(Rappel du principe)




Ce monsieur qui traduit (bien sûr) vers l'anglais m'a écrit ce matin (j'ai résisté à l'envie furieuse de l'orienter sur D&CO ou sur Meetic). Une impression de "déjà vu" m'a poussée à fouiller dans mes archives : yep, il m'avait déjà démarchée fin 2009. La dernière phrase était identique - manifestement, party time is all the time!


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(Premier épisode et rappel du principe.)

Dix ans avant d'écrire L'un pour l'autre, Nathalie Rheims perdait son frère. Dans ce récit, elle part sur ses traces par des voies détournées, cherche à se rapprocher de lui par un vecteur, le fabuleux acteur Charles Denner, qu'elle n'a pas connu.




Un étrange petit livre, pas aussi enthousiasmant qu'on aurait pu l'espérer, mais émouvant et fin.




J'ai cherché parmi les personnes disparues celle qui pourrait, dans mon coeur, faire avec moi cet étrange voyage. Charles Denner, j'ai pensé à vous. Je vous avais vu au cinéma, vingt ans plus tôt, dans le rôle du peintre Fergus de La Mariée était en noir ; je ne vous ai jamais rencontré, pressentant confusément qu'un jour l'aventure de la folie nous réunirait.


Jeudi 10 septembre

Depuis des années, je pense à vous, des années à regarder vos films, votre visage, vos yeux, à me demander pourquoi. Un temps infini à me rendre à cette évidence : jamais nos regards ne se croiseront. Tant de fois pourtant - à la fin de la dernière pièce de théâtre que vous avez jouée à Aubervilliers - l'envie de vous aborder. La solitude où je me trouvais, marchant dans la rue, pour n'avoir pas osé le faire. Je me réveille et m'endors avec vous, en pensée.

En 1986, vous vous êtes retiré du monde, à Romainvilliers, dans votre maison. Et là, le mystère, le silence, se sont faits plus épais, plus lourds. Je vous revois Jacques Valin de La Vie à l'envers, Bertrand de L'Homme qui aimait les femmes. Je connais chacune de vos inflexions, je devine vos troubles, vos angoisses. Je vous parle, à vous que je ne connais pas, à vous que je ne connaîtrai jamais. Aujourd'hui je viens vers vous. Si la vie ne nous a pas réunis, je tenterai de chercher notre histoire dans votre disparition. Je suis allée partout, partout où il pouvait y avoir empreinte de vous. J'ai cherché en surface, où tant d'acteurs laissent mille traces d'eux-mêmes, traces du paraître, traces de lumière. Aucun livre, aucune biographie. Librairies visitées, bibliothèques consultées : néant.



Nathalie Rheims, L'un pour l'autre
Editions Galilée, 1999, pp. 12-14


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Rendez-moi mon poste à galène


Ou : zallez voir comment Tatie Les piles aime jouer les réacs (et même qu'elle est un peu animiste ET fétichiste sur les bords, pour ne rien gâter).

[mode vieille conne on]

Je crois que j'ai trouvé ce qui me défrisait fondamentalement dans la promesse du tout numérique. En fait, il y a dans tout ça un défrisage superficiel et un défrisage fondamental (je suis sûre que tu peux te reconnaître dans cette image, lecteur aux cheveux peut-être déjà lisses et plats comme les miens de ce blog).

Ce qui me défrise superficiellement, façon après-shampoing Elsève, c'est la fin de l'Objet. Je m'en fous un peu que ça aille plus vite pour trouver un mot dans un dictionnaire ou une phrase dans un bouquin. Je veux dire : c'est bien pratique, c'est sûr, mais ce que j'aime, moâ, c'est me fouler le poignet en manipulant mon Wahrig unilingue allemand, sentir sous les doigts les pages vaguement granuleuses d'un vieux Que sais-je ? ou le papier bible tout lisse du Dictionnaire Ernst des techniques et sciences appliquées, corner généreusement la page épaisse d'un bouquin quand je m'arrête de le lire et laisser dans le papier cette marque de lecture qui fait un relief sous l'index, avoir le plaisir de voir les livres s'user quand ils sont prêtés et lus parce que cela veut dire qu'ils sont vivants, qu'ils servent ou qu'ils circulent, découvrir avec émotion la première ride sur la couverture de tel ou tel roman aimé, et voir s'empiler des ouvrages de formats divers au pied de mon bureau, quitte à ce que la pile s'écroule de temps en temps.

Qu'est-ce qu'il reste de tout ça, quand on numérise tout ? Ctrl+F, une fonction "marque-page" et une liste de fichiers avec des statistiques de consultation.

Pour la même raison, le cinéma tout numérique m'emmerde. Le mot "pellicule", sa merveilleuse matérialité qui se traduit par des taches, des sautes d'image, des raccords foireux au moment du changement de bobine et des sous-titres incrustés, littéralement, dans l'image avec de petites imperfections typographiques - autant de choses qui donnent l'impression de voir une oeuvre artisanale, réalisée par des mains autant que par des machines - tout cela est en passe de disparaître et de se dématérialiser. Et je la trouve triste, cette perfection abstraite et froide qui gomme l'Objet et sa sensualité.

Pour la même raison, je ne peux vous épargner le couplet sur les claviers numériques - voilà des années que je lorgne sur un petit clavecin (une épinette, en l'occurrence) qui pourrait venir étancher ma soif de pratique musicale et de partitas de Bach. Trop cher pour mon budget, trop volumineux pour mon appartement déjà bien rempli. "Alors pourquoi pas un piano électronique ?", me demande-t-on parfois. Moins cher, compact... Oui mais non. Sans même parler de la qualité du son (qui est beaucoup une question de budget), ce qui me plaît, c'est de sentir sous la pression de mon doigt le bec qui va soulever la corde jusqu'à la pincer dans le mécanisme du clavecin. Cette résistance-là, doublée de la sensation du bois sous le coussinet du doigt, elle n'existe plus sur un piano électronique. Et l'accord, mon plaisir strasbourgeois n°1, je n'en parle même pas : disparu.

Pour la même raison toujours, impossible de passer au Blackberry ou à tout autre organizer-chose du même acabit. Mon agenda, il faut qu'il soit en papier, que je puisse le feuilleter de mes doigts boudinés, qu'il me donne une impression de joyeux bordel avec ses encres qui bavent parce que j'ai refermé une page trop vite, ses pages froissées et déchirées parce qu'il se passe de drôles de trucs dans mon sac, son allure cornée dès qu'arrive la seconde moitié de l'année, ses ratures et ses gribouillages.


Mais ce qui me défrise fondamentalement, façon lissage brésilien à la kératine, c'est la fin des surprises, des superpositions involontaires et des hasards. Non, on ne feuillette pas un bouquin papier comme on feuillette à l'écran, même sur une tablette top perfectionnée comme celle que Copine J. m'a fait tester l'aut'jour. Feuilleter de vraies pages qui font "ssssrrrrrpppp" sous le pouce, c'est se donner l'occasion de se laisser surprendre, permettre au regard d'être accroché on ne sait pas trop pourquoi : parce qu'un ongle mal limé s'est coincé entre deux pages, parce qu'un lecteur précédent a laissé le bouquin trop longtemps en ouverture forcée aux pages 54-55 il y a cinq ans et que le livre s'ouvre naturellement à cet endroit quand on le consulte à son tour, parce que le papier est de mauvaise qualité et qu'il laisse voir en transparence quelques mots qui intriguent sur la page d'avant. Le lecteur portatif supersonique qui buggue et se bloque sur une page, non, ce n'est pas pareil. Et puis on ne choisit pas un livre numérique comme un livre papier. Faire tomber Blok en rangeant Bourdieu sur son étagère, se dire : "Aaaaah, je l'avais oublié, çui-là" ; se laisser happer sans le vouloir par la volupté des pages ou d'une couverture cartonnée, ça n'arrive qu'en vrai, pas en virtuel.

Pour la même raison, je n'arrive pas à abandonner la radio analogique. Parce que j'aime les parasites et les interférences ; j'aime que l'émission A sur la station de radio A' me conduise à l'émission B sur la station B' parce que j'ai soudain entendu "au loin", sous le blabla de l'émission A, un bout de phrase ou un air qui attise ma curiosité.

Pour la même raison toujours, je regrette en bonne réac de ne plus être surprise quand je fais tirer des photos numériques (la Grenouille-Rosbif a l'air du même avis) : je sais exactement ce que je vais obtenir, mon écran m'a déjà montré les 872 clichés pris pendant les vacances de Noël. Avant, tout en me sachant piètre photographe, je pouvais quand même m'imaginer, l'espace de quelques jours ou quelques semaines, avoir pris la plus belle photo de ma vie en immortalisant soigneusement ce vieil arbre dans la neige au fond du jardin de mon grand-oncle (allez, j'en prends une deuxième, on ne sait jamais, mais pas plus, je n'ai plus que 9 photos sur ma pellicule). Avant, je découvrais la surexposition, les flous et le mauvais calage de la pellicule qui faisait se superposer les dernières photos quand je récupérais ma pochette de tirages chez le photographe. Bizarrement, ça, non, ça ne me décevait pas, c'était un grain de sable dans la machine, un clin d'oeil de la matière. Il y avait de la surprise, boudiou.

[mode vieille conne off]

Oui, avec tout ça, on y gagne énormément en précision, en rapidité, en clarté, en efficacité. On peut faire, refaire, corriger, défaire, redéredéfaire en deux temps trois mouvements, ça aide. C'est génial de pouvoir trimballer tout Proust dans son sac à main, même si ce n'est pas forcément LE truc le plus utile au monde (comme le rappelait récemment l'excellente Simone de Bougeoir), super de retrouver en urgence une citation dans un pdf, merveilleux de stocker à peu près autant de photos et de vidéos qu'on le souhaite sur un petit appareil photo tout plat et tout léger, rigolo de pouvoir faire sortir un son de clarinette d'un clavier électronique.

Et non, je n'ai pas spécialement envie, dans mon quotidien de traductrice audiovisuelle, de revenir à la machine à écrire et aux VHS, même si elles ont un charme indéniable (et que je les collectionne - les machines à écrire, pas les VHS). Non, je ne prône pas non plus le retour à la bougie, ça va, merci.

Mais tout ça me semble mort. Tristounet.

Et je sens que d'ici quelques décennies, ils vont sérieusement commencer à me manquer, le flou, l'approximation, le hasard, les coïncidences, les superpositions, les sautes et la flânerie poétique propres à l'Objet et à l'analogique.


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Le jeudi, c'est citation (il paraît) #1


Ça fait un moment qu'elle fleurissent sur les blogs littéraires, ces citations du jeudi (l'idée originale a été lancée ici par Chiffonnette). Et pourquoi pas ici aussi, hein ? Qui sait si ce petit rituel ne me donnera pas envie de me replonger dans la fiction, délaissée depuis de trop longues années ?



(...) avec une sorte d'espoir désespéré, il tira sur la sonnette. Une sonnette au bout d'un fil de fer, à l'ancienne mode, naturellement. À Coleridge Grove, on aurait trouvé vulgaire et pas littéraire d'avoir une sonnette électrique.

Clang, clang, clang, fit la sonnette.

Le dernier espoir de Gordon s'évanouit. On ne peut se méprendre sur le son caverneux d'une cloche résonnant dans une maison vide. Il saisit de nouveau la poignée et la tordit si violemment qu'il faillit casser le fil de fer. Affreux, bruyant, le résonnement de la sonnette lui répondit. Mais cela ne servait à rien, absolument à rien. À l'intérieur, rien ne bougea. Même les servantes étaient sorties. À cet instant, il aperçut un bonnet de dentelle, quelques cheveux bruns et deux jeunes yeux qui le regardaient à la dérobée du sous-sol de la maison voisine. C'était une fille de service qui était sortie voir pourquoi l'on faisait tout ce bruit. Elle rencontra son regard et fixa aussitôt le sien dans le vide, à mi-distance. On a toujours l'air d'un idiot quand on tire la sonnette d'une maison vide.



George Orwell, Et vive l'aspidistra ! (1936), traduction Yvonne Davet


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Stage : billet-bilan


Le v'là enfin, ce billet-bilan sur le stage de Stagiaire A. Oui, il traîne depuis le mois de novembre dans mes brouillons. Mais non, je ne crois pas qu'il soit si réchauffé que ça, en fait. Quelques semaines (euh, mois) de recul n'étaient pas du luxe. Et puis ça a donné le temps à Stagiaire A. de rédiger, rendre et soutenir son rapport de stage, ce qui n'est pas plus mal.

Rappelons les circonstances et les modalités de ce stage (voir aussi ce billet si vraiment ça te passionne, lecteur sympa mais faut pas pousser de ce blog):

- Stagiaire A. était (et est encore à la date où j'écris ces lignes) une étudiante en dernière année à l'ESIT (traduction anglais/allemand > français) désireuse de faire un stage de deux mois dans le domaine de la traduction audiovisuelle ;

- elle a contacté l'Ataa après avoir lu cette série de billets sur son blog, pour savoir s'il était envisageable d'effectuer un stage auprès d'un traducteur/adaptateur ;

- après mûre réflexion et pesage attentif du pour et du contre, votre blogueuse dévouée s'est proposée ;

- le stage/tutorat a pris la forme de deux séances en tête à tête par semaine, Stagiaire A. travaillant de façon autonome chez elle le reste du temps.

Bon. Je précise, à toutes fins zutiles, que l'idée n'est pas de susciter des vocations chez les étudiants (il y a déjà un nombre considérable de jeunes traducteurs de l'audiovisuel qui déboulent sur le marché chaque année), mais de trouver une solution plus satisfaisante que ce qui se fait actuellement en matière de stages dans la traduction audiovisuelle. "Plus satisfaisante" d'une part pour les étudiants, qui ont tendance à faire des stages systématiquement dans des labos de postproduction, où l'on oscille souvent entre le "stage photocopies" et le "stage exploitation totale". Et "plus satisfaisante" d'autre part pour le reste de la profession, puisque les traductions confiées par les labos à leurs stagiaires gratos ne sont par définition pas confiées à des professionnels et parce que ces futurs confrères risquent ensuite d’être lâchés dans la nature sans notion très précise de ce que sont un tarif acceptable, des conditions de travail correctes, etc. ce qui tend à tirer vers le bas un marché qui n'est déjà pas en très bonne santé.

D’où l’idée de mettre en place d’autres formes de stages, auprès d'auteurs de traductions audiovisuelles en activité.



- Et ce cadeau, je le mets où ?
- Je hais les stagiaires.



L'historique

Outre la participation à un projet de l'Ataa et mon intérêt pour la formation de mes "futurs confrères", je me dois de vous faire un petit laïus sur mes antécédents dans ce domaine. Si si.

Votre blogueuse dévouée a eu l'occasion, il y a quelques années, d'encadrer deux stagiaires dans le contexte d'un boulot salarié dans une boîte de postproduction. J'avais eu pas mal de temps pour m'occuper de la première, qui était bien tombée, à un moment où il y avait du boulot mais pas trop-trop quand même. On faisait des relectures ensemble, elle découvrait les joies de la traduction audiovisuelle à son rythme en traduisant de vieux programmes déjà traités par le labo, on corrigeait son travail ensemble, elle assistait aux simus et allait voir un enregistrement de temps en temps, c'était peinard. Une des chargées de postprod avait fini par lui confier une traduction non rémunérée en fin de stage (boooouuuuh), mais à part ça, tout s'était plutôt bien passé ; je crois qu'elle a fait une ou deux transcriptions à l'oeil, aussi, facturées vraisemblablement un prix d'or à L'Oréal, mais passons : disons que dans l'ensemble, c'était un stage correct.

La seconde stagiaire, en revanche, j'avais eu l'impression de l'abandonner un peu à son triste sort, d'une part parce qu'elle avait été recrutée pour faire les repérages pendant les vacances de la repéreuse en titre (qui l'avait formée vite fait avant de partir), et d'autre part parce qu'elle était tombée pendant un été démentiel durant lequel votre blogueuse dévouée passait 50 h par semaine au bureau payées 35 tout en faisant des traductions en free-lance à côté, et avait donc zéro énergie ou temps à consacrer à cette jeune personne.

Donc j'avais une petite idée de ce que pouvait donner un stage en entreprise : le meilleur (si si) comme le pire à quelques semaines d'intervalle. Et puis j'étais restée sur une mauvaise impression que j'avais envie d'oublier.


L'intérêt

Quel intérêt, pour un traducteur freelance, d'accueillir et de former quelqu'un sur quelques semaines ou quelques mois ?

- Contribuer à l'information d'une future consoeur, certainement. Expliquer à Stagiaire A. comment se passent les relations avec les commanditaires, ce qui est normal et acceptable et ce qui ne l'est pas. Lui donner une idée du marché de la traduction audiovisuelle, du niveau des tarifs, des délais réalistes. Lui raconter comment fonctionnent la Scam et la Sacem, lui parler du Snac et de l'Ataa. Lui montrer comment établir une note de droits d'auteur ou une attestation de traduction.

- Contribuer à la formation d'une future consoeur, bien sûr. Formation de base, d'abord : Stagiaire A. sortant d'une formation de qualité, mais généraliste, elle n'avait jamais entendu parler d'un timecode ou d'un voice-over. Et puis bien sûr, traduction et adaptation, travail de documentation et de recherche terminologique, travail sur le naturel des dialogues, sur l'oralité de la langue, sur le calibrage des interventions VF par rapport à la VO, sur l'art de se relire à voix haute, sur les contraintes de lisibilité dans le cas du sous-titrage, etc.

Tout cela peut être gratifiant en soi, mais ce n'est pas tout.

- Se remettre (un peu) en question (parfois). Face aux questions de Stagiaire A., être obligée d'expliquer des choses qui semblent aller de soi, qu'on fait sans y penser. Ce n'est pas une révolution copernicienne, mais ça ne fait pas de mal de se redemander, de temps en temps, pourquoi on fait les choses comme ci et pas comme ça. Et de s'autoriser à être désarçonnée parfois, par des questions surprenantes.

- Retrouver le temps de prendre le temps. C'est l’occasion de se pencher en détail sur les traductions, de s’interroger sur tous les choix de traduction et d’adaptation, de décortiquer chaque mot et expression. Et de verbaliser tout ça, d'argumenter et d'échanger. Il faut l'avouer, il est rare d'avoir le temps de le faire quand on enchaîne les commandes. Et c'est très agréable de retrouver ce confort.

- Se repencher sur le passé. Ah, les traductions faites il y a quatre ou cinq ans ont un charme certain, c'est sûr. On ressort son texte, la documentation qu'on a soigneusement répertoriée à l'époque, on passe tout ça en revue histoire de réviser un peu avant de confier ladite vieille trad à la stagiaire... Et on a quelques chocs... Des coquilles oubliées, bien sûr. Mais aussi des choix de traduction qu'on juge contestables avec le recul, des choses qu'on ne traiterait plus de la même façon - et parfois de bonnes surprises, aussi, hein. Instructif, vraiment.

- Un aspect pratique, enfin. Le fait d'accueillir quelqu'un chez soi deux après-midis par semaine oblige à maintenir un niveau d'ordre acceptable dans la pièce qui sert de bureau et à réduire le tabagisme. Contrainte que votre blogueuse dévouée bordélique et intoxiquée a résolument décidé d'aborder comme un avantage, vous l'aurez compris (autant vous dire qu'après la fin du stage, le bordel et les clopes avaient une saveur jubilatoire toute particulière).


Le contenu

On a travaillé exclusivement sur des documentaires, tout simplement parce que c’est ce que je traduis le plus. Pas eu le temps, malheureusement, de traiter des documentaires en entier : j'avais sélectionné des extraits durant d'une dizaine de minutes à une petite demi-heure pour chaque type de programme, le but étant aussi d'aborder des genres et des traitements différents.

- un docu animalier en anglais sans script, pour commencer. Histoire de mettre l'accent sur la compréhension orale et sur les recherches des noms d’espèces, tout ça tout ça.

- un docu historique en allemand, écrit comme un roman d’aventure, permettant un travail intéressant sur le rédactionnel, l’adaptation, et aussi sur les recherches.

- les interviews sous-titrées d'un créateur de mode, en anglais (mais le créateur n'était pas anglophone de naissance, pour corser la tâche). L'occasion de traiter des interviews loin d'être limpides et de faire une petite initiation au sous-titrage et au repérage.

- un sujet d’un magazine culturel en allemand, au style très vivant et dynamique, avec de longues interviews, pour travailler sur le naturel des interventions.

J'aurais souhaité qu'on aborde aussi un documentaire scientifique ou technique, qu'on fasse une vraie télé-réalité et qu'on travaille un peu plus le sous-titrage, mais le temps a manqué.

Quelques sorties "de terrain", sinon : une simu un peu atypique mais pas inintéressante dont j'ai déjà parlé ici, un enregistrement de voice-over mentionné là et suivi d'un enregistrement de doublage de dessin animé. Une relecture pour un de mes clients, enfin, que nous avons faite ensemble histoire de voir à quoi il faut être vigilant face au texte d'un confrère, et d'avoir l'occasion de lire les mots de quelqu'un d'autre.




Stagiaire A.


Elle était très bien, Stagiaire A. : motivée, polie, sympa. À bien y repenser, moi aussi quand j'étais stagiaire, j'étais motivée, polie, et j'espère sympa, en mode "dans mes petits souliers". Mais c'était appréciable, je dirais même idéal. Elle travaillait sérieusement, me faisait part de ses questions quand elle s'en posait, percutait quand je lui expliquais quelque chose et prenait plein de notes. Un peu légère sur la partie recherches et documentation au départ, elle a rectifié le tir par la suite. Ce qui a semblé lui poser le plus de problèmes, bizarrement, c'était le calibrage des voice-over : rédiger un texte qui "tienne" à l'oral dans le temps imparti, en suivant tant bien que mal le rythme d'élocution de l'intervenant. Elle avait tendance à parler très vite quand elle se relisait à l'oral ; difficile de trouver le bon tempo. Évidemment, pour ça, il aurait été préférable qu'elle assiste plus tôt dans le stage à un enregistrement, histoire de se rendre compte concrètement de la façon dont ça se passe et du débit des comédiens. En parcourant son rapport de stage, j'ai noté quelques erreurs, mais pas trop. L'honneur est à peu près sauf.


Bilan

Mettant fin à un suspense atroce, je dirai d'abord que le bilan a été positif pour nous deux.

Stagiaire A. a apprécié le travail en autonomie dans des conditions proches de la réalité, la possibilité d'apporter des corrections et améliorations en s'interrogeant sur chaque phrase, la possibilité de poser des questions sans tabous (questions "bêtes", questions sur la rémunération, les relations avec les clients, etc.), les sorties "de terrain", le rythme de deux séances par semaine, qui lui laissaient le temps de réfléchir à ses lacunes, de corriger le tir, etc.

Parmi les points à améliorer qu'elle m'a suggérés, il y en a trois que je trouve particulièrement pertinents :

- assister à un enregistrement plus tôt dans le stage pour mieux se rendre compte des contraintes d’oralité, de rythme, etc. (voir plus haut) ;

- imposer des délais plus contraignants ;

- faire jouer au tuteur le rôle du client râleur, sceptique, de mauvaise foi, etc. (moi qui aime tant les râleries et la mauvaise foi, je me demande pourquoi je n'y ai pas pensé toute seule !).

Bon bilan pour moi aussi, sur tous les points évoqués ci-dessus dans la rubrique "Intérêt". Pour les points négatifs, il faut avouer que deux après-midi par semaine, mine de rien, c'est beaucoup. Quand j'ai ajouté les cours de yiddish à mon emploi du temps à partir d'octobre, ça m'a fait trois demi-journées "improductives" dans la semaine (mais demandant quand même beaucoup de concentration) et je l'ai vraiment ressenti dans mon rythme de travail. Pour le reste, il y a aussi un peu de travail de préparation à faire : la première séance notamment, qui sert à présenter la traduction audiovisuelle, à définir les termes qu'on emploie tout le temps, à expliquer quels sont les différents types de documentaires, leurs difficultés, et ce qu'on traduit dans un documentaire (sounds familiar?) ; et puis un peu de temps aussi consacré au revisionnage et au choix des documentaires à traduire. Sinon, le gros du travail (la correction) était fait lors des séances en tête à tête, ce qui limitait le boulot supplémentaire.


À refaire ?

Oui. Peut-être pas cette année, j'avoue. Mais à refaire, sans aucun doute.

Sous une autre forme ? Je ne me vois pas accueillir un stagiaire cinq jours sur sept chez moi, vraiment pas. La configuration actuelle de mon "bureau" (dans le salon) ne s'y prête pas, de toute façon ; mais même en m'imaginant à l'avenir dans un vrai trois-pièces avec un bureau à part du reste de l'appartement et donc la possibilité d'y installer ledit stagiaire pendant que je travaillerais de mon côté dans une autre pièce, je crois que je serais tout à fait incapable de supporter (c'est le mot) quelqu'un d'autre à demeure toute la journée.

Il y a aussi la question de savoir si on confie ou non des "vraies" traduction, du "vrai" travail à un stagiaire (en en parlant préalablement à ses clients, cela va de soi). Franchement, il me semble que cela aurait été totalement suicidaire, en l'occurrence : entre les délais généralement assez serrés des traductions audiovisuelles, le rythme de travail forcément pas très rapide (et c'est normal) de Stagiaire A. et le temps de correction, d'amélioration, de réécriture... je ne vois vraiment pas comment elle aurait pu et traduire un docu dans des conditions réelles et rendre un travail de qualité et bénéficier des corrections et de l'apport pédagogique nécessaires. Donc outre le fait que ce n'était de toute façon pas l'objectif de ce de stage (cf. plus haut), c'était... impossible, vraiment.

L'idée d'un tutorat étalé sur toute une année (avec des séances plus espacées, toutes les trois semaines ou tous les mois, comme le proposent certaines formations à la traduction littéraire) pourrait être intéressante, en revanche. Cela donnerait l'occasion de traiter des programmes en entier et de voir une évolution sans doute plus marquante dans la qualité du travail du stagiaire.


A suivre...



Illustrations :
Comicpiero pour Toonpool
"Mes stagiaires", Phiip pour Lapin


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L'écologie décomplexée


- Zêtes sûre d'avoir bien noté la référence ?

- C'est le numéro qui figurait dans le mail.

- Nan parce que je ne retrouve pas du tout votre commande, là.

- ...

- Pourquoi vous n'avez pas imprimé le mail ? Ce serait plus simple...

- Hmm, peut-être parce qu'il y a marqué en bas "Pensez à la planète ! N'imprimez ce mail que si c'est vraiment nécessaire !" ?

- Ouai'fin vous savez, on marque ça pour faire comme tout le monde. Ce serait quand même plus simple avec le mail, là.


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Tatie Les Piles expliquée aux enfants


Soit un Neveu S., 5 ans, passionné par les zanimaux et la nature.

Soit une Belle-soeurette A., mère de Neveu S., donc, qui apprend par hasard que je suis en plein dans une série de docus nature/animaliers tous plus soporifiques étonnants les uns que les autres.

Oui, car depuis les redoutables murènes, il y a eu les kangourous et leur redoutable technique de boxe, puis les singes hurleurs (featuring le redoutable caïman et le non moins redoutable anaconda) aux prises avec une sécheresse aussi inattendue que redoutable au Pantanal, quelques relectures de programmes plutôt chouettes sur les animaux du cirque (dont le lion - plus redoutable tu meurs), sans oublier les plus redoutables prédateurs de la nature et leurs armes secrètes, ainsi qu'une série mi-traduite mi-relue sur les volcans du Pacifique (dont les éruptions sont redoutables, je vous prie de me croire).

Belle-soeurette A., donc, toujours elle, me demande de lui faire un petit récap des diffusions à venir de documentaires animaliers/nature traduits/relus et recommandés par Tatie Les Piles, à destination de Neveu S. OK. Je zappe les murènes, trop dentues (et redoutables) pour ce petit bout de chou fort émotif, et je lui fais une liste avec quelques précisions sur les différents programmes.

"Super", me répond Belle-soeurette A. "Et puis comme ça, je lui expliquerai que c'est toi qui les as traduits."

Sur le coup, ça ne m'a pas frappée.

Mais.

Certes, Neveu S. a vécu quelque temps en Espagne et a été confronté à une langue étrangère quand il fréquentait la crèche à Madrid (à peu près à l'âge où il commençait à dire des petits mots), mais il est rentré en France à 2 ans et demi, ça fait déjà un bail. Certes aussi, il a une grand-mère allemande (ex-traductrice, qui plus est), mais elle parle à ma connaissance toujours français avec ses petits-enfants et maîtrise parfaitement cette langue avec juste une pointe d'accent charmante. Du coup, je me demande si ce n'est pas très abstrait, quand même, la notion de traduction pour un tout petit. Même un tout petit qui percute bien, et c'est indéniablement le cas de Neveu S. qui aime bien les grandes conversations philosophiques et qui écoute toujours très attentivement tout ce qu'on lui explique.

J'ai du mal à me rendre compte à quel âge on commence à avoir conscience de ce qu'est une traduction. Je me souviens que dans la bibliothèque familiale, on avait plusieurs volumes d'une série d'aventures de détectives pour enfants dont ma mère me disait régulièrement : "C'est très mal écrit. Ou mal traduit, je sais pas, mais c'est mal fichu."

J'en avais déduit qu'il ne fallait pas se braquer sur les fautes de français si je voulais profiter vaguement de ces bouquins, mais ça s'arrêtait là.

Autre souvenir (ça faisait longtemps), dans La Rose de décembre de Leon Garfield, lu vers 9-10 ans, je me souviens m'être longuement interrogée sur une phrase indiquant qu'un personnage avait l'habitude "d'entortiller les gens autour de son petit doigt" - sans avoir du tout la présence d'esprit de penser qu'il pourrait s'agir d'une expression idiomatique traduite trop littéralement ("twist/wind someone around one's little finger", en l'occurrence - ce qui m'a valu un moment de révélation quasi-divine des années plus tard quand je suis retombée sur cette expression en VO). J'avais beau savoir que Leon Garfield était un auteur britannique, il manquait une connexion dans mes neurones.

Et pourtant, dans l'est de la France, on était plutôt sensibilisés aux langues étrangères - en tout cas à une langue, celle qu'il fallait parler quand on allait chercher de l'essence de l'autre côté de la frontière et quand on partait en expédition à Sarrebruck ou à Fribourg. Et puis votre blogueuse dévouée faisait de l'allemand au primaire, par ailleurs.

Bref, langue étrangère, OK. Mais traduction ? Connais pas.

Donc je cherche. Je cherche quoi dire à Nièce M. (bientôt 4 ans) quand elle me redemandera : "Et toaaaaaa, kétufais comme kravail ?" (la dernière fois, j'ai démarré sur l'histoire des langues étrangères et j'ai bien vu qu'elle décrochait) ; et à Neveu S. quand il me parlera de ces documentaires animaliers (s'il m'en parle).

Et vous, lecteurs confrères et -soeurs de ce blog ? Comment expliquez-vous votre métier aux bambins ? Ou comment les laissez-vous dans une ignorance crasse parce que vous vous en fichez ?


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J'arrête


Et c'est dur d'arrêter. Presque sept ans de ma vie, quand même, 2004-2011.

Mais l'Urssaf, la CIPAV et la RAM ont eu raison de moi : maintenir un statut de traductrice libérale qui représente moins de 25% de mes revenus, ce n'est plus possible.

Sans verser forcément dans le couplet du "en France, on paie trop de charges, ma bonne dame", le fait que toutes ces cotisations sociales ne soient pas trop plafonnées et soient calculées sur les revenus de l'année n-2 (puis régularisées bien plus tard que l'année n, sinon c'est pas drôle) complique singulièrement les choses quand on a de grosses fluctuations d'activité.


Mesdames et messieurs, les joies de la CIPAV !



Et mes revenus d'auteure ne suffisent pas à payer les cotisations de deux statuts en même temps, forcément.

Bref, c'est fini. Enfin, officiellement, ça se termine le 15 avril. Et ça me fait tout drôle, pour tout vous dire...




Les bons côtés, quand même :

- plus d'Urssaf, plus de coups de fil à l'Urssaf, plus d'échanges de courriers avec l'Urssaf, plus d'arrachage de cheveux avec l'Urssaf.

- plus de déclarations de TVA, plus d'oublis des déclarations de TVA, plus de majorations de TVA dues aux oublis.

- plus de nuits blanches passées à me demander comment caser une traduction en libéral au milieu de mes traductions d'auteure pour assurer les cotises de dans deux ou trois mois.

- plus de prises de tête fiscales avec l'infamous déclaration 2035 qui me donne des sueurs froides chaque année à peu près à cette époque.

- la possibilité quand même de continuer à traduire des textes juridiques ou économiques qui m'intéressent, ponctuellement, en passant par une société de portage (formule qui est une arnaque inacceptable pour une activité régulière (j'ai testé à mes débuts), mais une arnaque acceptable pour des missions de temps à autre).

Que du bon, me direz-vous ?

Finalement, je crois que oui, dans l'ensemble.

Reste qu'il est plus facile de démarcher un nouveau client en étant à l'Urssaf qu'en passant par le portage (qui fait moins sérieux car plus dilettante, je trouve). Et que, me connaissant, je risque fort d'éliminer complètement la traduction juridique et économique de ma palette (si si) d'activités avec l'abandon de ce statut, ce qui est bien dommage.

Reste que le fait d'être à l'Urssaf me donnait accès à la formation professionnelle (ce dont je n'aurai, du coup, même pas profité, même si je l'ai sérieusement envisagé pour financer mes cours de yiddish...).

Reste que ça limite un peu ma "base de clients" et réduit donc la répartition des risques (la boîte de portage que j'ai en ligne de mire ne permet pas de travailler pour des particuliers, par exemple - l'autre boîte candidate, celle que j'ai pratiquée un peu en 2003-2004, oblige à établir un bon de commande signé et faxé par le client avant le début de la mission, même pour une traduction de 200 mots, ce qui n'est pas tellement pratique non plus).

Reste que... J'en reparlerai quand j'y verrai plus clair, bref.


Edit : ah oui, et pour les non-initiés, un rappel des différents statuts ici.


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Des goûts et des Stanley


"Tu dois être contente, avec ce que te prépare la Cinémathèque, tu vas te régaler !" m'a dit l'autre jour ma chère Tante M. avec un grand sourire complice.

Au-delà de l'emploi d'une tournure quelque peu abusive (j'ai beau être fermement persuadée que je suis le nombril du monde, à ma connaissance la Cinémathèque me prépare rarement quoi que ce soit, ou alors c'est à mon insu et merci à l'équipe de la rue de Bercy de prendre contact avec moi pour organiser des rétrospectives qui m'intéressent et un service de voiturier depuis mon domicile, il y a une rubrique pour ça sur ce blog), au-delà de cette tournure, donc, je ne voyais pas du tout de quoi elle parlait.

"Gnééé ?" ai-je demandé.

"Ben si, tu sais : Stanley Kubrick !"

"Ah." ai-je fait mollement. "Tu sais, moi, Kubrick..."

"Quand même, Kubrick !" a renchéri Tante M. visiblement à court d'arguments et surtout fort désappointée de voir sa soi-disante cinéphile de nièce aussi peu réceptive.

J'ai lâchement enchaîné : "Hmm-hmm, tu reprendras un peu de café ? Un petit chocolat, peut-être ?", tandis que s'affichaient dans ma tête ces mots en police cinquante-douze : "Kubrick, Kubrick... ET ALORS ?"





Je n'y peux rien, ce type m'est profondément indifférent depuis toujours. Dans les Stanley (oui, on peut AUSSI classer les réalisateurs par prénom, nan mais de quoi j'me mêle et pourquoi ce serait moins pertinent qu'un autre critère, hein ?), j'aime surtout Donen, pour tout vous avouer. Kubrick ne m'inspire pas grand-chose.

Il y a quelques rares films de Kubrick que j'aime bien, un que j'aime même beaucoup, d'autres qui m'ont laissée de marbre, quelques uns que je n'ai pas vus. Mais mister Kubrick, le vague point commun toutes entre ces oeuvres, je n'arrive pas à l'aimer (je me comprends).

À part Fear and desire que pas grand-monde n'a vu, me disait-on récemment (et qui pourrait sortir cette année en DVD, suggère 20minutes.fr, source de référence s'il en est), Barry Lyndon doit être le seul de ses films qui m'est totalement inconnu. J'en ai longtemps eu une vieille copie VHS repiquée sur une autre VHS déjà toute pourrie (et en VF pour tout arranger) qu'il me semblait sacrilège de regarder au vu des qualités esthétiques annoncées de ce film - total, ne suivant pas trop les programmes tévé et mon canapé m'ayant formellement interdit de me rendre à toute projection de Barry Lyndon sur grand écran, je n'ai jamais vu Barry Lyndon (et oui, Tante M., je profiterai peut-être de la rétrospective à la Cinémathèque pour aller le voir*, j'ai sans doute manqué de présence d'esprit en omettant de rebondir par ce biais sur ta remarque enthousiaste qui témoignait d'un sincère désir d'entretenir un sain dialogue intergénérationnel entre nous, je te prie de nous en excuser, moi et mon esprit d'escalier qui ressemble parfois à ces temples aztèques ou mayas, je ne sais jamais, avec toutes leurs marches).

Parmi les Kubrick que j'aime bien, il y a Le Baiser du tueur, L'Ultime razzia et Les Sentiers de la gloire (enfin disons que j'ai trouvé Les Sentiers de la gloire très bon, mais je ne suis pas sûre de l'avoir aimé - et c'est là que commence mon problème avec Kubrick).

OK.

Celui que j'aime beaucoup, c'est Docteur Folamour. Bêtement grinçant, pas très subtil diront certains, mais oui, je l'aime beaucoup.

OK.




Pour le reste... Je me suis endormie plusieurs fois devant 2001, l'Odyssée de l'espace (et n'ai donc pas une vue d'ensemble de ce film (OK.), n'étant jamais arrivée éveillée au-delà du premier tiers). Lolita et Spartacus ne m'ont laissé à peu près aucun souvenir (pourtant, James Mason et Kirk Douglas figurant en bonne place sur ma liste d'acteurs fétiches, je pourrais au moins me souvenir d'eux). Orange mécanique, Shining (vu tardivement) et Full Metal Jacket m'ont laissé l'impression d'un bof monumental, ce qui n'est guère mieux, même si j'ai tout à fait saisi les qualités que pouvaient y voir ceuzécelles qui me les avaient chaudement recommandés. Et Eyes Wide Shut m'a fait mourir surtout de rire (mais je ne suis pas sûre que c'était le but) et un peu d'ennui. Certes, je l'ai vu dans un amphi rempli d'étudiants qui avaient visiblement décidé que ce film était ridicule, ce qui n'a pas dû aider, mais bon... (les mystères de l'atmosphère d'une projection sont insondables : la même année, le Projet Blair Witch vu exactement dans les mêmes circonstances m'a donné l'impression d'une comédie potache très réjouissante quoi qu'un peu outrée).

Sont-ce sa froideur et sa distance, ces lieux communs qu'on ressort (y compris ici, donc) habituellement quand on parle de lui ? Mais je n'ai rien contre la froideur ou la distance, moi, étant moi-même du genre glaçon, je m'accommode très bien des cinéastes froids et distants, même. Est-ce le culte de la perfection ? Come on, I'm a translator! La maîtrise absolue ? Come on, I'm a control freak! L'esthétisme parfois pesant ? Nan nan, j'aime bien les belles images. Le pessimisme du gars ? Un bon peu de pessimisme n'a jamais fait de mal à personne, voyons. Son côté "bourreau de travail" ? Hmm non, je ne vois pas comment je pourrais reprocher ça à quiconque. Son cynisme ? Ça ne me dérange pas au cinéma.

Donc résumons : je ne sais pas pourquoi je n'aime pas Kubrick. Je ne sais pas comment terminer ce billet parfaitement creux. Je ne nie pas son talent, le côté brillant de ses films, leur richesse d'interprétation. Je n'ai aucun problème à admettre que beaucoup considèrent comme des chefs-d'oeuvre des films qui m'ont fait bâiller d'ennui ou d'indifférence, et jamais il ne me viendrait à l'esprit de dire que Kubrick est un imposteur. En somme, j'aimerais aimer Kubrick, vraiment.

C'est juste qu'il ne me fait pas vibrer et qu'il ne me donne absolument pas envie, à moi, de m'interroger sur le sens de ce qu'il a voulu dire, montrer, transmettre (ou pas).

En somme, il ne me fait pas aimer le cinéma.

[mode pincettes XXL on]

Et je me demande parfois s'il l'aimait tant que ça, lui.

[mode pincettes XXL off]





* : sauf qu'à l'heure où j'écris ces lignes, les deux projections du 9 et du 16 avril sont déjà complètes, donc je sens bien que mes relations avec ma tante ne sont pas près de s'arranger.





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(Rappel du principe)

Dans le mail...




... et dans le CV :




Comment dit-on, déjà ?


Ah oui : "cherchez l'erreur".


(Vous avez de la chance, je vous épargne le couplet sur les tarifs et les fautes d'orthographe, je suis un peu à la bourre ce matin.)


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Le poisson maléfique du quatrième mois de l'an 11


Je m'apprêtais à rédiger paresseusement un petit billet "shopping de traductrice" pour blablater sur deux nouveaux outils qui figurent sur ma liste "à tester, à acheter" depuis un bon moment, en me disant sans doute quelque part au fond de ce qui me reste de cerveau que le fait de leur consacrer un billet allait peut-être, par une sorte de miracle psychologico-bloguesque, me motiver pour effectivement les tester et les acheter.

(C'est compliqué, la vie d'une procrastinatrice.)

Et puis j'ai aligné les noms de ces deux futures acquisitions, à savoir un correcteur d'orthographe performant (histoire d'arrêter de maudire celui de Word qui ne sert à peu près à rien) et un logiciel de reconnaissance vocale (pour soulager mon dos et mes épaules de temps en temps et dicter au lieu de taper) :

Antidote.

Dragon.

Le premier est édité par Druide informatique, ça ne s'invente pas.

Face à cette tendance medieval-fantasyesque qui semble frapper le monde de l'informatique et de l'édition de logiciels (voir aussi, entre autres et en excluant cela va de soi tout nom (d'éditeur) de jeux vidéo, Alchemy, PC Wizard et WebWizard, Excalibur, Elixir et WebElixir, Mandragore, The SWORD Project, Pixie, Hobbit, WebdragonCMS, E-DRAGON, Sorcerer, Jinni, Unicorn et WebUnicorn, et j'en oublie vraisemblablement un bon paquet), je suggère donc :

- Grimoire, compilation incontournable de l'intégrale des dictionnaires Robert

- Master Sword, logiciel de montage vidéo

- Sorcery, plateforme épatante de gestion de projets multilingues

- Graal, moteur de recherche ultra-performant

- Conan, détecteur instantané de barbarismes

- Cast-a-Spell, correcteur de fautes de frappe

- Cauldron, logiciel que tu mets des mots dedans, ça mélange tout et ça te sort des phrases

- Philtre, pour une prospection et des mailings efficaces qui sauront retenir vos clients potentiels

- Kobold, utilitaire de compression de données

- Forgotten Realms, mémoire de traduction

- ...

Bon 1er avril, amis amateurs de jeux linguistiques aussi vains que stupides.


Bonus : fantasy chez Bouletcorp.


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