Le jeudi, c'est citation (il paraît) #12



Sur une idée originale de Chiffonnette.


Un ultime petit billet "citation" de circonstance (le dernier du genre ne me paraît pas si vieux que ça...) avant de plonger dans le GNLSI (le Grand Néant Luxembourgeois Sans Internet, bien sûr) pour quelques jours.

À bientôt, ami lecteur !

Quand on lui a remis les clefs de cette maison, Gloire n'y a rien changé, préférant ne plus manifester aucun de ses goûts, qu'elle abdiquait. C'est au contraire elle-même, sa propre personne qu'elle a tâché d'y conformer, se laissant imprégner, remodeler par ce petit logement mal éclairé, médiocrement chauffé, sous perfusion d'un bourg de quatre-vingt-quinze âmes coincé entre un bras de mer et des hectares céréaliers. Face à la nappe, à la photo du maréchal de Lattre, au lieu de remplacer l'une et de retourner l'autre contre le mur, ce sont cette nappe et cette photo qu'elle a laissé retourner et changer, en elle, ce qu'elles voulaient. Plutôt que repeindre la cuisine, Gloire a prié la cuisine de choisir la couleur de son blush-crème et de son eye-liner, dicter le choix de ses vêtements, de ses paroles et de ses intonations, définir l'angle de sa voussure.



Jean Echenoz, Les grandes blondes
Les Éditions de Minuit, 1995





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Hier, j'ai écrit mon dernier sous-titre...




"D'autres s'en occuperont", qu'il disait, le sous-titre. Prophétique, forcément.

(Et puis là, je me suis dit que même si mon dernier sous-titre avait parlé de crocus, de falafels et de ski nautique, je lui aurais de toute façon trouvé un ton prophétique. C'est comme ça, il y a des jours où on voit des trucs prophétiques partout.)

Un peu plus tard, j'ai extrait de son port USB le dongle du logiciel de sous-titrage et j'ai limite versé une larme en entendant le "toudoum" Windows que provoquait cet arrachement (j'vous jure, je suis TRÈS émotive en ce moment).




J'ai préparé l'écrin l'enveloppe destinée à recevoir le dongle, pour l'envoyer au confrère à qui je le refile. Je ne vous dirai pas que j'ai vu défiler devant mes yeux toute ma vie de sous-titreuse en lui disant au-revoir, à mon dongle, mais quand même, ça m'a fait tout bizarre.





Adieu, petit dongle !

Adieu, sous-titrage !



Snif.



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Allô ?


Comme le grand départ approche (je sais, mon futur domicile est à 200 bornes de l'actuel, mais c'est quand même un grand départ, nanmais), Maya la traductrice-dessinatrice-blogueuse m'a envoyé des voeux de bon déménagement 100% personnalisés depuis son El Dorado qui s'apprête à se relocaliser à Paris.

Et... Comment dire ? Je me reconnais complètement dans son dessin...


(Oui, je porte un chignon en vrai. Non, je n'ai pas réellement autant de chaussures que ça.)


Pour en savoir plus sur cette curieuse installation aussi multicolore que chaussurée, voici une petite vidéo sur l'exposition "Derrière le voile", présentée à la fondation de l'Habitation Clément, si vous passez dans le coin...





Merci encore, Maya, et bon retour en métropole !



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ImpÉcr #7
Le Nom de la rose, première partie



Les sous-titres continuent à parler de traduction pendant les travaux. Quand Le Nom de la rose est repassé sur Arte il y a quelques mois, je me suis mise en embuscade, me souvenant que cette adaptation par Jean-Jacques Annaud du roman d'Umberto Eco était truffée de références à la traduction et que les traducteurs étaient au coeur de l'intrigue.

En voici une petite série, j'en garde quelques-unes pour la prochaine fois.



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Jouons avec Philip K. Dick


Lecteur régulier ou pas de ce blog, tu n'as pas idée à quel point ça me fait plaisir quand on me contacte pour un billet invité sur Les piles. Cette fois, sachant que j'ai différents chats à fouetter ces temps-ci, c'est Sophie Dinh, alias Bahan, qui m'a gentiment proposé il y a quelques jours de venir parler ici d'un extrait curieux croisé dans une lecture. Je vous laisse savourer. Un grand merci pour cette découverte, Sophie !



Je suis tombée un peu par hasard sur « Le guérisseur de cathédrales » de Philip K. Dick, traduit de l’américain par Marcel Thaon* et publié pour la première fois en 1969. Et à la cinquième page, je suis arrêtée net par le passage suivant, qui semble avoir été écrit tout spécialement pour Les piles intermédiaires. Le contexte est celui d’un livre de SF de l’époque, qui me rappelle vaguement « 1984 », avec une histoire qui démarre dans un futur triste à pleurer et un héros qui ne nous est pas encore sympathique mais qu’on plaint déjà.



C’est pourquoi il jouait ; tout cela avait préparé les conditions du Jeu.

Il pressa le bouton rouge et décrocha le téléphone. Il attendit un moment, pendant que la ligne crachotante était occupée par la lente machine-relai.
« Scrouiiic », fit le téléphone. Son écran déployait une série de couleurs et de formes abstruses, sortes d’équivalents visuels de la diaphonie électronique.

Il composa le numéro de mémoire. Douze chiffres, dont le premier - le trois - le reliait à Moscou.

« Ici le bureau du vice-commissaire Saxton Gordon », dit-il à l’employé du central russe dont le visage le fixait sur l’écran miniature. Celui-ci lui répondit : « Encore des jeux, je suppose. »

Joe déclara : « Un bipède humanoïde ne peut maintenir l’équilibre de son métabolisme en n’absorbant que de la farine de plancton. »

Après lui avoir jeté un regard aussi désapprobateur que puritain, l’employé le relia à Gauk, dont le visage maigre et maussade de petit fonctionnaire soviétique apparut bientôt. La morosité fit aussitôt place à l’intérêt. « A preslávni vityaz », entonna Gauk. « Dostoini konovód tolpi byezmozgloi, prestóopnaya… »

« Ne faites pas de discours », interrompit Joe, impatient. Il se sentait hargneux, à son humeur matinale habituelle.

« Prostitye », s’excusa Gauk.

« Vous avez un titre pour moi ? », lui demanda Joe, le stylo en attente.

« Le traducteur électronique de Tokyo a été occupé toute la matinée », répondit Gauk. « Je suis donc passé par le petit qui se trouve à Kobe. D’une certaine manière, il est plus - comment dirais-je ? - cocasse que Tokyo. » Il fit une pause, et consulta un bout de papier. Comme celui de Joe, son bureau consistait en une cellule, à peine meublée d’une table, d’un téléphone, d’une chaise en plastique à dossier droit et d’un bloc-note.

« Prêt ? »

« Prêt. » Joe fit une marque au hasard avec son stylo.

Gauk s’éclaircit la voix et lut son papier, un sourire tendu sur le visage ; c’était une expression doucereuse, comme s’il était sûr de son coup. « Celui-ci vient de ta langue », expliqua-t-il en respectant ainsi une des règles qu’ils avaient élaborées ensemble, l’armée éparpillée des occupants de petites cellules, de petites fonctions, ceux qui n’avaient rien à faire, ni tâche, ni souci, ni problème à résoudre. Rien que le terrible vide de leur société collective, auquel chacun s’opposait à sa façon, et qu’ils exorcisaient tous ensemble au moyen du Jeu. « C’est un titre de livre », continua Gauk. « Je ne te donnerai pas d’autre indice. »

« Est-il célèbre ? » demanda Joe.

Gauk ignora la question et lut : « Pourris le liquide stomacal merveilleux ! »

« Monacal ? » demanda Joe.

« Non. Stomacal. »

« Pourris », réfléchit tout haut Joe. « Gâte, liquide stomacal… Acide ? » Il gratta ses associations sur le papier, mais se sentait dans une impasse. « Et c’est le cerveau électronique de Kobe qui vous a donné cette traduction ? Bile », décida-t-il soudain. « Gâte - Bile, le merveilleux, fantastique, extraordinaire, magnifique. » Il écrivit le mot rapidement. « Gâte, ça doit être lié, Gatbi le… » Il l’avait presque. « Gatsby le magnifique, de F. Scott Fitzgerald. » Il jeta son stylo sur la table en signe de triomphe.

« Dix points pour toi », dit Gauk. Il calcula le total. « Ça te met ex aequo avec Hirshmeyer de Berlin, juste devant Smith de New York. Tu veux en essayer un autre ? »

Joe répondit : « J’en ai un ». Il sortit de sa poche une feuille pliée en quatre, l’étala sur la table et lut : « La structure des nerfs du tout-puissant féminin. » Il regardait Gauk avec la chaude certitude interne d’en avoir trouvé un bon, grâce au plus grand cerveau traducteur de Tokyo-centre.
« Un phononyme », dit Gauk sans effort. « Choline. Colline. La Colline de l’adieu. Dix points pour moi. » Il prit note de son score.

Furieux, Joe lança : « Le cochon y graine la donation épuisée. »

« Encore un autre de ‘La bête fabuleuse était la dynastie approbatrice’ », dit Gauk avec un sourire béat. « Pour qui sonne le glas. »

« La dynastie approbatrice ? » répéta Joe sans comprendre.

« Ernest Hemingway. »

« Je laisse tomber », fit Joe. Il était épuisé ; comme toujours, Gauk avait une large avance sur lui dans leur jeu mutuel de retraduire les traductions des ordinateurs dans leur langue originelle.

« Tu veux essayer encore une fois ? » demanda Gauk d’une voie de soie, le visage impassible.

« Encore un », décida Joe.

« Dix amoureux certains d’avaler un canard femelle. »

« Mon Dieu », dit Joe, écrasé. Son esprit était vide, complètement vide. « Dix amoureux. C’est peut-être des amants. Dix amants. Diamants ? C’est probablement ça, mais que veut dire ‘avaler un canard’ ? » Il réfléchit rapidement. « Manger. Dévorer. Engloutir ? » Le mystère s’épaississait. « Le canard femelle doit être une cane. » Il médita en silence encore quelques instants, à la manière yogi. « Non », finit-il par déclarer. Je n’y arrive pas. J’abandonne. »

« Déjà ? » demanda Gauk, le sourcil relevé.

« Ma foi, pas besoin de rester là toute la journée à se creuser la cervelle. »

« Canapé », l’amorça Gauk.

Joe eut un grognement.

« Tu râles ? » fit Gauk. « Parce que c’en est un que tu aurais dû trouver ? Es-tu fatigué Fernwright ? Ça t’épuise de rester là dans ton trou à rats à ne rien faire heure après heure, comme nous tous. Tu préfères attendre seul dans le silence plutôt que de nous parler ? Tu ne veux plus essayer ? Gauk avait l’air terriblement bouleversé ; son visage s’était assombri.

« C’est parce que celui-là était tellement facile », répondit Joe d’un air piteux. Mais il se rendait bien compte que son collègue de Moscou n’était pas convaincu. Il reprit alors : « Eh bien oui, je suis déprimé, je ne peux plus tenir. Est-ce que vous me comprenez ? Vous devez me comprendre. » Il attendit. Le temps anonyme s’écoulait entre eux deux qui restaient silencieux. « Je raccroche », dit Joe qui commença à poser le récepteur.


Incroyable, pensé-je en lisant cet extrait. Il y a 43 ans, un type a imaginé qu’on pourrait s’amuser à essayer de retrouver le texte original d’une traduction automatique ! Et même, que ce serait Le divertissement universel. C’est rigolo, non ?

Alors, comme je suis atteinte de transparentite aiguë, attisée en outre par ce thème tellement d’actualité malgré son grand âge, j’ai cherché la version originale du livre, en me disant qu’à la place de Marcel Thaon, j’aurais pas mal galéré sur ce passage. Je vous livre donc le texte source :




Thus he played; this had created, for him, The Game.

Pressing the red button he lifted the receiver and waited while the creaking, slow relay machinery fed his phone an outside line.

"Squeeg," the phone said. Its screen displayed nonobjective colors and segments. Electronic crosstalk made blurrily visible.

From memory he dialed. Twelve numbers, starting with the three which connected him with Moscow.

"Vice-Commissioner Saxton Gordon's staff calling," he said to the Russian switchboard officer whose face glowered at him from the miniature screen. "More games, I suppose," the operator said.

Joe said, "A humanoid biped cannot maintain metabolic processes by means of plankton flour merely."

After a glare of puritanical disapproval, the officer connected him with Gauk. The lean, bored face of the minor Soviet official confronted him. Boredom at once gave way to interest. "A preslávni vityaz," Gauk intoned. "Dostoini konovód tolpi byezmozgloi, prestóopnaya--"

"Don't make a speech," Joe interrupted, feeling impatient. As well as surly.
This was his customary morning mood.

"Prostitye," Gauk apologized.

"Do you have a title for me?" Joe asked; he held his pen ready.

"The Tokyo translating computer has been tied up all morning," Gauk answered. "So I put it through the smaller one at Kobe. In some respects Kobe is more--how shall I put it?--quaint than Tokyo." He paused, consulting a slip of paper; his office, like Joe's, consisted of a cubicle, containing only a desk, a phone, a straight-backed chair made of plastic and a note pad. "Ready?"

"Ready." Joe made a random scratch-mark with his pen. Gauk cleared his throat and read from his slip of paper, a taut grin on his face; it was a sleek expression, as if he were certain of himself on this one. "This originated in your language," Gauk explained, honoring one of the rules which all of them together had made up, the bunch of them scattered here and there across the map of Earth, in little offices, in puny positions, with nothing to do, no tasks or sorrows or difficult problems. Nothing but the harsh vacuity of their collective society, which each in his own way objected to, which all of them, in collaboration, circumvented by means of The Game. "Book title," Gauk continued. "That's the only clue I'll give you."

"Is it well known?" Joe asked.

Ignoring his question, Gauk read from the slip of paper.

'The Lattice-work Gun-stinging Insect.'

"Gun-slinging?" Joe asked.

"No. Gun-stinging."

"'Lattice-work,'" Joe said, pondering. "Network. 'Stinging Insect.' Wasp?"
He scratched with his pen, stumped. "And you got this from the translation computer at Kobe? Bee," he decided. " 'Gun,' so Gun-bee. Heater-bee. Laserbee.

Rod-bee. _Gat_." He swiftly wrote that down. "Gat-wasp, gat-bee. Gatsby.
'Lattice-work.' That would be a grating. Grate." He had it now. "_The Great Gatsby_, by F. Scott Fitzgerald." He tossed down his pen in triumph.
"Ten points for you," Gauk said. He made a tally. "That puts you even with Hirshmeyer in Berlin and slightly ahead of Smith in New York. You want to try another?"

Joe said, "I have one." From his pocket he got out a folded sheet; spreading it out on his desk he read from it, " 'The Male Offspring in Addition Gets Out of Bed.' " He eyed Gauk then, feeling the warmth of knowledge that he had gotten a good one--this, from the larger language-translating computer in downtown Tokyo.

"A phononym," Gauk said effortlessly. "Son, sun. _The Sun Also Rises_.
Ten points for me." He made a note of that.

Angrily, Joe said, "Those for Which the Male Homosexual Exacts Transit Tax."
"Another by Serious Constricting-path," Gauk said, with a wide smile.
"_For Whom the Bell Tolls_."

"'Serious Constricting-path'?" Joe echoed wonderingly.

"Ernest Hemingway."

"I give up," Joe said. He felt weary; Gauk, as usual, was far ahead of him in their mutual game of retranslating computer translations back into the original tongue.

"Want to try another?" Gauk asked silkily, his face bland.

"One more," Joe decided.

"Quickly Shattered at the Quarreling Posterior."

"Jesus," Joe said, with deep and timid bewilderment. It rang no bell, no bell at all. " 'Quickly shattered.' Broken, maybe. Broke, break. _Quick_--that would be fast. Breakfast. But 'Quarreling Posterior'?" He cogitated quickly, in the Roman sense. "Fighting. Arguing. Spat." In his mind no solution appeared. "

'Posterior.' Rear end. Ass. Butt." For a time he meditated in silence, in the Yoga fashion. "No," he said finally. "I can't make it out. I give up."

"So soon?" Gauk inquired, raising an eyebrow.

"Well, there's no use sitting here the rest of the day working that one over."

"Fanny," Gauk said.

Joe groaned.

"You groan?" Gauk said. "At one you missed that you should have got? Are you tired, Fernwright? Does it wear you out to sit there in your cubbyhole, doing nothing hour after hour, like the rest of us? You'd rather sit alone in silence and not talk to us? Not try anymore?" Gauk sounded seriously upset; his face had become dark.

"It's just that it was an easy one," Joe said lamely. But he could see that his colleague in Moscow was not convinced. "Okay," he continued. "I'm depressed. I can't stand this much longer. Do you know what I mean? You do know." He waited. A faceless moment poured past in which neither of them spoke. "I'm ringing off," Joe said, and began to hang up.


Evidemment, j’ai comparé les deux versions, phrase par phrase, et surtout, surtout, les titres du Jeu.

Et j’ai trouvé intéressant que pour le premier livre, « Gatsby le magnifique », le traducteur ait conservé le titre, alors que pour le second, « The Sun Also Rises » en anglais et « La colline de l’adieu » en français, il a un peu transformé les choses : « La colline de l’adieu » est le titre d’un film de Henry King, adapté du roman « L’adieu aux armes » de… Ernest Hemingway, ça va, on retombe sur nos pieds, puisqu’il y a deux titres d’Hemingway en anglais… Mais c’est un peu tiré par les cheveux à mon avis, d’autant qu’on aurait sans doute pu trouver quelque chose avec « Le soleil se lève aussi ».

Et « Diamants sur canapé » est bien la VF du film « Breakfast at Tiffany’s ». (Je ne vous dis pas le mal que j’ai eu à trouver ça, malgré les indices, n’étant pas du tout aussi cinéphile que votre blogueuse dévouée…**)

Pour en revenir au thème de ces extraits, je conclurai que comme souvent en SF, on s’aperçoit que le monde a pris une direction qui s’éloigne assez de ce que le roman anticipait (à moins que nous ayons bifurqué vers un univers parallèle). Philippe K. Dick imaginait que les traducteurs automatiques se contenteraient de faire des rébus… la réalité est très différente, et je ne crois pas d’ailleurs qu’un tel modèle ait jamais pu être envisagé. Cela dit, il est exact qu’on s’amuse beaucoup avec les traductions automatiques, et qu’il ne se passe pas de semaine sans qu’on voie passer un billet de blog, un tweet, une photo, un e-mail (voire les quatre à la fois) sur ce sujet.

Merci Les piles de m’avoir permis de partager ce texte que j’ai trouvé savoureux !




*Sophie me donne cette précision supplémentaire : Marcel Thaon a préfacé l’édition Pocket française de 1980, qui constitue la seconde traduction du livre. La première avait été publiée sous le titre « Manque de pot ».

** votre blogueuse dévouée rougit, se racle la gorge, et se dit qu'elle n'aurait peut-être pas fait le lien avec Breakfast at Tiffany's là comme ça au pied levé en lisant la VO ('l a l'air bon, quand même, ce Marcel Thaon). Du reste, la nouvelle est publiée en France sous le titre Petit-déjeuner chez Tiffany, c'est l'adaptation cinématographique de Blake Edwards qui porte ce titre aussi moelleux que brillant.


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On fait quoi ?


Copine A. est une fille que j'ai connue au lycée, il y a une bonne grosse quinzaine d'années. On n'a pas énormément gardé le contact, mais on s'écrit ou on se voit tout de même de temps en temps et comme elle travaille dans l'audiovisuel - plus précisément dans la réalisation de documentaires - ça nous fait des sujets de conversation.

Ce qui devait arriver est arrivé il y a quelques jours : Copine A. m'a écrit un mail un peu désespéré pour me dire qu'elle cherchait "une bonne âme" qui accepterait de sous-titrer un de ses films en anglais pour pas trop cher en vue d'une présentation dans un festival à l'étranger (parce que "comme tu dois t'en douter, on n'a pas vraiment de budget pour ça", vu qu'"il n'a jamais vraiment été question de le sous-titrer en anglais jusque-là"). Et comme elle ne savait pas trop comment s'y prendre, elle voulait aussi savoir un peu comment ça se passait.

J'ai respiré un grand coup, refoulé la réaction épidermique que je sentais monter, et j'ai réfléchi, bien embêtée.

C'est facile d'envoyer bouler de faire de la pédagogie auprès d'une petite boîte de prod, d'un festival obscur ou d'un réalisateur débutant qu'on ne connaît pas. On explique doctement qu'il faut penser en amont au budget traduction, se renseigner sur ce que ça coûte et comment ça se passe, tenir compte du fait qu'il va falloir payer un auteur et vraisemblablement un labo pour la partie technique. On décrit les ravages apocalyptiques des sous-titrages faits par des amateurs ou des étudiants en LEA rémunérés au lance-pierre (voire pas du tout) qui atterrissent dans les festivals, on donne une idée des tarifs professionnels et on joint au message la brochure de l'Ataa qui montre bien comment, idéalement, pourrait et devrait se passer un sous-titrage.

On leur dit tout ça, et d'une certaine façon, on leur dit : "Maintenant, démerdez-vous pour trouver un budget." Puis on les lâche dans la nature en sachant bien que pour cette fois, c'est vraisemblablement cuit et qu'il vont demander au neveu un peu désœuvré de la voisine de leur meilleur pote de traduire ça à l’œil (il a fait un séjour linguistique de deux semaines en Écosse en 2006, quand même), puis faire poser ça n'importe comment sur Final Cut pour un résultat douteux et peu lisible. Mais on se dit que peut-être, pour leur prochain projet, ils éviteront de se retrouver dans la panade et réfléchiront effectivement un peu en amont à l'éventualité de financer la traduction de leur oeuvre.

On espère beaucoup, dans ce métier. On a une foi incommensurable en l'humanité, dirais-je même.

Bon, mais quand c'est Copine A., c'est autre chose.

Je peux et je dois quand même faire de la pédagogie, expliquer, et tout et tout, mais le relâchage dans la nature peut difficilement se faire aussi sèchement. C'est Copine A., quoi, on sera amenées à se revoir et ce ne serait pas très sympa de laisser sa requête sans réponse.

Mais à part enrober un peu plus les explications et surtout les mises en garde pour qu'elles paraissent moins cassantes, à part ajouter quelques smileys bienveillants dans le texte, à part mettre de côté mon ton naturellement donneur de leçon pour ne pas avoir l'air condescendante sous prétexte que Copine A. n'a jamais fait faire de sous-titrage et n'a visiblement aucune idée de la façon dont il faut procéder, à part lui dire "je comprends que tu n'aies pas de budget, mais il n'y a pas de miracle : pour obtenir un sous-titrage pro en anglais, il faut payer correctement un traducteur pro de langue anglaise", à part lui proposer de visionner son film de 60 minutes pour en estimer à la louche le nombre de sous-titres et lui donner une idée de budget, que faire ?

Pas grand-chose, je le crains.

Et c'est un peu frustrant. On a beau avoir tout plein de principes, militer à l'Ataa contre le travail mal rémunéré et le recours aux étudiants ou aux amateurs sous-payés, refuser les mauvaises conditions de travail pour soi et les trouver choquantes pour les autres, on n'a pas toujours de solution à apporter face à la réalité des petites structures vraiment, vraiment fauchées.


Frustrant, c'est ça.



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Veni, vidi, inveni



Alors voilà.

J'ai vu des appartements moches et mal situés, moches et bien situés, beaux et mal situés, moyennement beaux et moyennement bien situés, et puis un beau et bien situé - du coup j'ai choisi celui-là, puisqu'ils étaient de toute façon tous hors de prix.

Que dire d'autre ?

À Luxembourg, il y a de grands fossés et des montées partout. On grimpe, on redescend, on se muscle les gambettes en mode cardio, et un matin à 8h, on se rend compte par exemple qu'on s'apprête à visiter un appartement dans ce qui ressemble à une vallée vosgienne sinistrée (bon, j'exagère un peu, j'étais influencée par le vent persistant et la neige fondue - et puis j'adore les Vosges, hein, c'est mon autre terre d'adoption). Quasi vallée vosgienne, donc, qui sur le papier jouxte le centre-ville, mais dont l'accès requiert en vrai un crapahutage inimaginable au quotidien quand on a l'habitude de porter des escarpins avec 8 cm de talons (il faut savoir se fixer des priorités dans la vie).

À Luxembourg, il y a des buanderies communes dans les immeubles. Je me demandais pourquoi certaines annonces précisaient "branchement pour lave-linge dans la salle de bain" - ça va de soi, non ? Eh bien non, pas du tout. L'usage semble plutôt vouloir qu'on descende au sous-sol de l'immeuble, panier de linge sous le bras, pour laver ses chaussettes tous en chœur. Vous me direz, ça dégage un peu d'espace dans les salles de bain et ça crée des liens.

À Luxembourg, il n'a pas l'air d'y avoir énormément de supermarchés/supérettes/petites épiceries de proximité. Disons que le ravitaillement du quotidien semble compliqué à assurer à pied dans certains quartiers - et comme votre blogueuse dévouée ne conduit ni voiture ni vélo, il a fallu opérer un repérage systématique des Alima, Cactus et autres Delhaize du coin pour voir s'il était possible d'aller acheter un yaourt ou une pomme dans un rayon de quinze-vingt minutes de marche autour des apparts visités (en escarpins)(avec les montées)(et les fossés)(ah, je n'ai pas la vie facile).

Mais à côté de ces détails plus piquants que réellement dramatiques (ma mauvaise foi a des limites, contrairement à ce que l'on pourrait penser), il y a aussi des trucs chouettes, à Luxembourg.

Par exemple, il y a des bus qui vont à plein d'endroits. C'est bien, ça, non ? (allez, on répond "oui", on m'encourage)

Ou bien encore des gens qui ont globalement l'air charmants et qui parlent plein de langues. Ça, c'est plutôt engageant et c'est quand même un peu le principal.

Sans oublier qu'il y a également des tas de restaurants, ce qui me réconforte au moins les papilles par avance.

Mention spéciale aussi pour les parcs et la verdure partout, ça doit être agréable quand il fait un chouia plus beau et un chouia plus chaud.

Et, oh ! Dans un de ces nombreux parcs, il y a une super aire de jeux pour enfants avec un grand bateau, c'est pas génial, ça ?


(OK, je reconnais que l'utilité immédiate de la chose est limitée en ce qui me concerne, mais ne me gâchez pas mon fragile enthousiasme.)

Donc dans l'ensemble, au terme d'un séjour express aussi utilitaire que superficiel, disons que je n'ai pas été totalement conquise par la Luxembourgie (sachant que la météo n'y a vraiment pas mis du sien), mais que globalement, je devrais y survivre. Voire peut-être m'y plaire, si si.

Et puis j'ai quand même ouvert un compte au Luxembourg et je ne pensais pas que ça m'arriverait un jour.



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Arf


Bien cher lecteur, mine de rien, ta blogueuse dévouée n'a pas le temps d'écrire grand-chose en ce moment, entre boulot à terminer et tentatives d'organiser un peu son départ qui lui semble (de façon assez logique, car ce n'est pas qu'une impression) de plus en plus proche. En outre, armée de l'incroyable Petit Futé Luxembourg et d'un fantastique guide Assimil' ("un visa pour l'évasion", ben tiens !) pour se familiariser avec les idiomes locaux ("Moien !"), elle va partir prochainement à la découverte du marché immobilier grand-ducal - non sans un brin d'anxiété, il faut le dire, car si elle ne trouve pas son appart dans la semaine, elle ne sait pas trop quand elle le trouvera.

Toutes ces circonvolutions à la troisième personne du singulier pour te dire, lecteur bien-aimé de ce blog, que la dizaine de jours qui vient risque d'être un peu vide, niveau billets. Il y a quelques brouillons en cours que je n'ai pas le temps de finaliser, des ImpÉcr qui ne demandent qu'à être mis en page, un ou deux articles-bilan en projet parce que le fait d'abandonner un certain mode de travail n'est pas sans me faire me poser des questions (et il n'y a pas de raison que tu ne profites pas de mes réflexions éblouissantes, toi aussi), mais ce sera pour un peu plus tard, quand j'aurai le temps de me poser cinq minutes.

À très vite.


"Architecture militaire et fiscalité" ? Plus d'hésitations, j'y cours !


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