Le blog des auteures, Translation Times
Leur site consacré au concept d'Entrepreneurial Linguist



Prochaine lecture du même type dans ma pile "à lire" : The Prosperous Translator, de Chris Durban. Stay tuned!


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Mauvais présage ? (Au menu #2)


J'ai commencé l'année dans un restaurant que j'adore, mais qui a une conception de l'orthographe, disons, différente de la mienne.




Faut-il y voir un signe ?

(Un vrai billet dans le week-end, si je trouve le temps...)


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Hey


- Hé, Les Piles !

- ...

- HÉÉÉÉÉÉÉÉ, LES PIIIIILES !

- Hmmmmmoui ?

- Kestufous, là ?

- ????

- Ton blog, bordel, ton blog !

- Mon... quoi ?

- Deux semaines depuis le dernier billet digne de ce nom ! Nan parce qu'une photo de tes pieds, j'appelle pas ça un billet, tu m'excuseras. Tu leur as même pas souhaité une bonne année !

- À qui ?

- Ben aux gens !

- Ah oui. Bonne année, les gens ! Que 2011 vous soit douce et vous apporte plein de choses sympathiques, genre des traductions intéressantes et grassement rémunérées pour ceux qui sont concernés, et des bonheurs personnels et professionnels à la pelle pour tous. C'est bien, comme ça, non ? Hmmm ?

- Ouais, on va dire que ça va. T'as pas l'air motivée, toi.

- La flemme, un peu. La tentative de bidouiller un site pro qui me prend du temps même si c'est juste un modèle de blog détourné en site. Et puis surtout une bonne vieille angine qui traînasse depuis une semaine, du coup là, chuis crevée. Khof-khof-krhhhhhoooofffff. "Bonne année, bonne santé", qu'y disaient.

- T'as pas un vieux truc à publier, là, ni vu ni connu j't'embrouille ?

- Ben nan. Juste les googleries de la fin de l'année, mais faut que je les classe. Et puis tu vas dire que je me suis pas foulée. Va falloir attendre un peu que la pêche revienne.

- En même temps, ça te fera pas de mal de bosser un peu, toi.

- Mais euh !

- Mets au moins une vidéo, un peu de musique, chais pas, moi... Un truc en rapport avec le titre de ton billet, tiens, par exemple.

- OK.




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