Опись по Преверу*



Il y a en ce bas monde des gens qui me connaissent drôlement bien, et il faut dire que Copine C.-G. en fait partie. Alors quand elle m'a proposé l'aut'jour de récupérer un manuel de correspondance russe datant de 1918 qui se morfondait dans un de ses cartons...





... c'est sans doute parce qu'elle savait que j'allais immédiatement exécuter ma petite danse de joie rituelle inspirée du foklore sibérien (Youpi ! Яй ! Et autres interjections multilingues !).

Et loin d'être déçue, j'ai découvert en feuilletant les intitulés des courriers-types proposés dans ce fascinant ouvrage un inventaire à la Prévert auquel je ne m'attendais pas. Une pléiade de modèles fort utiles, faciles à transposer dans la vie de tous les jours, en somme propres à répondre à tous les besoins du lecteur d'aujourd'hui. Bref, un recueil indispensable à conserver à portée de main en toute circonstance.

Comme je suis généreuse, lecteur qui te demandes depuis deux minutes qui d'autre que cette blogueuse traductrice complètement illuminée pourrait s'intéresser à un manuel de correspondance russe datant de 1918 de ce blog, je t'engage à faire ton choix parmi ces morceaux choisis, issus de la partie "correspondance commerciale" du bouquin. Je crois pouvoir t'affirmer que tu y trouveras ton bonheur, quoi que tu cherches.




Et en prime, je t'offre même une petite sélection complémentaire, extraite de la rubrique "correspondance mondaine" - pour le cas où tu voudrais écrire à ton filleul engagé dans l'Armée rouge ou organiser une partie de plaisir un de ces jours.



Maintenant, ne viens pas me dire que tu manques d'inspiration pour tes invitations à blinis, hein (sur carte de visite uniquement, cela va de soi).


Merci, merci, C.-G. !



(* : on me souffle que "винегрет" serait nettement plus idiomatique pour traduire "inventaire à la Prévert") (mais je ne suis pas une puriste, hein) (et c'est plus rigolo sous cette forme) (même si ça ne fait rire que moi) (hihi)


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Tics, manies et autres névroses (ép. 4)

Le traducteur est un petit être délicat. Confronté au monde hostile qui l'entoure, il a parfois des réactions étranges, compulsives, inquiétantes. Certains préfèrent parler de "déformations professionnelles" pour minimiser la chose, mais let's face it : le traducteur professionnel est gravement atteint. Cette série de billets explore les tics, manies et autres névroses de la gent traductrice.

(Merci à Maya qui saura identifier la source d'inspiration de ce billet...)


Vous êtes le conjoint, compagnon, mari, fiancé, fuck-friend ou que sais-je d'une traductrice (de l'audiovisuel) free-lance et vous vous étonnez qu'elle possède une garde-robe aussi fournie, pour quelqu'un qui travaille à domicile ? Ce dressing de 20m² dans un appartement qui en fait 35 vous semble exagérément spacieux ? Vous vous interrogez sur le bien-fondé d'une telle débauche de chiffons ?

Votre étonnement est légitime dès lors que vous êtes un homme et que vous êtes salarié, car votre penderie à vous contient a priori deux tenues : un costard pour la semaine et un jean pour le week-end. (Oui, ce billet est bourré de clichés, que voulez-vous.)

Mais sachez que le placard professionnel (j'insiste : seulement le placard professionnel, hein) de la traductrice free-lance se doit de contenir de quoi faire face à toutes les situations que lui impose son dur métier. Et quand je dis "toutes", eh bien, c'est toutes, vraiment toutes. Chacun des articles qu'il renferme a donc sa raison d'être et il est parfaitement normal d'y trouver (en un ou plusieurs exemplaires, selon que de besoin) :

Une robe de soirée, incontournable pour aller draguer Sean Penn papillonner dans les soirées à Cannes, une coupe de champagne à la main - sous le prétexte fallacieux car il est important de se faire des contacts dans le milieu du cinéma.

(Message à faire passer : Je suis glamour ! Ressers-moi des bulles et donne-moi du boulot, Pedro/Wim/Woody/etc. !)

Un tailleur méga-classe pour les clients méga-importants de votre chère et tendre.

(Message à faire passer : Mes traductions sont aussi stylées et raffinées que ma veste. Je saurai être à la hauteur de votre confiance et de votre budget communication.)

Un tailleur passe-partout, vraisemblablement gris clair, gris moyen ou gris foncé (et qui tombe un peu comme un sac à patates) qu'elle porte pour aller voir son banquier, son comptable ou son inspecteur des Impôts.

(Message à faire passer, selon l'interlocuteur : Ma gestion est à l'image de mon style vestimentaire : prudente et raisonnable. / Si j'avais une caisse noire, croyez bien je m'habillerais mieux que ça. / Non, je ne vole pas le fisc, voyez comme mon tailleur est mal coupé.)

Une tenue hippie-chic pour aller serrer des mains dans les petits festivals parisiens, les expos et les soirées bobo auxquels elle est invitée parce qu'elle a traduit un catalogue, un communiqué de presse ou un court-métrage quelconque. Attention, notez bien qu'elle se doit d'adapter son style à la saison - printemps-été ou automne-hiver (on ne plaisante pas avec ces choses-là, dans le milieu, une faute de goût est vite arrivée) (le coup de genou de la collection printemps-été est toutefois optionnel).




(Message à faire passer : je suis cool et branchouille, et surtout un peu artiste sur les bords. Entre intellos précaires sauvant les apparences gens du même monde, on se comprend : donnez-moi du boulot.)

Une tenue neutre et vaguement ennuyeuse qu'elle réserve aux colloques universitaires sur la traduction.

(Message à faire passer : Non, je n'ai pas de thèse en linguistique ou en traductologie, mais je suis quand même hyper-sérieuse et suffisamment terne crédible pour venir parler devant dix personnes un samedi matin des enjeux de la traduction des hydronymes sud-américains dans les documentaires de voyage.)

Une tenue apparemment sans grande recherche mais néanmoins subtilement branchée, destinée aux soirées "réseautage" (si si) qui réunissent d'autres confrères et consoeurs traducteurs (parce que quand même, hein, elle a une image à tenir).

(Message à faire passer : Trop sympa, cette petite moumoute synthétique, nan ? Fiable, solide et teeeeeellement originale... Comme moi, en somme, tiens. D'ailleurs n'hésite pas à me recommander à l'occasion.)

L'uniforme jean-baskets, indispensable pour aller travailler sur place dans un labo (où elle est susceptible à tout moment de croiser un ingénieur du son en survêtement - c'est du vécu).

(Message à faire passer : Je suis trop en phase avec le monde de l'audiovisuel, vous avez vu comme je me fonds parfaitement dans ce no man's land du style ? Donnez-moi du boulot.)

La tenue ultra-décontractée qu'elle affectionne pour passer ses journées à travailler devant son ordinateur.

Euh...

Tenue que vous avez tout à fait le droit d'imaginer façon Gabrielle Solis si cela vous aide à faire passer le temps au bureau...



... mais qui dans les faits évoque plutôt Bridget Jones, pour être tout à fait honnête.

(Message à faire passer : Aucun, je fais ce que je veux, je suis chez moi, na d'abord.)

Enfin, occasionnellement, son costume de WonderTranslator peut être amené à servir (même si la phrase "Ecoute, Les Piles, il faut vraiment que tu me sauves la vie, là, j'ai un énorme problème avec une trad..." cache en réalité rarement une question de vie ou de mort pour qui que ce soit).

(Message à faire passer : Magnanime, oui, je te sauverai de ton marasme grâce à mon lasso magique. Mais n'en abuse pas, hein.)


Evidemment, le gros avantage à tout cela, du point de vue de votre blogueuse dévouée, c'est que pour aller avec ces différentes panoplies...

... il faut un placard à chaussures en conséquence. Et ça, c'est quand même le pied vachement appréciable.

Quoique...

Quand j'y pense, ça me rappelle...

Mais oui, c'est...

C'est...


Imelda Marcos.






Oui, je suis votre compagne est un peu l'Imelda Marcos de la traduction, cher lecteur.

Triste constat, mais vous vous en remettrez.



(Pour vous consoler, dites-vous qu'elle aurait pu être l'Yvonne De Gaulle de l'orthodontie, par exemple.)




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Ils en parlent... (21)
Par ici les prix !



(Premier épisode et rappel du principe.)

En vertu d'un snobisme exagéré, sans doute, et d'une exaspération prononcée face aux emballements médiatiques, certainement, votre blogueuse dévouée lit peu de prix littéraires.

(À vrai dire, elle lit très peu de romans au moment de leur sortie et préfère attendre leur sortie en poche.)

(Sans parler du fait qu'elle lit de toute façon très peu de romans.)

(Et qu'elle lit de moins en moins, d'une manière générale.)

(Bref.)

Une année, à une époque où elle lisait quand même un peu plus que maintenant, il se trouve qu'elle dérogea à cette véritable règle de vie (si si). C'était en 2000, Jean-Jacques Schuhl avait obtenu le Goncourt pour Ingrid Caven et Ahmadou Kourouma, le Renaudot pour Allah n'est pas obligé. Deux romans infiniment bien écrits et marquants, auxquels je repense souvent (surtout le second) et que j'hésite à relire de peur d'être déçue (ça tombe bien, j'ai un millier de trucs à lire par ailleurs). Deux superbes découvertes de lectrice, en somme.

Or figurez-vous que cette année, c'est un peu rebelotte. J'ai déjà évoqué ici le très, très bon Limonov d'Emmanuel Carrère (Renaudot 2011, donc), qui m'a énormément plu. Les interviews que j'ai vues ou entendues d'Alexis Jenni (Goncourt pour L'Art français de la guerre, cela ne vous aura pas échappé) ont réussi à me donner envie de me pencher sur son cas et pour l'instant, ça se lit. Deux oeuvres quasi-documentaires, finalement : c'est sans doute pour cela qu'elles m'ont plu, à moi qui n'arrive plus à lire de fictions fictionnantes depuis quelques années.

Et tu sais quoi, lecteur amateur de bonne littérature de ce blog ? Ils parlent tous les deux de cinéma, Carrère et Jenni ! Surtout le second, dans plusieurs longs développements pas toujours tendres sur le cinéma français (j'en reproduirai peut-être un autre, tiens, pour un prochain billet...).

Alors c'est l'occasion, non ?


En plus de la Wehrmacht et de Tsahal, l’autre objet de culte de Guenka et ses amis, sionistes et SS confondus, est un film projeté de façon quasi permanente à Kharkov tout au long de ces années, et qu’ils ont vu en bande dix, vingt fois : Les Aventuriers, avec Alain Delon et Lino Ventura. Les films étrangers, et particulièrement français, sont une des nouveautés des années Khrouchtchev. Tout le monde connaît de Funès et Delon – dix ans plus tard, ce sera Pierre Richard, homme exquis qui aujourd’hui encore est considéré dans les coins les plus reculés de l’ex-Union comme un dieu vivant et ne refuse jamais ses services de guest star à une production géorgienne ou kazakhe. La première scène des Aventuriers, où Delon passe en avion au-dessous de l’Arc de triomphe, inspirera à Édouard et Guenka leur méfait le plus mémorable, quand, bourrés comme souvent, ils essaieront de piquer et de faire décoller un coucou sur la piste de l’aérodrome militaire. L’affaire n’ira pas loin, les vigiles qui les arrêteront la prendront à la blague et, attendris comme je l’ai été le jour où mes fils, âgés de six et trois ans, ont voulu s’enfuir de la maison avec un baluchon fait d’un mouchoir noué autour d’un parapluie, leur offriront un coup à boire pour les consoler de leur échec.


Emmanuel Carrère, Limonov
P.O.L, 2011


Je ne sais pas où nous aurions dû être en ces moments où nous n’étions pas là. Comment faire, on le comprend et on l’essaie par le cinéma. Le cinéma est une fenêtre sur l’âge adulte par laquelle on regarde cloué sur un fauteuil. On y apprend comment conduire une voiture en cas de poursuite, comment brandir une arme, comment embrasser sans maladresse une femme sublime ; toutes choses que l’on ne fera pas mais qui comptent pour nous. C’est pour ça qu’on aime les fictions : elles proposent des solutions à des situations qui dans la vie sont inextricables ; mais discerner les bonnes solutions des mauvaises permet de vivre. Le cinéma donne l’occasion de plusieurs vies. On voit, par la fenêtre hors d’atteinte, ce que l’on doit rejeter et ce qui doit nous être un modèle. Les fictions proposent comment faire, et les films que tout le monde a vus exposent les solutions les plus communes. Quand on s’assoit dans la salle on se tait, on voit ensemble ce qui a été, ce qui aurait pu être ; ensemble. Nous voyons dans les Grands Films français comment survivre à ne pas avoir été là. Aucune des solutions ne convient, bien sûr, car il n’est pas de solution à l’absence ; chacune des solutions est scandaleuse, mais toutes furent utilisées, toutes exposent un alibi auquel on peut croire ; ce sont nos mots d’excuse.

Bien avant de le voir j’avais entendu parler des Visiteurs du soir. Le film est patrimonial, on lui prête des qualités esthétiques, des vertus morales, un sens historique. Il fut tourné en 1942. Le scénario est un conte médiéval. Je me suis demandé par réflexe de cinéphile, en m’installant dans la salle, quel lien j’allais bien pouvoir trouver entre 1942 et un conte médiéval. On a des réflexes académiques, on imagine un lien entre un film et l’époque où il a été tourné. Mais cette fois pas de risque ! me dis-je en me carrant dans mon fauteuil. Mais ce film-là racontait nos bas-fonds de 1942. Le diable survint, il voulait la peau d’un couple d’amoureux, leur âme sûrement, il voulait les détruire. Et eux se changeaient en pierre devant lui furieux : il ne pouvait plus leur arracher leur âme. Leur corps ne bougeait pas, leur cœur battait toujours, ils attendaient que ça passe. Eh oui, me dis-je machinalement, regardant enfin Les Visiteurs du soir : voilà bien une solution française au problème du mal : ne rien faire et n’en penser pas moins, faire la statue et le mal ne peut plus rien. Et nous non plus.

Il convient de ne rien dire de précis sur les moments délicats de notre histoire ; nous n’y étions pas. On a ses raisons. Où étions-nous ? De Gaulle le raconte dans ses Mémoires : nous étions à Londres, puis partout. Il satisfait à lui tout seul notre goût de l’héroïsme.

On peut aussi prétendre avoir agi, mais seul. On a ses raisons. Là est le film le plus méphitique de notre cinéma, et comme tel il fut plébiscité. Il raconte par le menu l’usage privé de la force, et en invente la justification. Le personnage principal du Vieux fusil file le parfait amour avec sa très belle épouse, et ne demande rien d’autre. L’Histoire il s’en moque, il possède un château, en ruine, il est français. Les Allemands passent, avec lesquels il avait des rapports distants mais corrects. Ils tuent sa femme d’horrible façon, la caméra s’y attarde. Alors il décide de tous les tuer, de façon atroce. La caméra ne perd rien de l’ingéniosité sadique de toutes les mises à mort. Le film pratique l’extorsion : puisque la belle épouse a été si cruellement mise à mort, elle si belle qui n’avait rien à voir avec ça, elle qui menait une vie paisible dans un château campagnard, elle que l’on a bien vue brûlée vive, dans le détail, le spectateur assistera à toutes les mises à mort suivantes, dans le détail, et il sera autorisé à en jouir, il sera forcé d’en jouir. Il lui sera interdit, sous peine d’être complice du premier meurtre, de ne pas jouir des meurtres suivants. Les spectateurs, les yeux ouverts dans l’obscurité de la salle, sont forcés à la violence ; ils sont rendus complices de la violence faite aux coupables par la violence faite à l’épouse que l’on a complaisamment détaillée. La violence soude, à la sortie les spectateurs étaient complices. Ce film en son temps fut considéré comme le préféré des Français. J’en vomis. À la fin, quand tous les méchants désignés sont morts, quand le personnage reste seul dans son château nettoyé, des résistants arrivent, avec leur croix de Lorraine, leur traction avant, leur béret. Ils lui demandent ce qui s’est passé, s’il a besoin d’aide. Il répond qu’il n’a besoin de rien. Il ne s’est rien passé. Les résistants repartent. Les spectateurs sourient, pensent qu’ils ont un côté absurdement fonctionnaire, ces résistants qui s’enrôlent dans un mouvement collectif. On reste avec l’homme seul qui avait ses raisons. On est couvert de sang.


Alexis Jenni, L’Art français de la guerre
Gallimard, 2011




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Des questions ?



Votre blogueuse dévouée a déjà gratifié ses lecteurs de moult billets sur les joies de la prospection. Or la prospection finit parfois par payer (si si) et tandis que le traducteur free-lance termine son premier café de la journée et appuie sur le bouton ON de son ordinateur, il n'est pas rare que sa quiétude matinale soit troublée par la sonnerie du téléphone... et qu'un client soit au bout du fil. Mais oui, un client !

Pas de panique.

Si vous vous sentez mal réveillé(e), désarçonné(e), troublé(e), voici un petit vade-mecum outrageusement simpliste et d'une mauvaise foi sans limites à conserver à portée de main en cas d'interrogations existentielles (cliquez en ouvrant dans un nouvel onglet pour le voir en grand ou rendez-vous ici). L'aventure commence en haut à gauche.








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Les Piles dansent la jota

Pour des raisons d'incompétence totale, vous l'aurez remarqué, votre blogueuse dévouée vous parle rarement de son amour pour le castillan ou le catalan.

Pourtant, il arrive qu'elle se pose, lors de la traduction d'un documentaire allemand consacré à Barcelone (exemple au pif), des questions existentielles sur la prononciation du prénom Xavier en catalan (on dit "chavière", vraiment-vraiment ? et pourquoi pas "ravière" comme Bardem ?)

Alors elle appelle à la rescousse sa consoeur et lectrice Tiz qui la tire de ce mauvais pas avec une maestria incomparable et force explications... et lui concocte en prime un billet pour sa rubrique "Blogueur invité", comme ça, pof, au pied levé.

D'une part, je suis ravie que ladite rubrique inspire mes chers lecteurs et de l'autre, ça me fait très plaisir d'avoir l'occasion d'ouvrir ce blog à des horizons linguistiques différents de d'habitude. Et puis ces jours-ci, je suis charrette comme c'est pas permis et j'ai un train à prendre demain, alors je suis contente de filer les clés à quelqu'un.


Merci, Tiz !

Allez savoir pourquoi, Les Piles s’intéressent à la jota.

Non pas tant à la danse du même nom, contrairement à ce que l’intitulé de ce modeste billet peut faire penser (mais à tous les coups, elle va me demander un topo là-dessus aussi) qu’à la lettre « j » qui, en espagnol, s’appelle ainsi.

Ce qui turlupine les Piles, c’est de savoir pourquoi on a donné le nom de « jota » au son guttural « j ». Car, oui, les Piles sont parfois turlupinées par des trucs qui n’empêchent personne d’autre de dormir la siesta.

Après une très vague enquête approfondie destinée à me débarrasser de cette lubie dont elle a entrepris de me rendre victime soulager cette terrible démangeaison terminologique chez notre amie commune, j’ai trouvé ce qui suit. Les spécialistes rectifieront si besoin, car j’avoue n’avoir guère cherché plus loin que dans Uikipedia, que j’ai pompée sin verguenza.

Le nom de « jota » vient tout simplement du iota, bref, l’ancêtre du « i ». Lecteurs avisés comme je vous connais, vous me direz : « Ah ouais, le “i” c’est guttural, peut-être ?? » ou « C’est ça, fais-nous prendre des vessies voyelles pour des lanternes consonnes. »

C’est que, dans l’ancien temps, les mots espagnols qui s’orthographient aujourd’hui avec une jota s’écrivaient avec un « x », comme dans le célèbre ejemplo exemple de Don Quixote, devenu Don Quijote dans sa graphie moderne. Ce « x » se prononçait « ch ». « Comme dans “Don Quichotte” en français ? » Oui, intelligent Lecteur des Piles, tu as parfaitement compris. Notons au passage que s’il en était encore ainsi aujourd’hui, nos gosiers francophones auraient un peu moins de mal à apprendre à prononcer la langue de Cervantes ;(

Mais au XVIIe siècle, pour une raison non éclaircie par Uikipedia (vague de froid sur la péninsule ibérique ? multiplication des naissances amenant les mères de famille à donner encore plus de la voix pour se faire entendre de leurs niños, d’où enrouement général ?), le son « ch » évolua pour devenir guttural. Et au siècle suivant, une réforme de l’orthographe eut pour effet de remplacer la graphie « x » par la graphie « j ». ¡Gracias, Uiki!

A part ça, j’vous demande l’origine du Umlaut ou de l'imprononçable du « th » anglais, moi ? Ben oui, tiens. A vous de prendre le relais. Qu’est-ce qu’on ferait pas pour lui faire plaisir, hein ?


Signé : Tiza





Les Piles et The Man dans une brillante démonstration
de jota au festival de... non, laissez tomber,
je vois bien que vous n'y croyez pas.




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ImpÉcr #3
(avec des interprètes et un kouize dedans)




Dans la série "les sous-titres parlent de traduction", un billet spécial interprétation, tiens.

Et si mes chers lecteurs (adorés) (que j'aime plus que tout, même, tiens) (et que je sais joueurs) essayaient de retrouver d'où elles sortent, ces captures d'écran, hmm ?

Les trois oeuvres sont très connues. La deuxième est peut-être un chouia plus difficile à retrouver que les autres, car l'acteur qu'on voit ici à l'écran n'y joue pas un rôle très important (disons que ce n'est pas celui dont on se souvient en priorité après avoir vu ce polar des années 90) (un indice sur votre écran). Pour les deux autres films, révisez vos classiques.
















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Dressons-les !



Chère Agence,

Dans la série "je me félicite chaque jour de ne pas travailler avec des agences de traduction et notamment avec vous", je suis tombée ce matin sur un intéressant fil de discussion de Proz.com. On pouvait y lire un extrait des conditions générales que vous demandiez à vos sous-traitants d'accepter :

"After the Purchase Order is approved by the translator, he/she has to start the translation immediately and deliver the first 800 words within the next 2 hours. If the translator fails to do so, the [Project Manager] will write a warning email and call, if no reply within 3 hours, the PM will assign the project to another translator and current translator won't be paid. The payment: of fees and costs are made within maximum 60 days since the work is accepted by the final consumer (which may take up to 5 days). If the translation presents omission and mistakes that mislead the meaning of the original content or the Translator exceeds the fixed deadline with 1 hour, Client has the right to withdraw 10% of the total fee of that particular project. In case the translation meets both, client has the right to withdraw 20% of the total fee."

Eh bien chère Agence, je trouve que c'est une ex-cel-lente idée, de vouloir discipliner un peu ces feignasses d'esclaves de traducteurs qui ont l'outrecuidance de vouloir bosser à leur rythme comme s'ils étaient des travailleurs indépendants (quelle idée farfelue, j'vous demande un peu).

Votre ambition est louable, mais il faut aller plus loin, ventrebleu, cogner un grand coup ! Je vous suggère donc quelques clauses supplémentaires à ajouter à vos CG :

- Un tarif dégressif sur la prochaine commande si le traducteur ne répond pas dans les 10 minutes à un mail qu'on lui envoie (-10% pour 10 minutes, puis -20% pour 20 minutes, etc.).

- Un tarif minoré de 30% si le traducteur s'obstine à refuser d'utiliser un logiciel de TAO (l'avantage, c'est que s'il utilise un logiciel de TAO, vous pourrez aussi lui imposer un tarif réduit de 30% - gagnant-gagnant, c'te clause).

- Un tarif divisé par deux si le traducteur ne traduit pas au moins depuis trois langues source et vers trois langues cible (on est pro ou on ne l'est pas).

- Une retenue forfaitaire de 50 euros pour traitement administratif si le traducteur n'utilise pas le modèle de facture fourni par l'agence (et tant pis si l'agence est basée au Cambodge, où les mentions obligatoires à faire figurer sur les factures diffèrent légèrement de celles qui s'imposent aux free-lances travaillant depuis la France)

- Une retenue forfaitaire de 100 euros pour traitement administratif si le traducteur envoie sa facture avant ou après la date fixée par l'agence (on a dit le 31 du mois, rogntudjûûû, et ne venez pas m'emmerder avec vos mois à 30 ou à 28 jours).

- Le lancement automatique d'une procédure judiciaire dans le cas où le traducteur ouvrirait le cadenas qui le retient à son ordinateur, sortirait de chez lui avant d'avoir terminé la commande et adresserait la parole à un tiers (ce qui constituerait une violation indéniable de la clause de confidentialité draconienne signée par ledit traducteur).

- Et bien sûr, un forfait de cent coups de fouet en cas de demande d'augmentation (faut pas déconner).

Je me tiens à votre disposition pour discuter de ces clauses révolutionnaires qui vous permettront à n'en pas douter de recruter le gratin des traducteurs free-lances de par le monde et vous assureront une bonne image parmi les sous-traitants qui, rappelons-le, vous font vivre.


Bien cordialement,


Les Piles


P.S. : Ah, puisque je vous ai sous la main : vous m'aviez contactée il y a quelques mois au moyen d'un mail collectif des plus alléchants.


Je m'étonne de n'avoir pas encore reçu de réponse au mail que je vous avais adressé à l'époque.




Conseil d'amie : si vous rencontrez des problèmes de fautes de frappe dans la rédaction de votre correspondance, n'hésitez pas à contacter cette agence de traduction pleine d'avenir qui mettra son armée de dactylos sur-qualifiés à votre service. Quelque chose me dit que vous devriez vous entendre.


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Instants critiques


"Cher Monsieur François Morel,


Je veux pas avoir l'air de dire, mais c'est quand même la deuxième fois que je vous écris ici et vous ne m'avez toujours pas répondu, je trouve ça limite impoli.

Or figurez-vous que The Man et moi, on est allés voir Instants critiques au Théâtre 71 il y a quelques jours semaines (que le temps passe vite).

Par où commencer ?

Quand j'ai appris l'existence de ce nouveau spectacle, ça m'a paru trop beau pour être vrai, en tout cas trop beau pour ne pas être décevant.

Déjà, il y avait vous, cher Monsieur François Morel, à l'initiative dudit spectacle, partie prenante dans son écriture et auteur de sa mise en scène.

Ensuite, il y avait le sujet : recréer les échanges mouvementés de deux critiques de cinéma mythiques du Masque et la Plume, sous une forme théâtralisée. Or je vous rappelle quand même, au cas où vous l'auriez oublié, que vous vous adressez à une cinéphile-radiophile-masqueetlaplumophile assez indécrottable, donc on peut dire que c'était pile poil une pièce pour moi.

Et puis il y avait le lieu, le Théâtre 71 de Malakoff, dont la programmation me fait toujours, toujours, toujours envie, et où j'ai eu le grand plaisir de voir il y a quelques années un Edouard II qui m'a laissé un souvenir poignant.

Trop beau pour ne pas être décevant, je vous dis.

Mais ce que j'aime, cher Monsieur François Morel, ce qu'il y a de merveilleux, même, je dirais, parce que je n'ai pas peur des mots, moi, non non, c'est qu'on n'est jamais déçu avec vous.

Toujours ce mélange d'intelligence, de finesse, de mélancolie, de drôlerie légère et de poésie. Ces comédiens parfaits. Cette utilisation de la musique qui tombe à pic. Cette comédienne-musicienne-chanteuse hors pair qui chante à l'horizontal (oui oui).

Et cette façon de faire vibrer des cordes inattendues chez vos spectateurs. Là, par exemple (et je dois vous prévenir que je vais un peu vous raconter ma vie, mais si vous lisiez ce blog, aussi, vous sauriez que je le fais tout le temps, et puis ce n'est pas ma faute si vous me faites cet effet-là) vous m'avez eue en faisant chanter à vos comédiens sur scène "Ma ligne de chance", le duo frais à souhait qu'interprétaient Anna Karina et Belmondo dans Pierrot le Fou. Dio mio, ça faisait huit ans que je n'avais pas repensé à cette chanson qu'il m'a été donné de sous-titrer vers l'allemand (si si) quand j'étais stagiaire à Münster en 2003. Mon premier vrai sous-titrage, en somme, facilité par l'analogie fortuite des assonances entre "ligne de hanche" et "ligne de chance" en français, d'une part, "Glückslinie" et "Hüftlinie" en allemand, d'autre part.

(Et je me demande bien comment vous le saviez.)

Il y a ça, mais aussi par exemple cette évocation d'un film pas hyper-hpyer connu intitulé Touche pas à la femme blanche ! (de Marco Ferreri). Mais film que je connais, moi, depuis toute petite, même, parce que Frère L. avait l'affiche du film dans sa chambre quand il était ado pour des raisons purement esthétiques (elle ressemblait à une couverture de Blueberry, il était fan de Blueberry). Et pendant des années, on s'est demandé, chez les Les Piles : "Mais qu'est-ce que c'est que ce film ?". Et puis un jour, on l'a chopé en DVD ou à la télévision, on a constaté que c'était un gros navet et je l'ai complètement oublié... jusqu'à l'aut' soir, Monsieur François Morel, alors merci pour la madeleine de Ferreri.

(C'est dingue, qui vous avait raconté ça ?)

Ou encore cette façon de me donner envie de me pencher sur Théorème de Pasolini, une lacune indéniable dans ma culture cinématographique à laquelle j'ai bien envie de remédier, alors que jusqu'à présent, ma méconnaissance de Pasolini ne m'empêchait pas de dormir.

(Vous étiez au courant, pour mes lacunes pasoliniennes ?)

Je crois qu'un jour, quand dans l'atmosphère feutrée d'un plateau de France Télévisions, Mireille Dumas penchera légèrement la tête sur le côté et me dira d'un air préoccupé : "Les Piles, on ne vous imagine pas faire un autre métier que celui de traductrice, dont vous parlez avec un talent fou et un enthousiasme renversant sur votre blog (suivi quotidiennement par plusieurs dizaines de milliers de lecteurs). Mais tout de même : si vous n'étiez pas devenue traductrice, qu'est-ce que vous aimeriez faire dans la vie ?", eh bien je répondrai : "J'aurais aimé faire François Morel, comme métier."

Na d'abord. "

(J'aime bien rapporter un peu de lecture du théâtre, moi. Cliquez pour agrandir.)






Et dans la série "les mises en abyme toujours plus époustouflantes de Tatie Les piles", vous pouvez entendre ici même les critiques d'Instants critiques au Masque et la plume (vers la quatrième minute, pendant le courrier des auditeurs).


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Ce n'est peut-être pas ce qu'on appelle un scoop

... mais moi je ne savais pas que la mère de Patrick Modiano avait pendant quelques années été auteure de sous-titres (avant d'entamer la carrière d'actrice qui l'intéressait vraiment après la guerre). Le contexte des années 40 n'est pas réjouissant-réjouissant, mais l'écrivain évoque brièvement ce fait dans au moins deux de ses oeuvres, à 28 ans d'intervalle.

Les semaines suivantes, mon père et ma mère firent plus ample connaissance. Ils se retrouvaient souvent dans un petit restaurant russe, rue Faustin Hélie. Au début, il n’osait pas dire à ma mère qu’il était juif. Depuis son arrivée à Paris, elle travaillait au service synchronisation de la Continental, une firme de cinéma allemande installée sur les Champs-Élysées. Lui se cachait dans un manège du Bois de Boulogne, dont l’écuyer était l’un de ses amis d’enfance.


Patrick Modiano, Livret de famille, 1977.


Soirs où ma mère, dans la chambre du cinquième, lisait ou regardait par la fenêtre. En bas, la porte d'entrée faisait un bruit métallique en se refermant. C'était mon père qui revenait de ses mystérieux périples. Ils dînaient tous les deux, dans la salle à manger d'été du quatrième. Ensuite, ils passaient au salon, qui servait de bureau à mon père. Là, il fallait tirer les rideaux, à cause de la Défense passive. Ils écoutaient la radio, sans doute, et ma mère tapait à la machine, maladroitement, les sous-titres qu'elle devait remettre chaque semaine à la Continental.


Patrick Modiano, Livret de famille, 1977.


[Ma mère] était une jolie fille au cœur sec. Son fiancé lui avait offert un chow-chow mais elle ne s'occupait pas de lui et le confiait à différentes personnes, comme elle le fera plus tard avec moi. Le chow-chow s'était suicidé en se jetant par la fenêtre. Ce chien figure sur deux ou trois photos et je dois avouer qu'il me touche infiniment et que je me sens très proche de lui.

Les parents de Georges Niels, de riches hôteliers bruxellois, ne veulent pas qu'elle épouse leur fils. Elle décide de quitter la Belgique. Les Allemands ont l'intention de l'expédier dans une école de cinéma à Berlin mais un jeune officier de la Propaganda-Staffel qu'elle a connu à l'hôtel Canterbury la tire de ce mauvais pas en l'envoyant à Paris, à la maison de production Continental, dirigée par Alfred Greven.

Elle arrive à Paris en juin 1942. Greven lui fait passer un bout d'essai aux studios de Billancourt mais ce n'est pas concluant. Elle travaille au service du « doublage » à la Continental, écrivant les sous-titres néerlandais pour les films français produits par cette compagnie. Elle est l'amie d'Aurel Bischoff, l'un des adjoints de Greven.


Patrick Modiano, Un pedigree, 2005


Voili-voilou, c'était la modeste séquence "oh, comme c'est insolite" de Tatie Les piles. Rien de plus à dire sur le sujet, une simple curiosité.

Bonne semaine, mes loupiots.


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Je ne sais pas vous

Mais moi, pour l'instant, elle ne me dit rien qui vaille, cette proposition de loi déposée par un député pour imposer la diffusion à la fois en VF et en VO (donc en VM) de tous les films et séries sur les chaînes du câble.


PROPOSITION DE LOI


Article unique


Pour tous les films, téléfilms, séries et feuilletons étrangers, les chaînes de télévision françaises, diffusées sur le câble ou l’adsl, doivent proposer l’alternative entre la version originale sous-titrée ou la version en français.

Elle semble enthousiasmer beaucoup de monde et sur le papier, c'est vrai que c'est coooool. Ben oui, quoi, ça fait plaisir de se dire que davantage de films et de séries seront enfin accessibles en VOST à la télévision française, et ce n'est pas l'ayatollah de la VOST qui vous parle qui va dire le contraire.

Mais...

Oui, il y a un mais.

Qui va financer les VOST qu'il va falloir réaliser en plus ?

L'État ? Tu parles, Charles, on n'a plus de sous.

Les chaînes ? Il y a de fortes chances.

Dans le monde des Bisounours, les chaînes auraient envie d'investir des milliers d'euros par an dans un sous-titrage de qualité pour les téléspectateurs qu'elles chérissent plus que tout, dans un esprit de pédagogie et de service public.

En vrai, les chaînes ont surtout envie de ne pas dépenser un euro de plus.

On nous a déjà fait le coup avec le sous-titrage à destination des sourds et malentendants, rendu obligatoire par la loi pour la quasi-totalité des émissions au 1er janvier 2010.

Résultat : les tarifs en sous-titrage S&M ont chuté de plus de 50% en moins de 10 ans. Personne ne s'est préoccupé en amont des conditions matérielles de mise en oeuvre de la loi.

Il faut être fort naïf pour penser que les chaînes du câble, qui nous expliquent déjà qu'elles n'ont pas de sous pour payer correctement les sous-titrages qu'elles font faire à l'heure actuelle, vont investir massivement pour faire plaisir au gouvernement.

Alors que vont-elles faire ?

Vraisemblablement, utiliser les sous-titres à destination des sourds et malentendants réalisés à partir des versions doublées des films en guise de sous-titres de traduction. Faire d'une pierre deux coups, en somme. Et pas besoin de leur donner de mauvaises idées, certaines le font déjà.

Ce qui est absurde si le but de la manoeuvre est de favoriser l'apprentissage des langues : le doublage et le sous-titrage sont deux modes d'adaptation complètement différents. Procéder de la sorte serait risquer de retrouver dans les sous-titres des tas de répliques qui n'ont qu'un rapport très lointain avec la VO. Parce que le doublage s'éloigne parfois sacrément de ladite VO, c'est son privilège, sa technique particulière veut ça.

Procéder de la sorte, c'est l'assurance d'obtenir un résultat qui ne ressemble à rien, en gros.

On ne le dira jamais assez, les modes de traduction ne sont pas interchangeables.


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La malédiction du magazine trouble-fête


Il y a surtout un truc qui me fatigue, avec les magazines récurrents de la Chaîne Kulturelle qui me fait vivre.

Tu prends exactement 4 jours ouvrés de fausses vacances (plus un samedi, un dimanche et un 1er novembre). Et quand je dis fausses vacances, c'est simplement que tu pars au fin fond des Vosges avec du boulot. Mais il y a le mot "vacances" quand même, dans ta tête.

Tu t'es organisée pour et tu travailles un peu quand tu peux, au milieu des piaillements sans fin des sanglots stridents des gloussements pénibles des hurlements surjoués du joyeux remue-ménage de tes quatre neveux et nièces (5 ans 1/2, 4 ans et des brouettes, 3 ans et 16 mois, rappelons-le).

Comme tu t'es préparée psychologiquement, tu te contentes de respirer un grand coup quand Nièce A. chantonne pour la soixante-douzième fois "ça ne se peut pas, ça ne se peut pas" avec son habituel air réjoui, quand Neveu S. déroule sa litanie de questions sur la Préhistoire (qui fort heureusement ne te sont pas destinées, mais s'adressent à Frère L., bombardé pour l'occasion expert ès mammouths et autres bestioles disparues), quand Nièce M. râle pour le plaisir de râler (mais de qui peut-elle bien tenir cette habitude ?), ou quand Neveu L. qui découvre tout juste les joies de la station debout se re-re-re-re-prend les pieds dans le tapis le cordon d'alimentation de ton ordinateur portable (pauvre chou).

Et puis tu as des compensations, tu en profites notamment pour dormir un peu mieux. Sans parler du fait que le temps est doux et que la montagne est belle, comme chantait l'autre. Ah oui, elle est belle, la montagne*.

Eh bien c'est très précisément à ce moment-là qu'il tombe, le magazine. Celui que tu t'es engagée à traduire régulièrement pour la Chaîne Kulturelle qui te fait vivre, oui oui - c'est le principe du magazine. Et il tombe en urgence, évidemment, sinon ce billet ne serait pas crédible (pas le genre de la maison)(nanmais).

Alors bien sûr, vous êtes deux traductrices à vous le partager, le magazine, mais comme les épisodes arrivent généralement par deux, tu dois quand même t'y coller. Terminer fissa le truc que tu comptais finir tranquilou en rentrant. Pondre en catastrophe un premier jet sans vidéo, toujours frustrant. Et d'une manière générale, dire adieu à la belle sérénité éphémère dans laquelle tu avais réussi à te couler pour profiter de cette parenthèse montagnarde et familiale.

Il n'est pas long, le magazine en question, mais à bien y regarder, il tombe toujours sans crier gare et au mauvais moment, surtout quand la montagne est belle et que les enfants piaillent sont contents de retrouver leur Tatie chérie (on y croit).

Or rappelle-toi, Barbara lecteur qui ne perds pas une miette de mes dilemmes de traductrice gâtée de ce blog, j'ai un magazine n°2 sur le feu depuis quelque temps (plus long, celui-là, moins facile à caser au pied levé). Et peut-être un n°3 en vue qui m'intéresse bien aussi sur le principe et qu'on m'a proposé avec une légère insistance il y a quelque temps, mais que je n'ai pas tellement envie d'accepter en plus du reste (du coup j'hésite)(grave). Parce que dans le lot, tu peux être sûr qu'il y aura régulièrement des collisions de magazines dans mon planning, ce qui n'est jamais bon (la collision de magazines, un grave problème de société dont on ne parle pas suffisamment).

Il faut dire que le magazine, par définition, est généralement bouclé très peu de temps avant sa diffusion : c'est plus drôle pour les traducteurs. En outre, le magazine n°2 (comme le (potentiel) magazine n°3, du reste), se traduit nécessairement entre une fin de semaine et un début de semaine, c'est la règle - et ça aussi, c'est plus sympa, ça occupe les week-ends de désœuvrement. Et puis une fois que tu as dit oui, hein, si tu fais défaut sans prévenir, même si c'est parce qu'on ne t'a pas prévenue toi que le magazine arrivait (tu me suis ?), on te fait comprendre que tu as commis un crime gravissime et que tu mets en péril la santé économique de ton client, voire celle de la Chaîne Kulturelle qui te fait vivre, voire celle de la Fraaaaaance, voire pourquoi pas celle de la Grèce et de l'Europe toute entière pendant qu'on y est (ne cherchez pas plus loin, le responsable de tout le bazar actuel est forcément un traducteur de l'audiovisuel qui n'a pas assuré un cachou sur son magazine récurrent).

Evidemment, il y a des avantages à traduire des magazines - le premier et le plus évident étant que c'est un boulot régulier assuré. Le deuxième, c'est qu'au bout de quelques numéros d'un même magazine, on commence à le traduire plus rapidement dans la mesure où on en connaît le ton et les ficelles. Le revers de la médaille, c'est qu'un magazine devient assez vite répétitif, pour les mêmes raisons. J'imagine qu'il en va de même pour les confrères qui traduisent des séries (quoique)(tout dépend de la série, hein). En 2009, en démarrant le magazine n°1 qui est consacré au cinéma, j'étais ravie. Quelques dizaines de numéros traduits et à peu près autant de numéros relus plus tard, j'ai un peu perdu mon enthousiasme, même si le contenu des sujets qui composent ledit magazine est parfois intéressant. Le magazine n°2, lui, entre dans la catégorie culturello-branchouille. Le premier épisode m'a paru inintéressant au possible, le deuxième était nettement plus rigolo. Un partout, attendons de voir ce qu'il en sera à l'avenir. Le (potentiel) magazine n°3 est culturel mais un peu moins branchouille, dans l'absolu il m'aurait davantage plu que le magazine n°2, oui mais voilà, on me l'a proposé après, c'est comme ça. On verra bien, je me tâte encore (oui oui).

Tout ça pour dire que la malédiction du magazine trouble-fête ne s'arrête pas là. Parce que tu rentres de tes fausses vacances dans les Vosges avec ton premier jet rédigé sans vidéo et ta belle sérénité en capilotade, et là, tu t'attends à trouver la vidéo du magazine sur le serveur FTP de ton client et à le boucler une bonne fois pour toutes, ce p*tain de magazine.

Ben non.

Délai repoussé sine die, car le matos n'est toujours pas arrivé.

Je ne sais pas pourquoi, je sens que je vais me faire un ciné cet après-midi, moi.


* Quand je vous dis qu'elle est belle, je ne vous baratine pas, hein :





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