Change de métier #2
Une recherche apronfie


(Rappel du principe)




J'aime qu'on m'appelle Monsieur. C'est le signe de recherches apronfies et ça donne envie de lire la suite.


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Où ai-je la tête ?


Réponse : ailleurs.

Oui, en ce moment, j'ai un peu la tête ailleurs. Mais je sais où, en fait : elle est coincée entre deux piles de bouquins (je vous laisse visualiser).




D'un côté, une nouvelle étape de la Grande aventure européenne à Bruxelles. Une journée d'épreuves dont la nature ne me paraît pas complètement limpide, avec à la clé peut-être un grand changement de vie. Ou pas. Quoi qu'il en soit, je ne veux pas y aller les mains dans les poches, j'ai donc ressorti pour me rassurer mes bouquins de la fac histoire de me replonger dans le bain, racheté quelques livres à jour, et j'essaie surtout de me motiver pour refaire des traductions en lien avec l'UE.

De l'autre, la fiesta pour noyer mon chagrin de future fraîche trentenaire. La dernière fois que j'ai fêté un anniversaire avec plus de quatre personnes, ça devait être en CE2. On avait passé l'après-midi à fabriquer des costumes du Moyen-Âge avant de s'empiffrer de tarte au chocolat (d'aucuns ont paraît-il toujours chez eux le heaume en carton et l'épée en bois confectionnés ce jour-là). Ce sera vraisemblablement un chouia différent cette année. Mais la perspective de recevoir une grosse trentaine de personnes est assez réjouissante, finalement, même si je ne sais absolument pas où je vais pour l'instant.

Tout ça, c'est à quelques jours d'intervalle début mars et mine de rien, j'ai l'impression que ça arrive drôlement vite. Tant mieux, un peu d'adrénaline positive n'a jamais fait de mal à personne.

Et puis comme si j'avais besoin d'un truc supplémentaire pour me distraire encore un peu plus, je viens d'apprendre la première bonne nouvelle de l'année : ON A GAGNÉ.

Alors là, je suis obligée de te faire remonter le temps, lecteur qui suis ce blog depuis le début de ce blog ou lecteur qui débarques complètement : clique ici pour te rafraîchir la mémoire ou là pour découvrir comment un méchant promoteur immobilier a construit un mur devant la fenêtre de mon bureau il y a maintenant un bon bail. Ben on a gagné le procès qu'on lui a fait, au méchant promoteur immobilier. Bon évidemment, 1. il a un mois pour faire appel ; et 2. il ne va pas détruire l'immeuble qu'il a construit (d'ailleurs on ne le lui avait pas demandé), mais on est indemnisés pour le préjudice subi, ce qui permettra de faire des travaux et de re-rendre cet appartement habitable normalement, c'est déjà pas mal. Comme quoi, faut pas se laisser faire, nanmais.

Sur cette conclusion digne du café du commerce, je vais siffler la fin de la bouteille de muscat pour fêter ça (et commencer sans attendre à noyer mon chagrin de future fraîche trentenaire).


PS : ah oui, tiens, et pendant que j'y suis, j'ai une paire d'escarpins Chie Mihara à vendre, en taille 39. Ils sont magnifiques, quasi-neufs (portés une fois à l'extérieur) et confortables comme des pantoufles malgré la hauteur des talons (10 cm). Je n'arrive juste pas à me faire au côté doré de l'extrémité, du coup je ne les porte pas. Prix boutique 213 euros, achetés en soldes l'été dernier 120 euros, je les revends 80, avec talons de rechange et petit sac kaki pour les transporter. C'est de la super-bonne came (à ce prix-là, il vaut mieux). Les pompes Chie Mihara sont non seulement sublimes (en toute objectivité), mais très résistantes et conçues par une créatrice qui a plus que des notions d'orthopédie : une fois qu'on a testé, on est généralement conquis. J'arrête là. Me contacter, quoi.




Quand j'vous dis que j'ai la tête aileurs : c'est vraiment le bordel, ce billet.


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(Premier épisode et rappel du principe.)

Si je me souviens bien d'Un sac de billes et d'Anna et son orchestre, je n'ai, bizarrement, à peu près aucun souvenir de Baby-foot, que j'ai pourtant lu grosso modo au même âge, j'en suis sûre. Je suis retombée par hasard sur ce passage il y a quelque temps en feuilletant le bouquin, qui traînait dans la salle d'attente d'un toubib. Je n'ai pas eu le temps (ni le courage) de le recopier sur le coup, j'ai donc attendu de passer à Strasbourg pour le retrouver parmi les Livres de poche jaunis de la bibliothèque du couloir (vous saurez tout)(c'est fou ce qu'ils ont mal vieilli, ces Livres de poche, quand même)(vachement plus mal que les Folio ou même les 10-18). Le v'là !


Je suis un acharné de ciné, Franck aussi et Jeannot le gitan encore pire. On sort des Folies-Belleville pour plonger à la Gaieté-Rochechouart. Il y a des films d’actualités sur la guerre qui tarde à finir. Ça s’appelle « Pourquoi nous combattons ». J’ai vu toute la série. Et puis, ce matin, Franck est entré en trombe dans le magasin et m’apprend la nouvelle : « Y a un Charlot au Gaumont-Palace ! »

On y court l’après-midi même ; c’est La Ruée vers l’or.

Le premier Charlot depuis 1939 ! Des kilomètres de queue sur les trottoirs, comme si le petit homme à moustache, à badine et à chapeau melon personnifiait à lui seul la joie de vivre que nous avons perdue. On joue des coudes et on s’installe, tout en haut des balcons, le dernier rang, et la salle immense en contrebas, comme un pont de navire dans la lumière rouge. Les rideaux sont remontés et, tout d’un coup, tout nous est redonné : l’espace, le rire, les larmes.

Tout là-bas sur l’écran, le clown qui s’agite abolit nos peines. Franck hurle de rire et je sens de plus en plus qu’un nouveau monde commence, comme celui que, sur l’écran, Charlot s’efforce de découvrir. Un monde dur, sans doute, à nous d’être assez costauds pour s’y adapter et le dresser.

Nous aussi, nous allons nous ruer sur quelque chose. Ce ne sera pas l’or, mais la vie. Tout va à présent être plus rapide, plus vivace, plus âpre peut-être. Je suis en tout cas bien décidé à y participer. Et si l’or est nécessaire, je vais tenter d’en gagner.

« C’est con que Jeannot ne soit pas venu », regrette Franck.

J’y ai pensé aussi, ça lui aurait plu. Il aime énormément rire, Jeannot, et pour lui les occasions sont rares. C’est pas la fortune chez lui ; la famille est grande, la moitié se trouve là-bas, aux Saintes-Maries, dans le sud, dans des roulottes, et puis aussi du côté de Marseille. Pendant la guerre, la Gestapo leur a fait une sacrée courette, aux gitans. On n’en parle pas assez, de leur tragédie.

« Oui, c’est con, mais il aurait pas eu le fric pour se payer la place ; et toi, tu l’avais ?

- Non.

- Moi non plus. »

Ça m’embête quand même qu’il ait pas vu Charlot, Jeannot.

« Écoute, dis-je, si tu veux, on lui dira qu’on a pas pu rentrer, qu’il y avait pas de place. »

Franck hoche la tête.

« Ouais, t’as raison, c’est mieux.

- On peut même lui dire qu’on s’est fait chier, qu’on a même fini par faire nos devoirs tellement c’était le sombre dimanche. »

Franck est d’accord.

On est des potes de toujours, tous les trois. Je m’entends mieux avec eux deux qu’avec ma famille. On est connu par tous les concierges et les gardiens de square du quartier. On est les Trois Mousquetaires.



Joseph Joffo, Baby-foot, Le Livre de poche, 1983, pp. 16-18


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Prospero(u)s book(s)




Chose promise, chose due. Il y a un bon mois, j'évoquais l'ouvrage publié par Chris Durban à l'automne dernier, The Prosperous Translator. Depuis, figure-toi lecteur incrédule de ce blog que j'ai lu ledit ouvrage - principalement grâce à la réactivité de Chris Durban elle-même, qui m'en a aimablement envoyé un exemplaire, coupant court ainsi à ma flémingito-procrastinatite habituelle. Et depuis, figure-toi aussi que j'ai même déjà rédigé un petit billet à ce sujet que tu peux aller lire là si le coeur t'en dit.

Reprenons.

Dans un des commentaires laissés sous l'article consacré à l'Entrepreneurial Linguist des soeurs Jenner, une lectrice employait l'expression "enfoncer des portes ouvertes". Je ne l'aurais peut-être pas dit aussi crûment, mais sur le fond cette formulation me convient bien. Les sujets abordés par ce nouvel ouvrage recoupent en partie ceux de The Entrepreneurial Linguist, mais en partie seulement, et l'avantage de The Prosperous Translator est peut-être qu'il n'a pas ce côté "manuel pédagogique". Il peut vraiment être lu à bâtons rompus, en s'arrêtant sur telle ou telle chronique parce qu'on en aime le ton léger ou qu'un thème particulier arrête le regard du lecteur. Et ils sont nombreux, les thèmes - mais surtout, ils ne se limitent pas aux "grands problèmes" posés par la traduction indépendante (ce qui serait déjà bien, hein). Comment dire non, par où commencer pour créer une association de traducteurs, y a-t-il des avantages à travailler nu, est-il recommandé de court-circuiter son agence de traduction, un traducteur a-t-il le droit d'avoir des bons et des mauvais jours, comment se débarrasser du bon pote qui vient prendre le café chez vous "parce que vous travaillez à la maison et que vous avez le temps", que faire quand un relecteur bousille le travail d'un traducteur... autant de questions peut-être moins cruciales que "comment trouver de nouveaux clients" ou "faut-il facturer au mot traduit ou à l'heure de travail" (lesquelles, parmi tant d'autres, sont également abordées), mais qui reflètent aussi les grands dilemmes et les petites tracasseries auxquels sont confrontés la plupart des traducteurs.

Ma chronique préférée ? Sans doute celle dans laquelle un confrère bordélique s'enquiert de l'attitude à adopter en cas de visite impromptue d'un client. Et le conseil des auteurs ? Une variante boostée de la technique des piles intermédiaires, dans un premier temps du moins...

Q:

Dear Fire Ant & Worker Bee,

I am a freelance translator with an office in my home and a reasonably successful business serving clients in the UK and the Netherlands. The other day I was caught off guard when a client phoned me out of the blue and insisted on dropping in to review a text in person (he happened to be in the neighbourhood, and the text was urgent).

It was a chastening experience—not for the text itself and our discussion, which went very well, but because my office is a shambles, with papers papers papers and files files files as far as the eye can see. I will spare you the details, but from the look on this man's face as he crossed the threshold, I don't think my frantic hoovering accomplished much.

I've lectured myself and pulled up my socks (sort of) but am realistic, too: I am not a tidy person, and there is no way my working environment is going to become a slick, clean operation with a place for everything and everything in its place.

I know that visits from my clients are likely to remain rare, but never want to go through that stress and embarrassment again. Have you got any strategies for dealing with clients who pop in unannounced?

Litter Bug


A:
Dear Bug,

If your untidiness is grease and cockroaches, we can't help. But we can identify with paper clutter build-up, along with that sinking feeling as the doorbell rings.

Successful techniques we have observed firsthand depend on the size of your office, the size of the cluttered patch, and advance notice.

If you can, intercept the visitor at the doorstep, pretexting a prior visitor (e.g., your tax inspector has just shown up for a spot-check of your books, you'd like to leave him/her to work in peace, shall we retire to the café opposite?).

If this is impossible, your aim must be to lead the visitor quickly past the clutter to a clear desktop or other surface at which you will be working, then focus attention on the job at hand. To do this, we have five suggestions (note that for options 3 to 5, you will have to buy in supplies in advance):


  1. Square Up the Corners: somehow piles of papers that are carefully stacked look infinitely neater than those in haystack format.

  2. Strategic Lighting: carefully targeted, this can be a big help, depending on the time of day.

  3. The Green Plant/Colorful Bouquet: a strategically placed giant green plant or bouquet may divert the visitor's eye temporarily.

  4. Archives In Transit: a store of packing cases folded behind a bookcase will serve you in good stead. Should a client-intruder's call alert you to an impending visit, whip these out and place all extraneous documents/papers inside. Tape shut and stack neatly as per Square Up the Corners (above). Explain briefly to your visitor that your archives have just been transferred in from storage or are on their way out.

  5. Emergency Tape: in extreme cases—and depending on the layout of your office—you might consider taping off the cluttered area with that striped fluorescent tape they use to mark out danger areas on construction sites. Explain briefly to your visitor that there was a burglary the previous night and the police have instructed you to leave everything as is until they can get over for fingerprinting. (Let us know how this one works, OK ?). The tape can be found in most hardware stores.



FA & WB



Bref, lisez The Prosperous Translator. C'est un ouvrage qui donne la pêche, offre plein de bonnes idées et de petits trucs pour exercer ce bô métier dans les meilleures conditions possibles, même s'il est préférable pour cela d'être prêt à se bouger sérieusement.


The Prosperous Translator: Advice from Fire Ant & Worker Bee, compiled and edited by Chris Durban, FA&WB Press, septembre 2010, 280 pages.


Sommaire détaillé :

  1. Is this a real option for me? - Straight talk on who is likely to make it and who should look elsewhere.

  2. Getting started - Basics for those entering the profession.

  3. Doing the job - Approaches that enhance translator and client satisfaction & efficiency.

  4. Client/supplier relations - How to keep the flow flowing and your business growing.

  5. Pricing and value - What are you selling? What are they buying?

  6. Marketing and finding clients - (Re)gaining control and building a strong client portfolio.

  7. Payment issues - I've done the work, so where's the money?

  8. Specializing - Establishing your brand.

  9. Ethics - Do's and don'ts.

  10. Quality of life - Earning a good living and identifying acceptable trade-offs.

  11. Professional associations - E pluribus unum.

  12. Kitchen sink - A diverse community.


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People en folie


J'apprends que Paris Hilton vient d'avoir 30 ans (quoi ? mais on ne m'avait rien dit !), ce qui fait de nous (ainsi que d'au moins une lectrice qui se reconnaîtra et qui du coup sera drôlement contente) des contemporaines très, très rapprochées, puisque votre blogueuse dévouée passera le même cap dans une dizaine de jours.

Ah, Paris... l'incarnation parfaite et absolue du people qui ne sert à rien. Sans rire (c'est pas mon genre), je suis ravie de penser que nous sommes pas seulement des cousines de couleur de cheveux, elle et moi (le côté platine en moins en ce qui me concerne), mais deux contemporaines que tout rapproche. Car ayant bouffé traduit et relu dans les années 2004-2006 moult documentaires people pour la prestigieuse chaîne E! Entertainment, j'ai pu suivre de près, quoiqu'en léger différé, l'actu passionnante et riche en rebondissements de tout poil de cette personnalité d'exception, et son quotidien n'est pas très éloigné de celui d'une traductrice freelance en France, à bien y regarder (si ce n'est que je n'ai pas publié mon autobiographie à 23 ans) (mais j'y songe très sérieusement).

J'apprends par ailleurs ("par ailleurs" est à prendre au sens premier, il va de soi que l'info venait d'une autre source) qu'un môssieur qui porte le même nom que moi vient d'être nommé à la tête de la Bundesbank en Allemagne. Or à l'exception d'un tueur en série francfortois du début du 20ème siècle (qui fut le dernier condamné à mort à être guillotiné en public à Versailles en 1939, si ça c'est pas du glamour en barres), il y a finalement assez peu de people qui portent mon nom de famille.

Ah, le directeur de la Bundesbank... un titre dont la seule évocation fait instantanément briller les yeux de tous, petits et grands. Croyez-le bien, je suis tout aussi ravie de penser que nos patronymes sont désormais liés à jamais, moi la fille de banquier aux lointaines origines allemandes, lui l'ancien ministre d'Angela Merkel ex-représentant de l'Allemagne au G20.


Tatie Les piles est en passe de devenir un fantasme ambulant, y a pas à tortiller.



L'économiste et la starlette. Ou l'inverse, peu importe.


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Mot du jour (10)


Nouveau mot du jour repéré en surfant mollement sur le ouèbe :



crash blossom


Contexte : presse.

Ce n'est pas : un avion qui s'écrase dans un champ de fleurs.

C'est :

Un néologisme, encore un, à l'instar du snowclone présenté il y a quelque temps ici.

Et plus précisément, selon un forumeur de Wordreference :



A headline that has been edited so severely that it can be understood in multiple ways, leading to some humorous or puzzling meanings.


Généralement, l'effet bêtement drôle naît de la possible confusion entre une forme verbale et un nom, et de l'omission des articles dans les titres de presse anglo-saxons, cette conjonction d'éléments brouillant parfois sérieusement le message.

Bien qu'elle décrive un phénomène a priori aussi vieux ou à peu près que la presse elle-même, l'expression est toute récente et serait née de ce titre :


Violinist linked to JAL crash blossoms


relevé non sans une certaine ironie sur un forum que voici que voilà (le fil de discussion est assez savoureux). Et comme les crash blossoms continuent à ... fleurir, dirons-nous avec un à-propos inouï, les exemples ne manquent pas.

Ici, par exemple, un "guy who takes things too literally" s'amuse à décortiquer une jolie trouvaille :


McDonald’s fries holy grail for potato farmers


Ailleurs, on relève d'autres belles perles telles que :


Robot helps stroke patients in Portland

NV senator leaves message to rape victim’s sister

‘Ludicrous’ people can’t have drink with their meal on Good Friday

Etc.

(Et ma préférée :)
The British Left Waffles on Falklands


Pour en retrouver une floppée, on peut

- consulter l'ouvrage Squad Helps Dog Bite Victim, and Other Flubs from the Nation's Press, un bouquin qui date d'une trentaine d'années.

- suivre le blog Crash Blossoms - Headlines gone wrong, qui présente des spécimens d'actualité.


L'interrogation existentielle de Tatie Les Piles :

C'est fou, non, cette manie de trouver des appellations pour tout et n'importe quoi ?


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And the winner is...


Après une étude approfondie, la consultation d'un jury d'experts constitué de moi-même et une délibération de trois secondes, j'ai le plaisir de vous présenter les deux meilleures publicités pré-Saint-Valentin reçues cette année.



(Version "Oh oui chéri, fais-moi fantasmer avec ta mémoire de traduction, la TAO m'excite.")



(Version "Oh oui chéri, fais-moi prendre du poids en m'offrant 1 kilo de bonbons, tu comprends si bien les femmes.")


De mieux en mieux, nan ?


Edit : En ce jour tout bonnement unique, l'Hippopotable vous propose de jolies cartes à découper directement sur l'écran et à offrir à vos dulciné(e)s. Alézi voir.


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Soul, smoke and translation


Aujourd'hui, un billet qui aurait pu être léger, sur pourquoi l'Homme cherche toujours à peser l'impondérable au moyen d'expériences stupides.

(Casse-gueule, le billet. Pas grave, j'y vais. Peur de rien, moi.)

Il y a déjà un bon bail, lecteur passionné par mon emploi du temps de ce blog, j'ai planché sur un documentaire consacré à la mort, encore un. Un docu un peu inégal, avec tout plein d'images d'opérations à coeur ouvert pas particulièrement réjouissantes et des effets spéciaux à gogo pour faire vivre au téléspectateur d'impressionnantes "near-death experiences". Mais un docu avec quelques anecdotes intéressantes quand même.

Par exemple, l'interview de cette journaliste scientifique américaine, Mary Roach, qui raconte une expédience ahurissante menée au 19ème siècle par un certain Duncan Macdougall, médecin américain qui décida un beau matin de voir si par hasard l'âme humaine ne serait pas un peu matérielle, et s'en alla tester sa théorie sur des tuberculeux en phase terminale. Le dispositif est décrit ici par la même Mary Roach. Pour la suite, je laisse la parole à un article (peu indulgent) paru dans Courrier international il y a quelques années :


MacDougall ne parvint à recruter que six mourants pour son étude, dont quatre atteints de tuberculose. L'un après l'autre, ils furent placés dans son lit modifié, et il les pesa. Que la vessie se vide ou que le sphincter se relâche à la dernière seconde n'avait pas d'importance - du moins en ce qui concerne l'expérience - car le tout restait dans le lit. Vaguement conscient de l'importance de la reproduction d'un phénomène dans la pratique scientifique, MacDougall répéta ensuite son étude sur quinze chiens qui, conformément à ses convictions religieuses, n'avaient pas d'âme. On ne sait s'il obtint que ces quadrupèdes meurent sans faire bouger le lit, mais d'aucuns le soupçonnent d'avoir eu recours à quelque redoutable bouillon d'onze heures. A l'issue de cette aventure scientifique, MacDougall déclara que les humains perdaient en mourant les trois quarts d'une once, ce qui ne sonne pas vraiment comme 21 grammes, son équivalent métrique. Les chiens, assura-t-il, n'avaient rien perdu. De quoi pouvait-il donc s'agir, sinon du poids de l'âme quittant le corps ?

Ian Sample, The Guardian
article paru traduit dans Courrier international le 26/02/2004
sous le titre "L'impondérable légèreté de l'âme"



Tout ça, ça donne un film. Enfin, surtout un titre de film, parce que le film proprement dit n'a, de mémoire, pas grand-chose à voir avec l'expérience décrite ci-dessus. 21 grammes, d'Alejandro González Inárritu, vous vous souvenez ? Avec ces quelques phrases bourrées de pathos à la fin...


How many lives do we live? How many times do we die? They say we all lose 21 grams... at the exact moment of our death. Everyone. And how much fits into 21 grams? How much is lost? When do we lose 21 grams? How much goes with them? How much is gained? How much is gained? Twenty-one grams. The weight of a stack of five nickels. The weight of a hummingbird. A chocolate bar.


(On notera que l'expérience d'un pôv médecin américain visiblement un peu barré se retrouve érigée en généralité absolue ("Everyone", rien que ça) pour les besoins de cette démonstration poético-existentialiste avec comparaisons "humaines, trop humaines" à la clé. Passons, vous aurez compris que je n'ai pas un souvenir ému de ce film.)

Tout ça pour dire que l'idée saugrenue de MacDougall continue d'inspirer du monde, bref.


Cette tentative un peu hasardeuse de peser l'âme m'a rappelé autre chose (là, a priori, c'est le moment où ce billet commence à partir en vrille, lecteur compréhensif de ce blog), un truc vu et lu dans les années 90.


PAUL
Raleigh was the person who introduced tobacco in England, and since he was a favorite of the Queen's - Queen Bess, he used to call her – smoking caught on as a fashion at court. I'm sure Old Bess must have shared a stogie or two with Sir Walter. Once, he made a bet with her that he could measure the weight of smoke.

DENNIS
You mean, weigh smoke?

PAUL
Exactly. Weigh smoke.

TOMMY
You can't do that. It's like weighing air.

PAUL
I admit it's strange. Almost like weighing someone's soul. But Sir Walter was a clever guy. First, he took an unsmoked cigar and put it on a balance and weighed it. Then he lit up and smoked the cigar, carefully tapping the ashes into the balance pan. When he was finished, he put the butt into the pan with the ashes and weighed what was there. Then he subtracted that number from the original weight of the unsmoked cigar. The difference... was the weight of the smoke.



C'est encore mieux en images :




Cette scène un peu suspendue de Smoke, elle me plaît beaucoup. Longtemps, j'ai cru que cette histoire de fumée était une pure invention de Paul Auster, mais puisqu'on en trouve le récit dans les archives du New York Times, on peut supposer que ce cher Paul s'est renseigné (ou est tombé sur la même coupure de journal).


Image Hosted by ImageShack.us
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J'aime beaucoup la différence de style entre ces deux récits qu'un siècle sépare. Le ton daté et croquignolet de l'article, la sobriété teintée de suspense du film, l'art de l'écrivain/scénariste qui transforme une anecdote en quasi-parabole qui fait retenir son souffle (et tousser, un peu).

Mais revenons à nos moutons. Deux expériences absurdes pour peser l'impondérable, donc. L'une bouffie d'un pseudo-sérieux scientifique, l'autre teintée de légèreté mondaine. Deux tentatives de mesurer un changement d'état, en d'autres termes.

Bon, ben moi ça me fait penser à un autre truc encore plus tiré par les cheveux : la traduction, ce ne serait pas aussi une forme de changement d'état ? (cette question est purement rhétorique, lecteur polémiste de ce blog, ne te sens pas obligé de répondre ou tu vas m'embrouiller encore plus que je ne le suis déjà ; et puis, tu auras noté que j'ai mis des italiques, au cas où). Combien pèse le passage d'une langue à une autre, d'un système de pensée à un autre, d'un univers culturel à un autre ? Et puisqu'on est dans les idées absurdes, tiens, combien pèse l'intraduisible ? Après tout, si on est assez crétin pour vouloir peser l'âme d'un mourant ou le poids de la fumée d'un cigare, pourquoi ne pas y aller franco dans la bêtise et imaginer des expériences absurdes pour peser le poids des mots ?

Je te propose donc, lecteur amateur d'expériences stupides de ce blog, de tester différents dispositifs pour peser le poids d'une traduction et le poids de l'intraduisible.

Après tout, ça ne peut pas être très compliqué, boudiou de boudiou :

Traduction = Texte original + Coefficient de foisonnement – Intraduisible

Et donc :

Intraduisible = Texte original + Coefficient de foisonnement – Traduction

(J'ai arrêté les maths en terminale, ne me dites pas que ça se voit.)

Il existe une forme de mesure de l'opération de traduction, c'est le coefficient de foisonnement (rappelons la définition qu'en donne l'ATLF : "Il s’agit du pourcentage d’augmentation (ou de réduction) que présentera le texte une fois traduit. Il dépend de la langue à traduire, à titre indicatif, il est environ de +10% pour l’anglais, dépasse les +20% pour l’allemand, est faible pour l’italien. Plus le texte est technique, plus le coefficient risque d’être élevé."). Mais c'est une mesure de volume, en somme, pas de poids. Il y a bien des convertisseurs de volume en poids fort pratiques (et des verres à mesure) qui permettent de savoir combien pèse une cuiller à café de crème fraîche, mais l'option "mots" n'est curieusement pas proposée dans la liste déroulante des ingrédients pesables.

Evacuons tout de suite la version facile et pas drôle de l'expérience : une édition originale, une édition française, une balance de cuisine (expression qui pourrait devenir une insulte courante, moyennant un gros travail de popularisation). On pèse, on compare, puis on se rend compte que le grammage du papier et la taille des caractères ne sont pas identiques, donc que la comparaison est vaine.

Variante pyromane inspirée de Sir Raleigh : une édition originale, une édition française, une balance de cuisine et deux alumettes. On brûle, on compare le poids des cendres, puis on se rend compte que le grammage etc.

Le dépiautage d'une édition bilingue peut être envisagé (il permet théoriquement de remédier au problème de grammage et de taille de caractères). Toutefois, la version originale et la version française étant généralement imprimées recto-verso, on est face à un problème insoluble, à moins de 1. acheter deux fois le bouquin 2. peser des demi-pages 3. couper les morceaux de pages qui ont été laissés vides afin de faire coïncider visuellement les deux versions pour le lecteur en plein apprentissage de la langue d'origine du texte. Compliqué. Sans doute peu scientifique (or n'oublions pas que la rigueur intellectuelle est le maître-mot sur ce blog, je crois que ce billet le prouve de façon éclatante).

Donc j'attends. J'attends vos suggestions stupides, poétiques, absurdes ou brillantes pour régler cette délicate question.

À vos commentaires.


(PS - Ah oui, un lien comme ça au hasard : la publication de la SFT "Traduction - Les mots au kilo ?")


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Dilemme familial


J'aime bien Cousine C. et son mari G. Ils sont jeunes et sympathiques, pas prise de tête, en un mot : coolos. On se parle au téléphone une fois tous les trois ans et on ne se croise qu'aux enterrements et aux mariages (et c'est bien dommage parce que tout se perd ma bonne dame), mais c'est toujours un plaisir.

Mais. Mais-mais-mais-mais-mais. Il y a un mais.

Depuis deux ans, C. et G. ont un site qui fait la promo du gîte tout choupi qu'ils louent aux vacanciers dans la jolie région des Corbières. On y trouve de belles photos pleines de soleil qui donnent envie de prendre des vacances - et même que si on ferme les yeux, on peut déjà humer le thym et le romarin, entendre les cigales et sentir l'eau de mer entre les doigts de pied (ça se voit que je manque de vacances ?).

Où est le problème, me direz-vous ? Eh bien sur le site, il y a un bouton :


Tu penses bien, lecteur qui me connais bien depuis tout ce temps de ce blog, que perverse comme elle est, Cousine Les piles, c'est le premier truc qu'elle a repéré et sur lequel elle a cliqué.

Et là, c'est le drame.

Parce que c'est Google Traduction qui prend les choses en main.

Souvent, c'est seulement drôle et/ou incompréhensible :





Ça devient gênant quand on passe à côté d'informations qui ont vaguement plus d'utilité :


(Discrimination anti-Anglais, donc, qui doivent garer leur voiture vachement plus loin que les Français.)


Ailleurs, un itinéraire de promenade soigneusement détaillé en français devient une énigme digne d'une mauvaise fantasy dans la version anglaise :



C'est un peu embêtant aussi de transformer allègrement une consigne anti-incendie en interdiction d'utiliser une arme à feu :



Et je crains que la traduction de la rubrique "Livre d'or" ne rende pas tout à fait justice au charme des lieux :




Je suis bien embêtée avec tout ça.

- C. et G., wie gesagt, je ne les ai jamais au téléphone. Vous me direz : "C'est l'occasion de les appeler." Oui mais non, je ne me vois pas les appeler l'air de rien et orienter illico la conversation sur ce sujet. Vraiment pas.

- le gîte choupi, ce n'est pas leur activité première dans la vie, c'est une source de revenus annexe. A part ça, ils ont un boulot, tout ça tout ça.

- il paraît qu'ils n'ont aucun mal à le louer, leur gîte choupi. Alors pourquoi paieraient-ils un traducteur pour avoir un site en anglais digne de ce nom ?

- si c'était de la traduction anglais > français, je la ferais moi-même et je leur proposerais de m'offrir en échange une semaine de location dans leur gîte. Mais ça ne marche qu'avec la famille, ce genre de choses. Donc pour faire traduire leur site français > anglais, il faudrait trouver un autre modus operandi.

Je n'ai pas de solution. Je peux bien sûr attendre le prochain enterrement mon mariage la prochaine réunion familiale pour leur glisser un mot à ce sujet, mais en attendant, ce site existe et me fait mal aux yeux rien que d'y penser.


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