Sur une idée originale de Chiffonnette.
Qu'est-ce que cette opinion publique qu'invoquent les créateurs de droit des sociétés modernes, des sociétés dans lesquelles le droit existe ? C'est tacitement l'opinion de tous, de la majorité ou de ceux qui comptent, ceux qui sont dignes d'avoir une opinion. Je pense que la définition patente dans une société qui se prétend démocratique, à savoir que l'opinion officielle, c'est l'opinion de tous, cache une définition latente, à savoir que l'opinion publique est l'opinion de ceux qui sont dignes d'avoir une opinion. Il y a une sorte de définition censitaire de l'opinion publique comme opinion éclairée, comme opinion digne de ce nom.
Pierre Bourdieu, "La fabrique des débats publics"
Extrait de Sur l’Etat. Cours au Collège de France, 1989-1992, Raisons d’agir - Seuil, Paris, paru le 5 janvier 2012 (cf. le site du Monde diplomatique).
Dix ans bientôt que Bourdieu est mort. Votre blogueuse dévouée était alors stagiaire en Irlande, elle se souvient qu'elle se dépatouillait comme elle pouvait entre livre irlandaise, franc et euro tout neuf, et qu'elle se disait quand même que ce type pas franchement sympathique qu'elle avait un peu découvert dans La sociologie est un sport de combat valait peut-être la peine qu'on se penche sur son cas, par exemple pour enrichir un peu un mémoire de maîtrise en cours de rédaction avec quelques considérations inspirées de la sociologie de la culture.
Dix ans (et une bonne dizaine d'ouvrages dans ma bibliothèque) plus tard, voilà que Le Monde diplomatique publie un texte semble-t-il inédit de Bourdieu dont le début me fait irrésistiblement penser à ce film vu il y a quelques jours au cinoche, Les nouveaux chiens de garde.
Aucune coïncidence dans cette "irrésistible" association d'idées, du reste, la Halimi-connection est bien sûr là : en résumé, Serge Halimi, actuel directeur du Monde diplomatique, publiait en 1997 Les nouveaux chiens de garde, essai préfacé par Pierre Bourdieu et point de départ du film en question, la boucle est donc parfaitement bouclée. Ce documentaire, vous n'en entendrez sans doute pas beaucoup parler chez Isabelle Giordano ou Franz-Olivier Giesbert, mais à moins que vous soyez Isabelle Giordano ou Franz-Olivier Giesbert (ou Claire Chazal ou Nicolas Demorand ou quelques autres), il y a de fortes chances pour qu'il vous fasse rire (jaune mais aussi de bon coeur) et vous intéresse.
Et à consulter, toujours, la mine d'informations qu'est le blog de l'ami G., "Pierre Bourdieu un hommage", qui recense à peu près tout ce qui se publie, s'écrit et se diffuse sur Bourdieu et est constamment alimenté par son auteur, un infatigable passionné (si si, j'vous jure, il est comme ça, G.).
1 note(s) du traducteur:
g. est heureux d'être cité dans ce billet doux;=)
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