L'énigme du [mamaset]


J'ai appris un truc et je m'en étonne. Hem, je vois bien que cette phrase pourrait être mal interprétée, lecteur déjà outré de ce blog : non, je ne crois pas encore tout savoir, du tout du tout, mais parfois, il y a des choses dont je m'étonne (et je m'inquiète) de ne jamais avoir entendu parler. T'en fais pas si tout ça n'est pas limpide-limpide, je vais développer un peu (tu me connais).

J'ai donc appris l'existence du [mamaset] en écoutant parler David Bellos, samedi dernier, par là. Ce n'était qu'une remarque faite incidemment, un exemple qu'il citait parmi d'autres, alors que l'assemblée (car assemblée il y avait) débattait du caractère supposément intraduisible des accents régionaux.

J'ai donc noté phonétiquement [mamaset] sur mon petit bloc-note, en me disant qu'il faudrait que je me renseigne sur la chose à l'occasion.

Il m'a fallu un peu de temps pour retrouver la véritable orthographe du mot à partir de mon griffonnage. J'ai appris au passage beaucoup de choses sur les marmoset monkeys et sur la société Momosat spécialisée dans l'import-export de matériel électrique, mais à force de tâtonner, j'ai fini par tomber sur quelque chose qui semblait correspondre à ce que je cherchais : Mummerset, aaahhh, voilà. Le Mummerset, c'est un faux dialecte anglais utilisé par convention au théâtre (et plus largement, en littérature) pour figurer un accent rural. Comme il est fictif, c'est-à-dire qu'il ne se rapporte en réalité à aucune région précisément identifiable, son utilisation permet (dixit David Bellos) "de ne vexer personne". Chez Wikipedia, on nous dit à peu près la même chose, avec quelques précisions :



Et c'est là que je m'étonne et m'inquiète de ma propre ignorance : sur la même page, on nous cite un passage de King Lear emblématique de cette utilisation du Mummerset chez Shakespeare. Or votre blogueuse dévouée plancha en son temps deux ans sur King Lear au lycée sous la houlette d'une exceptionnelle prof de littérature anglophone, Mrs B., elle-même anglaise jusqu'au bout des ongles et particulièrement au fait de son sujet, qui nous dispensait des cours d'un niveau plutôt costaud me semble-t-il avec le recul. Sur la page Wikipedia consacrée aux "West Country dialects", qui sont "commonly represented as 'Mummerset'", on nous rappelle en outre l'omniprésence desdits dialectes dans Tess of the d'Urbervilles, roman que votre blogueuse dévouée (encore elle) étudia également pendant ces deux mêmes années en détail (sous la houlette, tout ça tout ça) et dont elle pouvait citer des paragraphes entiers par coeur il y a encore quelques années.

Bref, j'aurais bien vu Mrs B. nous parler du Mummerset. Je me serais bien vue tomber sur ce mot dans un bouquin consacré à l'une de ces deux oeuvres. Je me souviens de nombreux cours consacrés à la représentation de la ruralité chez Hardy et aux variations des niveaux de langues chez Shakespeare, sujets tarte à la crème s'il en est. Malgré cela, point de Mummerset dans mon souvenir. Certes, il n'est pas totalement exclu que j'aie oublié ce mot, puisque ces années commencent à être un peu lointaines. Mais d'une part, je me souviens très bien d'un nombre incalculable de choses que j'ai apprises à cette époque-là (années chouettes et enrichissantes pour une angliciste passionnée) et d'autre part, un dialecte inventé, il me semble que c'est bien le genre de détail qui aurait pu et dû marquer ma pôv mémoire.

Peu importe, je suis ravie d'apprendre a posteriori l'existence d'un truc que j'aurais adoré pouvoir caser dans une dissert ou un oral de littérature anglaise, et surtout de boucler une boucle de plus, mon dada à moi, puisque je peux le caser aujourd'hui dans un billet de blog, hé hé. Une info fort utile, en somme. Un peu à retardement, mais utile quand même.

Au demeurant, on ne trouve pas des masses de renseignements au sujet de ce faux dialecte sur les Zinternettes. Si l'on excepte quelques vidéos de démonstration insupportables et quelques mentions dans des textes liés au théâtre ou au cinéma, la moisson est maigre.

Reste un projet typographique imaginé par l'artiste Nia Gould qui habille visuellement les tonalités du Mummerset. Joli !



(Source)


Évidemment, là, je devrais vous annoncer la publication prochaine de deux billets consacrés à la façon dont les traducteurs successifs de Hardy et de Shakespeare ont su ou pas rendre le Mummerset dans la version française des deux oeuvres. Bon, je ne promets rien, hein. Mais je vais y penser.



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Tics, manies et autres névroses (ép. 6)



Le traducteur est un petit être délicat. Confronté au monde hostile qui l'entoure, il a parfois des réactions étranges, compulsives, inquiétantes. Certains préfèrent parler de "déformations professionnelles" pour minimiser la chose, mais let's face it : le traducteur professionnel est gravement atteint. Cette série de billets explore les tics, manies et autres névroses de la gent traductrice.


Donc le traducteur tape. Enfin, ne vous méprenez pas, je veux simplement dire qu'il dactylographie, quoi, même s'il existe vraisemblablement aussi des traducteurs-boxeurs. Il tape dans un traitement de texte (car oui, l'époque des machines à écrire est grosso modo révolue chez les traducteurs, on ne le dira jamais assez) (sauf chez Svetlana Geier) (mais c'est une autre histoire) qui est souvent Word. Oh, il y a bien sûr des adeptes (farouches) d'autres traitements de texte que Word et d'autres environnements que Windows, mais simplifions et restons-en à ce que je connais vaguement, pour les besoins de ce billet, si vous le voulez bien.


Donc il tape dans Word, on en était là. Et dans Word, il travaille (souvent) dans ce mode ("show/hide", "afficher tout", et autres appellations) qui permet de faire apparaître des choses bizarres dans le texte.



Des choses comme ça :


Petit intermède ludique : toi aussi, repère l'espace insécable qui manque dans ce texte.


Ces signes cabalistiques qui donnent l'impression de ne plus bien voir où est quoi (auxquels s'ajoutent parfois des balises obscures injectées là par un logiciel de TAO), ils sont importants, que dis-je, vitaux, pour le traducteur. Car le traducteur est souvent atteint d'une forme plus ou moins grave de typographite.

La typographite peut se manifester par des symptômes divers. Votre blogueuse dévouée se souvient avec émotion de ce jour de 2008 où elle en contracta une forme mineure en faisant une relecture de documentaire en compagnie de Copine C., la traductrice dudit documentaire. Nous étions d'accord pour modifier une phrase en vue de la faire commencer par la locution "à peine (blablabla)...", j'étais déjà en train de saisir la modification, et soudain, Copine C. m'a dit gentiment, mais fermement : "S'teuplaît, tu veux bien mettre un accent sur le "a" majuscule ? Une petite manie, je préfère vraiment... Si ça ne t'ennuie pas, hein. Enfin même si ça t'ennuie, en fait, je préfère."

Voilà, ça commence souvent comme ça.

Par ce que l'on qualifie de "petite manie".

Oh, rien de grave, en apparence. Taper Alt Gr + 7 + Maj + A pour obtenir un À, plutôt que de se contenter d'un simple A en début de phrase, c'est ÇA, la manie du traducteur (qui réactive le pavé numérique de son ordinateur portable pour vous faire le Ç majuscule de ÇA en deux temps trois mouvements presque les yeux fermés tellement c'est un réflexe, Alt + 128).

Des symptômes divers, donc, car d'autres traducteurs sont par exemple les champions de l'espace insécable. On les détecte, avant même de lire leur texte, au fait qu'ils disent une espace, et pas un espace comme la plupart des gens normalement constitués. L'espace insécable - à laquelle ma consoeur de L'autre jour a consacré un très chouette billet il y a quelques semaines - c'est une mise en abyme de la traduction à elle toute seule. Pourquoi ? Parce qu'elle est 1. invisible (sauf à activer le mode show/hide, vous l'aurez compris), 2. harmonieuse et 3. essentielle. Comme une bonne traduction, en somme. L'espace insécable, c'est le petit truc qui va faire notamment que les chiffres seront toujours accolés à leur unité de mesure, même en fin ou en début de ligne, ou que si je commence à lire une date, je n'aurai pas à aller en chercher la fin au début de la ligne (pire, de la page !) qui suit. Le petit truc, donc, qui va rendre le texte encore plus lisible et fluide à l'oeil, sans même que le lecteur s'en rende compte. Un genre de cerise typographique sur le gâteau textuel, quoi. Mais je m'emballe. J'aime BEAUCOUP les espaces insécables dans Word, voyez-vous (pour mon propre malheur, comme on le verra bientôt - ah, teasing, teasing !), même si je reconnais que l'insécabilité des espaces laisse à désirer sur ce blog.

Il y a aussi les traducteurs qui savent des choses. Votre blogueuse dévouée, par exemple (qui, vous l'aurez noté, est relativement atteinte), sait que quand on tape un texte destiné à être publié par certains organismes, on n'abrège pas "numéro" en tapant bêtement "n" suivi du symbole du degré, nan nan nan, il n'en est pas question, ce serait une faute de goût inimaginable. Soit on tape un "o" qu'on formate ensuite en exposant, soit on tape Alt + 167 (il y a deux écoles) (au moins) (allez savoir). Mais pas de symbole du degré, jamais, never, niemals. Pourquoi ? Eh ben parce que le symbole du degré, c'est le symbole du degré, alors que l'abréviation de "numéro", c'est autre chose, un point c'est tout (non, je ne suis pas psychorigide).


La version "mémento typographique du Conseil de l'Europe" (le surlignage est d'origine)...



... et la version "code de rédaction de l'Union européenne"
(la couleur spéciale est également d'origine...
autant dire qu'on ne le prend pas à la légère, ce numéro-là).


Et ainsi de suite, parce que ce qu'il y a de chouette d'inquiétant avec la typographite, c'est qu'elle est polymorphe : chacun sa came. Il y a comme ça les pros des parenthèses dans les parenthèses ou des guillemets à l'intérieur des guillemets. Les spécialistes de l'italique. Les experts de l'emploi des majuscules. Les repéreurs d'espaces en trop dans les textes imprimés. Les appreneurs par coeur des codes Alt+ des caractères spéciaux (vous noterez que je n'en fais pas réellement partie, en fait, car dammit, j'oublie toujours celui du e dans l'o). Ou mes héros absolus : les utilisateurs avertis des sous-multiples du cadratin (si si).

Donc voilà. On en est là. Tableau clinique apparemment inoffensif, me direz-vous ? Vous ne savez pas tout.

Car globalement, jusqu'à une date récente, on peut dire que deux coqs la traductrice qui vous parle vivait en paix, avec ses espaces insécables, ses majuscules accentuées, son show/hide et quelques bricoles annexes. Elle couvait du regard ses précis typographiques (en l'occurrence, celui de l'Imprimerie nationale et le Gouriou), prête à s'y plonger avec délice quand elle avait un doute.

Mais au moment de la rédaction de ces lignes, disons les choses comme elles sont, votre blogueuse dévouée traverse une crise de typographite aiguë. Son univers entier a basculé il y a maintenant quelques mois, quand on l'a sommée d'appliquer désormais au quotidien, systématiquement, les règles du Code de rédaction maison.

Non, ne clique pas encore, tu vas te faire du mal, lecteur-traducteur qui je le vois bien sens la typographite monter (car comme pour toute bonne pathologie qui se respecte, on est persuadé d'en être atteint dès l'instant où on en entend parler) (raison pour laquelle je ne regarde jamais Le magazine de la santé sur France 5, personnellement) (et vous ?) (bref).

Le Code de rédaction maison, il dit qu'on ne met pas d'espace du tout après les guillemets (chevrons) ouvrants ou avant les guillemets fermants. Pas "pas d'espace insécable", hein, "pas d'espace du tout". Le Code de rédaction maison, il dit qu'on n'en met pas non plus avant les deux points, les points d'exclamation ou les points d'interrogation. Et puis le Code de rédaction maison, d'une manière générale, il n'est pas fan des espaces insécables, sauf dans quelques cas bien précis et pas très funky, genre citation du numéro d'un Journal officiel.

Encore heureux qu'il demande qu'on accentue les majuscules, le Code de rédaction maison, sinon je ne serais plus là pour vous en parler, à l'heure qu'il est.

Le bon côté de la chose (verre à moitié plein, verre à moitié plein, verre à moitié plein), c'est que je suis aux premières loges pour vous décrire les manifestations les plus marquantes de la typographite en phase aiguë :

  • les yeux qui saignent (oui oui) devant ces successions de signes sans espaces (insécables ou pas, on serait déjà bien content, hein).

  • une vive douleur musculaire dans la main chargée de défaire périodiquement les corrections automatiques de Word qui ajoute des espaces insécables là où le Code de rédaction n'en veut pas et qui ne veut pas se laisser paramétrer autrement (si vous connaissez la feinte, on est preneur, mes doigts et moi).

  • l'impression permanente et extrêmement troublante, psychologiquement, que "quelque chose cloche (mais quoi, mais quoi, bon Dieu ?)" face aux textes en cours de traduction.

  • un profond déchirement intérieur, sorte de miroir grossissant de ce qui se passe à l'écran (ssssiiiii !), quand il est manifeste qu'il faudrait une espace insécable pour empêcher cette date, là, d'être coupée bêtement en deux.

  • un sentiment de culpabilité extrême quand, au bord des larmes, la traductrice décide que non, ce n'est pas possible de laisser c'te phrase comme ça et transgresse l'interdit en tremblant.

Voilà. C'est dur, la typographite, j'vous jure. Et n'allez pas dire encore que j'ai un penchant pour l'exagération, hein.

On ne peut pas comprendre la typographite aiguë, tant qu'on ne l'a pas vécue dans ses tripes de traductrice.

Bouhouhouhouhou.



Heureusement, en cas de crise, il y a l'antidote absolu pour se calmer les nerfs : Kern Type.

Mais je crois que j'aggrave encore mon cas, en vous avouant ça.




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(Premier épisode et rappel du principe.)

Que ferait-on sans Jim Harrison pour transmettre l'amour du 7e art et des plaisirs simples, je vous le demande ?



Nous atteignîmes Tucson vers neuf heures du soir et nous décidâmes, à l’unanimité, de ne pas trop nous saouler ni nous défoncer, de manière à pouvoir partir très tôt pour le Grand Canyon, le lendemain matin. Nous avions l’intention d’essayer d’aller voir un film et de nous mettre au lit avant minuit. En descendant Speedway, dans la partie sud de la ville, nous passâmes devant un cinéma qui affichait deux films porno SUPER X à la même séance. Nous prîmes une chambre dans un motel proche et revînmes aussitôt vers le cinéma. Sylvia était assez curieuse, car elle n’avait jamais vu ce genre de film. Le premier s’appelait Greta et ce fut plutôt un choc. Une fille vierge (on lui donnait environ vingt-cinq ans) se disputait avec ses parents, quittait le domicile familial et tombait aussitôt entre les mains d’un gang de lesbiennes qui la torturaient à l’aide de vibromasseurs et de godemichés jusqu’à ce qu’elle soit convertie à leurs plaisirs. J’étais agréablement surpris, car les filles étaient jolies et ne ressemblaient pas aux femmes qu’on a l’habitude de voir dans les films en noir et blanc qu’on projetait dans l’ancienne salle de l’American Legion. Sylvia se cachait derrière ses mains et suffoquait comme si elle était en train de voir un film d’horreur. Le deuxième film se déroulait une clinique d’expérimentation des techniques amoureuses et mettait en scène un médecin fou qui attachait des femmes consentantes à une machine monstrueusement ingénieuse. Nous étions fascinés.


Jim Harrison, Un bon jour pour mourir,
traduction Sara Oudin, Robert Laffont, 1985



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Mon p'tit canar
Mot du jour (15)


Nouveau mot du jour dégoté il y a quelques semaines :



canar



Contexte : minier.



Ce n'est pas : un palmipède.

J'avais oublié.

J'avais oublié que revenir entre autres choses à la traduction technique, c'était redécouvrir certains charmes insoupçonnés du français, disons, industriel.

Redécouvrir, et parfois découvrir, tout simplement. Comme dans le cas du canar.

Le canar, je l'ai croisé... Non, reprenons au début. Au début, au commencement, dirais-je même, il y avait dans mon texte un "duct" qui permettait d'aérer une mine de charbon.

"Sapristi", me suis-je alors dit (car je vis en réalité dans les années 40), "ce 'duct'-là, si ça se trouve, il porte un nom bien plus précis que 'duct' en français". Alors j'ai cherché dans les bases de terminologie et les mémoires de traduction qui se trouvent désormais au bout de mes doigts, clic-clic-zou-je-lance-ma-recherche. C'est là qu'à contexte équivalent (minier, donc), et à phrase pas loin d'être identique, j'ai trouvé le "canar".

Et j'ai rigolé.

Ben oui, parce que je me suis dit, haha, "ils" voulaient mettre "canal" et "ils" ont mis "canar", la bête faute de frappe, quoi.

L'espace d'un instant, j'ai imaginé les associations d'idées les plus folles (et surtout les plus évidentes) qui avaient pu traverser l'esprit du traducteur : "duct" -> "duck" -> "canard" -> "canar". CQFD.

Puis j'ai regardé un peu plus bas dans les résultats de la recherche et j'ai vu qu'à contexte toujours équivalent, on le retrouvait finalement assez souvent, le canar. Une erreur dans les bases de données, c'était plausible. Une vingtaine, ça commençait à l'être moins.

Quelques recherches plus tard, Termium et le Journal officiel, entre autres, me confirmaient avec une belle unanimité que oui, ce mot avait l'air d'exister.








Drôle d'oiseau, tout de même, ce canar. Mais vérification faite, son étymologie est presque décevante : il a la même origine que "canal", comme nous l'apprend le TLFI (et il faudra se contenter de ça comme source, parce qu'il n'est pas très répandu dans les dictionnaires étymologiques, le canar).



Et puis surtout, c'est un mot qu'on ne croise pas beaucoup. Hors définitions techniques (succinctes), on le rencontre dans un "lexique des termes intéressants, difficiles ou peu usités de la langue française" entre "canaque" et "canardière", ou encore sur le site d'un club belge d'orthographe (si si) parmi d'autres mots se terminant en -ar ("falzar" et "snack-bar" sont de la partie, bien sûr), sans parler des pages recensant des homophones.

Mais quand on y pense, c'est quand même chouette, non, un couple de paronymes en anglais qui se retrouve presque à l'identique en français ?

Bon, OK, même si c'est un truc à retenir pour un hypothétique jeu de mots à première vue intraduisible sur "duct"/"duck", il faudra sans doute attendre un peu que le terme soit un chouia plus connu pour tenter de le caser dans un sous-titre, ce canar-là. C'est l'ambition cachée de ce billet, vous l'aurez compris.



"Duck in the duct", photo piquée ici et dont le titre peut donc allègrement être traduit par,
oui, c'est ça, "Canard dans le canar". Haha, je ne m'en remets pas, excusez-moi.



Le lien bonus de Tatie Les Piles :

Sur l'évolution parallèle en anglais de "duck tape" et "duct tape", on peut aller lire cet article.


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Il ne faut pas croire, il n'y a pas que des traducteurs qui lisent Les piles. Il y a aussi Clément (et d'autres, hein, si si), qui s'intéresse à plein de choses et même à la traduction. Grand merci à lui pour ce billet cinéphile et surtout japonisant - une première par ici, je crois bien - qui concentre en quelques lignes un bon échantillon des problèmes que le sous-titreur croise au quotidien...


Je ne suis pas traducteur, j’ai plutôt du mal avec les langues, particulièrement avec leur aspect normatif, mais je suis un lecteur fidèle de ce blog : pas besoin d’avoir du talent pour apprécier celui des autres. J’ai eu envie d’écrire ce billet après avoir vu un film japonais. Un billet qui vous montrerait, chers traducteurs, que le lecteur peut avoir l’envie irrésistible de remonter à la source et de comparer le résultat de votre travail au texte original. J’ai par exemple acheté la version originale d’Un tout petit monde de David Lodge à cause de la phrase : « la Jugoslavian Airlines (dont l’acronyme JAT veut dire jamais a temps)… » traduite par Maurice et Yvonne Couturier de « … JAT stands for joke about time ».

Le film japonais Kiseki* (miracle) dont le titre est traduit en français par "I wish" met en scène deux jeunes frères séparés par le divorce de leurs parents, vivant de part et d’autre de l’île Kyushu. Ils apprennent qu’on achève la construction de la ligne TGV qui traverse l’île, et pensent que, comme les étoiles filantes, l’énergie dégagée lorsque deux trains se croisent à grande vitesse permettra de réaliser leurs vœux. Dans l’espoir de revivre ensemble, ils organisent une fugue avec leurs amis à l’endroit où se croisent les trains. On découvre les désirs secrets de chacun et on suit leur aventure dans un pays où ils ne risquent rien, leur seule angoisse est de se faire ramener chez eux par la police. Le film porte un regard tendre et touchant sur le monde de l’enfance.

Le grand-père des garçons fabrique des gâteaux traditionnels et demande à l’aîné s’ils sont bons. L’enfant lui répond qu’ils ont un « goût incertain ». Contextuellement, on devine que le garçon les trouve fades mais ne veut pas blesser son grand-père. Je me demandais quelle subtilité le traducteur devait rendre avec ce « goût incertain », et j’ai donc demandé à une collègue japonaise un commentaire sur le dialogue original. Un effet comique est obtenu par la répétition de cette réponse à divers moments du film. Ces gâteaux sont en quelque sorte un rite de passage.

Voici sa réponse :




Bon appétit et courez voir ce film délicieux !


* : de Hirokazu Kore-Eda.



Merci Clément ! Et merci à votre collègue pour cette explication de texte. En prime, voici la recette des karukan sur cuisine-japonaise.com (on contribue comme on peut quand on n'y connaît rien, hein).


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Bien cher Biba,



Ô Toi, le magazine complice et décrypteur de tendances, c'est Ton site qui le dit, sache que je suis émue.

Je ne pensais pas qu'un jour Tu me fournirais de quoi pondre un billet de blog. Sur la traduction. Si si.

Et surtout, je ne pensais pas qu'un jour je T'écrirais, car à l'exception de quatre numéros offerts gracieusement avec un abonnement à L'Express souscrit par mon père dans les années nonante au titre d'une formidable offre découverte, je ne crois pas que nous ayons été très souvent en contact, Toi et moi.

Mais voilà, Tu as su faire ce qu'il fallait à la page 227 du nº 389 (juillet 2012), et le destin (ou plutôt consoeur C.) T'a mis sur mon chemin virtuel.

Ce fut... violent, je ne te le cache pas.

Ce fut... rose pétant, ne nous voilons pas la face.

Ce fut... surmonté d'un anglicisme en guise de titre, ce qui commençait bien.

Violent, j'Te dis.



Voilà, voilà. La question que j'ai envie de Te poser, comme ça, là, à Toi le magazine tendance qui files des bons plans trop de la balle à Tes lectrices, c'est :

franchement,
est-ce que Tu as réfléchi deux secondes
avant de publier ça ?


Oh, excuse-moi, le gras italique taille 34 m'a échappé.

Par exemple, tiens : est-ce que Tu es vraiment allé voir à quoi ressemblait le site dont j'ai caché l'adresse ? Parce que si Tu es journaliste, il y a un truc qui aurait dû Te mettre la puce à l'oreille. Genre le fait que l'interface soit dans un français, disons, discutable.



Genre.

Alors comme Tu n'es pas expert, je Te donne un truc relativement infaillible : quand il y a des fautes de français sur le site d'un prestataire de traductions vers le français, c'est assez mauvais signe. Ça s'appelle "change de métier", par chez moi. Et puis Tu n'as peut-être pas cliqué par curiosité sur le bouton "Devenir traducteur" du site, hein. Moi si. À la rubrique "Je suis...", Tu dois cocher une des deux cases : "un professionnel" ou "un particulier". Ça aussi, normalement, ça aurait pu, dû, éventuellement Te mettre la puce à l'oreille quant au professionnalisme garanti de ce service.

Par ailleurs (on discute, hein), est-ce que, par hasard, ce site ne T'a pas rappelé un truc dont on avait parlé il y a quelques années, les enchères inversées dans le domaine de l'emploi ? Je ne Te parle pas d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaaaaîîîîtreuh, hein, juste d'un truc qui a été interdit en France il y a six ans. Et en fait il y avait une bonne raison à cela : c'était scandaleux, tout le monde s'accordait à le dire. Ah, Tu as pensé que par le jeu des enchères, le prix des traductions allait monter ? C'est touchant. Mais comme Tu parles noir sur rose de "traduction low cost" dans le titre de Ta brève, j'y crois moyennement.

Et puis tiens, pendant qu'on y est : est-ce que Tu T'es demandé deux secondes, par exemple, quelle serait Ta réaction si un grand média (si si, Tu es un grand média, mon Bibounet, ne fais pas le modeste, ça ne Te va pas au teint) faisait la promo de services de journalisme low cost vendus aux enchères ? Tu trouverais ça trop cool ? Tendance, peut-être ? Hype, soyons fous ?

En bien réjouis-Toi, il existe d'ores et déjà des boîtes qui proposent des services de rédaction rémunérés 1 euro le feuillet. Je T'invite à aller lire ce qu'en disait il n'y a pas longtemps Patricia d'Intercultural Zone, Tu verras que ça fait envie et qu'on n'est pas loin du journalisme very low cost, si on va par là.

Donc en résumé, si Tu cherches de bonnes idées à partager dans le domaine de la traduction, je Te conseille de diffuser celle-là : une traduction, ça a un prix, comme les services d'un avocat ou d'un médecin. Ou d'un journaliste.

Et si Tu veux compléter l'enquête approfondie que Tu as manifestement menée avant de publier cet encart (encart qui, Tu l'auras noté, m'a un tout petit peu énervée, mais je suis pédagogue dans l'âme, que veux-Tu), je T'engage à lire par exemple Traduction - Les mots au kilo ?, une brochure qui explique comment acheter une traduction et pourquoi les mots ne se paient pas au kilo, "à un prix défiant toute concurrence", comme Tu dis.

Que dis-Tu, plaît-il ? Tu penses que ce genre de choses, ça vaut pour les entreprises et pas pour les lectrices de Biba ? OK, on en reparlera quand le CV desdites lectrices sera passé à la moulinette des enchères et de la traduction low cost. Ils ne seront pas déçus, les recruteurs étrangers.



Merci mille fois (et plus) à Consoeur C. qui a dégoté cette brève et m'a gentiment autorisée à utiliser son scan pour en parler ici. Et puis si toi aussi, tu as envie d'écrire à Biba pour lui expliquer des trucs, fais-toi plaisir : redac-chef.biba[à]mondadori.fr. Tu peux gagner six mois d'abonnement, en plus, alors n'attends plus !




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ImpÉcr #9
FBI : Duo très spécial


Vous connaissez FBI : Duo très spécial ? Nan ? White Collar, en VO ? Toujours pas ?

Moi non plus, pour ne rien vous cacher, ce qui me permet de vous indiquer que Wikipédia vous renseignera si vraiment vous voulez en savoir plus (mais si ça se trouve, vous connaissez et je suis rien qu'une sérignare).

En tout cas, Faust, consoeur sympa, elle connaît bien FBI : Duo très spécial et elle m'en a envoyé quelques captures d'écran pour mes ImpÉcr, les sous-titres qui parlent de traduction. Voici ce qu'elle disait dans le mail qui accompagnait les images :

Seules les deux premières "parlent" de traduction, les dernières sont celles qui m'ont énervée. Oui, parce que l'agent du FBI confie la traduction de son communiqué de presse à un employé-qui-parle-le-portugais, mais par contre, pour l'installation de décorations d'anniversaire, il dit avoir "besoin de renfort" !! Bon, c'était peut-être censé être de l'humour dans la série... Mais j'ai pas trouvé ça hyper drôle.

Indeed, pas hyper drôle. Voire un peu vexant. Mais merci-merci, Faust !









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Le point sur l'état du verre


Donc voilà, ça fait deux mois.



Même un peu plus, mais j'ai tardé à le pondre, ce billet. Et donc, c'est le moment de faire le point sur le niveau de remplissage du verre de crémant luxembourgeois - vous savez, celui qui est à moitié plein, à moitié vide, tout ça tout ça.


Côté à moitié plein

Je suis résidente luxembourgeoise, c'est officiel. Je veux dire, j'ai mon attestation d'enregistrement auprès de l'administration locale et mon numéro de matricule luxembourgeois, donc c'est complètement, absolument et irrémédiablement officiel, papelards signés à l'appui. J'en ai fini pour l'instant avec les démarches, je me suis même renseignée pour savoir comment déclarer mes droits d'auteur, donc a priori je suis tranquille jusqu'en 2013.


Côté à moitié vide

Dans un an, tu verras que la droite nous expliquera que le retour de la gauche au pouvoir a fait fuir des milliers de contribuables au Luxembourg et dans d'autres zorribles paradis fiscaux, d'ailleurs tenez, les chiffres sont éloquents et merde, moi je serai dedans. Ça me fait mal de penser ça, quand même.


Côté à moitié plein

J'ai fait un bond technologique incroyable, c'est officiel itou. C'est-à-dire que j'ai acheté un aïpode pour égayer mes désormais très nombreux trajets en bus et en train – après tout, l'aïpode n'existe jamais que depuis 2001, et moi j’ai acheté mon premier baladeur CD en 2004, donc tout cela est dans l'ordre des choses – et que par ailleurs, je me suis équipée d’un nouveau téléphone in-cro-yable avec deux cartes SIM – je n’en reviens toujours pas – qui devrait normalement aller sur les Zinternettes si j’arrivais à le configurer pour (mais rien que de savoir que je pourrais désormais avoir cette possibilité me donne l’impression d’être limite au 22e siècle). Cela dit, le fin du fin, technologiquement parlant, c’est que dans ma cuisine équipée, il y a un micro-ondes. Je te laisse quelques instants pour digérer cette nouvelle éblouissante, lecteur épaté de ce blog. Bon, d’accord, lecteur atterré de ce blog. Alors tu te rends bien compte que c’est un peu la fête, là, chez moi (la fête à base de lasagnes Picard, quoi, t’imagines la grosse teuf ?).


Côté à moitié vide

À peu près tout ferme à 18h, ici, 18h30 grand maximum. Sauf les grandes surfaces en-dehors de la ville (pratique pour le côté "commerce de proximité") et un ou deux supermarchés près de la gare (qui ont été il faut le dire déterminants dans le choix du quartier où je voulais m'installer), mais moi je les trouve un peu glauques, je suis snob. Je ne te raconte pas les savants calculs que je fais pour prendre le bus 13 de 17h54 qui normalement doit me déposer devant le supermarché Alima à côté de chez moi avant 18h30 et du coup me permettre d'acheter encore à l'arrache un morceau de poulet et un sauté de légumes pour mon dîner. Ou celui de 18h et quelque qui passe par l'Alima du centre-ville (je fais alors pratiquement un roulé-boulé pour descendre du bus encore en marche et me précipiter dans l'espoir d'atteindre l'entrée du supermarché avant 18h25). Sauf quand par malheur il y a un embouteillage quelque part ou quand je ne peux pas partir du boulot assez tôt, et là, c'est le drame. Ma vie est une tragédie sans fin, je te prie de me croire, lecteur toujours atterré de ce blog. D'une manière générale, d'ailleurs, tout se fait "du lundi au vendredi, de 9h à 18h", à Luxembourg. Et si tu as besoin de faire livrer un truc ? De faire venir un installateur ? De faire une démarche administrative ? Ben tant pis pour toi, tu prends une demi-journée de congé, pardi. Pratique quand on vient de commencer un nouveau boulot. 'Xcusez-moi, je ne viendrai pas au boulot demain, faut qu'on m'installe la télé.


Côté à moitié plein

Cela dit, quand il n'y a pas d'embouteillages, quand les magasins et le reste sont ouverts, je ne suis pas trop loin à pied ni du centre-ville (un carré de six rues sur six, environ), ni de la gare, 10 minutes à pied, ni du boulot, une demi-heure en bus porte à porte, ni du choupi et verdoyant petit quartier du Grund, 10 minutes à pied (mais sans escarpins parce que c'est grave en pente, ouille). C'est toujours ça de pris, hein. Bon évidemment, je ne suis à peu près jamais là le samedi, seul jour de la semaine où je pourrais profiter un peu de l'ouverture des commerces et de toutes ces choses incroyables. Mais ce serait possible, théoriquement. Théoriquement, c'est donc formidable.


Côté à moitié vide

L'unique cinéma accessible est à 20 minutes en bus + un quart d'heure de marche environ. La cinémathèque est à 30 minutes à pied, grosso modo. Le multisalles impersonnel est à l'extérieur de la ville, je n'ai même pas encore très bien repéré où. Ce n'est pas à Luxembourg que je recommencerai à aller voir des films spontanément sur un coup de tête, je vous le dis.


Côté à moitié plein

Il y a plein de cinémas à Paris et à Strasbourg. Evidemment, il faut d'abord aller à Paris et à Strasbourg, mais c'est un détail.


Côté à moitié vide

Mine de rien, j'ai passé très peu de temps à Luxembourg pour l'instant - je veux dire très peu de temps en dehors des jours de boulot. Je me rends compte que dès que j'en ai la possibilité, je saute dans un train pour l'une de mes deux précédentes villes de résidence. Faudrait pas que ça devienne trop trop une habitude, quand même, de ne pas avoir de vie là où je bosse. Et puis je râle, je râle, parce que Luxembourg me déprime (un peu), mais en réalité je n'ai pas vraiment pris le temps de découvrir les ressources de la vile (oh, joli lapsus orthographique repéré après publication, je le laisse !), alors c'est pas bien de dénigrer sans connaître.


Côté à moitié plein

C'est vrai, ce qu'on dit sur le prix des clopes au Luxembourg : elles sont nettement moins chères qu'en France.


Côté à moitié vide

La marque que je fume n'est pas distribuée dans ce pays, c'est ballot. Je dois donc être à peu près la seule Française résidente luxembourgeoise à aller acheter ses clopes en France.


Côté à moitié plein

Donc je travaille à l'Organisation, c'est officiel aussi. J'ai un badge, il y a une cantoche et je dois sortir à la pause de midi pour fumer une clope, c'est vous dire si c'est officiel. Et en fait, oui, ça change. Parce que j’étais depuis 2003 traductrice indépendante toute seule dans mon coin, soit à peu près la plus petite unité possible dans une activité de traduction, et que là, je me retrouve dans un gros service de traduction (« le plus grand au monde », qu’y disent dans leurs brochures). J’ai tout plein de collègues (concept relativement nouveau pour moi), et encore, je découvre surtout pour l’instant ceux du seul service francophone. Des collègues-traducteurs, mais aussi des collègues-assistants, parce que dans ce service il y a aussi des assistants pour contribuer à la bonne organisation du quotidien et du travail, c’est magique. Et puis il y a tous les autres services de l’Institution, bien sûr, avec leurs étages multiples, leurs escalators et leurs alignements de bureaux, de bureaux et encore de bureaux, je m'y perds un peu mais je ne suis pas la seule. Pour l’instant, tous ces gens sont globalement sympathiques, accueillants, bienveillants et patients, donc tout va bien (je te sens rassuré, lecteur inquiet et c’est gentil de ce blog).


Côté à moitié vide

J'ai encore un peu de mal avec ledit concept, c'est-à-dire que j'ai tendance à envoyer des mails aux gens pour leur poser une question au lieu de traverser le couloir pour aller taper à leur porte. Mais ça viendra, ça viendra. Après avoir été une ourse dans sa tanière pendant huit bonnes années, on ne peut pas changer ses habitudes du jour au lendemain.


Côté à moitié plein

J'éteins l'ordi, j'éteins la lumière, j'ouvre la porte de mon bureau, je remonte le couloir, j'emprunte l'escalator, deux étages, je souhaite bonne soirée au gardien et pouf, j'oublie le boulot. Bon d'accord, j'oublie presque le boulot. Ça, c'est bien. Et puis j'ai des soirées et des week-ends, ça faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé.


Côté à moitié vide

J'ai des horaires. Et du coup, ça veut dire que je dois concentrer mon "effort de traduction", appelons ça comme ça, dans ces horaires assez bien délimités, et ça, j'ai pas l'habitude. C’est mâââl, mais quand j’étais freelance, je ne comptais pas trop mes heures. Je veux dire que si je tombais sur un mot intéressant qui m'inspirait un fulgurant billet pour Les piles au sujet duquel j’avais envie de faire des recherches complémentaires pour moi, ça ne posait pas de problème. Et puis il était rare que je me dise : "Allez, je bosse depuis cinq heures, j’ai encore trois heures pour terminer mon boulot du jour et boucler mes X pages."

Je dis "c’est mâââl", parce qu’il est évident que c’est ce qu’on devrait faire en tant qu’indépendant, histoire de se rendre un peu compte du nombre de mots ou de pages qu’on est en mesure de traduire par jour, de repérer quel client nous fait perdre du temps et de rentabiliser au mieux le temps qu’on consacre au boulot. Mais dans les faits, si je savais à peu près qu’il me fallait un certain nombre de jours de travail pour traduire telle ou telle durée de programme audiovisuel ou telle longueur de texte, les jours en eux-mêmes étaient à géométrie variable. Maintenant, la géométrie est beaucoup moins variable, il faut s’y habituer. Ça me fait certainement beaucoup de bien et il y a des jours où c'est bien agréable, mais il y a aussi des jours où j'ai du mal. C'est comme ça.


Côté à moitié plein

À l'Organisation, il y a tout plein d'outils pour faciliter la vie des traducteurs. Des bases de terminologie, des recueils de textes où tu trouves ce que tu cherches en un clic et... des mémoires de traduction. J'apprends à me servir de ces nouveaux outils bien pratiques, c'est intéressant.


Côté à moitié vide

Les mémoires de traduction, donc. Je cherchais comment l'exprimer, et puis une collègue qui a démarré en même temps que moi a mis le doigt sur le truc qui me gênait : avant, si je retraduisais un film qui avait déjà été traduit, ma hantise était qu'il y ait trop de similitudes entre les deux traductions. Je luttais de toutes mes forces contre la tentation d'aller voir comment le confrère avait traduit tel ou tel truc qui m'embêtait. Et si je découvrais après coup qu'il y avait beaucoup de répliques traduites de la même façon ou presque, ça me gênait énormément, même si je n'avais pas copié ladite traduction. Maintenant, je suis priée de reprendre ce qui peut être repris, parce que le but est de maintenir une certaine cohérence entre les textes. Logique, compréhensible, justifié. Mais l'âme de l'acte de traduire y perd un peu.


Et il est comment, le verre, finalement ?

Ben ça dépend des jours, pour ne rien te cacher. Alors quand ça ne va pas et que j'ai un coup de blues en faisant chauffer mes nouilles chinoises, je les mets dans le bol qui rigole, ça me remonte le moral.




Mais le reste du temps, ça va.




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Prière de rectifier


À Strasbourg, sachez qu'on ne dit plus, bêtement, "il y a des travaux dans la rue".

On dit : "il y a des opérations sur l'espace public".



C'est la municipalité qui vous le demande, hein. Et tout de suite, ça rend la poussière, le bruit et les déviations vachement plus supportables. La preuve, ils ont marqué "démocratie locale" sur l'affichette, parce que c'est beau, la démocratie et la guerre, c'est mal.

Nan mais pff, quoi.


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They wouldn't believe me



Il fut un temps, lecteur indigné de ce blog, où ta blogueuse dévouée était mortifiée, disons-le sans ambages.

Oui oui, car il fut un temps où quand je parlais de mon métier à des non-traducteurs de l'audiovisuel, je devais définir ce qu'était le voice-over. Je commençais par m'excuser platement d'utiliser un anglicisme aussi moche (les Québécois parlent de "surimpression vocale", je ne suis pas sûre que ce soit tellement mieux), puis j'expliquais laborieusement que c'était un mode de traduction/adaptation qui consistait à placer une voix française par-dessus la voix d'origine dans les documentaires.

Je précisais bien "dans les documentaires", hein. Mais parfois j'ajoutais "dans les documentaires, en tout cas en France", ce qui pouvait entraîner d'autres questions, pour peu que l'interlocuteur en question m'écoute soit un peu curieux : ah bon ? parce qu'on utilise le voice-over pour autre chose que des documentaires, ailleurs ?

Si vous saviez, ma bonne dame, me disais-je alors in petto.

Et il fut un temps, donc, où j'enchaînais sur un savant développement dans lequel il était question de films doublés en voice-over dans les pays de l'Est, ce qui me permettait d'évoquer cette expérience inoubliable, en 1997 à Saint-Pétersbourg, où j'avais vu en compagnie de ma correspondante russe un film avec Mel Gibson (La Rançon, peut-être ?) en "VOVOR", en somme, c'est à dire en "version originale voice-overisée en russe".

(Etait-ce une VHS piratée ? Une diffusion télévisée ? Je ne sais plus bien. Etrange souvenir pourtant (ça y est, c'est reparti, elle radote, te dis-tu à raison, lecteur qui me connais bien de ce blog) que cette unique voix masculine monocorde qui faisait les voix de tous les personnages du film à une allure folle, déversant son imperturbable torrent de mots de la même façon, que le personnage à doubler soit une femme fatale ou un gros bourrin. J'avais juste envie de couper le son de la voix russe (qui lisait une traduction très fidèle des dialogues, pour autant que je pouvais en juger sur les répliques pas trop argotiques ni trop compliquées), parce qu'on entendait du reste parfaitement les phrases en anglais en dessous du russe, beaucoup mieux que l'on ne perçoit habituellement la VO sous un voice-over de documentaire.)

C'est là qu'en général, mon interlocuteur fronçait les sourcils et prenait un air incrédule, se disant vraisemblablement soit "elle raconte n'importe quoi", soit "merde, chuis perdu, ça a l'air chelou son histoire de Mel Gibson russe", et passait subtilement à un autre sujet de conversation (au moyen d'une question pertinente du style "et sinon, c'est toi qui fais les voix des doublages, alors ?").

Après être passée pour une affabulatrice ou une tordue pendant quelques années, j'ai donc sagement décidé de zapper cette histoire de pays de l'Est quand je parlais de mon métier. Tant pis. Mortifiée j'étais, mais tant pis.

Et puis des recherches hasardeuses m'ont conduite à une version piratée de Témoin à charge en VOVOR la semaine dernière et du coup, repensant à tout ça, j'ai eu envie de creuser la question (ma vie passionnante, tout ça tout ça). Eh bien au final, figure-toi que je m'interroge, lecteur prêt à tomber d'ennui de ce blog.

Parce qu'à côté de ces VOVOR surprenantes, certains films font aussi l'objet d'un vrai doublage, comme par chez nous. Alors qu'est-ce qui préside à ce choix ? Qu'est-ce qui fait qu'un film comme Heat (Michael Mann, 1995) est traité en VOVOR, alors que Les affranchis (Martin Scorsese, 1990) est adapté en doublage ?







Ou pourquoi multiplier les versions pour Certains l'aiment chaud, une doublée, une VOVORisée ?







Et que dire de Friends, diffusé en VOVOR, mais avec une voix de femme pour VOVORiser les actrices (un truc de dingue) ?





Que dire encore de ... je vous laisse regarder. Là, le "vrai doublage" s'imposait, c'est clair.





Donc je m'interroge, lecteur pas fâché d'arriver bientôt à la fin de ce billet de ce blog, je m'interroge. Et je te lance un appel, tiens, du coup : si tu as des infos sur le sujet, un article bien fichu à m'indiquer (faire des recherches efficaces sur le web russophone est au-dessus de mes compétences et de mon clavier non cyrillique), je suis intéressée.


Et bon début de semaine, hein, pendant qu'on y est.


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