L'adieu au site pro


La semaine dernière, mon hébergeur m'a écrit pour me signaler que mon abonnement arrivait à expiration. Rhâzut, ai-je pensé, il va falloir se décider. Le garder ou ne pas le garder, le site pro ? Telle est la question.

Le site pro, personne ne l'a jamais vu à l'exception de The Man, je crois. Il m'a pris du temps, j'ai tâtonné, Joomla!-isé à fond, testé des templates, découvert les joies du CSS et du PHP, bidouillé du code au petit bonheur la chance jusqu'à réussir à modifier ce que je voulais en tremblant à l'idée d'effacer un truc super-hyper-essentiel, le tout avec l'impression de faire des trucs vachement techniques (un slide en page d'accueil, dingue !) qui me prenaient des heures alors que quelqu'un d'un tout petit peu plus calé que moi aurait expédié ça en dix minutes fingerz in zeu noze.

Mais j'avais envie de le faire moi-même, parce que j'aime bien ces trucs-là. Et un beau jour, à l'automne dernier, je suis arrivée à un résultat qui me plaisait. Puis je l'ai laissé reposer un peu. Puis je l'ai basculé en ligne, mais en cochant l'option "offline" dans la configuration générale. Puis je l'ai repris début décembre, histoire de finaliser les textes. Puis la grande aventure européenne s'est décantée, et j'ai abandonné le projet de mettre un jour en ligne ce fichu site.

Et c'est bien dommage, pour tout vous dire, parce que je l'aime bien, ce fichu site. Il n'est pas bien sophistiqué, il n'a rien d'extraordinaire en réalité, mais je l'aime bien, presque autant que ce blog.





Oui bien sûr, je pourrai le garder "en local", si j'en ai envie, en souvenir. Mais c'est pas pareil, hein, on est bien d'accord.

Alors peut-être que je vais quand même le renouveler, cet hébergement, tout compte fait.

Ou pas. Snif, je sais pas.




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Assumez votre individualisme : jouez collectif


Parce que j'abandonne au moins pour quelque temps la traduction indépendante, bien cher lecteur ô combien compréhensif avec ta blogueuse dévouée de ce blog, je dois te dire qu'en ce moment, je suis un peu en mode : "C'EST L'HEURE DES BILANS" (les majuscules sont censées t'indiquer que je me rends bien compte à quel point cette formule est ridicule, mais que c'est la seule qui me vient à l'esprit) (quant au titre de ce billet, il est digne d'un manuel de développement personnel des années 90, mais ça, c'est voulu) (je dis juste, hein).

Et parce qu'en même temps que la traduction indépendante je quitte aussi le C.A. de la chouette assoce de traducteurs/adaptateurs de l'audiovisuel dans laquelle j'oeuvrais avec un certain bonheur (mais oui) depuis pas loin de six ans et que l'exercice 2011-2012 de ladite assoce touche à sa fin, j'ai eu envie de faire un point sur les raisons un peu égoïstes et peut-être même un peu honteuses, parfois, pour lesquelles ça peut être une bonne idée de s'investir dans la vie d'une association de traducteurs. Puisqu'il faut avouer que la solidarité et la défense du bifteck commun ne semblent pas motiver fabuleusement les foules, peut-être faut-il pour une fois explorer d'autres motivations. Par définition, elles ne sont donc pas profondément altruistes, hein, mais à mon sens, elles sont aussi importantes que les autres.

Bon, entendons-nous bien : mieux vaut croire un peu à la cause commune pour y trouver vraiment son compte. Mais si on hésite, si on n'est pas sûr d'avoir envie de donner du temps à ladite cause, on peut lire ce billet. Si si.





Parce qu'on se sent moins isolé face à l'adversité

Il y a des jours où le traducteur indépendant se sent un peu seul au monde. Par exemple quand un client décide unilatéralement et sans prévenir de baisser ses tarifs. Ou quand un client refuse de le payer pour X raisons. Ou quand un client s'attribue ses droits d'auteur. Les exemples ne manquent pas, malheureusement.

Face à quelqu'un qui vous dit : "C'est comme ça et pas autrement, d'ailleurs si tu refuses, d'autres accepteront", on peut se sentir démuni, on peut ne pas savoir comment défendre ses intérêts, on peut ignorer ses droits (je pense au cas n°3, celui des droits d'auteur), on peut être en plein doute et/ou être passablement déprimé. Mine de rien, quand au lieu d'être tout seul on est un peu en contact avec d'autres traducteurs, éventuellement plus expérimentés, qui ont peut-être déjà rencontré un problème comparable, c'est plus facile de tenir tête, de faire valoir ses droits et de ne pas se laisser marcher sur les pieds. Et quand on sait qu'on est plusieurs à dire "non" à une pratique inacceptable, on se sent aussi plus fort, moins désespéré.



Parce que ça fait du bien à l'amour-propre et au moral

Je ne parle pas du début de bonne conscience qu'on peut se donner en adhérant à une assoce - même si cela compte sans doute aussi - mais plutôt de la conséquence du point précédent : accepter de perdre des clients qui n'en valent pas la peine, se considérer comme un prestataire responsable et professionnel qui offre une valeur ajoutée, et non plus comme un quémandeur de boulot aux abois, défendre son métier et en être fier, ce n'est pas forcément une évidence pour tout le monde. Parfois, il est plus facile (et plus intéressant, plus enrichissant) de faire ce chemin à plusieurs, plutôt que tout seul dans son coin. Et quand on y parvient, il faut avouer que c'est assez dopant pour la suite.

Il y a une petite dizaine d'années, il y a eu une grève assez fondatrice pour l'action collective dans le sous-titrage (c'est par ici), malgré son échelle modeste. Je n'étais pas du tout dans le coup à l'époque puisque je finissais mes études, je n'en ai entendu parler que plus tard. Mais beaucoup des adaptateurs qui y ont participé (du moins parmi ceux que je connais) sont aujourd'hui des professionnels qui se font une haute idée de leur travail et que je respecte beaucoup. Je ne dis pas que les autres ne méritent pas le respect, cela va de soi, je ne dis évidemment pas non plus que la grève est un passage obligé dans l'évolution d'une carrière, mais j'ai toujours eu l'impression que le fait d'avoir su dire "non" relativement tôt dans leur parcours avait aidé certains de ces adaptateurs à faire leurs choix par la suite. (Ce n'est qu'une hypothèse et surtout que mon humble avis, vous l'aurez compris).



Parce qu'avec un peu de chance, il y a des gens sympas

Evidemment, c'est subjectif et aléatoire. On peut tomber sur une organisation syndicale (exemple pris complètement au pif) où tout le monde se tire dans les pattes. On peut avoir envie de s'investir dans le conseil d'administration d'une assoce et se rendre compte qu'on n'a pas des affinités fantastiques avec les confrères qui y siègent.

Mais "avec un peu de chance", donc, on peut aussi faire connaissance avec des gens sympas, des gens bien et des gens qu'on apprécie moins mais qu'on respecte quand même. Et en y mettant un peu du sien, on peut aussi arriver à travailler à peu près ensemble dans la même direction. C'est déjà bien, et non, ce n'est pas si secondaire que ça : si c'est un calvaire de se battre pour la cause commune pour des raisons d'incompatibilités personnelles, on perd assez vite le feu sacré, il faut l'avouer.



Parce qu'on se fait des contacts

C'est une évidence, à tel point qu'on oublierait presque de le rappeler : une assoce de traducteurs indépendants, c'est une organisation de professionnels. Dans un métier où le bouche-à-oreille et la recommandation sont des pratiques courantes, c'est une bonne chose de cultiver ce qu'on appelle si élégamment son "réseau". Et plus on s'investit dans la vie de l'assoce en question, plus on connaît de monde, plus l'information circule, plus on a de chances de se faire connaître. En six ans, j'ai souvent recommandé des confrères rencontrés grâce à ladite assoce et je me suis souvent fait recommander, le tout avec des résultats plus ou moins fructueux, bien sûr. Mais je n'ai jamais eu à le regretter, ni dans un sens ni dans l'autre (à quelques exceptions près peut-être quand même, me diras-tu, lecteur qui as bonne mémoire de ce blog).

Alors certes, ce n'est peut-être pas la motivation la plus glorieuse qui soit pour donner de son temps bénévolement, mais après tout, dans ce billet, on n'est plus à ça près.



Parce qu'on apprend à faire plein de choses

Les assoces naissantes ont du charme : on y fait tout un peu soi-même. C'est parfois frustrant, parce qu'on aimerait avoir les moyens d'embaucher quelqu'un à plein temps pour s'occuper de l'administration, de la trésorerie, de la communication, du site, de l'organisation des soirées, you name it. Oui mais voilà, ce n'est pas réaliste, alors on se débrouille avec les moyens du bord, on tâtonne, on se plante parfois et globalement, on apprend.

Rédiger un dossier de presse, co-administrer un site, argumenter avec une graphiste, présenter le bilan comptable d'une association, remplir des dossiers de demandes de subventions qui n'ont jamais abouti : autant de choses que je n'aurais jamais appris à faire toute seule dans mon coin. Ça ne m'a pas donné envie de devenir expert-comptable ou webmaster, mais je suis ravie d'en savoir plus qu'il y a six ans dans ces différents domaines et d'avoir acquis petit à petit de nouvelles compétences, même modestes, même incomplètes, même imparfaites.



Parce qu'on apprend à mieux connaître son métier

Mine de rien, il y a du boulot dans ce domaine. Le statut d'auteur dont relèvent la plupart des traducteurs/adaptateurs de l'audiovisuel est particulièrement mal connu par... à peu près tout le monde, administration fiscale comprise. Discuter, comparer les situations, se renseigner, essayer de rassembler des informations éparses, ce n'est jamais du luxe. Faire circuler l'information, renseigner les autres dans la mesure de ses moyens, c'est aussi oeuvrer pour une meilleure (re)connaissance de ce statut et, indirectement, le renforcer, du moins on peut l'espérer.

Mais le statut, ce n'est pas tout. Entre professionnels, on se tient aussi mieux au courant de ce qui se passe dans le métier - dans "les" métiers, en l'occurrence, puisque l'assoce en question représente plusieurs spécialités de la traduction/adaptation audiovisuelle. J'en sais beaucoup plus sur le doublage aujourd'hui qu'il y a six ans, pourtant je n'en ai pratiquement jamais fait. J'ai une meilleure vue d'ensemble des enjeux du sous-titrage et du voice-over, du fonctionnement des différents marchés de la traduction, des erreurs à ne pas répéter, de ce qui attend peut-être les traducteurs/adaptateurs à l'avenir.

Et tout ça, ça permet d'élaborer un discours cohérent (à défaut d'être unitaire, il ne faut pas rêver) sur nos métiers, de mieux comprendre et donc de mieux défendre nos intérêts. Donc c'est utile, pour tout le monde et pour chacun.



Parce qu'on prépare son avenir

C'est grandiloquent, mais c'est vrai, qu'on le veuille ou non. Ce n'est pas un mauvais calcul de s'intéresser aux coups de scie infligés par les uns et les autres à la branche sur laquelle sont assis, en grappe, les traducteurs/adaptateurs de l'audiovisuel. À bien y réfléchir, ça risque même d'être un tout petit peu déterminant pour ce qui se passera demain. Et il peut même être carrément judicieux de se pencher sérieusement sur la question, de se demander un peu ce qui nous attend à l'avenir et de tenter, même modestement, de faire évoluer les choses dans le bon sens (ou dans un sens moins mauvais, en tout cas).



Bref, quelle que soit votre bonne raison un peu égoïste voire un peu honteuse, adhérez et donnez de votre temps, vous ne le regretterez pas. Et si vous jugez que tout va pour le mieux en ce qui vous concerne et/ou que c'est chacun pour sa gueule en ce bas monde, pensez quand même un peu à l'avenir de cette fichue branche, de temps en temps, parce qu'elle ne se porte pas super bien en ce moment.

Bien sûr, cette chouette assoce-là ne fait peut-être pas battre votre coeur parce que vous n'êtes pas dans la traduction/adaptation audiovisuelle. Qu'importe, allez voir du côté des autres, , ou , par exemple. En bonne raison égoïste bonus, ces associations-là proposent aussi des formations à leurs adhérents, et ça, c'est toujours bon à prendre.



(Bon et puis sinon, deux personnes personnes et un bulletin de l'AAE-ESIT ont aimablement attiré mon attention sur la toute jeune Association luxembourgeoise des traducteurs et interprètes. "J'dis ça, j'dis rien", bien sûr.)




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Ce vikend, si vous n'étiez pas au fond d'une grotte depuis deux ans, vous savez qu'il y avait votationnade (un truc du genre). Et qui dit votationnade, pour votre blogueuse dévouée, dit retour à son bureau de vote strasbourgeois, où elle avait pris soin de s'inscrire à l'automne dernier, ne pensant pas forcément replier bagages six mois plus tard pour s'exiler outre-Moselle.

Or figurez-vous qu'une merveille m'attendait chez ma môman à Strasbourg : un dictionnaire français-allemand Sachs-Villatte en deux volumes datant de 1904, gentiment déposé à mon intention par une généreuse amie de ma chère mère (j'ai des plaisirs simples). Alors si vous voulez bien, concentrons-nous sur ladite merveille et oublions deux minutes la présidentielle, ça nous fera des vacances et ce sera moins déprimant (putain, 18% ?).

Bel objet, donc, d'abord, parce que le dos et la double page de garde sont ornés de charmants motifs Art nouveau (ou quelque chose d'approchant), voyez plutôt :




Etrange dico pour le lecteur d'aujourd'hui, parce que les mots allemands sont composés en Fraktur et que ça fait un peu mal aux yeux quand on n'est pas habitué.

(Vous vous souvenez de la Fraktur ? Hmmm ? Une saga (je (m'auto-)cite) "politico-typographique et germanique absolument fascinante" ? Allez, cliquez là, je vois bien que vous êtes perdus.)



Et puis curiosité linguistique, bien sûr aussi, parce qu'on y trouve des mots un peu (voire complètement) oubliés, côté français comme côté allemand.



Personnellement, "friteau", "friteur" et "fritteux" m'étaient inconnus. Je passe sur la "fritillaire", de toute façon je suis nulle en noms de fleurs. On notera l'absence de "friteuse" en 1904, of course ! Le "frittage" dont il est question n'a rien à voir avec une variante du crêpage de chignon, mais désigne une étape de la fabrication du verre. L'article "frivolité" a attiré mon attention sur un sens du mot que j'ignorais ("accessoires de la toilette féminine (bijoux, vêtements) généralement sans valeur", dixit le TLFI). Et "frocaille" comme "frocard" me semblent tout de même être de fort désuètes façons de parler (pas très gentiment) du clergé.

Il ne faut pas croire, ça peut être utile d'avoir un ouvrage dans ce genre. Quand (il y a si longtemps... euh, il y a encore quelques mois, donc) je traduisais les intéressants textes des années 1920 que me confiait cliente A, il m'est arrivé de chercher des termes vieillots, datés, oubliés, que j'aurais sans doute mieux trouvés dans cet ouvrage. Alors oui, bon, je ne devrais plus en avoir vraiment besoin là dans l'immédiat. Reste qu'un traducteur n'a jamais assez de dictionnaires, à mon humble avis, si bien qu'indéniablement, l'amie de ma mère a fait une heureuse.

On notera qu'une petite feuille insérée au début du dictionnaire propose au lecteur (avec maintes circonlocutions et tournures passives) de signaler les éventuels oublis de cet imposant ouvrage au... Professor Langenscheidt (les germanistes apprécieront).



Vous croyez que je leur écris, pour la friteuse ?




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Apto-truc
Mot du jour (14)


Parfois (comme il y a un an ici, par exemple), je la trouve agaçante, cette manie de trouver des noms pour tout et n'importe quoi.

Mais d'autres fois (parce que je suis un être bourré de contradictions, il est temps de te l'avouer, lecteur ébaubi de ce blog), je remarque des trucs en me demandant s'ils ont un nom.

Ainsi, il y a un expert en questions agricoles qui est invité de temps en temps sur France Inter. Et ce monsieur, il s'appelle...




Dans le milieu, c'est sans doute presque aussi bien que de porter un nom de céréale :




On peut aussi être un journaliste de 20minutes.fr qui écrit un article sur l'incontournable dinde de Thanksgiving dans les séries américaines en portant le nom de...



Ouais, pour de vrai.

Il y a encore ce pépiniériste de Bergerac qui n'a pas dû avoir de mal à trouver sa vocation...



Ou encore un certain majordome dont le patronyme prend un sens intéressant quand il témoigne devant la justice.




Et ça marche dans d'autres langues, bien sûr. Dans une de mes ultimes traductions de documentaire, j'ai croisé un très chou Neil Daisy, jardinier de son état.

Etc., etc.

On peut même tirer un peu sur la corde en faisant complètement fi de l'orthographe, et s'amuser du fait que le Dr Delajoux puisse réparer des pommettes, ou que mon ancienne prof de français, Mme Boulay, ait été particulièrement... lourdingue.

J'aime bien ces coïncidences insignifiantes parce qu'elles bouclent un peu une boucle : ces noms de famille avaient sans doute une origine bien concrète qu'on a oubliée au fil des ans, c'est une forme de retour aux sources... (et rien n'est perdu : si l'un de mes neveux devient garde-forestier, il renouera ainsi avec le sens de notre nom de famille allemand, difficilement traduisible paraît-il, mais qui désigne grosso modo un genre de chasseur respectueux de la nature).

Mais maintenant, tatatadaaaaam, je sais qu'elles ont un nom, ces coïncidences insignifiantes. Un néologisme venu semble-t-il du Québec les a baptisées "aptonymes". C'est d'une logique implacable.

Apparemment, le terme a été trouvé d'abord en anglais, par un certain Frank Nuessel. Depuis, on l'a traduit et sa définition figure sur le site ô combien sérieux de l'Office québécois de la langue française :



Sur le site du CCA (Centre canadien des aptonymes - car oui, il existe un Centre canadien des aptonymes), on peut lire :


Ce site est consacré à la diffusion de la curiosité linguistique que l'on nomme LES APTONYMES, et au développement d'une liste à partir d'exemples que nos lecteurs et lectrices auront trouvés dans les journaux, les bottins et les publications variées.

Le terme a été relevé par nos soins dans l'ouvrage de Frank Nuessel, professeur de linguistique à l'Université de Louisville, Kentucky (The Study of Names, Greenwood Press, 1992, p.42). Un aptonyme est un " nom de famille d'une personne qui est étroitement lié à son métier ou à ses occupations", selon la définition donnée par le Grand Dictionnaire Terminologique de l'Office québécois de la langue française (...).

Selon Nuessel, le mot "aptonyme" contient le radical d'origine latine "apte" qui signifie "approprié, qui convient exactement ". La deuxième partie du mot, "nyme", provient du grec "onuma", qui signifie "nom". La rencontre d'un nom de personne et du métier exercé par cette personne est en principe fortuite. Mais à y regarder de plus près, il semblerait que le hasard fasse parfois des associations vraiment surprenantes. Yaurait-il malgré tout une influence du nom sur le choix de carrière?....mmmmm...La question est posée... Le psychanaliste Carl Jung a abordé ce phénomène dans son étude intitulée "Synchronicité".


(J'aime bien quand il y a "....mmmmm..." au milieu d'un texte, moi.)

Et attention, hein, l'aptonyme est connu et reconnu par chez nous aussi, à tel point qu'il existe en France un Centre d'étude et de recherches sur les aptonymes.

Et le CERA publie ses travaux - notamment dans les Carnets trimestriels du Collège de pataphysique, nanmais.



C'est vous dire si c'est du sérieux, tout ça. Le CERA propose sur son site une terminologie complète en lien avec les aptonymes que je trouve fort réjouissante :


Antiaptonyme : non prédestination criarde et répulsive du nom de famille (M. Boucher, chirurgien ...)

Aptonânerie : exemple K. Soulet, restaurateur (cf néoaptonyme)

Aptonymement : avec aptonymie ( Apt… vôtre : salutation classique des aptonymistes)

Aptonymes : nom prédestiné. Selon le néologisme de Frank Nuessel, professeur de linguistique à l'Université de Louisville, Kentucky (The Study of Names, Greenwood Press, 1992, p.42), un aptonyme est un nom de personne qui se trouve étroitement associé à un métier ou à une occupation. : Pain, boulanger.

Aptonymie : science de la recherche et de l'étude des relations entre les patronymes et les activités humaines de ceux qui les portent.

Aptonymiser: rechercher des aptonymes : rôle du CAC et du CERA

Aptonymissime: aptonyme qui décrit particulièrement bien le métier de celui qui l’exerce ; il est constitué d'un amalgame de deux mots ou plus : Dr Soulacroup, gynécologue.

Aptonymologie : science de l’aptonymie (par extension : pratique de l’aptonymie à la maison).

Aptonymophile: amateur d’aptonymes

Aptonymophilie: pratique régulière de l’aptonymie. (par extension : déviation pratiquée par les personnes atteintes d’aptonymose : tous les correspondants rôle du CAC et du CERA.

Aptonymophobe: qui n’aime pas les aptonymes , en principe en voie de disparition

Aptonymose : maladie de celui qui voit des aptonymes partout. Le seul remède consiste à se débarrasser des aptonymes en les envoyant pour analyse au CCA ou au CERA. Les rechutes sont heureusement nombreuses.

Contraptonymes : antiaptonyme trivial (M. Pain, fleuriste).

Doublets contraptonymiques : association de deux contraptonymes dans une même entité géographique (M. Serrurier, boucher et M. Boucher, serrurier en région parisienne).

Géo-aptonymes : aptonymes en relation avec la géographie.

Géo-aptynophilie : propension à habiter dans une ville ayant un rapprochement évident avec son patronyme (Paris à Paris ou Levin de Metz).

Hyperaptonymes : accumulation d'aptonymes dans une famille ou une région

Inaptonymes : antinomie de l'aptonyme ; nom de famille non prédestiné. (le mariage de Marie Langlais [de langue française] avec Thom French [de langue anglaise] le 12 décembre 1946, en la paroisse Saint-Dominique de Québec serait un très bon exemple de deux inaptonymes fournissant un hyperinaptonyme. (JF)

Néoaptonyme : faux aptonyme inventé pour tenter d’abuser les aptonymophiles ou aux fins d’exemples.(voir aptonânerie et oulipaptonymes). L'étude des néoaptonymes est indispensable à la découverte des aptonymes

Oulipaptonymes ou ouliptonymes : aptonymes à contraintes (Esses boucher à Laval). Nous sommes là dans le potentiel et le plus souvent il s’agira de néoaptonymes !


Les sites (cousins) du CERA et du CCA proposent sur leurs pages de nombreux exemples réels d'aptonymes ; par ailleurs, un journaliste du Devoir s'amuse aussi à les recenser au fil de l'actualité sur son blog.

Bref, encore un petit mot de plus dans ma besace et peut-être dans la tienne, lecteur à n'en pas douter amateur de néologismes de ce blog. Aptonymement vôtre !



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Bande-son de déménagement


Un jour comme ça, je me suis demandé ce qu'était devenu le pré-ado qui jouait le personnage principal enfant dans Et au milieu coule une rivière.

C'est un phénomène assez étrange pour moi, Et au milieu coule une rivière, vu que c'est le seul film AU MONDE qui réussisse à me faire pleurer (enfin avec Au revoir les enfants, peut-être aussi). Bien sûr, j'ai versé toutes les larmes de mon corps (au moins) quand je l'ai vu à sa sortie (j'avais 10 ou 11 ans)(je n'allais pas encore beaucoup au cinéma à l'époque)(j'étais naturellement très émotive)(j'avais failli sortir de la salle quand j'étais allée voir le Croc-Blanc de Disney un an plus tôt)(j'avais des excuses, je veux dire). Mais j'ai reversé toutes les larmes de mon corps (et plus encore) quand je l'ai revu pour la n-ième fois l'année dernière (j'avais 30 ans, quelques films visionnés de plus au compteur, et donc relativement moins d'excuses).

Entendons-nous bien, Et au milieu coule une rivière n'a rien d'un chef-d’œuvre. Mais rien non plus d'un navet, hein. C'est objectivement un film à la fois tout à fait honorable et assez oubliable.

Reste qu'une fois par an en moyenne, votre blogueuse dévouée s'installe devant Et au milieu coule une rivière avec ses mouchoirs et finit dans le même état lacrymal que l'année précédente. Et le pire, c'est qu'elle aime ça (ou accessoirement peut-être qu'elle veut s'assurer que son petit cœur tout sec est encore en état de marche).

Bref, je suis attachée à ce film, et pas seulement à cause de la présence de Brad Pitt au sommet de sa plastique relativement parfaite son art (allez, cliquez, je paie mon rinçage d’œil).

Or donc, je me suis rendu compte que le pré-ado qui jouait le personnage principal enfant avait un nom, Joseph Gordon-Levitt, et qu'il avait joué ces dernières années dans plein d'autres films, dont pas mal que j'avais vus sans faire le lien avec sa bouille juvénile du début des années 90.

C'est comme ça, en approfondissant ces recherches aussi essentielles que captivantes un peu avant les fêtes l'année dernière, que je suis tombée sur cette vidéo de nouvel an qui est quand même à mon très humble avis le summum de la choupitude :




Vidéo donc où ce cher Joseph avait l'air de couver totalement des yeux la charmante jeune femme à côté de lui. Du coup, je me suis sentie trahie j'ai cherché qui était cette adorable Zoey Deschanel et découvert qu'entre autres (nombreuses) activités, elle chantait dans un groupe qui s'appelle She & Him.

Lequel est tout frais pour les oreilles, et donc idéal pour trier des papiers et faire puis défaire ses cartons.


Voiiiiilà, on y arrive, à la bande-son de déménagement.


(J'aurais dû faire imprésario, comme métier, je sens que je vous ai convaincus.)







Sur ce, je retourne en défaire quelques uns, de ces fichus cartons.

En écoutant She & Him.

Na d'abord.


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(Premier épisode et rappel du principe.)



Je ne me souviens pas bien de ce film de Jacques Rouffio, Le sucre, sur lequel j'ai pourtant dû tomber une ou deux fois à la télévision. Mais le bouquin, lu il y a une dizaine d'années dans cette édition Livre de poche à la couverture rigolote, sur les conseils d'un prof d'économie (si si), et qui est donc antérieur au film, passe bizarrement son temps à envisager sa propre adaptation cinématographique (comme quoi, on n'est jamais si bien servi que par soi-même...). Dès la page 13, on y lit : "Vous feriez un film sur le Sucre, je vais vous dire par quoi je commencerais..." Et plusieurs passages reprennent ensuite cette idée au fil du bouquin. Comme la qualité littéraire de l’œuvre n'est pas fantastiquement renversante par ailleurs, il me semble qu'un seul extrait devrait suffire pour ici.




Le film, ce sera Raoul et moi, notre fine équipe. Filous et ringards à la fois. Trompés aussi souvent que trompeurs. Manœuvriers manœuvrés. Justiciers finalement complices.

Faire rire de nous. Pas pleurer : mon malheur, je l’ai bien cherché !...

Pas dénoncer non plus. Le genre : « Attention, je vais vous faire toucher du doigt la pourriture capitaliste ! », vous savez bien que ça ne prend plus. On en a trop vu. Blasés !... « Réalisme socialiste » d’autant plus à exclure qu’ici point de touchantes victimes, nul travailleur lésé, rien que du petit-bourgeois qui n’a que ce qu’il mérite.

Juste suggérer, je crois, la mécanique. Deux ou trois engrenages, quelques figures, et ne craignez pas d’en manquer : le milieu abonde en figures intéressantes par elles-mêmes. Suffira de les peindre à leurs couleurs exactes.

Suggérer juste ce qu’il faut pour faire comprendre qu’on se trouve devant le plus formidable, le plus pharamineux sac de nœuds jamais réalisé par des businessmen ordinairement idiots. Des gens si bien habitués à s’entre-tromper, à s’entre-mentir, à s’entre-ficeler qu’ils se retrouvent à la fin tous ligotés, tous étranglés par une seule et même ficelle, en un seul lot bien compact, bon à jeter.

Par là des côtés, tout un ton opéra-bouffe, Hellzapoppin, Soupe aux canards. Genre grand numéro de cirque avec nous deux Raoul, l’Auguste et le clown blanc, partis au-devant de cette tempête qui s’avance, qui s’avance, qui s’avance…, puis chaloupant sur le pont, nous raccrochant à la ficelle des co-ficelés, prenant force coups de pied au cul, mais en donnant aussi pas mal. Pitoyables et méchants. Surtout sournois (fallait bien !). Hilares quand il n’y eut plus que cela à en faire : EN RIRE !


Georges Conchon, Le sucre
Albin Michel, 1977


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L'appel des Piles


J'étais en train de me demander in petto comment j'allais m'organiser pour 1. passer chez un toubib rapport à cette crève finalement assez fatigante qui ne voulait pas disparaître ; 2. finir de nettoyer mon ancien appartement strasbourgeois avant l'état des lieux sortant et passer l'aspi avant que le fournisseur d'électricité ne vienne couper le compteur ; 3. trouver des rideaux avec ruflette si possible déjà posée pour aller avec les espèces de tringles-rails pas pratiques préinstallées dans mon nouvel appartement ; 4. faire livrer des trucs Ikea à Luxembourg (ce qui n'a pas l'air d'être aussi évident qu'on pourrait le penser et ça m'embête bien) ; 5. résilier diverses polices d'assurance en France un jour férié ; 6. localiser mon bureau des Impôts à Luxembourg et y passer (il est commodément ouvert de 8h à 11h45 en semaine, youpi) ; 7. dire coucou, à Strasbourg, à une parturiente chère à mon coeur et à sa nouvelle progéniture toute mimi et chevelue ; 8. boucler les trucs Ataa-iens en cours ; 9. répondre aux mails en retard (à Luxembourg je suis atrocement, horriblement, cruellement coupée du moooooonde faute de connexion Internet et mine de rien, ça aussi, ça m'embête bien) ; 10. caser quelque part tout ce qui sort des cartons et qui n'a pas de rangement correspondant, rapport au fait qu'il faudrait que je fasse livrer des trucs supplémentaires Ikea pour ranger ce bazar et que voir point 4 ; 11. retrouver la clé pour accorder l'épinette et tenter de me détendre un peu en musique à défaut de me sentir vraiment installée (cf. Ikea, tout ça tout ça) ; 12. relancer la propriétaire pour pouvoir enfin brancher mon lave-linge quelque part (ça peut servir, de faire une lessive, non ?) ; 13. faire enlever la bonne centaine de cartons de déménagements qui s'empilent élégamment dans mon entrée (ou à défaut, relancer la propriétaire pour localiser la cave correspondant à mon appartement et les stocker là en attendant de s'en occuper) ; 14. réussir à ne pas oublier l'anniversaire de Pote J. après-demain ; 15. souffler un peu parce que j'ai l'impression de courir partout depuis un mois sans m'arrêter.

Quand j'ai aperçu dans la vitrine d'une boulangerie-pâtisserie strasbourgeoise une variation orthographique intéressante sur le thème de l'agneau pascal (oui, car en Alsace, l'agneau pascal existe aussi sous forme de pâtisserie, c'est un genre de brioche avec une texture relativement aérienne, et ça se mange bien).




"Agneau de Pascal ?", ai-je songé ? "Vraiment ? Genre, de lui ? Ou de lui ?".

J'ai senti frémir mon téléphone portable dans mon sac, alors je l'ai sorti et j'ai pris une photo, sans trop savoir si je m'en servirais ou même si j'aurais le temps d'ouvrir l'interface de Blogspot entre deux trucs à régler pendant ma halte à Strasbourg.

Ben si, j'ai pris le temps.

J'ai lu vos derniers aimables commentaires (merci !) que je n'avais parcourus qu'en travers je dois l'avouer. Viré les spams. Consulté la boîte mail des Piles. Viré d'autres spams. Songé à programmer un billet "Ils en parlent..." pour dans pas longtemps. Caressé le projet d'en programmer un ou deux autres et hésité parce que je n'aime pas trop les billets programmés, ça fait un peu conserve. Faudra voir.

Ma connexion Internet à domicile sera opérationnelle dans une grosse semaine, si tout va bien. Le café Internet où je passe de temps en temps est moyennement inspirant et surtout très bruyant, je n'ai jamais envie de m'y attarder et j'ai toujours déjà plein d'infos pratiques, adresses et autres à y chercher, en plus d'une consultation express de mails qui me permet par exemple d'apprendre que je pourrais, là, maintenant, être en train de traduire un documentaire sur Le mariage de Maria Braun pour un client qui était un peu sorti de ma mémoire et que je n'ai donc manifestement pas averti de mon changement de parcours.

C'est dingue comme on est perdu et frustré sans une connexion Internet, dites donc.



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