(Premier épisode et rappel du principe.)



C'est Cousine A. qui m'a offert Des fleurs pour Algernon il y a... pas loin de 20 ans, tiens.

Personnellement, je n'ai jamais lu beaucoup de science-fiction, mais je me souviens que ce roman-là m'avait bien plu à l'époque. Depuis, plusieurs personnes m'ont dit "Voyons, Les Piles, c'est un classique, Des fleurs pour Algernon ! (même qu'on en a tiré des pièces, des films, et tout et tout...)", ce que je veux bien croire, hein. Mais au cas où quand même, parce qu'un petit résumé est mieux pour situer l'extrait et en comprendre les dernières lignes, je pique un paragraphe à Wikipedia :


Charlie Gordon, un jeune arriéré mental, gagne sa vie comme apprenti dans une boulangerie. Il suit parallèlement des cours de lecture et d'écriture à l'Université Beekman avec Miss Kinnian. Un jour, il est convoqué par le Docteur Strauss et le Professeur Nemur pour subir une opération du cerveau qui doit permettre de démultiplier ses facultés mentales. L'intervention ayant réussi avec la souris de laboratoire dénommée Algernon, les deux scientifiques pensent être prêts à passer au stade de l'expérimentation humaine. Après l'opération, Charlie est suivi psychologiquement par les deux chercheurs et doit rédiger à cet effet son journal intime sous forme de comptes-rendus. Son ancien professeur, Miss Kinnian, l'accompagne dans son évolution. Charlie Gordon progresse rapidement, accumule de nombreuses connaissances, mais a beaucoup de mal à se lier des relations stables et normales avec les autres, faute d'avoir la maturité affective suffisante, mais aussi parce qu'il est obsédé par la compréhension de sa vie antérieure, celle du Charlie Gordon attardé mental, ce qui le conduira à revivre en pleine conscience les scènes les plus traumatisantes de son enfance.



Je coupe là le résumé, parce que la suite serait un méchant spoiler, mais il est bien sûr complet sur Wikipedia.

La V.O. figure après la traduction française.



Compte rendu n° 11

1er mai. Pourquoi n’ai-je jamais remarqué qu’Alice Kinnian était si jolie ? Elle a des yeux marron très doux et des cheveux bruns qui retombent en boucles légères sur ses épaules. Quand elle sourit, ses lèvres pulpeuses semblent faire la moue.

Nous sommes allés au cinéma, puis dîner. Je n’ai pas vu grand-chose du premier film parce que j’étais trop ému de la sentir assise à côté de moi. Deux fois, son bras nu a touché le mien sur l’accoudoir et les deux fois, par crainte de la gêner, je me suis écarté. Je ne pouvais plus penser qu’à sa peau douce si près de moi. Puis j’ai vu, deux rangs devant nous, un jeune homme avec son bras autour de la jeune fille qui était près de lui, et j’ai eu envie de passer mon bras autour de Miss Kinnian. C’était terrifiant.

(…)

Cela devint un tel supplice – si douloureux – que je me suis obligé à ne plus penser à elle. Le premier film était un film de guerre et tout ce que j’en ai saisi, ce fut la fin, quand le G.I. retourne en Europe pour épouser la femme qui lui a sauvé la vie. Le second film m’a intéressé. C’était un film psychologique au sujet d’un homme et d’une femme apparemment amoureux l’un de l’autre mais qui, en fait, se détruisent mutuellement. Tout laisse penser que l’homme va tuer sa femme mais, au dernier moment, des mots que celle-ci hurle dans un cauchemar lui rappellent ce qui lui est arrivé dans son enfance. Ce souvenir soudain lui montre que sa haine est en réalité dirigée contre une gouvernante dépravée qui l’avait terrifié en lui racontant des histoires épouvantables et avait ainsi laissé une faille dans sa personnalité. Bouleversé par cette découverte, il pousse un cri de joie, ce qui réveille sa femme. Il la prend dans ses bras et on peut en déduire que tous ses problèmes sont résolus. C’était trop simple, trop banal, et j’ai dû laisser voir mon irritation sur mon visage car Alice m’a demandé ce qui n’allait pas.

- C’est faux, lui ai-je dit en sortant du cinéma. Les choses ne se passent pas du tout comme cela.

- Bien sûr, a-t-elle répondu en riant. Le cinéma est univers de contes de fées.

- Ah ! non, ce n’est pas une réponse, ai-je répliqué. Même dans les contes de fées, il faut qu’il y ait des règles. Les détails doivent être cohérents et s’articuler entre eux. Ce genre de film est mensonger. Les scènes ne s’enchaînent qu’arbitrairement parce que le scénariste, ou le réalisateur, ou je ne sais qui, a voulu y introduire quelque chose qui ne va pas avec le reste. Et cela n’a pas de sens.

Elle m’a regardé pensivement quand nous sommes arrivés dans les lumières éblouissantes de Times Square.

- Tu progresses vite.

- Mon esprit s’embrouille. Je ne me rends plus du tout compte de ce que je sais.




Daniel Keyes, Des fleurs pour Algernon (1959)
Traduction Georges H. Gallet ; édition française J’ai lu, 1972



Progress report 11

May 1. Why haven't I ever noticed how beautiful Alice Kinnian is? She has pigeon-soft brown eyes and feathery brown hair down to the hollow of her neck. When she smiles, her full lips look as if she's pouting. We went to a movie and then to dinner. I didn't see much of the first picture because I was too conscious of her sitting next to me. Twice her bare arm touched mine on the armrest, and both times the fear that she would become annoyed made me pull back. All I could think about was her soft skin just inches away. Then I saw, two rows ahead of us, a young man with his arm around his girl, and I wanted to put my arm around Miss Kinnian. Terrifying.

(...)

It became such an ordeal - so painful - that I forced myself to take my mind off her. The first picture had been a war film, and all I caught was the ending where the G. I. goes back to Europe to marry the woman who saved his life. The second picture interested me. A psychological film about a man and woman apparently in love but actually destroying each other. Everything suggests that the man is going to kill his wife but at the last moment, something she screams out in a nightmare makes him recall something that happened to him during his childhood. The sudden memory shows him that his hatred is really directed at a depraved governess who had terrified him with frightening stories and left a flaw in his personality. Excited at discovering this, he cries out with joy so that his wife awakens. He
takes her in his arms and the implication is that all his problems have been solved. It was pat and cheap, and I must have shown my anger because Alice wanted to know what was wrong. "It's a lie," I explained, as we walked out into the lobby. "Things just don't happen that way."

"Of course not." She laughed. "It's a world of makebelieve."

"Oh, no! That's no answer." I insisted. "Even in the world of make-believe there have to be rules. The parts have to be consistent and belong together. This kind of picture is a lie. Things are forced to fit because the writer or the director or somebody wanted something in that didn't belong. And it doesn't feel right."

She looked at me thoughtfully as we walked out into the bright dazzling night-lights of Times Square. "You're coming along fast."

"I'm confused. I don't know what I know any more."


Daniel Keyes, Flowers for Algernon (1959)
Dégoté en ligne ici.




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Tics, manies et autres névroses (ép. 5)


Le traducteur est un petit être délicat. Confronté au monde hostile qui l'entoure, il a parfois des réactions étranges, compulsives, inquiétantes. Certains préfèrent parler de "déformations professionnelles" pour minimiser la chose, mais let's face it : le traducteur professionnel est gravement atteint. Cette série de billets explore les tics, manies et autres névroses de la gent traductrice.


Alors te revoilà, lecteur traducteur ou pas de ce blog. Tu me dis que tu as un cadeau à faire à un traducteur, peut-être même à un traducteur de l'audiovisuel. Et comme ça, tu penses, avec toute la naïveté sincérité dont tu es capable, que la meilleure façon de faire plaisir à ton ami(e)/amant(e)/connaissance traducteur ou traductrice est de lui offrir un livre ou un DVD.

Sur le principe, il faut bien dire que tu n'as pas complètement tort. En tout cas, la base de ton analyse est saine, dans la mesure où oui, le traducteur est bien souvent un boulimique de lecture et/ou un visionneur compulsif.

Alors... "Impossible de se tromper", crois-tu ? Tu as déjà une pile de bouquins et de DVD sous le bras, tu es en train de dégainer ta carte Fnouc à la caisse, tu es sûr d'avoir trouvé LE cadeau idéal ?

Tss-tss-tss...

Excuse-moi de te le dire comme ça, mais tu me fais l'effet d'un amateur complet en matière traducto-cadalesque.

As-tu bien réfléchi à ce cadeau ? Hmm oui, vraiment ? N'as-tu pas oublié un détail absolument capital ?

Ce petit film indépendant, ce roman incroyable que tu as choisi avec amour... ce serait pas une traduction, des fois ?

Tu es troublé(e), je le vois. Tu ne sais plus, le vide se fait dans ta tête. Tu baisses les yeux, tu jettes un regard à cette pile d'objets rectangulaires qui te paraît soudain suspecte. Et à raison, car vlan ! Un film britannique, trois courts métrages espagnols, un roman américain et une anthologie de poésie arabe.

Excuse-moi encore une fois, hein, l'ami(e), mais tu déconnes complètement.

Tu ne vois pas pourquoi ? Non, vraiment ?

Alors réponds à cette question simple, tu vas comprendre : t'es-tu assuré(e) préalablement de la qualité des traductions que tu comptes offrir à ton ami(e)/amant(e)/connaissance traducteur ou traductrice ?

Non ?

Tss-tss. Erreur de débutant, j'te dis. Va me reposer tout ça en rayon, et reviens lire la suite.

Ayé ? C'est bon ? Je t'essplique, alors.

Je ne t'apprendrai rien (car tu suis cette brillante série de billets depuis longtemps) en te rappelant que le traducteur est généralement atteint de plusieurs maux fort handicapants en société.


  1. La comparite, d'abord, dont on a déjà un peu parlé dans un contexte vacancier. Transposée au domaine des cadeaux sous-titrés (par exemple), la comparite est cette manie insupportable qui consiste à s'assurer en permanence de la qualité de la traduction des dialogues d'un film ou d'une série. Là, je te conseille d'éviter par exemple d'offrir le DVD d'American Gangster à ton ami(e)/amant(e)/connaissance traducteur ou traductrice, surtout si tu es susceptible d'être invité(e) à la séance de visionnage. Crois-moi, vous serez deux à regretter ce choix.

  2. La transparentite. Si tu croyais échapper à la comparite en optant pour un livre traduit, si tu t'imaginais franchement que l'absence du texte original réglait la question, think again. La transparentite est peut-être encore plus sournoise que la comparite : elle consiste, pour le traducteur, à chercher le texte original SOUS le texte traduit. Non, je ne veux pas dire qu'il soulève les pages pour voir ce qu'il y a en dessous, nous sommes dans l'abstrait, coco : il ne peut pas s'empêcher de s'imaginer ce qu'était le texte VO avant traduction. Plus la traduction est mauvaise et littérale, plus elle risque de provoquer une transparentite aiguë. Et quand je dis "aiguë", je pèse mes mots, car certains calques laissent des souvenirs indélébiles : avant même d'envisager vaguement d'embrasser la carrière qui est aujourd'hui la sienne, votre blogueuse dévouée se souvient être restée perplexe face à l'expression "enrouler quelqu'un autour de son petit doigt", rencontrée dans l'édition 1990 de La Rose de décembre, un chouette roman jeunesse de Leon Garfield. Si elle avait eu dix ans de plus, elle aurait bondi en hurlant "HAN, mais qu'est-ce que c'est que cette expression mal traduite !?!?" (et c'est ce qu'elle fait maintenant en y repensant), alors imagine un bouquin complet écrit comme ça. Et puis attention, hein, la transparentite n'est pas limitée au monde de l'édition, elle peut aussi se déclarer face à un piètre doublage.

  3. Quelle que soit la qualité de la traduction proprement dite, je veux dire de la restitution en langue cible de la langue source, n'oublie jamais que le traducteur est aussi atteint par déformation professionnelle d'une forme aigüe de fautedorthographobie et de fautedefrançophobie. Ça veut dire par exemple qu'il repère immédiatement les éditeurs qui ont supprimé les postes de correcteurs dans leur personnel et qu'il perce de petites poupées vaudou à leur effigie quand il est désoeuvré. Ça veut dire aussi que ce n'est pas la peine d'essayer de t'en tirer en offrant un recueil de nouvelles traduites du suédois à un traducteur de l'espagnol vers le français. La fautedorthographobie et la fautedefrançophobie conduisent à des actes étranges - grognements à la limite de l'inhumain pendant la lecture, voire arrachage de pages ou dépiautage de livre ; devant un film ou une série, on constate généralement, outre les grognements susmentionnés, une prise à témoin des autres spectateurs présents (lesquels sont priés d'acquiescer sans retenue, merci), et un déchaînement de rage pouvant conduire jusqu'à la destruction du matériel audiovisuel familial (ah, on regrette moins d'avoir pris une extension de garantie qui soi-disant ne sert à rien, hein ?).

  4. Enfin le traducteur de l'audiovisuel est souvent atteint aussi de multinationalophobie, une affection apparemment extrême, mais en réalité tout à fait saine et normale, qui témoigne d'une profonde aversion pour les sous-titres réalisés n'importe comment et pour des cacahuètes par les grandes multinationales du sous-titrage. Les symptômes ont déjà été évoqués dans un précédent billet (point 2.3). Quand on sait que la multinationalite touche un nombre croissant d'éditeurs DVD, inutile de dire que la multinationalophobie est susceptible de survenir à tout moment chez le traducteur-visionneur.

Voilà pour le tableau clinique - approximatif, bien sûr, car évidemment, il faut tenir compte des combinaisons possibles : une fautedorthographobie seule, par exemple, peut être contenue. En revanche, une multinationalophobie doublée d'une fautedorthographobie et d'une comparite aiguës peut finir en massacre pur et simple.

C'est un peu dommage.

Comme cette rubrique est avant tout constructive, l'objectif est aussi de t'aider, toi, ami(e)/amant(e)/connaissance de traducteur ou de traductrice dans le choix d'un cadeau qui te permettra au choix de sauver ton couple, de consolider une amitié, de conclure, de te faire bien voir ou tout simplement de faire plaisir (rayer la mention inutile).

Étudions donc les possibilité qui s'offrent à toi, si tu veux bien (note que la fin de cette phrase est purement rhétorique et que si tu ne veux pas, on va les étudier quand même, hein, j'ai prévu de faire ton bien que tu veuilles ou non, c'est mon côté totalitaire attachant) :

  • Cas n°1 : tu es toi-même traducteur. Tu es donc au courant des graves problèmes de tes ami(e)s/amant(e)s/connaissances traducteurs et traductrices, je te fais confiance pour louvoyer entre les écueils précédemment évoqués et trouver le cadeau ad hoc. Va petit scarabée et ne faillis pas à la difficile mission qui t'incombe.

  • Cas n°2 : tu n'es pas traducteur, mais tu as d'autres ami(e)s/amant(e)s/connaissances traducteurs et traductrices. C'est l'occasion l'air de rien de solliciter leur opinion d'expert. Ne crains pas de les déranger, les traducteurs adooooorent qu'on leur demande leur avis sur une question aussi essentielle que le choix d'un roman ou d'un film traduit et se feront un plaisir de te détailler les mérites respectifs de telle ou telle traduction de telle ou telle oeuvre. Prends des notes pour t'y retrouver, quand même.

  • Cas n°3 : tu n'es pas traducteur et malheureusement pour toi, tu ne connais pas d'autres traducteurs que l'ami(e)/amant(e)/connaissance à qui tu veux faire un cadeau. Mais ne désespère pas : tu as peut-être un ami correcteur typographique ou un prof de lettres de ton entourage, probablement atteints eux aussi de fautedefrançophobie et la fautedorthographobie, et qui pourront peut-être t'aider à sauver ton cadeau. Courage, tout n'est pas perdu.

  • Cas n° 4 : si tu n'as coché aucune des cases ci-dessus, tu peux encore

    1. faire confiance à ton instinct à tes risques et périls.

    2. te rabattre sur l'intégrale Rohmer ou les oeuvres complètes de Marguerite Yourcenar pour assurer le coup (évidemment, ça limite un peu ton choix).

    3. offrir une VO. Renseigne-toi quand même un peu sur les langues qu'il ou elle traduit, hein. Sinon, face à ce super film tchèque sans sous-titres ni doublage, ton ami(e)/amant(e)/connaissance traducteur ou traductrice du portugais vers le français risque de se sentir un peu comme une poule qui a trouvé un couteau.

    4. opter pour un dictionnaire, si tu tiens quand même à offrir un bouquin. Alors évidemment, je ne te cache pas que tu prends encore un risque (mais tu l'as maintenant compris, avoir un(e) ami(e)/amant(e)/connaissance traducteur ou traductrice, c'est accepter de vivre dangereusement) : donner un dictionnaire à un traducteur, ça peut (je dis bien "peut") être un peu comme choisir un fer à repasser en guise de cadeau de fête des mères (or prendre un dico en pleine poire, c'est presque aussi dangereux que de se trouver sur la trajectoire d'un lancer de fer à repasser). Mais tu peux tenter le coup si tu as l'esprit aventureux. Va faire un tour à la Maison du dictionnaire pour trouver l'inspiration, par exemple. Et si le Dictionnaire trilingue des biotechnologies végétales ne te fait pas fondre, c'est que tu n'as pas de coeur n'hésite pas à taper dans les dictionnaires dits "fantaisistes" : du moment qu'il y a "dictionnaire" dans le titre, tu as quand même des chances de faire un heureux.

    5. offrir des chaussures. C'est bien aussi, des chaussures, ça fait toujours plaisir. (Ne me dis pas que tu ne me voyais pas venir avec mes escarpins compensés, lecteur habitué de ce blog.)

Hem-hem.

Bref.

Alors je sais, tout ceci est un peu déprimant, lecteur atterré de ce blog. Si tu renonces à l'idée (excellente, au demeurant, je le répète) d'offrir un roman ou un film étranger en traduction à ton ami(e)/amant(e)/connaissance traducteur ou traductrice, je te dirai en conclusion que tu peux aussi piocher de très bonnes idées parmi les suggestions émises par Ma voisine millionnaire pour les fêtes de fin d'année.

Bon shopping, hein ! Sans stress, bien sûr.



Edit du 23/02 : lien vers Ma voisine millionnaire réparé !


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C'est J., lecteur sympa, qui m'a envoyé aimablement cette capture d'écran il y a quelques jours pour la saga ImpÉcr, les sous-titres qui parlent de traduction.


Elle est issue du premier épisode de The River, série toute neuve produite par Spielberg et disponible sur iTunes en VO sous-titrée en français immédiatement après sa diffusion aux États-Unis. Du lourd, en somme.

Contexte : les proches d'un Américain qui a disparu au fin fond de l'Amazonie partent à sa recherche. Alors qu'ils préparent leur itinéraire, une jeune femme hispanophone qui les accompagne, Jahel, leur déconseille de se rendre dans la zone qu'ils prévoient d'explorer - et les sous-titres disent, donc : "C'est la Boiúna. On ne peut pas y aller. C'est [INTRADUISIBLE]."

J'ai gardé cette capture d'écran dans ma boîte mail quelques jours, en allant y jeter un coup d'oeil de temps en temps. Un peu comme quand je sais qu'il n'y a plus rien dans mon frigo (et pour cause, je n'ai pas fait de courses depuis huit jours), mais que tant pis, je vais quand même ouvrir et refermer quatre ou cinq fois dans la soirée la porte dudit frigo histoire de m'en assurer vraiment-vraiment : qui sait, un reste de boulettes de foie (un mot) a pu m'échapper, j'ai peut-être mal vu (lu). Je sais au fond de moi que les boulettes de foie sont terminées depuis belle lurette (et que je n'ai pas de raison d'avoir lu de travers), mais c'est plus fort que moi, je ne veux pas croire à une telle indigence.

Évidemment, les boulettes ne réapparaissent jamais, et de la même façon, le sous-titre est resté égal à lui-même au fil des jours.

Incongru.

Inesthétique avec ses crochets et ses majuscules.

Je dirais même criard.

Oui c'est ça, il détonne. Parce qu'un sous-titre, sauf exceptions (rares), c'est plutôt fait pour passer inaperçu, pour guider le spectateur dans le film ou la série comme une béquille discrète. Le bon sous-titrage est celui qu'on ne remarque pas, dit-on - c'est un lieu commun, mais c'est tellement vrai.

Incongru, inesthétique, criard et... inédit, pour moi en tout cas. Jamais je n'ai vu ça dans un sous-titrage diffusé, disons, "officiellement". On rencontre dit-on de drôles de choses dans l'univers du fansubbing, et un site comme lefansub.caidlamairde.net recense quelques superbes captures d'écran dans lesquelles le "traducteur" fait part de ses états d'âme de maintes façons.

(Source)


(Source)



Mais dans un sous-titre pro, non, non et non, ce n'est pas possible d'en arriver à une tel aveu de flemme, d'impuissance ou d'incompétence quand on est un traducteur qui se respecte.

Plus je pensais à ce sous-titre, plus j'en voulais à son auteur et plus j'avais envie de lui crier : "Coco ! La qualité, c'est la dernière chose qu'on a à offrir à nos clients et aux consommateurs de traductions ! Répare la branche sur laquelle on est tous assis au lieu de la scier, rogntudju !"

J'étais perplexe, j'étais désespérée, j'étais colère, je me débattais avec iTunes (qui y mettait de la mauvaise volonté) pour aller visionner l'épisode en question histoire de faire la liste de toutes les solutions qu'on aurait pu envisager à la place de cette horreur indigne.

Et puis.

En cherchant d'éventuels autres exemples de sous-titres de ce genre sur Internet (je n'en ai pas trouvé beaucoup) (mais il paraît tout de même qu'on peut lire à trois reprises "[untranslatable pun]" dans les sous-titres d'une version diffusée à la télévision britannique de La maman et la putain) (le saviez-vous ?), je me suis rendu compte, non sans étonnement, que ça discutait aussi de The River sur un forum anglophone de proz.com, rapport à la diffusion de la VO de la série outre-Atlantique. Et surtout, que ça en discutait exactement pour les mêmes raisons.




Le fil de discussion de proz.com renvoyait à un autre forum qui se posait la même question...



... et qui proposait une réponse pas trop à côté de la plaque :




(Je dis "une réponse pas trop à côté de la plaque", parce que je ne crois pas trop aux explications du type : "Le mot n'était pas clair, c'est de la télé-réalité..." (oui, oui, j'ai lu ça) Non, ce n'est pas de la télé-réalité, c'est une série parfaitement calibrée, écrite pour ressembler à de la télé-réalité avec des effets de caméras tremblotantes et des personnages qui s'adressent à ladite caméra - rien de neuf sous le soleil depuis Blair Witch ou EDtv, en somme. Dans un programme de ce type, il n'y a pas de dialogues "pas clairs", il y a un script, et ce n'est du reste clairement pas une scène d'impro. Fin de la parenthèse.)

Une réponse pas idiote, donc.

Alors mettons. Mettons qu'il s'agisse d'un artifice scénaristique. Un critique américain du nom de David Hiltbrand semble pencher à sa façon un peu pour la même explication, puisqu'il écrit dans cet article :



The farther they go, the stranger things get. A local teen warns them in Spanish not to proceed. "This is Bouina," she says, pointing at the map. "We cannot go there. It is [untranslatable]."

First rule of wilderness quests (and this is important): When the subtitles cannot even adequately convey how evil a place is, it's time to turn the boat around. Pronto.



(J'ai ri. Hi hi.)

Mettons, donc. Jahel a beau prévenir ces concons d'Américains prêts à tout pour sauver leur père/mari/collègue, personne ne l'écoute, comme dans toute bonne fiction d'horreur qui se respecte. Et on rajoute une petite pointe de mystère en ne dévoilant pas tout de la menace terrible qui attend la joyeuse bande.

N'empêche qu'il est lui aussi un peu concon, l'artifice scénaristique. Si le mot est "[UNTRANSLATABLE]", cela veut-il dire qu'aucun des Américains présents ne le comprend ? (Évidemment, nous spectateurs, on nous donne en indices la musique inquiétante et le montage stressant, mais eux, là, qui gesticulent à l'écran, hmm ?) Pour qui est-il "[UNTRANSLATABLE]", ce mot ? Il me semble qu'en une seconde, en un sous-titre, on modifie la position du spectateur. Alors qu'on essayait de l'immerger dans une intrigue pas bien palpitante au demeurant mais ce n'est que mon avis après ce premier épisode qui se veut haletante, on lui impose soudain une distance et on le place en-dehors de la scène. Il n'y a pas de cohérence dans ce choix, parce que les premiers propos en espagnol de Jahel sont également sous-titrés alors même que son interlocuteur (un caméraman) ne les comprend pas (il lui répond dans un français plus qu'hésitant, c'est vous dire). Donc ce sous-titrage n'est pas une façon de placer le spectateur dans la peau des protagonistes, puisque certains protagonistes ne comprennent pas l'espagnol. Mais cette réplique-là, on ne va pas te le traduire, ami téléspectateur. Débrouille-toi avec cette information, c'est [INTRADUISIBLE], tu n'as pas besoin d'en savoir plus.

J.-le-lecteur-sympa (qui traduit notamment depuis l'espagnol) m'indique dans son mail qu'il s'agit sans doute d'un terme issu d'un dialecte amazonien et rejoint d'autres spectateurs-internautes en supposant qu'il signifie probablement "c'est interdit" ou "c'est maudit", ce qui paraît effectivement assez vraisemblable. Dans ce cas pourquoi ne pas le laisser tel quel dans sa langue d'origine, le mot ? En tout état de cause, je trouve qu'il aurait été bien plus judicieux d'écrire un mot à la place de ces majuscules entre crochets, même un mot inventé (si les scénaristes voulaient éviter la ruée sur Google à la recherche d'un dictionnaire en ligne dialecte amazonien-anglais), qui aurait aussi bien rempli sa fonction intrigante et mystérieuse.

L'intérêt de cet [INTRADUISIBLE], en VO comme en VOST, m'échappe donc un peu. Il attire l'attention, il désespère les linguistes et il fait parler de lui, c'est indéniable. Mais à part ça ?

Flop.

Ah si, il donne l'impression que l'auteur des sous-titres, en VO comme en VOST, est un flemmard incompétent.

Re-flop.



Merci encore à J. pour cette capture d'écran point de départ d'une enquête rigolote.


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Réflexe stupide


À peine descendue du train jeudi soir, j'ai entendu dans le métro...

"Quand on a ce genre de problèmes,
on ne les étale pas sur la place publique.
On s'explique entre deux yeux !"

Et bêtement instantanément, j'ai visualisé...



Réflexe stupide, donc.



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Le jeudi, c'est citation (il paraît) #11



Sur une idée originale de Chiffonnette.


Les mots de la loi ont souvent l'air de mots du langage ordinaire, mais dès lors que ces derniers sont employés comme termes juridiques, tout bascule : ils n'ont plus de référent extérieur à l'institution sociale et intellectuelle que la loi construit. Si vous faites la java vers deux heures du matin dans une rue du XVIe arrondissement en rythmant vos chansons sur le couvercle d'une poubelle, vous serez sans doute sanctionné pour tapage nocturne ; mais si vous vous comportez de façon identique dans un quartier non moins calme de Londres, un magistrat vous jugera le lendemain matin pour breach of the peace. Or le premier délit ne peut être commis qu'après le coucher du soleil, alors que le second peut être constaté à n'importe quelle heure ; le premier ne consiste par définition qu'en un comportement bruyant, alors que le second peut en principe s'accomplir dans un silence total. Pourtant, c'est exactement le même inconvénient que vous infligez aux riverains dans leur sommeil. Aux yeux de la loi, en revanche, ce que vous avez fait est déterminé exclusivement par le régime juridique en vigueur dans le lieu et dans le temps où vous le faites, et, plus spécifiquement de notre point de vue, par les définitions écrites des termes qui ont cours dans le régime en question - c'est-à-dire par les mots de la loi tels qu'ils sont couchés dans un code ou un système écrit.


David Bellos, Le poisson & le bananier - Une histoire fabuleuse de la traduction
Flammarion 2012
Traduit par Daniel Loayza en collaboration avec l'auteur


J'aimerais avoir plus de temps pour me pencher sur ce bouquin très dense, bourré d'anecdotes et de réflexions de tout poil, mais mes journées sont un peu surchargées ces temps-ci. Fort heureusement, on peut aussi écouter l'auteur ici.


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Ch-ch-ch-ch-changes


Tu sais, lecteur toi aussi changeant de ce blog, il faut quand même que je te dise que ces derniers mois ont été plutôt fastes pour les gens de mon entourage proche. C'est pas compliqué, tous ceux qui cherchaient du boulot en ont trouvé, dans l'ordre chronologique, Frérot L., The Man et Belle-soeurette A. Ouais, c'était un peu la classe à Dallas, cette fin 2011 /début 2012. Et le pire (ou le mieux), c'est que même votre blogueuse dévouée aura bientôt, paraît-il, un nouveau taf (yeeeha).

La grande aventure européenne a débouché sur un poste dans la capitale de la Luxembourgie auprès de l'institution qui m'intéressait le plus, ce qui tombe il faut le dire particulièrement bien. Honnêtement, j'aurais préféré la capitale de la Belgiumie qui me semblait plus attrayante, mais dans l'immédiat, à bien y réfléchir, ça me tente bien. Je pensais flipper, ne pas savoir ce que je voulais, ne pas être sûre d'avoir envie de ce changement de vie, mais en fin de compte j'y vais plutôt sereinement et avec optimisme. Et puis on verra bien si je conviens et si ça me convient.

Officieusement, je suis au courant depuis début décembre, parce qu'on m'a très gentiment passé un coup de fil pour me l'annoncer tout de suite après un nouvel entretien en Belgiumie. Officiellement, j'ai enfin eu confirmation de la chose il y a quelques jours après deux mois d'attente et de gamberge (et moi, plus je gamberge, moins je suis sereine) (c'est mathématique) et le grand changement devrait se faire en avril.

Certes, je n'ai pas très envie de repartir, de refaire mes cartons moins d'un an après les avoir défaits, de me lancer dans de nouveaux aller-retours Luxembourg-Paris et Luxembourg-Strasbourg. Pas envie de renoncer au droit de travailler (parfois) en pyjama, au droit d'aller (parfois) au cinéma au milieu de l'après-midi, au droit de dire (parfois) "non" si on m'emmerde, au droit de choisir (parfois) ce que je traduis. Pas envie non plus d'abandonner les timecodes, les sous-titres, les voice, la Chaîne Kulturelle qui me fait vivre, les beaux documentaires culturels et les vieux films occasionnels.

Et en même temps...

Pourquoi pas ?

Pourquoi pas une nouvelle vie, plus équilibrée peut-être, avec des horaires pour encadrer les sprints et les marathons de tous les jours ? Pourquoi pas un boulot salarié dans un domaine qui m'intéresse aussi depuis longtemps ? Pourquoi pas la culture, les questions d'emploi et de santé et les politiques régionales (ce qui m'attend a priori) ? Pourquoi pas les programmes ultra-libéraux que je réprouve ? Pourquoi pas des collègues de travail ? Pourquoi pas une machine à café ? Pourquoi pas une ambiance de boulot internationale dont j'ai souvent rêvé, puisque ce sont les seuls milieux où je me sens vraiment bien au quotidien ? Pourquoi pas des soirées libres, des week-ends et des congés payés ? Pourquoi pas du boulot assuré, sans se demander de quoi demain sera fait ? Surtout, pourquoi pas Luxembourg ? (Euh...)

On verra bien, je vous raconterai. Ou pas - et cette fois, ce sera peut-être effectivement "pas", ou en tout cas pas de la même façon parce qu'il me semble nettement plus compliqué de rester une traductrice-blogueuse vaguement anonyme (mouahaha) dans ces conditions.

Il sera toujours question de traduction, de langues et de mots ici, mais peut-être pas de la même manière. Il sera toujours question de bouquins, de films, de machins qui n'intéressent que moi passionnants, forcément. Et puis il sera question de Luxembourg, c'est sûr, il y aura des millions, que dis-je, des milliards de trucs à dire, à découvrir et à raconter sur cette contrée lointaine et sauvage, cette nouvelle ville, cette nouvelle vie. Si-si, parce que quand même, un pays qui a trois langues officielles, c'est le rêve pour Les piles (à venir, d'ailleurs : une analyse de texte de l'inénarrable Petit Futé Luxembourg qui devrait illico vous donner envie de venir y passer des week-ends de folie).

Dans l'immédiat, rien ne change ici.

Mais déjà, forcément, tout change, dans ma tête et dans mes vagues tentatives d'organiser les semaines qui viennent. Trouver un appart à Luxembourg (paraît que c'est cher de se loger, là-bas, le répit strasbourgeois des loyers abordables aura été de courte durée) (et non, je n'irai pas m'installer dans un patelin de ma riante Lorraine natale de l'autre côté de la frontière car je rappelle que j'appartiens à la sous-espèce homo citadinus urbanicus) (et non, Metz n'est pas envisageable non plus pour tout un tas de raisons) (n'insistez pas), se renseigner sur les quartiers sympas, faire la fin du chemin psychologique nécessaire dans ma tête, le tout en continuant à bosser... Bref, c'est ça, tout a déjà changé, même si rien ne change pour l'instant.

Surtout pas ici.

(Partez pas !)







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Classe et re-classe
(un billet tout en raffinement)


Yoox, c'est un site d'e-commerce italien où on peut acheter des fringues, des sacs à main, des chaussures Chie Mihara aussi kitsch que sublimes en imitation croco à bout ouvert et (chose curieuse) des articles pour animaux de grandes marques à des prix intéressants.

Yoox, c'est donc un site qui se veut un peu classe, quoi.

Dans un monde parfait, Yoox ferait traduire intégralement son interface (dont la VO est manifestement en anglais) par quelqu'un dont c'est le métier. Puis la ferait relire. Puis (soyons fou) la ferait même tester en français.

Pourquoi ? Parce qu'un seul de ces trois filtres lui aurait sans doute permis d'éviter une... faute de goût dans l'interface française, on va dire.


Classe, y a pas à dire. (Mais un peu prout-prout, dirais-je si j'osais.)

Et comme un faux-pas traductologique n'arrive jamais seul, une lectrice répondant au doux nom de L. (non, encore une autre !) a attiré mon attention sur cette superbe publicité lancée récemment par la marque américaine Nancy's. Si vous ne l'avez pas encore vue, savourez :


Dans un monde parfait, l'agence de pub californienne Smith Brothers aurait aussi consulté un traducteur (ou à peu près n'importe quel francophone à l'esprit raisonnablement mal tourné) avant de mettre du français pour faire style dans son affiche.

Car comme le rappelle la page d'accueil de son site :




Re-classe.


Bon, vous me direz, elles s'en fichent un peu en même temps l'agence Smith Brothers et la marque Nancy's : elles ciblent un marché anglophone, hein.

Sauf que.

Ironie du sort, Nancy's propose actuellement à ses clients de gagner un séjour pour deux à Paris.




Pour qu'ils apprennent le français, sans doute ?


Merci, L. !



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ImpÉcr #6
The Wire


Tant pis. J'avais promis du sang, de la sueur et des larmes du Sean Connery pour ce nouvel ImpÉcr qui recense les sous-titres parlant de traduction, mais ce sera pour la prochaine fois (PROMIS PROMIS PROMIS).

Parce qu'entre-temps, j'ai terminé les cinq saisons de The Wire (Sur écoute), cette série dont je ne me faisais auparavant qu'une vague idée et que j'ai vue avec grand plaisir* et quelques années de retard.

(*comprendre : avec nuits blanches à la clé sur le mode "Allez, encore un épisode, il n'est jamais qu'une heure du matin. Ou peut-être même deux, tiens, histoire de finir le DVD. Et si j'entamais le DVD suivant, d'ailleurs ? Oh, plus que trois épisodes pour terminer la saison, je ne vais pas m'arrêter en si bon chemin. Tiens, le jour se lève, je ne vais pas me coucher maintenant, hein. Etc.")

Alors il n'est pas beaucoup question de traduction, pour être honnête, dans The Wire. Toutefois, dans les trois premières saisons, on croise quand même quelques références à la traduction (au sens... large, disons). Rien dans les deux dernières, en revanche (où alors mon attention a flanché, ce qui n'est pas à exclure).


1. Le (non-)recours aux interprètes dans la deuxième saison (où une sombre histoire de mafia grecque et de filles de l'Est donne du fil linguistique à retordre aux policiers de Baltimore).

(Saison 2, épisode 3, Dose mortelle / Hot Shots)


2. L'utilisation d'un traducteur automatique, dans la même saison et pour les mêmes raisons.


(Saison 2, épisode 10, Etat d'alerte / Storm Warnings)

Je m'étonne au passage que les scénaristes de la série n'aient pas tiré parti du potentiel comique de ce traducteur automatique (mauvaise traduction qui entraîne les enquêteurs sur une fausse piste, quiproquos à gogo, toussa toussa), c'est très décevant. Comment ça, ce n'est pas une série comique ?


3. La traduction intralinguistique (???) langue de bois vers anglais, en diverses occasions.


(Saison 1, épisode 11, La traque / The hunt)


(Saison 3, épisode 11, Dernière étape / Middle Ground )


4. Et même le sous-titrage...



(Saison 3, épisode 2, Respect / All Due Respect)

Pour être honnête, le "merde alors" de la seconde capture n'est pas, en réalité, une réponse outrée à "il faut lire les sous-titres" - c'est une exclamation qu'on entend en hors-champ.

Bon début de semaine et bonnes trads, avec ou sans sous-titres.



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Bougonneries linguistico-orwelliennes



Alors que j'étais en quête d'une citation traduite, j'ai remis la main il y a quelques jours sur À ma guise - Chroniques 1943-1947, un recueil de 80 articles rédigés par George Orwell pour l'hebdomadaire Tribune en son temps.

Trou noir, je ne me souviens pas avoir lu ce bouquin, pourtant paru il n'y a pas si longtemps que ça (en 2008), mais je constate que j'y avais corné des pages qui, je suppose, m'avaient paru intéressantes en cette ère pré-Piles (mais contemporaine du lancement d'une certaine compagnie d'assurances spécialisée dans la vente sur Internet) (y a pas à tortiller, voyons-y un hommage de Groupama à Orwell, si si, forcément) (et oui, je corne les pages, et alors ?). De fait, ce petit volume dense et éclectique comporte pas mal de râleries réflexions sur la langue - l'évolution de l'anglais, l'influence de l'américain, l'utilisation de métaphores obsolètes dans la presse, la réforme de l'orthographe, la traduction des textes marxistes, etc., et en filigrane, bien des signes annonciateurs de la novlangue de 1984. On y trouve aussi beaucoup d'autres articles intéressants sur des sujets divers (la guerre en cours, bien sûr, mais aussi le nationalisme, les rosiers, la BBC, la presse de l'époque, Jack London et les coutumes matrimoniales babyloniennes, si si), ce qui n'est que moyennement étonnant venant d'Orwell. C'est ça qui est bien avec les auteurs qu'on aime d'amoûûûr : on n'est jamais déçu, même à la relecture et même quand on ne se souvient plus de la première lecture.

Du coup je ne résiste pas à l'envie de scanner l'une de ces chroniques au titre alléchant : "La politique et la langue : les métaphores mortes et les injures mal traduites". Ne me remercie pas, lecteur débordant de reconnaissance de ce blog, je sais que tu rêvais d'une fin de semaine orwellienne.

(Version .pdf ici, peut-être plus agréable à lire.)

À retrouver, donc, aux pages 112-116 de À ma guise - Chroniques 1943-1947, George Orwell, traduction Frédéric Cotton et Bernard Hoepffner, éditions Agone 2008. Un excellent recueil que votre blogueuse amnésique mais dévouée ne peut que vous recommander chaudement (de quoi on parlait, déjà ?).






Extraits du glossaire figurant en fin de recueil :

Daily Worker : de sa fondation en 1930 à son intégration dans le Morning Star en 1966, il fut le quotidien du parti communiste en Grande-Bretagne. Le gouvernement l'interdit pour défaitisme entre le 29 janvier 1941 et le 8 septembre 1942. En 1948, il tirait à 100 000 exemplaires. Bien qu'on pût y trouver parfois de bons articles scientifiques et des recensions de qualité, c'était aux yeux d'Orwell "davantage une feuille de propagande qu'un journal".

Inprecor (International Press Correspondance) : publication officielle de l'Internationale communiste (Komintern) en langue anglaise entre 1922 et 1938.

Labour Monthly : mensuel théorique du parti communiste de Grande-Bretagne. Son rédacteur en chef était Rajani Palme Dutt, le principal idéologue stalinien du parti.

New Leader : euh... ah non, tiens, pas de définition.

Plebs : journal du National Council of Labour Colleges. Fondé en 1922, le NCLC avait repris l'héritage du mouvement étudiant qui, en 1906-1909 au Ruskin College d'Oxford, s'était opposé aux programmes "bourgeois" de cette université. Dirigé par une coalition de communistes et de marxistes indépendants, le NCLC fut un acteur majeur de la gauche anglaise au début des années 1920 mais était, dans les années 1940, depuis longtemps marginalisé.



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