Schluss



Sur ces bonnes paroles, Les piles ferment, le temps de quelques vacances qu'il est de bon ton de qualifier de bien méritées.

N'arrivant pas à choisir, je vous laisse avec les deux bonnes idées du moment : la nouvelle déco géographico-cinéphile du cinéma strasbourgeois Star Saint-Exupéry (starsintèks pour les intimes) que je reproduirais bien chez moi...



Côté américain...


Côté Orient et Asie centrale...


Et côté africain.


Fred Zinnemann est à l'ouest.


... et Luther, série fort réussie qui, outre la plastique affolante et le charisme dévastateur d'Idris Elba, propose une initiation au japonais sur des termes faciles à placer dans la conversation (c'est uniquement pour cette dernière raison que je l'ai regardée, vous me connaissez).




Bref, bonnes fêtes à ceux qui les fêtent, bonnes vacances à ceux qui en prennent, et quoi qu'il en soit, à l'année prochaine !




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Quel conjoint de traducteur êtes-vous ?
Le quiz de Noël



C'était il y a un mois, Ma voisine millionnaire, traductrice-blogueuse bien connue, publiait un nouveau billet de sa série "Vivre avec un traducteur" : "Le mimétisme au quotidien". J'ai écrit comme une boutade dans un commentaire qu'il faudrait faire un quiz de ce billet, elle a dit "chiche", et c'est ainsi qu'est né le premier billet à quatre mains Ma voisine millionnaire/Les piles intermédiaires, après une intense séance de brainstorming IRL au Starbucks de Montparnasse, quelques trajets en train bien employés et un efficace peaufinage par téléphone. Le billet est publié simultanément sur les deux blogs.

Verdict de cette grande première historique (n'ayons pas peur des mots) ? Pour le contenu, à toi de voir, lecteur traducteur ou conjoint de traducteur de ce blog. Pour le reste, on a bien rigolé et c'était une bonne façon de terminer cette année bloguesque. On recommence quand tu veux, Voisine !


Sa culture si vaste, sa curiosité exacerbée, sa capacité d'évoluer en différentes langues comme un caméléon et son charme mystérieux ont fait chavirer ton cœur. Un traducteur ou une traductrice est entré(e) dans ta vie, mêlant son univers au tien. Depuis, de nouveaux mots résonnent à tes oreilles : glossaire, mémoire, VOST, interprète… Es-tu sûr de ce que cela veut dire ? À quel point connais-tu le traducteur de ton cœur et son métier ? Pour le savoir, munis-toi d’un papier et d’un crayon, fais ce test infaillible élaboré par deux expertes incontestées des relations entre traducteurs et reste du monde et découvre quel est ton profil !



1. Tu es en vacances à l’étranger. Depuis le début du séjour, à chaque fois que tu manges au restaurant avec ta moitié,

A. Tu demandes le menu dans la langue locale, que tu ne parles pas, mais c’est tellement plus fidèle à la culture locale (et puis les menus sont si souvent mal traduits !).

B. Tu réclames un menu en anglais dans l’espoir de ne pas finir avec des rollmops dans ton assiette en croyant avoir commandé une tomate-mozza.

C. Tu exiges une carte en français. Ne me dites pas qu’il n’y a pas moyen de faire traduire trois plats en français à Oulan-Bator.


2. Face à la notice de montage « translated in China » de ta penderie « made in China »,

C. Tu t’arraches les cheveux et manges ton tournevis après avoir vainement tenté de suivre les suites de mots dénuées de sens qui composent les instructions.

A. Tu relèves le défi – tu adores les jeux de piste – et commences par remplacer toutes les occurrences de « noix » par « écrou » : tout de suite, c’est déjà plus clair.

B. Après dix minutes de fou rire, tu scannes la notice pour l’envoyer à l’administrateur du groupe « Traductions de Merde » sur Facebook. La penderie, tu la monteras au feeling, comme d’hab.



3. Au travail, on te demande de faire traduire un document en allemand,

C. Aucune hésitation : Google Translate va faire ça très bien en moins de deux et puis ça n’a pas besoin d’être parfait, hein, l’important c’est qu’on comprenne ce que ça veut dire.

B. C’est Corinne ou Inge qui traduit vers l’allemand ? Tu demanderas ce soir à l’élue de ton cœur, elle a bien une copine traductrice qui doit pouvoir faire ça.

A. Tu te rends dare-dare sur le site de la SFT pour consulter son annuaire de professionnels, sans oublier de sélectionner la bonne spécialisation.


4. Tu t’apprêtes à acheter Les aventures d’Arthur Gordon Pym, d’Edgar Allan Poe, pour l’offrir à ta moitié,

A. Tu vérifies que c’est bien Charles Baudelaire qui l’a traduit.

C. Il n’est pas français, Edgar Allan Poe ?

B. Tu le prends en anglais pour être sûr de ne pas commettre d’impair.


5. Cette « TAO » dont te parle sans cesse ta moitié, à ton avis, c’est :

C. Sans doute une abréviation utilisée par les adeptes du taoïsme. D’ailleurs cela t’étonne qu’elle ne te parle pas plus souvent de cet engagement spirituel et philosophique dans sa vie.

B. Manifestement un truc « assisté par ordinateur », mais quoi ? Ce n’est pas ce logiciel qui traduit à sa place ?

A. Ce logiciel qui tantôt lui fait gagner du temps, tantôt lui arrache une bordée d’injures multilingues dignes des meilleures répliques du capitaine Haddock.


6. Et ce Dragon dont elle parle beaucoup aussi et qu’elle affirme avoir dressé, qui est-il vraiment ?

C. Un ami imaginaire du nom d’Elliot qui lui tient compagnie, égaye ses longues journées et lui permet manifestement d'assouvir ses fantasmes de domination.

A. Un ami pas si imaginaire que ça qui écrit tout ce qu’elle raconte, abrège ses longues journées et lui permet d’avoir vaguement l’impression d’avoir triomphé de la Machine.

B. Une saga de fantasy ou un jeu vidéo quelconque qu’elle doit être en train de traduire (mais ça fait trois ans qu'elle en parle, quand même).


7. Soirée en amoureux, tu l’emmènes au ciné voir le dernier James Bond,

A. Tu laisses le choix à ta linguiste : préfère-t-elle apprécier le jeu des acteurs et la qualité des sous-titres ou savourera-t-elle le doublage réalisé par ses collègues ?

C. Il n’est pas français, James Bond ? Lire les sous-titres, c’est fatigant, tu optes pour la version française.

B. Tu choisis prudemment une VOST, ça vous permettra à tous les deux de travailler votre anglais.



8. Quand ta douce, traductrice vers le français, t’annonce avec une pointe d’énervement qu’on vient de lui proposer une traduction vers l’anglais,

C. Tu as beau chercher, tu ne vois vraiment pas où est le problème.

A. Tu t’esclaffes d’un air outré : c’est parfaitement ridicule !

B. Tu sens que cette histoire de langues lui tient à cœur et la soutiens, mais finalement, tu ne sais toujours pas pourquoi elle refuse de traduire vers l’anglais alors qu’elle le parle parfaitement.


9. En traversant le salon, tu remarques que ta moitié a laissé traîner un dictionnaire.

B. Tu n’y touches pas, jamais, pas question, même pas avec des gants. Elle a l’air d’y tenir, à ces trucs-là.

C. Ah, justement, tu cherchais quelque chose d'un peu épais pour caler l'étagère du garage (et ton crâne n'était pas disponible).

A. Tu feuillettes amoureusement les 1 250 pages et découvres au passage une foultitude de termes de pétrochimie dont tu ne soupçonnais même pas l’existence.


10. Pour la première fois depuis que tu la connais, ta moitié vient de passer deux heures à te questionner passionnément sur ton métier en prenant des notes.

C. Flatté, tu te dis que tu fais décidément un boulot formidable et que tu as un don inné pour faire rêver.

A. Il t’a fallu deux minutes top chrono pour comprendre qu'elle vient de recevoir un texte à traduire sur ta spécialité hyper pointue, mais tu joues le jeu de bonne grâce.

B. Craignant d’en avoir trop dit, tu ne fermes pas l’œil de la nuit. Va-t-elle rester avec toi, maintenant qu'elle sait à quoi tu passes vraiment tes journées ?


11. Noël approche et tu n’as toujours pas de cadeau pour ton traducteur préféré :

B. Tu vas voir ton libraire de quartier et lui demandes un bon ouvrage sur la traduction. Tu ressors avec le célèbre livre de David Bellos, une valeur sûre.

A. Rusé, tu fouilles dans ses favoris, visites quelques blogs de traduction et découvres ce billet. Parfait, voilà un cadeau auquel il ne s’attendra pas !

C. Pff, c’est toujours galère les cadeaux… Il aime bien les bouquins, un bon cadeau Amazon fera bien l’affaire…


12. Les vacances avec ta traductrice chérie, c’est

C. Sea, sex and sun ! Pour toi, c’est ça la vraie vie. Puis ça fera du bien au cachet d’aspirine qui te sert de compagne.

B. Sea, sex and sun, mais tu sais qu’au bout de deux jours, ta chère et tendre ne tiendra plus en place. Tu prévois quelques visites culturelles pour vous imprégner des particularités de la Martinique, ainsi que la visite d’une rhumerie et d’une plantation.

A. « Ah bon, il y a des plages en Martinique ? » Tu aurais dû t’en douter quand ta compagne s’est mise à apprendre le créole pendant une heure par jour pour pouvoir discuter avec les habitants. Entre les visites guidées et l’exploration des supermarchés, tu as de quoi donner des leçons à tes collègues sur l’économie locale.


13. Au lit, tu lis distraitement en espérant secrètement t’attirer les faveurs de ta moitié. Quelle est ta stratégie ?

C. Tu feins d’avoir trouvé une erreur de traduction dans ton livre. Manque de bol, l’auteur est français.

B. « Dis donc, il est si bien ton livre de cuisine que tu le lis au lit ? » cette question fort avisée est à double tranchant :

  • elle se lance dans une longue démonstration pour t’expliquer que Le poisson et le bananier est un chef d’œuvre sur la traduction.
  • attendrie par tant de naïveté, elle décide de poser son livre.

A. Tu prends ton bouquin du moment et déniches une erreur de traduction : « T’as vu cette faute ? Tu ne l’aurais jamais laissé passer toi ! » C’est gagné !



14. À quoi serais-tu prêt pour les beaux yeux de ta traductrice d’amour ?

C. Passer une soirée avec ses collègues traducteurs, sans comprendre les trois quarts de la conversation, à hocher poliment la tête en souriant et à répondre à des milliers de questions sur ton métier technique.

A. Vivre à Berlin alors que tu ne parles pas un mot d’allemand. Après tout, les voyages forment la jeunesse et tu apprendras sur le terrain, il n’y a rien de mieux que l’immersion linguistique.

B. Te remettre à l’anglais que tu as un peu délaissé depuis le lycée. Plus pratique pour les nombreux séjours et voyages à l’étranger que tu fais avec elle.


15. Il est 20 heures. Rentrant après une longue journée de travail, harassé, tu n’as qu’une envie, mettre les pieds sous la table et te détendre. Pourtant, le repas n’est pas prêt, il faut mettre une machine et passer l’aspirateur.

C. « Sérieusement ? JE bosse toute la journée et rien n’est fait quand je rentre alors que tu es là toute la journée ? »

B. Tu t’interroges, comment fait-il pour jeter chaque jour ½ kg de marc de café dans la poubelle ? Et le chat, passe-t-il vraiment ses journées entières sur son clavier ?

A. « Chéri, et si on prenait quelqu’un pour faire le ménage ? Tu pourrais continuer à travailler dans un endroit propre et rangé et on profiterait mieux de nos soirées ! »


16. Si on te dit ATLF, ATAA, SFT…

C. ALAT, TSFA, TAAS… C’est pour un test de logique ? Il semblerait que la lettre T soit le point commun, mais que signifie-t-elle ? Tatouage ? Twist ? Tarama ? Taxidermie ?

B. La SFT, c’est une sorte d’amicale qui organise le café où elle va le samedi matin… Que signifient les autres sigles ?

A. Ce sont les principales associations professionnelles de la traduction. Tu le sais bien, les indépendants doivent aussi s’unir pour représenter et protéger leur profession.


17. Ton conjoint traducteur t’annonce qu’il a installé Antidote sur ton PC.

B. Quelle bonne idée, quelle gentille attention, voilà qui te permettra de passer tes mails importants au correcteur d’orthographe avant de les envoyer.

A. Pas un mot n’échappe aux griffes du filtre québécois, tu l’as installé sur tous tes ordinateurs.

C. Ça a l’air sympa, un logiciel qui s’appelle Antidote, mé kel é le poason k’il é sensé combatre ?





Tu as une majorité de A

De deux choses l’une, soit tu es traducteur (ha ha, petit cachotier, tu pensais naïvement ne pas te faire pincer), soit bravo : tu es à l’écoute, en empathie, en un mot tu frôles la perfection. Ou alors tu lis nos blogs et nous ne pouvons que te féliciter. En somme, tu es le conjoint de traducteur idéal. Tu as su apprivoiser les petites bizarreries du monde de la traduction et ton esprit curieux a fait le reste : cultures exotiques, langues étrangères, étymologies surprenantes, questions linguistiques absconses, accents incompréhensibles, tout cela t’interpelle, te nourrit, te réjouit. Rassure-nous : tu n’envisagerais pas une reconversion dans la traduction, par hasard ? Blague à part, prends garde tout de même à ne pas te laisser phagocyter par la passion pour les langues de ta moitié traduisante et à garder ta personnalité !


Tu as une majorité de B

Elle a beau te plaire, la moitié traduisante de ton cœur t’impressionne. Pas de panique, c’est sans doute parce que ta connaissance du merveilleux monde de la traduction est encore parcellaire. On voit bien que tu es motivé, mais que certains enjeux t’échappent. Alors, fonce, fais connaissance, tu n’en comprendras que mieux les états d’âme et les petits bonheurs de ta conquête. Au passage, tu apprendras plein de choses et amélioreras peut-être même tes connaissances en langues étrangères : tout bénèf, en résumé. Abonne-toi par exemple aux flux RSS de quelques-uns des blogs suivants pour découvrir toute la richesse de l’univers des traducteurs : L'autre jour, Babeliane Traductions, Bahan, El Dorado à Paris, Intercultural Zone, Ma voisine millionnaire, Naked Translations, (Not Just) Another Translator, Les piles intermédiaires, La poutre dans l’œil ou encore Les recettes du traducteur. Et si tu préfères la BD, va chez Mox !


Tu as une majorité de C

Si tu n’as pas répondu au second degré, ne nous voilons pas la face, tu es un cas délicat. Serais-tu fermé à tout ce qui touche aux langues en raison d’un traumatisme de la petite enfance ? Es-tu plutôt un doux rêveur qui vit dans sa bulle et préfère se préserver de cette passion dévorante que semble susciter le métier de traducteur ? Ou te passionnes-tu pour tout autre chose, ce qui fait que tu as du mal à t’intéresser à la passion d’un(e) autre ? Peu importe la raison, il est grand temps que tu te prennes en main et que tu combles tes lacunes. Avant d’aller te plonger dans les blogs conseillés aux B, inscris-toi à la conférence Tralogy au CNRS le mois prochain. Meuh non, c’est une blague. Pour commencer, deux conseils : écoute, questionne. Entraîne-toi par exemple à poser cette question chaque soir quand tu rentres du travail : « Bonsoir chéri(e), qu’est-ce que tu as traduit de beau aujourd’hui ? » Tu verras, ce sésame tout simple fait des miracles.




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Je ne veux pas avoir l'air alarmiste, mais...


... l'heure est grave, mes loupiots :

la VOVOP est à nos portes.

Je répète, la VOVOP est à nos portes.

Mais si, allez, rappelez-vous, la VOVOP ! La version originale voice-overisée en polonais, le voice-over appliqué à la fiction, quoi. Bon d'accord, c'était plutôt sa cousine tout aussi exotique, la VOVOR (version originale voice-overisée en russe, of course) qui était à l'honneur sur ce blog il y a quelques mois. Mais surtout, surtout, nous la pensions loin, la VOVOP, au-delà d'Eisenhüttenstadt et de Schwedt/Oder, cantonnée à des contrées distantes.

Que nenni. La VOVOP est là, dans nos salons, sur nos tables basses, sournoisement planquée dans des DVD à l'allure parfaitement inoffensive.

Comme celui de cette excellente mini-série de Todd Haynes qui revisite le roman Mildred Pierce de James M. Cain avec Kate Winslet dans le rôle-titre. Au passage, passionnant de voir cette nouvelle adaptation après avoir vu et revu la première, celle de Michael Curtiz avec Joan Crawford. Mais ne nous dispersons pas, je disais donc que la VOVOP est à nos portes.

Et je le prouve :



Ha ! "Polski lektor" dans le menu "Audio", nous y voilà. Pourquoi pas "Polski" tout court ? Parce que ce n'est pas un doublage, pardi, c'est une VOVOP !

Et je le prouve itou :



Ça fait un petit choc, la voix de basse unique pour tous les personnages, mais ça a aussi son charme, finalement. Le décalage entre la voix du "lektor" et les répliques originales permet curieusement de suivre parfaitement ce qui se dit en anglais (je n'ai pas poussé le vice jusqu'à aller voir ce qu'il en était dans des scènes plus denses en dialogues, ma perversion VOVOPophile a ses limites).

Blague à part, je crois bien que c'est la première fois que je croise une VOVOP sur un DVD français. Étonnant, quand même, non ? Décidément, le voice-over a des charmes insoupçonnables. Hihi.


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ImpÉcr #15
The Browning Version (2/2)


Reprenons.

Donc, les sous-titres parlent de traduction, et nous avons laissé le mois dernier notre universitaire proche de la retraite en pleine discussion sur la licence du traducteur avec le jeune collégien Taplow.

C'est dans cette même scène que l'on entend parler pour la première fois d'une traduction d'Agamemnon entamée par le vieux professeur lui-même dans sa jeunesse. Lequel vieux professeur laisse pendant quelques instants transparaître son bonheur d'helléniste et son plaisir de traduire. Si si, on en a presque la larme à l'oeil.



"Presque plus belle que l'original ?" Mazette, on parle d'Eschyle, tout de même. On se dit que c'est dommage que cette traduction ait disparu de la circulation.

Et là, miracle du 7e art, figurez-vous qu'elle réapparaît justement, cette fameuse traduction, au moment où le professeur fait ses cartons (comme quoi, quand on range peu, on retrouve des choses d'autant plus intéressantes).



Mais ce n'est pas tout. Après la traduction à vue de l'élève Taplow (voir l'épisode précédent) et la traduction "très libre" du maître, voilà que l'élève dégote une autre version d'Agamemnon (une traduction qu'il juge "pas terrible") et l'offre au maître. La voilà, la fameuse "version de Browning" qui donne son titre à la pièce et au film.



Du coup, le professeur est tout content de son petit cadeau et en parle à un de ses collègues (qui accessoirement est l'amant de sa femme, mais c'est une autre histoire.)



Et comme c'est un perfectionniste, ce professeur-traducteur (oh, tiens, c'est étonnant, ça), il rectifie, quelques minutes plus tard :



Dernière scène du film, pour finir : l'élève Taplow a subtilisé la traduction d'Agamemnon réalisée par Crocker-Harris dans sa jeunesse et l'a lue en cachette. Et elle déchire sa mè..., pardon, elle bat Browning à plates coutures.



Sans doute le plus beau compliment dont est capable Taplow. Tout est bien qui finit bien.

En résumé, The Browning Version n'est certes pas un film sur la traduction, mais il est suffisamment rare d'entendre disserter sur la traduction dans un film (même brièvement) pour le mentionner ici... La traduction y est tout à la fois un révélateur de la personnalité atypique de Taplow et du vieux professeur, un vecteur de la passion naissante du collégien pour la littérature et un rappel des années plus fantaisistes (ou idéalistes ?) du maître, et enfin, une école de rigueur. Qui dit mieux ?



Comme ces excellents sous-titres, pour une fois, sont signés, eh bien je suis en mesure de signaler qu'ils sont l’œuvre d'Éric Bigot et d'Yves Tixier.




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Réflexes d'avant, réflexes de maintenant




Ce matin-là - c'était un mercredi de septembre - je pédalais péniblement à l'assaut d'une sorte de petit Mont Ventoux de la traduction, à savoir une liasse de pages denses à souhait consacrées à une sombre histoire de sécurité sociale et rédigées par un fonctionnaire autrichien (l'allemand administratif made in Austria, croyez-moi, rien ne vous y prépare vraiment).

Levant le nez de mon guidon à la mi-journée, j'ai fait le point sur mon planning. Voyons... Mon petit Mont Ventoux à terminer pour jeudi midi dernier carat, jeudi matin ce serait mieux. Puis quelques pages de politique commerciale pour vendredi après-midi. Puis...

Puis ?

Puis j'ai eu c'te vieux réflexe : j'ai commencé à baliser. "Puis" rien, je n'ai rien au-delà de vendredi, après-demain je n'ai plus de boulot. Merde.

Dans les trente secondes qui ont suivi, je me suis bien sûr souvenue que ce n'était plus à moi de le trouver, le boulot, et quelques minutes plus tard, 23 pages de politique de l'emploi plus un communiqué de presse urgent ont d'ailleurs aimablement atterri sur mon bureau, comme pour me noyer me rassurer.

N'empêche, c'te vieux réflexe.

Ayant eu beaucoup de chance dans mes années en indépendante, j'ai rarement manqué de boulot. Ma façon de me rassurer, quand j'arrivais à cette "avant-veille de la fin des commandes en cours", c'était donc de me dire que statistiquement, il y avait toujours, toujours eu au moins une commande pour tomber avant l'épuisement des traductions en cours (ou dans l'heure suivant la remise de la dernière, généralement au moment où je m'apprêtais à envisager un après-midi au ciné). Pourtant, je le ressentais toujours, ce petit pincement d'anxiété. La peur du vide, peut-être (j'ai horreur du vide, en témoigne l'état d'encombrement permanent de mon plancher). Bref, c'te vieux réflexe est toujours là, pour l'instant, même si le désœuvrement ne me guette pas.


*******


Ce matin-là - c'était le dernier week-end d'octobre - une pluie dense tombait quand on est parti de Strasbourg pour gagner les Vosges, puis une neige fondue collante l'a remplacée à notre arrivée dans la vallée de la Bruche et de gros flocons de plein hiver nous attendaient un peu plus haut (mais pas si haut que ça, quand même, zut) à 800 mètres d'altitude.

Le programme de la journée a consisté à guetter le passage du chasse-neige, à spéculer sur l'état de la route ("nan parce qu'ici, c'est le chasse-neige de la commune qui passe, mais au-delà, il faut que la DDE envoie des gens, tu crois qu'ils vont envoyer des gens ?"), à se demander si nos cousins de Bretagne et du Sud-Ouest allaient réussir à monter dans l'après-midi, puis à constater que non, ils n'allaient pas réussir à monter. Bref, la neige continuait à tomber, commençait à recouvrir sérieusement la route, et tout à coup...

Tout à coup ?

Tout à coup j'ai eu c'te nouveau réflexe : j'ai commencé à baliser. Tout à coup, je me suis demandé si j'allais réussir à redescendre dans la vallée pour prendre mon train le lendemain, histoire d'être au boulot lundi matin, en somme, vie de bureau oblige. Merde.

Je coupe court à ce suspens haletant : le lendemain, ça allait beaucoup mieux, les cousins ont enfin réussi à monter après avoir passé la nuit ailleurs et moi j'ai pu descendre, youpi (d'ailleurs, si mon père était encore de ce monde, il vous dirait qu'on arrive toujours à redescendre et qu'il n'y a que la montée qui peut vraiment poser problème).

N'empêche, c'te nouveau réflexe.

Avant, la perspective de rester coincée quelques jours là-haut sur la montaaaaagneuh n'était pas bien gênante, tant que la connexion Internet voulait bien fonctionner. Au pire, il m'est arrivé une fois de faire quelques relectures à l'écran faute d'imprimante parce que j'avais préféré rester là-haut en famille un Noël où la circulation des trains était un peu bloquée. Me connaissant, j'ai dû être contrariée de ne pas pouvoir faire de relectures papier, mais au pire, donc, ce n'était pas la fin du monde. Là non plus, me direz-vous, mais ce n'est plus pareil. La petite souplesse que je pouvais me permettre (je dis "petite" parce que je connais des confrères zé sœurs qui travaillent tout en faisant le tour du monde, alors vous pensez bien qu'un week-end dans les Vosges, à côté, ça ne pèse pas lourd), je dois me mettre en tête qu'elle ne m'est plus autorisée. Certes, on ne me coupera pas la tête si je ne me présente pas un lundi matin au travail, mais mieux vaut éviter, j'imagine.


En somme, il reste du chemin à parcourir. Et entre les réflexes d'avant et les réflexes de maintenant, je me demande encore vraiment lesquels je préfère.




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Joliment dit #5





"Comment pourrais-je croire à un destin ? J'ai l'impression d'être invisible à la vie."


Cette jolie petite phrase sort d'un joli petit bouquin : Engeland, de Pierre Cendors (Finitude, 2010), la biographie fictive d'une photographe, dans le Berlin des années 30 puis au fil du 20e siècle.

Il est vrai que je ne suis pas de très près l'actualité littéraire, mais j'ai l'impression de n'avoir jamais entendu parler de ce roman ni de son auteur (pas même de son éditeur, d'ailleurs). Le salon du livre et de la presse jeunesse (bien qu'il ne s'agisse pas de littérature jeunesse) aura au moins servi à ça et à m'anesthésier momentanément les tympans en raison des meutes de bipèdes mineurs déchaînés qui avaient pris possession de ses allées.

On peut lire les premières pages d'Engeland sur le site de l'éditeur. L'auteur tient pour sa part un blog alimenté semble-t-il de façon sporadique.

Bon point pour l'éditeur : le livre est un petit objet charmant qui a immédiatement attiré mon attention sur son coin de table. Couverture épaisse à souhait, belle qualité d'impression, pages crème plaisantes à manipuler. Et comme je ne judge pas le book by its cover, j'affirme expérience à l'appui qu'il se lit aussi avec grand plaisir. Une trouvaille aussi agréable que surprenante, foi de Piles. Prochaines destinations : L'homme caché et Goodnight Houdini, du même auteur, qui ont l'air hautement recommandable également.



L'avantage, quand on se remet à lire de la fiction, c'est qu'on se remet aussi à faire de bonnes découvertes, et ça, je l'avais presque oublié.

Et puis, c'est joliment dit, non ?



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