Jolie salade


Oui, jolie "salade du traducteur", que celle concoctée par Claro pour le rapport d'activité du MOTif, l'observatoire du livre et de l'écrit en Île-de-France (qui finance entre autres des formations destinées aux traducteurs-auteurs).



L'intégralité de ce rapport publié il y a un petit mois et qu'on a - il faut l'avouer - plus envie de lire que la moyenne des publications de ce genre se trouve ici sous le titre La cuisine du MOTif.

Pour le blog de Claro, c'est par là.

Et pour découvrir ce qui se cache derrière l'innocente (en apparence) "salade Hemingway" mentionnée dans le texte, on peut aller lire cette série d'articles sur ce Hemingate qui a fait grand bruit en début d'année (article 1, article 2, article 3, article 4, article 5).


Edit du 1er octobre : Tiz, qui pinaille à juste titre, m'indique la chose suivante : " c'est le Conseil régional d'Ile-de-France qui finance les formations, ou plutôt qui les finançait jusqu'à l'instauration de notre cotiz obligatoire depuis le 1/7. Le rôle du MotIF est d'en coordonner l'organisation en Ile-de-France." Merci Tiz !


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(Premier blabla)

Il se trouve qu’il y a quelques semaines, par un hasard malheureux, mon pauvre et délicat sens esthétitre s'est trouvé malmené à plusieurs reprises en quelques jours. Quelques jours, quelques séances de ciné, autant d'expériences esthétiquement désastreuses du point de vue du sous-titrage qui ont bien failli me faire perdre tout espoir en l'humanité (non, non, je n'exagère jamais, sur ce blog).

À Paris, l'Action Christine proposait cette semaine-là quatre films noirs qualifiés de "pépites", rien que ça, parmi lesquels trois m'étaient effectivement inconnus. C'était bien sûr un week-end et je me suis donc débrouillée pour aller en voir deux dans le lot, histoire de compléter ma connaissance d'un genre que j'affectionne tout particulièrement. Sur le site du cinéma (et à l'entrée dans la vraie vie, aussi), on pouvait lire cette information au sujet des copies projetées :




Si vous vous demandiez justement à quoi ressemble un film projeté en béta numérique, eh ben sachez que c'est très moche, on a l'impression de regarder un DVD sur grand écran. « De qualité satisfaisante » me semble un doux euphémisme, car l'image n'était vraiment pas bien belle. Mais elle n’était pas piquée et craquelée par l'effet du temps qui passe comme une vieille copie d'époque (laideur toute relative qui a généralement toute ma sympathie), non, elle était plutôt un peu dégueulasse et pas bien nette. Quant aux sous-titres, ils avaient la même tête que des sous-titres de DVD : composés en Arial Narrow ou quelque chose d’approchant, avec un gros crénelage noir sur le contour des lettres qui donnait un effet « d'escalier » pas joli. Lisibles, de la bonne taille, mais vraiment pas bien beaux. Par moment, sacrilège suprême, ils s'étalaient sur trois lignes au lieu de deux, comme s'ils n'avaient pas été conçus pour les bonnes normes de diffusion.

(Cerise sur le gâteau, ils étaient signés "© [Nom d'un éditeur DVD]", sans le nom de l'adaptateur, bravo les gars.)

Évidemment, il n'y a en réalité pas grand-chose à redire : le spectateur était prévenu à l'entrée, et je veux bien croire que l'état des copies d'origine ne permettait pas une projection dans de bonnes conditions.

Mais n'empêche, j'ai boudé. Et mon sens esthétitre s'est senti offensé.


Le même week-end, je me suis laissée entraîner à une projection du Voyageur de l'espace (1960) dans le cadre de la rétrospective Edgar G. Ulmer à la Cinémathèque. Un film de science-fiction inénarrable (quoique sympathique) devant lequel, pour le coup, tout sens esthétique, même embryonnaire, est susceptible d'être sérieusement froissé à la seule vue des costumes et des décors.



Mais passons, car surtout : la copie (piquée, craquelée, mais pas exagérément, tout bien comme il faut) n'étant pas sous-titrée, dans ces cas-là, la Cinémathèque, quand elle daigne proposer des sous-titres, les diffuse sur un petit écran distinct, en dessous du grand. Tout à fait comme les écrans de surtitrage à l'opéra, mais en bas, quoi. Je connaissais le principe, l'avais vu à l’œuvre dans des projections de festivals, mais à la Cinémathèque, c'était pour moi une première. Passons sur le fait que les 5 à 10 premières minutes du film ont été projetées à peu près sans sous-titres sans doute parce que l'opérateur roupillait. Le bon côté, c'est que les fâcheux qui déplorent que le sous-titrage mange une partie de l'écran peuvent se réjouir, puisque ce désagrément disparaît dans cette formule « hors écran ». Mais c'est très déroutant, ces sous-titres détachés de l'écran, en fait. Si on veut vraiment les lire, on passe son temps à faire des allers-retours entre l'image et le texte. Objectivement, les sous-titres ne sont pas beaucoup plus bas que s'ils étaient incrustés normalement dans la pellicule, mais leur lecture oblige à sortir complètement du film, ce qui est très désagréable et gâche passablement le plaisir. La synchronisation (manuelle, c'est-à-dire qu'il faut qu'un opérateur les envoie un par un) n'est en outre pas idéale : lorsque les dialogues se suivent bien, les sous-titres s'enchaînent à peu près normalement, mais dès que les répliques sont un peu plus espacées, ça se gâte. On oublie bien sûr aussi toute idée d’une police esthétique pour ce type de sous-titres.

Donc, j'ai reboudé.


Regagnant ma terre d’exil en rentrant de ce week-end décidément cinéphile, j'ai décidé de faire une folie : tester la Cinémathèque de Luxembourg. Et ça tombait bien, parce qu'ils passaient un petit film obscur et méconnu : Le Crime était presque parfait (Hitchcock, 1954). Comme je ne l’avais vu après tout qu'une dizaine de fois, je me suis dit qu’il y avait des classiques qu'on ne se lassait pas de revoir et que j’aimais suffisamment Hitchcock pour aller passer à nouveau deux petites heures devant ce film. Et puis secrètement, j'espérais avoir la totale, ce soir-là, après mes déceptions du week-end : la péloche piquée, craquelée, tout ça tout ça, et les sous-titres incrustés dedans à l’ancienne comme il se doit.

La copie était vieille à souhait, ça oui (variations de couleurs aux changements de bobine compris), et elle crépitait gentiment sur l'écran. Cependant, nouvelle technique, le sous-titrage était virtuel et projeté sur l'écran, indépendamment du film. Même problème en pire qu'à la cinémathèque de Paris au niveau de la synchronisation : inexistante. Même problème en pire qu'à L'Action Christine niveau esthétique : inexistante. Des sous-titres jaunes minuscules et très difficiles à déchiffrer (j’étais pourtant assise dans les premiers rangs), dont les sautes perpétuelles étaient exaspérantes.

Bref, j'ai pris un carnet de 10 entrées à la Cinémathèque parce que je suis pleine de bonne volonté, mais... j'ai boudé.



Objectivement, c'est bien sûr formidable que toutes ces techniques permettent de s'éviter la gravure des sous-titres dans une pellicule argentique (procédé coûteux), mais mon côté réac-fétichiste ne s'en remet pas. Alors ça y est, c'est fini ? Même en allant voir des vieux films, on ne peut plus compter sur un joli sous-titrage incrusté comme il faut, qui se fond autant que possible dans l'image et ne heurte pas l'œil ? Même dans les cinémathèques, même à l'Action Christine ?



Comme à peu près toutes les questions que se pose votre blogueuse dévouée à clavier haut sur ce blog, celle-ci est relativement rhétorique, et la réponse est non, ce n’est fort heureusement pas fini. Deux projections numériques de vieux films restaurés m'ont depuis vaguement redonné espoir : d'abord Le Criminel (Orson Welles, 1946) revu au Mac Mahon. La copie (numérique, donc) était agréable à regarder car restaurée et irréprochable d’un point de vue esthétitre (vous noterez que j'ai très raisonnablement fait mon deuil de la copie crépitante et des changements de bobine qui font sauter l'image, hein, je ne fais pas d'acharnement thérapeutique). Même topo pour la ressortie quelques semaines plus tard du Grand chantage (Alexander Mackendrick, 1957), vu lors tout à fait dans les mêmes conditions au Champo. Dans le cas du Criminel, il a fallu une interruption de la projection dix minutes avant la fin du film en raison de ce que l’exploitant a présenté comme "un problème de lanterne numérique" pour que le public se rende compte qu'il s'agissait d’une projection numérique. Ce qui montre bien qu’il est tout à fait possible de projeter en numérique avec de jolis sous-titres à l’ancienne et d'embobiner son petit monde sans qu'il se sente floué. Il faudrait juste y penser, en somme.

(Mais tout le monde s’en fout, vraisemblablement, hein, oui, JE SAIS. Zinquiétez pas, j’en suis déjà à la moitié de cette mini-série.)



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Très chère Pascale Clark



Ne vous sentez pas visée, hein, je vous aime bien, d'ailleurs je vous écoute tous les jours de la semaine (sauf le vendredi) (puisque ce n'est pas vous, le vendredi). Et puis vous savez, parfois j'écris même à Biba, alors c'est vous dire si ma correspondance est éclectique. Mais voilà, quand même, je voulais vous parler d'un truc.

C'était cette semaine dans votre émission "Comme on nous parle", le jour des Chroculs (les chroniqueurs culturels, pour les non initiés). Vous vous êtes extasiée, de concert avec vos Chroculs, sur Tigre, tigre !, de Margaux Fragoso, un bouquin qui a l'air drôlement chouette et que vous m'avez même donné envie de lire.

Ça faisait plaisir à voir, tant d'enthousiasme, tant d'unanimité. Et même, vous avez... wait for it... oui, c'est ça... j'ai peine à y croire en l'écrivant... vous avez appelé par téléphone la traductrice du bouquin.

Ouais m'dame.

Et même, même, MÊME... attendez, je reprends mon souffle... vous lui avez posé des questions sur la traduction de Tigre, tigre !. Nan-nan-nan, ne le niez pas, je vous ai entendue. Vous lui avez demandé si l'oeuvre avait été difficile à traduire et vous l'avez écoutée sans lui couper la parole vous raconter qu'effectivement, il y avait un personnage dans ce roman qui avait une façon très spéciale de s'exprimer et que ça l'avait particulièrement intéressée de trouver comment restituer ce parler en français. Ce fut bref, mais intense.

Mais évidemment, évidemment, évidemment, il y a un "mais". La traductrice, ce n'était pas n'importe qui. C'était Marie Darrieussecq, ah ben oui, on comprend mieux cet intérêt soudain pour la gent traductrice. Un bouquin traduit par Marie Darrieussecq, ce n'est pas tout à fait comme un nouveau roman de Marie Darrieussecq, mais dans le tourbillon de la rentrée littéraire, tant pis, on prend. Et on l'appelle, surtout, parce qu'elle a forcément des trucs intéressants à raconter, Marie Darrieussecq, puisqu'elle est Marie Darrieussecq et que sa MarieDarrieussecquitude ("ihr MarieDarrieussecq-Sein", aurais-je envie d'écrire dans une pulsion germanisante inédite et sans aucun rapport avec la choucroute) est un gage en soi et permet de faire une jolie pub à l'oeuvre ('ttention, je n'ai rien contre Marie Darrieussecq, hein, au demeurant) (et je ne doute ni de la qualité du bouquin, ni de celle de la traduction) (mais juste voilà, quoi, c'est elle que vous avez appelée, alors ça tombe sur elle) (et sur vous).

Remise de cette minute de petit-lait à l'arrière-goût un brin amer, j'aimerais vous proposer un truc, à vous et à vos Chroculs, pour votre émission hebdomadaire de critique culturelle : pourquoi ne pas en faire une habitude, d'appeler la traductrice ou le traducteur d'un roman étranger qui vous a séduits, emportés, emballés ? Pourquoi ne pas donner la parole à celui ou celle qui a vécu pendant des semaines, des mois, au plus près du texte, dans une intimité d'écriture extrême avec l'auteur, et sans qui vous n'auriez sans doute pas pu lire l'oeuvre ou à tout le moins pas la comprendre dans toutes ses subtilités ? Pourquoi ne pas écouter ce qu'a à dire cet artisan de l'écriture qui est à sa façon un spécialiste de l'ouvrage qu'il a traduit, qui a sans doute des choses à en dire, des choses précises et argumentées, et dont on peut être sûr qu'il l'a lu, lui, ledit ouvrage (ce qui n'est pas du luxe) ? Et surtout, pourquoi ne pas faire ça aussi quand ce n'est pas Marie Darrieussecq qui signe la traduction, mais quelqu'un dont c'est le métier habituel, qui traduit les mots des autres certes avec passion, mais aussi (très-très) accessoirement pour gagner sa vie (oui, pardon, c'est vulgaire de parler de fric) ? Oh, juste quelques minutes, hein, pas grand-chose, pas plus que Marie Darrieussecq, pas de traitement de faveur. Juste histoire de rappeler que les traductions que vous lisez ne poussent pas sur les arbres et que les bouquins étrangers que vous présentez avec enthousiasme ne sont pas seulement le fait d'auteurs extraordinaires, mais aussi de traducteurs talentueux.


Rien ne s'y oppose, si on y réfléchit bien. Alors chiche ?



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(Premier épisode et rappel du principe.)


Trois brèves combo cinéma + sous-titrage, pour le 30e billet de cette série. Un grand, grand merci à Tiz pour ce premier extrait murakamo-godardien à l'emporte-pièce*. Et j'en profite pour avouer sans vergogne que je n'ai lu aucun des trois ouvrages dont sont extraites ces citations, zêtes prévenus.


Sans dire un mot, la petite frappe contemplait le bout de sa cigarette en train de se consumer. Dans un film de Godard, un sous-titre apparaîtrait juste à ce moment : "Il regarde sa cigarette se consumer." Mais heureusement ou malheureusement, aujourd'hui les films de Godard étaient complètement en retard sur l'époque.


Haruki Murakami, La fin des temps
Traduit du japonais par Corinne Atlan
Éditions du Seuil, 1985




Sinon, il pouvait arriver que des mecs adhèrent en masse à un ciné-club juste parce que Pia avait raconté à quelqu’un qu’elle craquait pour les intellos créatifs. Ils s’ennuyaient à mort devant d’étranges films allemands en noir et blanc et sans sous-titres. Mais quand ils voulaient ensuite parler de ces films pour montrer leur côté intellectuel, elle levait bêtement les yeux au ciel et disait que la seule chose qu’elle regardait c’était des dessins animés de Disney.


Katarina Mazetti, Entre Dieu et moi, c’est fini
Traduit du suédois par Max Stadler et Lucile Clauss
Gaïa Éditions, 2007




Vous avez déjà vu des vieux films suédois en noir et blanc ? Vous savez, ces films où l'on voit des corbillards traverser l'écran au ralenti une fois toutes les demi-heures. C'est comme les enterrements d'ailleurs, on se sent peu de chose sur terre en sortant de la salle. Les acteurs ont sans arrêt des sous-titres qui leur sortent de la bouche comme de la buée les jours de froid. Comme les sous-titres sont blancs sur fond blanc, il faut lire le programme ensuite pour comprendre ce qui s'est dit... Hé bien, mes rêves d'alors ressemblaient tout à fait à ça, sauf qu'il n'y avait pas de critiques pour me les expliquer quand je me réveillais. J'aurais sans doute dû aller voir un psy avant qu'il ne soit trop tard. Les psys, c'est les critiques de cinéma du rêve.


Philippe Pastorino, La Fabrique des fous
L’Âge d’homme, 2001




* : Allez, S., te vexe pas !


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Édition spéciale


Il m'a dit : "Ça te dirait de parler de ton blog sur trois pages ?"

J'ai dit : "Tu m'étonnes, Elton, c'est mon passe-temps préféré. Chuis hyper-entraînée, en plus, j'en parle tous les soirs à mon tapis de bain."

Il m'a dit : "Alors voilà, je te pose des questions, tu y réponds, on fait 54 versions successives de l'interviou en suivi de corrections parce que quand même, on est des traducteurs, et zou, je publie."

J'ai dit : "Grave."

Le résultat est là, chez Elton Pierre de La poutre dans l’œil, et je suis avouer que je suis zémue (attendez-vous à des révélations fracassantes, je ne vous dis que ça).

Ma larmichette écrasée, j'en profite pour vous rappeler ou vous apprendre, le cas échéant, que le même Pierre a lancé il y a quelque temps un chouette défi plein de positive attitude (et on sait combien votre blogueuse dévouée aime la positive attitude) pour amateurs de bonnes traductions littéraires :

But du jeu : faire connaître les bons traducteurs et partager ses sources.

Principe : publie un ou plusieurs billets sur ton blog (ou « blogue », comme tu préfères) dans lequel tu présentes un(des) traducteur/trice/teurs ou une/des traduction(s) de ton choix, en donnant les critères (positifs uniquement) de ce choix.

Gagnant : personne. Il n’y a rien à gagner. En revanche, ce défi fera de la pub à tes traductrices/teurs préféré(e)(s) et cela montrera que tu sais apprécier le travail des autres


Tous les détails sont par là. Alors pour une fois qu'on vous propose de mettre en avant les qualités du travail d'un bon confrère au lieu de vous gausser des horreurs pondues par un fumiste, je serais vous, je sauterais sur l'occasion : participez et faites-le savoir.

Merci, Pierre !


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Esthétitre, ép. 1
Enfonçons quelques portes ouvertes




On a beau dire, il y a une esthétique du sous-titrage.

(J'aime bien commencer mes billets par une phrase qui laisse à penser que j'aborde un sujet de société hyper-polémique autour duquel les débats font rage depuis des mois de L'Express à Gala. Disons-le tout de suite : ce n'est pas le cas. Enfin, je ne crois pas.)

Une esthétique du sous-titrage, donc, et je vous préviens avec ménagement qu'il va falloir vous farcir a priori quatre billets sur la question, si si (mais chuis sympa d'annoncer la couleur, non ?).

Pour commencer par rappeler quelques principes de base, à quoi tient cette esthétique, si tant est qu'elle existe bien ? D'abord sans doute à la disposition du bouzin, bien sûr. En la matière, j'ai l'impression qu'on pourrait transposer sans problème au sous-titrage ces lignes de Souvenirs de la maison des mots, un ouvrage que j'ai évoqué récemment :


Je me souviens d'avoir eu un jour une sorte d'éblouissement à la vue d'une page où tout me semblait parfaitement en place (...).


(Suit une description de ladite page et de chacune de ses composantes, ainsi que des règles qui régissent leur composition, corps et justification compris. Puis l'auteur conclut :)


Quand ces règles sont respectées, on sent à la vue d'un tel ordre un grand calme vous envahir, une grande satisfaction s'emparer de vous, et même parfois une certaine extase vous gagner, fût-ce brièvement. Évidemment ces règles sont parfaitement ridicules, seuls quelques spécialistes sont à même de remarquer qu'elles n'ont pas été bafouées dans un texte et d'apprécier leur parfait respect. C'est la vertu de la contrainte, quoi qu'on en pense, de donner parfois naissance à certains plaisirs, qui plus est rares.


Précisons que le chapitre dont est extrait ce passage compare le correcteur à un général en chef passant ses troupes en revue, l’analogie est donc filée tout du long. En jetant un coup d’œil à mon plancher jonché de paperasses et de bouquins, je confirme qu’on ne peut vraiment pas me soupçonner d’être une adoratrice inconditionnelle de l’ordre. Mais oui, il y a tout de même quelque chose de l’ordre de la plénitude qui saisit le sous-titreur lorsqu’il a trouvé la solution de traduction qui colle parfaitement au format visuel du sous-titre : lignes équilibrées le cas échéant, unités de sens correctement réunies, phrase coupée au bon endroit, pas de succession de « petits mots » peu lisibles, pas de point au milieu d'un sous-titre, pas de dialogue mal fichu faisant se répondre artificiellement deux répliques… Bref, l’instant est émouvant, la forme et le fond se rejoignent dans une harmonie sans doute pas parfaite, puisqu'on sait que ça n'existe pas, mais satisfaisante de par son existence même. Cette forme visuellement très codée nous ramène au plaisir qu'il peut y avoir à traduire sous contrainte, dans une sorte de démarche OuLiPienne appliquée à la traduction.

Mais il n’y a sans doute pas que ça, pas que la disposition, l’agencement des mots dans le sous-titre. Il y a aussi la police – nan, on n’est plus dans la métaphore militaire, je parle de fonte, d’assortiment de caractères d’un type particulier – la couleur, le contour des lettres, leur intégration dans l’image et toute cette sorte de choses. Et sur ce point, le traducteur-adaptateur n'a pas un grand rôle à jouer, il n'a même pas de rôle à jouer du tout, à la vérité. Chaque diffuseur (chaîne de télévision, éditeur DVD, distributeur, etc.) fait ses choix en la matière, selon ses propres souhaits et selon ce que lui propose son prestataire technique.

Votre blogueuse dévouée se souvient d'un client tatillon - un certain D. - lorsqu'elle était salariée dans un labo de sous-titrage : D. voulait que la police du sous-titrage de "son" opérette soit comme ci, mais pas comme ça, légèrement moins claire mais pas trop sombre quand même, moins ronde, plus ceci, moins ça. Il était tard, tout le monde levait les yeux au ciel à chaque fois qu'il émettait une nouvelle exigence, le logiciel de sous-titrage par lequel se faisait l'incrustation des sous-titres ne comportait pas trente-six variantes de polices et ne permettait pas d'en installer de nouvelles, il fallait faire un choix dans ce qui existait, on n'allait pas rester là toute la nuit, mon p'tit monsieur. Pourtant, D. n'en démordait pas, il voulait sa police comme ci mais pas comme ça, il y tenait, il la voyait comme s'il y était. Et quelque part, je le comprenais, D., avec ses états d'âme. Il ne demandait rien d'extraordinaire, au demeurant, juste une personnalisation minime par rapport à la configuration de base, mais l'affaire s'est terminée sur un Arial blanc décevant au possible du point de vue de D., parce que décidément, la technique n'avait pas été prévue pour tenir compte des états d'âme esthétiques des clients.

Côté couleurs, on pourrait croire a priori qu'il est difficile de plaider éperdument pour le blanc, qui pose manifestement problème quand on sous-titre une importante scène dialoguée entre deux ours blancs essayant des robes de mariage sur la banquise (et aussi, accessoirement, une harangue prononcée sur un toit blanc dans Alexandre Nevski (cliquez pour voir le passage ou contentez-vous de la capture d'écran à gauche si ça ne vous tente point)). Mais à l'exception de la légère variante du jaune clair, difficile aussi d'envisager des couleurs extravagantes : du rose ou du kaki risqueraient de jurer sur la robe de Cyd Charisse et, d'une manière plus générale, de trop distraire le spectateur. Le blanc, c'est sans doute la moins mauvaise des solutions, la plus neutre et la plus passe-partout. Je mets de côté le cas des sous-titres destinés aux sourds et malentendants, qui suivent un code couleurs permettant aux intéressés de suivre le mieux possible l'intrigue (une couleur pour les personnages hors champ, une autre pour les chansons, etc.), car de toute façon le sous-titrage télétexte SM est "la mort esthétique du sous-titre" (dixit V., collègue clairvoyante) avec son fond noir tout moche, et est donc hors compétition ici.

La police, en sous-titrage, se doit d’être nette et lisible, de se découper harmonieusement sur l’écran, d’être juste de la bonne taille (pas trop petite pour que le spectateur ne passe pas son temps à plisser les yeux, pas trop volumineuse pour ne pas manger l’image) et d’une manière générale, de ne pas jurer dans le paysage, mais au contraire de se fondre le plus naturellement possible dans l’image. Il fut un temps où l’on incrustait les sous-titres par un procédé chimique dans la pellicule, peut-être est-ce cela qui accentuait leurs contours assez ronds et plaisants à regarder (ce n'est qu'une hypothèse) auxquels notre œil s'est habitué. On évitera bien sûr autant que faire se peut ces effets visuellement désastreux que l'on croise sur certains DVD : épais trait noir très vilain en guise de contour des lettres, effet "crénelé" comme si on avait oublié de lisser leur tracé, etc.

On évitera, hein, j'ai dit. Compris ? Car toutes ces petites choses apparemment insignifiantes qui heurtent l’œil (OK, mon œil en tout cas) vont à l'encontre de l'intégration harmonieuse du sous-titrage dans l’œuvre ainsi traduite. C'est un poncif de dire qu'un bon sous-titrage est un sous-titrage qui ne se remarque pas. Et pour cela, pour qu'un sous-titrage ne se remarque pas, il faut qu'il soit esthétique à tout point de vue et donc qu'il ne détonne en aucune façon. Il est donc toujours préférable que cette discrétion maximale des sous-titres que l'on requiert du traducteur trouve au moins un début de soutien dans l'affichage de ceux-ci. Le fait que certains diffuseurs ne prennent pas garde, par exemple, à la synchronisation des sous-titres avec les images sous-titrées (un grand classique des diffusions télévisées en VM, version multilingue) est assez insultant : le repérage précis des sous-titres fait lui aussi partie de l'harmonie générale que s'efforce de créer leur auteur (qu'il s'occupe ou non lui-même de cette tâche technique, qui prend du temps, du reste) et dès lors que leur défilement est décalé par rapport aux dialogues originaux, on se demande un peu à quoi cela sert de se donner du mal...

Ces évidences étant rappelées, suite au prochain numéro.


La VM sur CanalSat par Free : pas encore la mort esthétique du sous-titrage, mais pas loin.
Tout tiret ou trait d'union sera supprimé, qu'on se le dise.
Pis désolé, là on avait oublié de prévoir le ù dans les caractères autorisés.
Tant pis, hein, c'est pas si grave ?
D'autres fois, on fait sauter toutes les apostrophes pour le fun,
mais après tout, ça sert à rien, les apostrophes. Si ?


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Tech-sinologie



En explorant un peu les copieuses archives encore disponibles sur iTunes de l'excellente émission Place de la toile (de Xavier de la Porte, sur France Culture), je suis retombée sur un numéro de 2010 qui présentait une sélection d'intervenants de la conférence Lift 2010 consacrée aux nouvelles technologies. Dans le lot, il y avait une chouette interview de Basile Zimmermann, sinologue suisse qui étudie notamment les interactions entre nouvelles technologies et culture chinoise. Voici quelques morceaux choisis de l'interview que j'ai trouvés vraiment intéressants au point de les retranscrire pour les poster ici, car que ne ferais-je pas pour toi, lecteur de mon coeur ?


XDLP : Commençons par les objets. Vous avez parlé tout à l’heure dans votre présentation du clavier. Est-ce que vous pouvez détailler un peu ? Le clavier, c’est un objet culturel par excellence. En quoi est-il culturel et comment les Chinois utilisent-ils ce clavier ?


BZ : Ce clavier, il est très frappant. Il a été conçu aux États-Unis (...) et il est basé sur l’alphabet latin, ça veut dire les lettres de l’alphabet, mais ça veut aussi dire un nombre limité de lettres, un nombre fixe. Les Chinois ont deux problèmes avec ça. Le premier, c’est que leur langue n’utilise pas l’alphabet latin, le deuxième c’est que leur langue est basée sur l’idée d’un nombre flexible de signes, ils peuvent faire potentiellement des caractères à l’infini, et il y en a plusieurs milliers. Donc comment font les Chinois pour utiliser ce clavier ? Ils utilisent simplement la transcription phonétique. Ils tapent la prononciation d’un caractère, et puis ensuite ils choisissent dans la sélection de caractères proposée celui qui leur convient, celui qu’ils cherchent. Ça marche très bien, ça va très vite.
(...)
Il faut toujours avoir à l’esprit que si vous êtes dans un objet qui n’a pas été fait pour votre culture, il y a forcément des conséquences observables, mais il faut vraiment les chercher. Là on voit que les gens ont de la peine à écrire à la main, parce que le contenu du logiciel n’implique pas une connaissance active des caractères, des traits qui composent les caractères. Une personne chinoise qui utilise ce système pour écrire tout le temps, au bout d’un moment, ne sait plus trop comment écrire à la main. Un peu comme quelqu’un qui utiliserait toujours un correcteur d’orthographe en français et qui tout d’un coup se retrouverait un peu mal à l’aise à la main. J’ai entendu des ingénieurs se plaindre du fait que la langue chinoise n’est pas pratique, qu’elle pose des problèmes de par sa nature… Ils ne se posent pas la question de savoir si c’est vraiment la langue chinoise qui n’est pas pratique – parce qu’ils l’utilisent depuis 3 000 ans, donc je pense que si elle n’était pas pratique, on l'aurait remarqué ! Alors qu'en fait, c'est l'ordinateur qui pose problème. On incrimine plus facilement la culture chinoise que la technologie, le contenu de la technologie.


XDLP : Ce qui pose quand même une question, que vous avez posée à la fin de votre présentation, et qui est absolument passionnante : le fait que la technologie est culturelle et que l’ordinateur tel qu’il existe aujourd’hui a été créé en Occident, dans le monde anglo-saxon en particulier. Selon vous, et c’est tout à fait compréhensible, il a en lui-même, dans son fonctionnement, quelque chose de profondément occidental.


BZ : Oui, c’était un peu ma conclusion, qui n’est pas nouvelle : il y a déjà quelqu’un qui s’appelle Georges Simondon qui l’a dit en 1958. La technologie, c’est de la culture, en fait. C’est un contenu avec du langage, avec des habitudes, qui souvent nous devient invisible. Et donc l’idée de culture, il faut l’intégrer, ça demande un effort. Je crois qu’il faut simplement se débarrasser de l’idée que quelque chose peut être neutre. Ce n’est pas possible. Il y a forcément des choix qui ont été faits qui conduisent à cet objet.


(Par la suite, l'interview aborde aussi une question que je ne m'étais (personnellement) jamais posée, mais vous peut-être : il paraît qu'on est incapable de concevoir un ordinateur qui joue (même médiocrement) au jeu de go, alors qu'il existe depuis des lustres des machines qui jouent (très bien) aux échecs. Haha !)

Si ce court extrait (un peu superficiel et raccourci, forcément, mais qui a éveillé ma curiosité) vous donne envie de creuser la question, voici quelques liens sur ce sinologue branché nouvelles technologies :

- "Quand la Chine concevra les technologies", compte rendu de l'intervention de Basile Zimmermann à la conférence Lift 2010 sur InternetActu. On peut aussi jeter un œil à la vidéo de l'intervention (26 minutes) par ici (racontez-moi si vous allez la regarder, ces jours-ci mon débit Internet est trop bas pour que j'aie la patience de la visionner sous cette forme hachée ; j'ai juste eu le temps de voir que l'intervenant avait l'air tout jeune et intimidé, et qu'il parlait d'encodage).

- Sur le même thème, la présentation d'une autre conférence intitulée "When the Chinese Teach Us What Technology is Really About".

- "Technology is Culture: Two Paradigms", très intéressant.

- "Redesigning Culture: Chinese Characters in Alphabet-Encoded Networks".

- Quant à la référence à Georges Simondon, il s'agit sans doute plutôt de Gilbert Simondon et de son Mode d'existence des objets techniques dont on peut lire un commentaire ici ou encore là (en tout état de cause, il y a l'air d'avoir un petit flottement entre Gilbert et Georges dans pas mal d'articles sur la Toile).


Bonne(s) lecture(s) !



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Elle alluma sa clope ultra-légère et sentit le poison tristounet picoter l'arrière de son palais, puis déglutit machinalement et recracha une fumée claire.

Pour la cinquante troisième fois depuis le début de la semaine, elle se dit qu'elle n'avait plus vingt ans et qu'il serait temps d'arrêter cette saloperie qui ne lui procurait plus grand plaisir depuis longtemps et qui grignotait méthodiquement le peu de souffle qui lui restait. Pleine de bonne volonté (quoique légèrement sceptique quant à l'efficacité réelle des campagnes de santé publique auprès des fumeurs de longue date), elle se souvint avoir vu à plusieurs reprises dans les couloirs de l'Organisation une affiche qui vantait les bienfaits de l'arrêt du tabac. Elle avait du reste bien en tête le visuel jaune sur fond noir et le slogan en anglais.



Rien que ça. "Become unstoppable", suggérait un autre prospectus qu'elle avait également croisé sur un présentoir et qui faisait de la retape pour le programme maison d'arrêt du tabac.

L'espace d'un instant, elle essaya de réactiver les petits trucs qu'elle avait appris avec l'auto-hypnose quelques années auparavant et qui lui avaient plutôt réussi à l'époque dans un tout autre domaine : fermer les yeux, essayer de s'imaginer sans cigarette à la main, visualiser les gestes qu'elle ferait à la place, ressentir mentalement les goûts qu'elle ne manquerait pas de redécouvrir, et... et... et puis elle sentit peu à peu que sa concentration faiblissait tandis qu'une question désolante lui envahissait l'esprit.

"Mais au fait, elle a été traduite, cette campagne ?"

Elle maudit in petto cette stupide déformation professionnelle qui détournait son attention et remonta à son bureau en passant par le présentoir réservé à la communication interne pour en avoir le cœur net.

There it was, il lui semblait bien avoir vu un logo équivalent en français :



Voilà qui était fort bien tourné, songea-t-elle, plutôt naturel et parlant. Puis son attention fut attirée par la version française de la plaquette intitulée "Become unstoppable" et elle blêmit.



Ils n'avaient pas pu faire ça. Pas pu écrire, encore moins imprimer ça. "Inarrêtable", ce n'était pas un mot, ça n'existait pas, c'était impossible.

Mais si, visiblement.

Remise de ses émotions, elle décida que tout compte fait, non, ce programme n'était pas pour elle.

Et elle redescendit aussi sec s'en griller une.




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Un lecteur sympa et anonyme a récemment rappelé Mars Attacks! (Tim Burton, 1996) à mon bon souvenir en m'envoyant cette capture d'écran :



Trou noir, impossible de me souvenir d'une histoire de machine, pardon, d'ordinateur de traduction dans ce film, impossible à vrai dire de me souvenir de grand-chose dans ce film que j'avais dû voir il y a une quinzaine d'années. Comme je n'avais que ça à faire (euh, ce n'est pas loin de la vérité, pour une fois), j'ai donc revu Mars Attacks! dans l'esprit de dévouement extrême qui me caractérise.

Donc résumons : les Martiens débarquent sur notre planète, et par un hasard extraordinaire, c'est aux États-Unis qu'ils atterrissent. Bien sûr, ils ne parlent pas la même langue que la planète Terre (laquelle parle anglais, comme tout le monde le sait).

À l'approche des premiers vaisseaux martiens, donc, un scientifique présente à quelques hauts dignitaires américains cet "ordinateur de traduction" qu'il a mis au point. Un essai est tenté sur les premières phrases martiennes captées par les Américains, et le moins qu'on en puisse dire est qu'il n'est pas concluant :




Eh oui, l'"ordinateur de traduction" produit un gloubi-boulga digne de Googsystranfish qui laisse perplexe l'honorable assemblée réunie.

Et c'est là que, je ne veux pas avoir l'air de dire mais quand même, on se dit que l'honorable assemblée pourrait se méfier un peu et ne pas se fier trop-trop-trop à ce traducteur automatique miraculeux, voire devrait songer à mettre son concepteur à la retraite.

Pourtant non, à l'arrivée du vaisseau des Martiens, le scientifique est toujours là et bricole sa machine avec une assurance qui fait plaisir à voir.




Quelques instants plus tard, le vaisseau martien atterrit, les petits hommes verts prononcent quelques phrases, le scientifique bidouille un peu, et l'"ordinateur de traduction" diffuse un message rassurant...




... démenti assez rapidement par la tournure que prend la scène : un carnage.



Et ainsi, au fil du film qui raconte l'affrontement épique des Martiens et des Américains Terriens, on retrouve à plusieurs reprises ce contraste entre les phrases émises par le traducteur automatique et les agissements des Martiens.



Mais à bien y réfléchir (oui, une intense réflexion s'impose clairement entre deux crânes de Martiens éclatés), je décèle tout de même une contradiction (oh, minime, hein, microscopique, même, disons-le) dans tout ça.

L'"ordinateur de traduction" n'est pas au point, comme le montrent sa première utilisation et l'air atterré des hauts dignitaires américains qui entendent la bouillie incompréhensible qui en sort. Dans ce cas, pourquoi lui faire confiance quand il traduit "Nous venons en paix." ? Est-ce que lesdits hauts dignitaires ne prendraient pas un peu leurs désirs pour des réalités, hmm ? Non ?

Et dans ce cas aussi, que penser du premier discours du porte-parole des Martiens ? Certes, les scènes ultérieures du film nous apprennent qu'ils ne sont pas en manque d'imagination quand il s'agit de tomber sur le râble des Américains lorsque ces derniers s'y attendent le moins : il y en a qui se déguisent pour s'introduire dans la Maison Blanche, d'autres qui ouvrent le feu par surprise alors qu'on les croit prêts à faire la paix, ça n'arrête pas. Mais finalement, qu'a vraiment dit leur chef (ou leur émissaire, je ne sais pas bien) ce jour-là en descendant de son vaisseau ? L'équivalent martien de "nous venons en paix", ou quelque chose d'autre qui annonçait la couleur ?

(Et d'ailleurs, d'où sort-il, cet "ordinateur de traduction" ? Sur quelle base, sur quels algorithmes, à partir de quelles études a-t-il été conçu ? Nan mais c'est vrai, quoi !)

En fait, on ne saura jamais.

Alors bon, d'accord, on s'en fout de tes interrogations, Les Piles, ce n'est pas à proprement parler le ressort du film. Mais un peu quand même, lecteur chéri quoique sceptique, puisqu'on passe 1h40 à observer entre autres un grand spectacle d'incompréhension interculturelle (si si) qui prend naissance précisément à cet instant où l'"ordinateur de traduction" est enclenché. OK, bon, peu importe, en l'occurrence, reconnaissons-le, puisque nous sommes en pleine science-fiction : ce que les Martiens "disent", c'est ce que diffuse en anglais le haut-parleur relié à l'ordinateur, c'est-à-dire ce que le scénariste a voulu, leur langue n'a aucune existence propre et personne à part moi ne viendra le contredire, le scénariste, on est obligés de le croire.

Pis en 1996, hein, on ne connaissait pas encore les ravages de la traduction automatique aussi bien que maintenant, alors bon, on va dire que Tim Burton et ses personnages ont quelques excuses (en même temps, ils sont tellement crétins pour la plupart, ses personnages, qu'on se dit volontiers qu'ils tomberaient dans le même panneau quinze ans et quelques traducteurs automatiques plus tard).

Et le reste n'est qu'élucubrations malades d'une traductrice vraiment beaucoup trop désoeuvrée en ce moment qui se pose trop de questions inutiles.

Mais bon, il reste qu'on ne saura jamais, tout de même.

Hmm ?

OK, OK, j'ai compris, je vais me coucher.



Merci-merci, lecteur anonyme !



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Il y a quelques jours, Patent Translator, un traducteur-blogueur bien connu, a publié un billet intitulé "Attacks of Zombie Translators Are Unrelenting In a Horrible Economy" qui m'a d'abord fait sourire parce que j'y ai reconnu une situation qui m'est familière. Il y décrit un afflux massif de mails de prospection dans sa boîte de réception ces derniers mois, tous taillés sur le même patron : des "traducteurs" qui méritent plus les guillemets que ce qu'il y a dedans proposent leurs services dans un anglais hésitant, à des tarifs défiant toute concurrence, avec en objet du mail une formule du style "Perfect Translation Skills Available" (ou dans mon cas, simplement une combinaison de langues).

Oui, votre blogueuse dévouée est elle aussi victime de l'attaque de ces zombies (et là, on sourit beaucoup moins). Comme le raconte Patent Translator, c'est un phénomène récent, qui remonte à quelques mois (du moins sous cette forme intensive, avec parfois plusieurs mails de ce genre par jour). Et comme lui, je m'interroge sur ces étranges postulants. La comparaison avec les zombies est particulièrement bien trouvée, il faut le dire, et habilement développée par l'auteur qui plus est (je le cite : "it is impossible for Zombie Translators to become real translators because, sadly, they are the Undead without realizing it. Undead Translators only think that they can translate, just like Zombies think that they are alive, although as the (Undead) variation of their name suggests, they are not really dead either. And just like regular Zombies, Zombie Translators are usually very hungry."), mais je me demande si elle est vraiment la clé du mystère.

Car sur les nombreuses "candidatures" bizarres de ce type que j'ai reçues, il y en a quand même deux qui méritent une palme exceptionnelle. Pas seulement parce qu'elles sont désespérantes de médiocrité dans la façon de vendre leurs services (le niveau n'est pas plus nul que celui des autres mails de ce genre, disons), mais parce que dans le premier cas, je ne peux pas ne pas croire à un canular d'un goût détestable...


(Ne prenez pas cette peine : l'adresse n'existe pas, bien sûr,
ses consonances dégueulasses sont donc parfaitement voulues.)


... et que dans le second, le bidonnage du CV est trop gros :




Le mail qui accompagne ces candidatures de prestige mentionne généralement à peu près les mêmes éléments : l'expéditeur se targue d'avoir une bonne connexion Internet (un argument commercial décisif en... 1995 ?), garantit une qualité fabuleuse démentie par le niveau d'anglais dont il fait la preuve dans le mail, et indique que ses tarifs sont négociables. Le tout pue le copier-coller mal fait à plein nez, en général.



Donc je m'interroge de plus belle. OK, ça n'en vaut sans doute pas la peine, mais si je devais prendre en considération ce genre d'arguments, ce blog n'existerait pas. Donc, donc, je m'interroge : qui sont ces gens ? Leurs adresses sont invariablement @hotmail ou @gmail, souvent avec des chiffres dans la partie qui précède l'arobase, ce qui n'inspire pas une confiance totalement illimitée, convenons-en. Certains racontent leur vie dans le mail, d'autres annoncent une productivité de 10 000 mots par jour sans ciller (enfin, "sans ciller", façon de parler). J'ai du mal à croire qu'une armée de traducteurs même zombies prospecte de la sorte, avec aussi peu de professionnalisme et selon un schéma aussi répétitif et médiocre.

Mais quoi, alors ? Une arnaque ? Bon, mais l'arnaque, normalement, elle vise plutôt les traducteurs que leurs clients potentiels. Or là, on me propose des services, on ne m'invite pas à participer à un plan de la mort qui tue tel que celui que décrivait il y a quelques semaines ma consœur L'autre jour dans un billet destiné à mettre en garde le débutant bleu bizut arpète traducteur inexpérimenté contre les mauvais coups de ce genre. Les arnaques destinées à faire raquer le traducteur, les faux project-managers qui s'évanouissent dans la nature une fois la traduction rendue, on les cerne bien, mais là, c'est autre chose.

Donc je continue à m'interroger, boudiou. Une sombre officine installée dans un paradis fiscal me livrerait-elle du Google Trad contre paiement, si je répondais et faisais appel à l'un de ces brillants "traducteurs" ? Me proposerait-on une embrouille quelconque ? Quelle est la visée de tout ça ?

Évidemment, j'éviterais ce genre d'interrogations existentielles si j'avais un bon anti-spam et si je me désinscrivais de Proz.

OK, j'y songerai.

Et en attendant, je note qu'une connexion Internet de bonne qualité est utile au traducteur moderne, je tâcherai de m'en souvenir quand ma secrétaire aura fini d'archiver les copies carbone de cette notule.




(Trop taaaaaaard !)




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