Nouvelle page


Pour fêter les deux ans de ce blogounet - anniversaire que j'ai lamentablement laissé passer en début de mois, toute occupée que j'étais avec les divers chats que je fouettais alors - une nouvelle page : une tentative de glossaire, partielle, de la traduction audiovisuelle, en construction depuis des mois et qui demandera certainement à être complétée de maintes façons à l'avenir. Je me répète, mais : bonne lecture.


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Tel est pris...


Je suis à mon tour frappée par le syndrome du Club des cinq.

Resituons les choses : vendredi dernier, cliente A. me propose de réécrire ce qu'elle me présente comme une vieille traduction de documentaire de La Chaîne qui ne correspond plus au style actuel de Ladite Chaîne (si vous voulez vous rafraîchir la mémoire, le brief artistique nouvelle version de La Chaîne est là). Je ne croule pas sous le boulot en ce moment, donc j'accepte, même si je n'aime pas trop travailler pour La Chaîne, justement à cause de sa politique de djeunzisation des documentaires qui ne me plaît pas beaucoup (et puis à mes yeux, rien ne vaut l'autre, la chaîne Kulturelle qui me fait vivre, vous l'aurez compris).

Cliente A. a juste un relevé du texte VF et une vidéo avec les voix françaises déjà enregistrées - pas de script ni de vidéo de la VO. Donc réécriture pure, pas de retraduction. Virez-moi ce style trop écrit. Merci de faire des recherches complémentaires et d'ajouter des éléments informatifs dans le texte pour combler les longs passages silencieux. Mieux répartir les informations dans le docu, réagencer la narration au besoin. Dynamiser le ton, supprimer les phrases creuses.

Bien-bien, allons-y gaiement.

Sauf que. J'ai comme un doute, ça ne ressemble pas à une traduction. Et pour cause, une petite recherche m'apprend que ce n'est pas du tout une "vieille traduction" à rafraîchir. C'est un documentaire français de 2009 à réécrire (et il y en a un deuxième qui suit, du même réalisateur).

Vous me direz (allez, dites-le, soyez sympas, ça m'arrange) : "S'il faut le réécrire, c'est qu'il est mauvais ?"

Ben non, c'est ça le pire. Il est fort joliment écrit, avec des envolées lyriques et des notes poétiques un peu partout (d'où mes doutes, d'ailleurs : un traducteur de l'audiovisuel n'aurait pas écrit un texte dans ce genre-là, même pour La Chaîne d'avant le nouveau briefing artistique ; ou alors, sa traduction aurait été "lissée" avant enregistrement par un relecteur qui aurait froidement calmé ses ardeurs stylistiques). Ça fait un peu mal au coeur de réécrire tout ça. En fait, ce docu est trop bien pour La Chaîne. Trop de mots de plus de trois syllabes, trop de phrases avec des relatives et trop de passés simples, pour faire court. OK, je conçois, objectivement, qu'on le juge un peu trop littéraire. Mais c'est le choix du réalisateur, après tout ; et puis La Chaîne aurait pu s'en rendre compte en achetant le programme. Non ?

Alors perplexe je suis.

Je pourrais contacter le réalisateur ("Bonjour, je me présente, Les Piles, chargée de massacrer votre documentaire pour transformer votre joli texte très personnel et poétique en rédaction de niveau CM2.") Là, deux possibilités :

- ou il est au courant de cette histoire de réécriture et il y a de fortes chances pour qu'il m'envoie balader. Et puis qu'est-ce que je lui dirais, au-delà de cette brillante entrée en matière ? "J'ai des scrupules à réécrire votre texte, mais en même temps je suis payée pour ça, désolée" ?

- ou il n'est pas au courant (ce qui ne serait pas complètement inimaginable, me semble-t-il) et il y a de fortes chances pour qu'il ne soit pas ravi non plus ; cette démarche risquant qui plus est de me revenir en pleine gueule parce que j'aurai court-circuité et mon client, et le client de mon client.

Et puis ça posera un problème de droits, à un moment ou à un autre. Je ne peux pas déposer une traduction à la Scam, puisque je n'ai rien traduit. Je ne me vois pas contacter le réalisateur (voir plus haut) pour lui demander de me céder une partie de ses droits sur les diffusions du docu. Je ne suis pas particulièrement vénale, mais en même temps, merde, c'est bien mon texte qui sera diffusé, ma rédaction de CM2, un texte qui n'a plus grand-chose à voir avec l'original. Alors ?

Alors, je ne sais pas.

Je fais mon boulot (qui n'est pas inintéressant, du reste), je ravale mes scrupules et j'oublie mes droits Scam. Vraisemblablement.


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L'Organisme d'autoréglementation du courtage immobilier au Québec qui fait de la pub aux traducteurs... on aura tout vu (mais c'est toujours ça de pris !).




(Allez, la pub étant un peu différente en français, je vous la colle aussi.)




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(Premier épisode et rappel du principe.)





Je vous préviens, c'est un peu facile.

Un peu facile de coller cet extrait dans la série des "Ils en parlent...". Parce que Cinéma, de Tanguy Viel, ne parle que de ça, de cinéma, ou plutôt ne parle que d'un film sur 124 pages : Le Limier (Sleuth), de Mankiewicz. Qui se trouve être mon film préféré, comme c'est commode. Et qui l'était déjà quand j'ai lu ce roman (car il y a quand même marqué "roman", sur la couverture, vous me prenez pour qui ?) il y a une dizaine d'années.

"J'ai du mal à comprendre qu'on ne trouve pas ce film formidable", est-il écrit à la page 26 du bouquin. Je suis bien d'accord, mais évidemment, j'ai été déçue par ce roman. Plus on est passionné et exclusif, moins on se retrouve dans la passion exclusive d'un autre, on dirait. Mais ça ne m'empêche pas d'éprouver une grande sympathie pour cette jolie entreprise littéraire et pour l'obsession du narrateur de l'oeuvre.

Outre l'extrait ci-dessous, je suis retombée en le feuilletant sur un passage consacré aux mérites respectifs de la version française et de la VO. Intéressant, j'en reparlerai peut-être (ou... OK, j'arrête).

Si vous n'avez pas vu Le Limier, voyez-le, c'est en toute objectivité (hem hem) un film sublimissime. Mais ne vous renseignez pas trop à son sujet avant de le voir (et surtout attendez de l'avoir vu pour lire Cinéma si le coeur vous en dit), c'est aussi un film qui supporte mal les résumés qu'on lit avant.



La plupart des choses que je sais, je les ai apprises dans le film, je les ai notées grâce au film, et pas grâce à d’autres films, pas grâce au cinéma, non, uniquement grâce à Milo et Andrew, à l’estime que j’ai pour eux, à l’estime que j’ai, bien sûr, pour Lawrence Olivier et Michael Caine, les deux acteurs, mais si j’ai de l’estime pour eux, c’est précisément grâce à ce film-ci. Même le choix des acteurs, ce n’est pas du tout un hasard, c’est extrêmement méthodique, Lawrence Olivier pour Andrew, l’aristocrate, comme dans la vie, l’acteur célébrissime, richissime, et Michael Caine pour Milo, l’acteur anglais sorti des faubourgs, donc d’autant meilleurs dans leurs rôles respectifs que c’en est presque une histoire personnelle, une histoire de revanche pour Michael, et baisser d’un ton pour Lawrence. Mais je ne devrais pas parler d’eux comme ça, et je ne dois pas les confondre avec leurs personnages, c’est une question de déontologie, laisser à chacun sa vie à côté du film, je devrais, mais c’est impossible, parce que moi-même je n’ai pas de vie à côté du film, je suis un homme mort sans Sleuth, oui, Sleuth, le titre original du film en anglais, pour moi ce n’est plus un nom de film, c’est le nom d’un ami, je dis Sleuth, comme je dirais Andrew. Quelquefois, je sors de chez moi et je m’excuse auprès de Sleuth parce que je le laisse seul, et je fais très attention où je l’entrepose, loin du froid, loin de la chaleur, et je le salue quand je rentre. Et il y a des gens, des amis qui l’ont méprisé, qui ont méprisé Sleuth, pire que ça, ils sont passés à côté et ils ne l’ont pas vu, malgré tous les atouts en main pour l’aimer, les précautions prises par moi, mes recommandations, ils n’ont pas reconnu Sleuth, et c’est pire que tout, pire pour moi et pire pour Sleuth, et lui ne leur pardonnera jamais, il ne les laissera jamais le regarder de haut, avec toutes les excuses qu’ils pourront faire, tous les regrets déjà qui les envahissent, être passé si près d’un grand nom, si près de la pureté, Sleuth ne s’en remettra pas pour eux, et déjà c’est lui qui les toise, et lui qui les laisse à part. Eux, ils finiront par se mettre à genoux devant lui. Sleuth n’est pas susceptible, il déteste la médiocrité du regard, c’est tout.



Tanguy Viel, Cinéma
Les éditions de minuit, 1999, pp. 95-97


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Le grand barnum et le petit barnum


Ayant lamentablement loupé la Journée de la traduction au grand barnum de la Porte de Versailles jeudi, je suis quand même allée y faire un tour en touriste vendredi soir, histoire de savourer le rare plaisir de me promener au milieu de bouquins de tout poil, avec permis de feuilleter à peu près tout ce qu'on veut aussi longtemps qu'on veut parce que tout le monde est là pour ça.



Bien que privée de Salon du livre depuis cinq ans pour des raisons absolument dépendantes de ma volonté, j'ai été très raisonnable, au final : quatre petits livres de rien du tout (et un DVD offert par la Scam), dont deux même pas pour moi (quelle tata sans coeur n'en profiterait pas pour acheter un joli conte oriental aux illustrations superbes pour sa Nièce M. qu'elle voit justement le lendemain ?). Et pourtant, j'aurais pu faire l'acquisition du dernier bouquin d'Astrid Veillon dédicacé par l'auteure en personne, c'est dire si j'ai su résister à mille tentations toutes plus affriolantes les unes que les autres.

(En apercevant Joseph Joffo tout seul à un stand, j'ai failli aller le saluer. Et puis non. Qu'est-ce que j'aurais pu lui dire ? Stupid shyness of mine.)

(Ah et puis sinon, Stéphane Hessel ne les fait pas, ses 93 ans.)

(Les parenthèses, c'est mieux que le texte barré ?)

Ayant par ailleurs lamentablement loupé la beuverie organisée mercredi dernier par La Volte pour la sortie de Rouge gueule de bois, premier roman de l'ami L. (qui monopolise un peu de la rubrique "pub, copinage et compagnie" sur ce blog), je me suis propulsée samedi en fin d'après-midi jusqu'au petit barnum organisé à la librairie Scylla pour l'occasion.

Je suis une ignare complète et assumée en matière de science-fiction, et ne connaissais donc point cette librarie qui est, me dit-on, un haut lieu de la SF, fantasy et autre littérature fantastique. Etroite et chouette, avec des rayons bien garnis et bien rangés (trop bien rangés ?), le genre d'endroit qu'on doit adorer fréquenter quand on est amateur du genre (je me comprends). Le petit barnum fut bref mais sympathique, l'occasion de revoir des gens chouettes (aussi) pas vus depuis longtemps et de repartir avec un exemplaire dédicacé sous le bras. Je ne te mentirai pas, lecteur suspicieux de ce blog : bien que terriblement impatiente de découvrir la prose de L., je n'ai lu que le début pour l'instant (et il s'en passe, des choses, dans les trois premiers chapitres), le bouclage d'un certain documentaire sur les murènes ayant été ma grande préoccupation du week-end. Mais pour quelqu'un qui ne lit plus de fiction depuis des années, j'aime autant te dire qu'il fallait qu'il soit bon, ce début. Ça m'a donc tout l'air d'un roman très réjouissant et aussi virtuose que l'affirme la quatrième de couverture. Il est de plus complété par un index kulturel avec plein de recettes de cocktails et par une couverture qui déchire, ce qui n'est pas négligeable.



Clique, ça me fait plaisir.


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Apprends l'alphabet russe. Si si, je préfère.


En ces temps troublés où 5 minutes sur I-télé suffisent à foutre drôlement le cafard, votre blogueuse dévouée vous prouve une fois de plus qu'elle sait choisir judicieusement ses combats et ses motifs d'indignation.

À une époque, on était assez sage, typographiquement parlant, quand il était question de la Russie.





Je ne sais pas au juste quand les choses ont commencé à déraper, mais je me souviens de la première fois où ça m'a agacée. Ça devait être vers 1996 et l'objet de mon exaspération était cette affiche :



Tu le vois, le titre, lecteur moyennement attentif mais quand même de ce blog ?

Bon. Si tu es de langue française ou anglaise, par exemple, tu lis sans trop faire gaffe : "Underground". Et c'est le but, en fait, car c'est - coïncidence incroyable - le titre du film.

Sauf que les concepteurs de cette affiche (pas mal, au demeurant) ont jugé bon d'introduire des caractères pseudo-cyrilliques dans le titre. Je dis "pseudo", parce que le "Ц", en vrai, il se lit "ts" et le "Я", il se lit "ia". Donc si tu lis à voix haute ce joyeux mélange qui ne veut rien dire, en fait, ça donne "Tsndergiaotsnd". Tout de suite, c'est moins limpide.

Depuis, j'ai l'impression que ça n'arrête pas. Ça me tapait sur les nerfs du temps où je vivais en Angleterre et passais toutes les semaines devant un bar à vodka branchouille appelé "Kafé Da!" - orthographié bêtement, je ne sais plus comment exactement et je n'ai pas retrouvé de photo de l'endroit pour me rafraîchir la mémoire, mais ça avait l'air bête (peut-être bien un "Д" (= d) à la place du "a" de "Da" - ce qui ferait "Café Dédé", très tendance en effet).

Le cinéma continue en tout cas allègrement dans cette voie :




Là, rappelons dans un esprit pédagogico-langue de pute que le "И" russe correspond au son "i".

Et les affiches de concerts et spectacles ne sont pas en reste...


"Votchage ep Iatsssie", ça vous parle ?





On continue avec, dans l'ordre :
- les spécialités russes qui remplacent le "o" par une sorte de "Ф", c'est-à-dire un "f".
- l'expo "Russenko" qui devient "Russeïko" si on lit le "И" comme il faut (voire Gusseïko, tiens, soyons fous)
- une affiche d'une école d'arts appliqués qui rend hommage à une série de films d'animation primés en Russie (avec une inventivité folle, il faut le souligner)...





... et un t-shirt doublement absurde, le "c" inversé n'existant pas dans l'alphabet russe.



Mais le pire, ce sont peut-être les flyers de soirées, à peu près tous conçus sur le même modèle d'une banalité sans nom : un peu de rouge, un peu de blanc, un Я, un И et un Ф ni vu ni connu, et zou, je t'organise ta soirée russe... (si vraiment tu as envie de voir ça en grand, lecteur toujours un tantinet masochiste de ce blog, fais-toi plaisir et clique).



En résumé : OK, tout le monde s'en fout sauf moi. Mais quand même. Diantre, ai-je même envie de dire. C'est bien joli de vouloir "faire russe", c'est beau comme tout et exotique en diable (mais pas trop quand même, juste ce qu'il faut), les caractères cyrilliques, et en plus ça donne un petit style soviético-funky de la grande époque qui est visiblement cool en diable (Lénine, la faucille et le marteau, tout ça, c'est trop sympa, non ?). D'accord. Mais il serait peut-être temps de faire preuve d'un peu d'imagination et d'arrêter de tout mélanger. Nan mais.




Sinon :
- une mine d'affiches soviétiques, ici.
- l'excellent (et fort érudit) Alain Korkos avait par ailleurs écrit il y a quelques années une très bonne chronique sur comment la pub d'aujourd'hui pique des idées aux affichistes russes. L'occasion, lecteur peut-être non abonné à Arrêt sur Images de ce blog, de découvrir cet excellent site (j'ai encore quelques parrainages à distribuer généreusement - un mois d'accès au site pour voir à quoi ça ressemble, si vous me le demandez vraiment très gentiment).


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Je vois bien les cinq, mais où est le club ?


C'est une polémique - je pèse mes mots - dont j'ai pris connaissance sur un forum de traducteurs, puis par l'intermédiaire d'un groupe Facebook lequel renvoyait lui-même à un autre forum (j'arrête là) : Hachette Jeunesse fait réécrire les grands classiques de la Bibliothèque Rose et semble-t-il de sa verte cousine également, afin de les rafraîchir et les mettre à la portée des djeunz d'aujourd'hui.

Du coup, un chouia de calme étant revenu dans mon quotidien, j'ai eu envie de voir ce qu'il en était.

J'ai ressorti la vieille édition du deuxième roman de la série du Club des cinq et acheté la version modernisée du même bouquin...




(Au passage, la version des années 1970 porte une étiquette de prix : 6 francs. La version 2006 coûte 5,5 euros. Quand on vous dit que les prix en francs sont devenus les prix en euros... Fin de la minute 60 millions de consommateurs.)

... ouvert la première page et constaté que le passé n'existait plus, dans le Club des cinq nouvelle version (ce qui ne me plaît déjà pas trop, faut avouer)...




... puis, avant d'aller plus loin, fait une petite recherche par curiosité, et appris que les originaux anglais avaient AUSSI été réécrits.

Alors mes loulous, patientez un peu, le temps qu'Amazon UK m'expédie un vieil exemplaire et une version djeunzifiée de ce même passionnant roman. Là, une enquête sérieuse s'impose, pas question de faire ça à la légère.

Je sens que je vais bien m'amuser, moué.



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Il est taquin, Umberto Eco. Taquin dans les notes de bas de page, surtout.






(Google Translate fait ça très bien aussi :
John, un célibataire qui a étudié à Oxford, a suivi un programme de doctorat en sciences naturelles à Berlin et a écrit une thèse de doctorat sur les célibataires pôle Nord)

(Babylon n'est pas mal non plus :
John, un baccalauréat qui a étudié à Oxford, suivi un programme de doctorat en sciences naturelles à Berlin et a écrit une thèse de doctorat sur le Pôle Nord bachelors)

(Et Systran tient son rôle sans problème :
John, un célibataire qui a étudié l'à Oxford, suivi un programme de PhD en sciences normales à Berlin et a écrit une dissertation doctorale sur les célibataires de Pôle Nord)

C'était un plaisir, ce Dire presque la même chose (traduction : Myriem Bouzaher) qui traînait dans ma pile "à lire" depuis déjà quelques années, puis a traîné dans ma pile "en cours de lecture" pendant plusieurs mois (no comment). Pas extrêmement original, mais très recommandable. En particulier un long développement sur les qualités littéraires du Comte de Monte-Cristo qui vaut son pesant de cacahuètes.



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Le petit carnet de la traductrice en goguette


Dimanche 6, je finis mes deux dernières relectures, choisis trois dictionnaires sur place ou à emporter et décide finalement de photocopier, en guise de justificatifs d'activité, mes bons de commande de traductions 2009-2010 pour des organisations internationales (histoire de montrer que j'ai trop l'expérience qu'il faut) et mes attestations de traduction de documentaires diffusés sur la chaîne Kulturelle qui me fait vivre ces deux dernières années (histoire de montrer que je suis trop polyvalente). A priori, je suis parée. Tout va bien se passer, hein, dites ?

Lundi 7, après une heure trente de Thalys et une incursion dans le métro bruxellois, je déprime dans ma chambre d'hôtel et je le reconnais : le pincement aux tripes existentiel. Celui qui, périodiquement depuis 30 ans (ben oui, faut s'y faire, c'est 30 ans, maintenant), depuis 30 ans, DONC, vient me dire : "Si-si, cocotte, tu ne t'en étais pas rendu compte ou tu ne voulais pas te l'avouer, mais c'est un truc important pour toi, en fait." Je ne l'avais pas ressenti depuis bien longtemps. Parce que ce n'est pas la même chose que le bon vieux stress de veille de concours ou d'examen, hein - bon vieux stress auquel j'ai toujours été sujette également, mais qui n'a jamais agrippé le bide avec la même insistance... existentielle, disons-le.

(Je sais, je suis en train de vous expliquer que mes tripes me parlent et bientôt, je vous dirai qu'elles sont sartriennes. J'en ai conscience, hein.)

Donc, on est lundi soir et je n'en mène tellement pas large que j'envisage de profiter de la journée de mardi pour faire un peu de tourisme, plutôt que d'aller m'enfermer une journée entière dans un building de l'UE. C'est pas une bonne idée, ça ?

Mardi 8, démarrage à l'aube ou presque. Journée lessivante, tout s'enchaîne sans réelles pauses, exception faite d'une heure pour déjeuner. Deux tests de traduction qui laissent juste, juste, juste le temps de traduire ce qu'il y a à traduire, plus un entretien, un exposé à pondre et un exercice en groupe. Rester concentrée jusqu'au bout, surtout, avoir l'air dynamique et alerte jusqu'à la fin de la journée... On n'est pas très nombreux, on n'est pas tous là pour le même concours, de petits groupes de candidats se succéderont jusqu'à la fin du mois. Les autres sont sympas - et ne sont pas tous traducteurs de métier, à ma grande surprise. Verdict : les résultats arriveront "sans doute d'ici l'été". Mouais.

Encore trois heures d'attente à la Gare du Midi avant mon train retour. J'irais bien me promener, mais avec des talons de 10 centimètres aux pieds, trois dictionnaires sur le dos et une journée d'épreuves dans les pattes, la motivation n'est plus trop au rendez-vous. Et puis je n'ai plus de liquide, ma CB ne marche nulle part et JE VEUX UN CAFÉ !!!! J'en profite quand même pour avancer dans la lecture d'un bouquin passionnant dont je reparlerai peut-être ici, ou pas, mais qui en tout cas vaut le détour. Écroulement en règle à l'arrivée. Contente que cette journée soit derrière moi, boudiou.



Moui, je confirme : je n'ai que ça à faire, scanner mon badge-souvenir.


Mercredi 9, j'essaie de ranger la journée de la veille dans un coin de ma tête pour ne plus trop y penser, et je passe en mode "party planner". Ça marche, et c'est nettement plus rigolo ! Aller commander un dessert répondant au doux nom de "pyramide de macarons" (how kitsch is that?), récupérer à Montparnasse un plat à terrine rapporté par Frère L., appeler l'ami S. pour quelques conseils oenologiques, faire l'inventaire des verres à vin qui se morfondent depuis trop longtemps dans mes placards, tout ça me fait du bien et me change les idées. Reste un gros programme de cuisine pour les deux-trois jours à venir, mais puisque j'ai l'esprit tranquille et que le boulot ne se presse pas au portillon, eh bien pour une fois, c'est un plaisir.

Jeudi 10, un mail de Stagiaire A. arrive dans ma boîte : la demoiselle a soutenu son rapport de stage avec succès, ce qui me rappelle qu'il faudrait que je fasse un billet-bilan sur ce stage. J'ai reçu avec émotion il y a quelques semaines un exemplaire dudit rapport de stage, mais j'avoue ne pas l'avoir encore lu dans le détail.


Ce stage est clairement un échec pédagogique :
Stagiaire A. n'a pas complètement intégré le principe
de la non-séparation des unités de sens.


Mais surtout, Copine B. débarque chez moi pour deux journées cuisine/courses bien chargées. Terrine de foies de volaille et mini-cakes à gogo pour commencer, on se garde la suite pour le vendredi. Rien à dire, on est les reines du catering.

Vendredi 11, terrine de lotte à l'estragon, suite et fin des mini-cakes, allumettes à apéro diverses et variées, croissants salés, et last but not least, épaule d'agneau farcie. Sans oublier une expédition vin. Et le récupérage express des clés de l'appartement loué pour l'occasion - car non, je n'ai pas prévu de recevoir la trente-cinquaine d'invités dans mon salon de 10 mètres carrés. Et puis aussi quelques détails logistiques à régler.

Samedi 12, la journée passe à une vitesse folle (folle, mais oui mais oui). Soixante tartelettes salées à préparer dès le matin, quelques allers-retours sur le lieu des réjouissances, un dessert à récupérer, des verrines diverses et variées à garnir, des tomates-cerises à fourrer, et zou, la sonnette retentit. Chouette soirée, merci aux présents pour leurs attentions sympas, leur bonne humeur et leur coup de main pour la vaisselle !


Dimanche 13, on se met mollement au rangement en fin de matinée. Bien agréable d'avoir encore un peu le temps de s'attarder dans cet appartement sympa dont il va malheureusement falloir rendre les clés en fin de journée. Et retour à la vraie vie avec la perspective d'attaquer un documentaire sur les murènes. Ouais, c'est ça, la vraie vie.



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Check


Achat de billet de train : check.

Repérage d'un bon pâtissier dans le 17ème arrondissement : check.

Réservation d'un hôtel à Bruxelles : check.

Établissement d'une short-list de recettes : check.

Paraphage et signature du dossier de candidature : check.

Recensement du stock de moules à tartelettes, à mini-cakes et à muffins : check.

Choix d'un pantalon et d'un chemisier adaptés à un entretien d'embauche : check (j'ai misé sur le gris)(quelle originalité).

Rétroplanning logistique (si si) de soirée d'anniversaire : check.

Photocopiage de diplômes et de pièce d'identité : check.

Visite du lieu de la soirée d'anniversaire en mode "oeil de lynx" : check.

Choix d'une paire de chaussures adaptée à un entretien d'embauche : complexe, en cours.

Test(age ?) de recettes : en cours.

Choix des justificatifs à joindre au dossier de candidature : à faire*.

Relance des derniers indécis : à faire.

Choix des dictionnaires à emporter en trouvant un subtil équilibre entre la santé de mon dos et les besoins de mon cerveau : à faire.

Rédaction d'un mail de confirmation destiné aux convives : à faire.

Changement de la pile de ma montre (qui a jugé bon de me lâcher justement ce week-end) : à faire.

Poster le paquet de Cousine A. (rien à voir, on est d'accord) : à faire.

...


Je ne sais pas si c'était une si bonne idée que ça de fusionner mes check-lists, j'ai l'impression que ça m'embrouille encore plus l'esprit.



*: "in the case of non-salaried work (e.g. self-employed, liberal professions), invoices or order forms detailing the work performed or any other relevant official supporting documents may be accepted as evidence" : me faut-il photocopier mes 440 factures et notes de droits d'auteur depuis 2003 ainsi que les éventuels bons de commande et contrats correspondants ? Ou puis-je me contenter d'apporter mes attestations Urssaf et Agessa ? Entre ces deux extrêmes, je sens qu'il va falloir trouver une solution...


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Orgueil et préjugés


Il y a quelques mois, dans un bureau d'une structure du ministère de la Culture attachée à la défense de la langue française, votre blogueuse dévouée essayait, en compagnie d'une acolyte de choc, de convaincre deux dames fort aimables de co-financer un projet de publication consacré à la traduction audiovisuelle.

En vain. Mais là n'est pas la question. L'une des premières phrases qu'a prononcées l'une des deux dames, après l'échange des politesses d'usage et la présentation dudit projet, a été : "Il faudrait parler de la traduction des titres de films. Souvent, les titres anglais ne sont pas traduits, ou pire encore, on invente un autre titre anglais pour la sortie en France." (je cite de mémoire, donc approximativement, hein).

Là, on a senti qu'un gros travail pédagogique allait être nécessaire. Non, ce ne sont pas les traducteurs/adaptateurs de l'audiovisuel qui choisissent les titres français des films étrangers distribués en France. Mais pourquoi nous met-on ça sur le dos ? Cette critique fait partie des idées reçues (cf. "préjugés") les plus fréquentes que j'entends sur notre métier. Ça va du billet de blog outragé...



... au groupe Facebook tout aussi outragé...



... en passant par la question con outrageusement outragée sur un site de questions cons...



... et même mes chéris de Langue Sauce Piquante s'y mettent, dans un article datant de quelques années :



Je crois qu'en fait, il y a un énorme malentendu sur cette question, parce qu'en réalité, un titre de film n'est jamais traduit par un traducteur. On pourrait même dire qu'un titre de film n'est jamais traduit, tout court. Je veux dire : le choix du titre français ne passe pas par la traduction du titre original, laquelle est un truc très accessoire qui peut éventuellement orienter le choix du titre français, mais à la marge seulement.

Slate.fr a récemment mis à jour un article initialement mis en ligne en août dernier et intitulé "Comment retitre-t-on un film américain pour sa sortie française ?", qui rappelle au détour d'une phrase :


Comment choisit-on les titres des films américains qui sortent en France? Pourquoi en traduire certains et pas d’autres, et retitrer les troisièmes… mais de nouveau en anglais?

Chaque film étant traité comme un cas particulier, il n'existe pas de recette que les distributeurs appliquent à telle ou telle catégorie de films.


Eh oui, ce sont bien les distributeurs qui décident. Donc inutile de tomber à bras raccourcis sur ces pauvres traducteurs de l'audiovisuel, on n'y peut rien, je proteste vigoureusement (cf. "orgueil"). Et c'est là que ça me scie : tout le monde sait par exemple que ce sont les éditeurs qui choisissent le titre des romans qu'ils publient, comment peut-on imaginer qu'il n'en soit pas de même pour un produit culturel tel qu'un film, qui représente un enjeu commercial nettement plus important qu'un bouquin, fût-il signé Dan Brown ou Marc Lévy ?

Bref. Si vous déplorez que Wild Things ait été rebaptisé Sex Crimes ou si vous regrettez que The Deer Hunter ne soit pas sorti sous un titre du style Le Chasseur de cerf, croyez-bien qu'on n'y peut rien, nous traducteurs.

Vous pouvez
- vous installer au Québec, où l'on traduit bien plus de titres anglo-saxons (et quand on sait que Speed est devenu Clanches ! à sa sortie là-bas, on se dit qu'on est sauvés).
- ou lire quelques articles de qualité variable sur le sujet, comme "Titres de films étrangers mal traduits en français: le cas du mot 'enfer'", "Enquête : 'Traduction' de titres de films", "Délires de traducteurs : l'imagination en panne sèche... " et "Délires de traducteurs : in english malgré tout..." pour retrouver des énumérations de versions françaises de titres américains généralement assez réjouissantes.


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