Traducteurs pollinisateurs
(Share the sticky love!)


J'ai reçu cette semaine une enveloppe au contenu bien sympatoche :



Des autocollants ! Oui ! (Moi j'aime bien les autocollants, rappelez-vous.) Et j'aime bien aussi les initiatives en faveur de la visibilité de notre bô métier.

Ça tombe bien, la "LOVE YOUR TRANSLATOR sticker campaign" réunit autocollants et promotion de la traduction. Les trois consœurs à l'origine de cette initiative expliquent leur démarche ici. Et pour se procurer ces adorables petits autocollants à laisser ici ou là dans le monde entier l'air de rien, c'est sur cette page que ça se passe.

Là comme je vous parle, je cherche le coin de couloir le plus adapté pour en coller un ou deux à l'Organisation. Et toi aussi, chère consœur, cher confrère, pollinise, sème, diffuse, éparpille par petits bouts aux quatre coins de Paris, bref, participe à cette jolie initiative !



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ImpÉcr #25
Yes, Prime Minister


Les sous-titres parlent encore et toujours de traduction, sur Les piles. Du sous-titrage anglais-anglais, cette fois (toutes mes excuses), issu de la saison 2 de Yes, Prime Minister, suite de l'excellente série Yes, Minister que j'avais évoquée ici en début d'année.

Le personnage qui parle est donc l'un des proches collaborateurs du Premier ministre britannique. Et ce qu'il dit n'est pas joli-joli, hein. Mais je le répète : si vous ne connaissez pas Yes, Minister et Yes, Prime Minister (et que vous avez un tout petit peu d'affection pour le Royaume-Uni, ça aide), plongez-vous dans cette double série plutôt réjouissante (de multiples petits extraits sont mis à disposition par la BBC, ici).







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Babioles et bricoles


Fait incontestable n° 1 : Noël approche, mes petits loupiots. Nan mais si, je vous jure, pour votre blogueuse dévouée qui va entrer d'ici peu dans un long tourbillon de signature de bail, de cartons, de tri, de rangement, de déménagement, de prospection, d'états des lieux, d'allers-retours Strasbourg-Luxembourg-Paris-les Vosges, de boulot pendant les fêtes (j'espère) et de tournage de page général, Noël, C'EST DEMAIN (ou presque) (et je ne me suis pas encore préoccupée des cadeaux des neveux-nièces) (argh) (c'est la panique). Donc Noël approche et il est temps de penser à tes amis/amants/cousins/fuck-friends/etc. traducteurs, lecteur traducteur ou non de ce blog.

Fait incontestable n° 2 : je passe beaucoup trop de temps sur etsy.com, ce sympathique site de vente en ligne spécialisé dans le fait main, les bricoles de déco inutiles, les trucs choupi, les machins artisanaux et les babioles plus ou moins originales. Car voyez-vous, j'aime beaucoup, mais alors beaucoup, le fait main, les bricoles de déco inutiles, les trucs choupi, les machins artisanaux et les babioles plus ou moins originales. Seulement voilà, quand on a pris la bonne résolution de trier un peu le bazar dans lequel on n'a pas eu le courage de faire un nettoyage par le vide entre le premier déménagement de 2011 et le deuxième déménagement de 2012, et qu'on est à un mois du troisième déménagement, on évite de préférence les accumulations de nouvelles bricoles et babioles, aussi choupi soient-elles.

Du coup, plutôt que de perdre mon temps à baver toute seule devant les merveilles d'Etsy, je me suis dit que j'allais composer une petite sélection de babioles et bricoles pour traducteurs, histoire de compléter le billet "Tics, manies et autres névroses" spécial cadeaux de l'an dernier. Car on n'est pas obligé d'offrir un livre ou un film (traduit ou non) à un traducteur, en fait. (Ni des chaussures.) (Enfin ça, ça se discute.) (Bref.)



Donc voilà, la sélection complète est par là, et je vous en parle un peu ici. Je précise au cas zou que ce billet n'est sponsorisé par personne (malheureusement) et que je me suis contentée de rassembler des objets que je trouvais un peu rigolos/assez jolis/gentiment kitsches/vaguement utiles/etc. et liés d'une façon ou d'une autre à la traduction (par association d'idées avec les mots, la typographie, l'omniprésence des bouquins dans notre vie, la consommation excessive de café et de thé, l'amour des chats qui caractérise une proportion impressionnante de confrères, le patronage de Saint Jérôme, les langues étrangères, etc.), sans tomber trop dans le hors-sujet je l'espère. Je précise aussi que, beaucoup de vendeurs étant basés outre-Atlantique, les frais de port sont parfois salés quand on commande d'Europe sur Etsy. Tout ça pour dire que je m'en fiche un peu qu'il s'agisse d'Etsy, à vrai dire, mais comme on y trouve une masse d'articles très différents, dont certains insolites ou mignons, il est assez pratique de les regrouper dans des sélections à thème personnalisées histoire de donner des idées. Par ailleurs, certains articles se retrouvent dans deux catégories, c'est inévitable. Dernière chose : je parle de babioles et de bricoles dans le titre du billet, mais les prix allant de quelques euros à plus d'une centaine, vous aurez compris qu'il s'agit d'un raccourci commode.

Dans la première rubrique ("Items I love", on ne peut pas changer le titre), j'ai casé les trucs que je n'arrivais pas à classer ailleurs, notamment ceux qui se rapportent à la vie de freelance en général (mais pas que). Un sac en toile "Free lance" pour arborer fièrement sa condition d'indépendant (je vous préviens, j'aime BEAUCOUP les sacs en toile, limite je collectionne ceux qui me plaisent, donc expect more sacs en toile dans ce billet), de ravissants sous-verres Scrabble pour continuer à jouer avec les mots à l'apéro, ou cet objet bizarre et indéfinissable qui sert aussi bien de repose-ordinateur pour les jours de grippe où on bosse sur ses genoux en environnement canapé-plaid, de lutrin pour poser le bouquin qu'on traduit ou de plateau à petit-déjeuner pour les dimanches où - miraculeusement - on ne travaillerait pas.



Direction ensuite la rubrique "Fou de livres (et de littérature, ajouté-je)" : lutrins et serre-livres en tout genre, petits pendentifs pour bibliophiles, objets à citations littéraires, more sacs en toile mignons et bien solides pour transporter ses bouquins, sous-verres littéraires (pas l'idée la plus originale du monde, mais certaines réalisations sont vraiment chouettes).



La catégorie suivante, "Dicos à gogo", rassemble principalement des créations à base de pages de dicos. Ce qui a l'air un peu nul, dit comme ça, mais entre les enveloppes, les bijoux fantaisie et les surimpressions à encadrer (qu'on trouve par centaines sur Etsy, avec des motifs de tout poil), il y a tout de même de quoi faire.



Passons à la rubrique "Cinéphile", qui regroupe quelques badges, des posters-variations sur Lost in Translation (toujours étonnant pour moi, le succès durable de ce film, on en trouve une dizaine d'affiches différentes sur Etsy ainsi que des objets divers inspirés de l’œuvre), yet another sac en toile "Intertitres" et de faux intertitres à encadrer un peu hors de prix mais qui donnent des idées (voir aussi sur le site des créateurs).



Dans "Langues en folie", on trouvera du portugais notoirement intraduisible, des boucles d'oreille Tour de Babel (ouais, je sais, faut oser aimer), du Denglisch pour germanistes/anglicistes et de la langue des signes très textile.



"Amateur de typo", comme son nom l'indique, vous plonge dans la grâce des bijoux esperluette (remember ?), des sous-verres à polices ou encore - what a surprise! - des sacs en toile Helvetica, avec en prime quelques articles pour bambins de traducteurs.



Sans grande originalité, "E-traducteur" rassemble les classiques coques, tapis de souris et autres accessoires pour traducteurs hi-tech. Enfin "tech". Enfin pour traducteurs rivés toute la journée à leur ordinateur (ce qui est un pléonasme) et/ou qui ont une liseuse ou un téléphone à protéger (ce qui fait somme toute pas mal de traducteurs). Et comme qui dit traducteur, dit souvent chat, il y a des housses chat, dans le lot. Si jamais les coques iPhone personnalisées "Penguin" vous tentent (photo ci-dessous), le responsable de la boutique OneSixEightOne m'indique qu'un code promo "INTRO15" vous vaudra 15 % de réduc sur tous ses articles jusqu'au 31 janvier 2014, tandis qu'avec "BLKFRIDAY13", vous bénéficierez de 25 % en moins le 29 novembre. Oualà, c'est dit.



Côté "Papeterie et loisirs créatifs", on retrouve les fantastiques autocollants de notre consœur "Pin up translator" (dont j'avais parlé il y a quelque temps), des petits carnets pleins de mignonnerie féline et livresque, des cartounettes à ponctuation, sans oublier de quoi pratiquer un peu son point de croix.



Modeste sélection, "Saint Jérôme Superstar" est à réserver aux fanatiques admirateurs du patron des traducteurs, aux inconditionnels hardcore. Je n'en dis pas plus, allez voir.



Dans "Passion ponctuation (et orthographe et grammaire)", outre quelques - I said a few - sacs en toile, vous trouverez des aimants, bijoux fantaisie, tasses, tampons (à apposer rageusement sur une révision) et posters pour égayer le quotidien d'un traducteur à cheval sur l'emplacement des virgules et l'accord du participe. Sauf que tout ou à peu près est en anglais, dans l'histoire, mais ça conserve un certain charme.



La rubrique "Thé ou café" entend accompagner les addictions qui font le quotidien du traducteur : tasses à gogo, théière littéraire, retour des serre-livres à thème et des - oui - sacs en toile (did I mention tote bags before?).



Reste enfin la sélection de "Vieilleries", car on vend aussi des vieux bouquins rigolos sur Etsy : dico Webster de 1911, jeu "Spelling and anagrams" rétro à souhait et manuels de français croquignolets.



Et si... (haha, Etsy, Etsi, Et si, OK je fatigue) Et si vous n'avez pas trouvé l'inspiration ? Et si le traducteur à qui vous cherchez à faire plaisir n'aime pas trop les bricoles, babioles, sacs en toile, etc. ?

Pas d'inquiétude, Ma voisine millionnaire est là : ses billets "Vivre avec un traducteur indépendant : les fêtes de fin d’année" et "Vivre avec un traducteur : les cadeaux de Noël" vous donneront plein d'idées précieuses pour combler votre traducteur préféré.

Et si (haha) (oui bon, ça va) vous n'avez toujours pas trouvé avec tout ça, il vous reste "Seven Last-Minute Christmas Gifts for Translators" (2012) et "Ten Last-Minute Christmas Gifts for Translators" (2011) (chez Food for Translators), ou encore "Lesson 15: Dear Santa… – on gifts for translators" (2011) (chez Want Words).

Et sans doute d'autres billets ailleurs dans les semaines à venir, parce que quand même, il est tôt, non, pour parler de Noël ?




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Premier épisode et rappel du principe. Et - oh ! ah ! - il y a même un site, maintenant.

Cela ne vous aura pas échappé (ou peut-être que si) : Camus aurait eu 100 ans il y a quelques jours. L'occasion ou jamais de lire ou relire Le premier homme, son ultime roman (inachevé), dans lequel il est question... eh bien de cinéma, pardi.


le premier homme

Les séances de cinéma réservaient d’autres plaisirs à l’enfant… La cérémonie avait lieu aussi le dimanche après-midi et parfois le jeudi. Le cinéma de quartier se trouvait à quelques pas de la maison et portait le nom d’un poète romantique comme la rue qui le longeait. Avant d’y entrer, il fallait franchir une chicane d’éventaires présentés par des marchands arabes et où se trouvaient pêle-mêle des cacahuètes, des pois chiches séchés et salés, des lupins, des sucres d’orge peints en couleurs violentes et des « acidulés » poisseux. D’autres vendaient des pâtisseries criardes, parmi lesquelles des sortes de pyramides torsadées de crème recouvertes de sucre rose, d’autres des beignets arabes dégoulinant d’huile et de miel. Autour des éventaires, une nuée de mouches et d’enfants, attirés par le même sucre, vrombissaient ou hurlaient en se poursuivant sous les malédictions des marchands qui craignaient pour l’équilibre de leur éventaire et qui du même geste chassaient les mouches et les enfants. Quelques-uns des marchands avaient pu s’abriter sous la verrière du cinéma qui se prolongeait sur un des côtés, les autres avaient placé leurs richesses gluantes sous le soleil vigoureux et la poussière soulevée par les jeux des enfants. Jacques escortait sa grand-mère qui, pour l’occasion, avait lissé ses cheveux blancs et fermé son éternelle robe noire d’une broche d’argent. Elle écartait gravement le petit peuple hurlant qui bouchait l’entrée et se présentait à l’unique guichet pour prendre des « réservés ». À vrai dire, il n’y avait le choix qu’entre ces « réservés » qui étaient de mauvais fauteuils de bois dont le siège se rabattait avec bruit et les bancs où s’engouffraient en se disputant les places les enfants à qui on n’ouvrait une porte latérale qu’au dernier moment. De chaque côté des bancs, un agent muni d’un nerf de bœuf était chargé de maintenir l’ordre dans son secteur, et il n’était pas rare de le voir expulser un enfant ou un adulte trop remuant. Le cinéma projetait alors des films muets, des actualités d’abord, un court film comique, le grand film et pour finir un film à épisodes, à raison d’un bref épisode par semaine. La grand-mère aimait particulièrement ces films en tranches dont chaque épisode se terminait en suspens. Par exemple le héros musclé portant dans ses bras la jeune fille blonde et blessée s’engageait sur un pont de lianes au-dessus d’un canon torrentueux. Et la dernière image de l’épisode hebdomadaire montrait une main tatouée qui, armée d’un couteau primitif, tranchait les lianes du ponton. Le héros continuait de cheminer superbement malgré les avertissements vociférés des spectateurs des « bancs ». La question alors n’était pas de savoir si le couple s’en tirerait, le doute à cet égard n’étant pas permis, mais seulement de savoir comment il s’en tirerait, ce qui expliquait que tant de spectateurs, arabes et français, revinssent la semaine d’après pour voir les amoureux arrêtés dans leur chute mortelle par un arbre providentiel. Le spectacle était accompagné tout au long au piano par une vieille demoiselle qui opposait aux lazzis des « bancs » la sérénité immobile d’un maigre dos en bouteille d’eau minérale capsulée d’un col de dentelle. Jacques considérait alors comme une marque de distinction que l’impressionnante demoiselle gardât des mitaines par les chaleurs les plus torrides. Son rôle d’ailleurs n’était pas aussi facile qu’on eût pu le croire. Le commentaire musical des actualités, en particulier, l’obligeait à changer de mélodie selon le caractère de l’événement projeté. Elle passait ainsi sans transition d’un gai quadrille destiné à accompagner la présentation des modes de printemps à la marche funèbre de Chopin à l’occasion d’une inondation en Chine ou des funérailles d’un personnage important dans la vie nationale ou internationale. Quel que soit le morceau, en tout cas, l’exécution était imperturbable, comme si dix petites mécaniques sèches accomplissaient sur le vieux clavier jauni une manœuvre depuis toujours commandée par des rouages de précision. Dans la salle aux murs nus, au plancher couvert d’écorces de cacahuètes, les parfums du crésyl se mêlaient à une forte odeur humaine. C’était elle en tout cas qui arrêtait d’un coup le vacarme assourdissant en attaquant à pleines pédales le prélude qui était censé créer l’atmosphère de la matinée. Un énorme vrombissement annonçait que l’appareil de projection se mettait en marche, le calvaire de Jacques commençait alors.


Albert Camus, Le premier homme
(publié en 1994 par Gallimard)


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Mot du jour (17)
(et méandres de sa traduction)



Nouveau mot du jour croisé en traduisant cette semaine :



gold-plating


Contexte : eurospeak.

Ce n'est pas : ce que vous croyez. Non, ce n'est pas ce que vous croyez (enfin, ce que je suppose que vous croyez). Rien à voir avec ça, quoi :


C'est :

une de ces images curieuses que l'Europe a adoptées sans doute pour se couper un peu plus de ses citoyens pour égayer un chouia les réunions de travail entre économistes et directeurs de cabinet.

Dans le glossaire de la Commission européenne consacré à la "réglementation intelligente" (domaine ô combien complexe), le "gold-plating" est en effet défini comme suit en anglais :

In the EU context, 'gold-plating' refers to transposition of EU legislation, which goes beyond what is required by that legislation, while staying within legality. Member States have large discretion when implementing EC directives. They may increase reporting obligations, add procedural requirements, or apply more rigorous penalty regimes. If not illegal, 'gold plating' is usually presented as a bad practice because it imposes costs that could have been avoided.

Bon, il faut le savoir et ce n'est pas immédiatement compréhensible à la lecture de l'expression, vous en conviendrez. Mais surtout, en fouillant un peu pour voir comment la chose était traduite habituellement dans les textes de l'Organisation, je me suis rendu compte que sa version française avait connu une série de variantes assez curieuses avant de se stabiliser à peu près sous la forme concise d'un mot unique depuis quelques petites années (allez voir en fin de billet si vous trépignez d'impatience). Voilà ce que ça donne au fil des ans sur une grosse vingtaine d'exemples :

- "est vivement préoccupé par la pratique des gouvernements des États membres qui consiste à édulcorer («gold plating») les directives communautaires lors de leur transposition dans la législation nationale" (en 1997, le terme est manifestement encore mal cerné)

- " La législation communautaire est souvent obscurcie par «le voile doré» dont les gouvernements des États membres ont cru bon de la revêtir." (1997 toujours, l'image est jolie mais pas limpide. La VO indique "Community legislation is often bedevilled by unnecessary 'gold plating` by Member States Governments.")

- "La Commission (...) estime qu’il faut notamment éviter le “peaufinage” de la législation communautaire." (1998, pas tout à fait au point non plus)

- "Lors de leur transposition dans la législation nationale, les directives ne devraient pas être compliquées inutilement et les «enrichissements» devraient être évités voire éliminés." (1998)

- "Nombreux sont les exemples où un simple texte de loi sur le marché - une norme commune, un principe unique - est devenu complexe et exécuté à l'excès au niveau national et a créé des difficultés considérables. J'inviterais la Commission à examiner avec sérieux ce problème d'édulcoration." (2000, débats au Parlement européen - bizarrement, le terme est pourtant expliqué dans la phrase d'avant...)

- "Dans la transposition de directive dans le droit national, il faut prendre soin à ne pas ajouter des complications inutiles et lutter contre les « formules ronflantes », voire les éliminer." (2002, à côté de la plaque)

- des "exigences supplémentaires introduites par les autorités nationales qui vont au-delà des obligations de base des réglementations de l'UE («dorures»);" (2003)

- "Il faut aussi poursuivre l'élimination des complexités inutiles introduites au niveau national (le 'gold-plating'), qui peuvent conduire à la fragmentation du marché ou à l'accumulation de contraintes sur les entreprises." (2004)

- "Les États membres sont priés de ne pas procéder à une surexécution (gold-plating)." (2004)

- "Les disparités entre les exigences relatives aux produits dans les différents États membres sont beaucoup trop nombreuses. Ce phénomène se trouve amplifié par les disparités en matière de transposition et aboutit à une fragmentation du marché intérieur, ce qui sape la compétitivité." (2005 - là, le terme est pratiquement escamoté, cf. la VO : "There is far too much product-requirement divergence between Member States and this is further reinforced by divergences in transpositions. Such "goldplating", as it is commonly know, only leads to fragmentation of the internal market and therefore undermines the competitive edge.")

- "si l’obligation d’une autorité doit être transposée par une autre instance et que l’action de cette dernière va au-delà de ce qui est nécessaire au respect de cette obligation, attribuez à l’instance chargée de la transposition le pourcentage des coûts correspondant à ce « niveau supplémentaire » d’obligations" (2005)

- "La Commission coopérera activement avec les États membres pour suivre les progrès, assurer une mise en œuvre correcte et éviter d'ajouter des couches successives de dispositions superflues («enluminures»)." (2005 ; le terme d'"enluminures" revient pas mal à cette époque, mais ne survivra pas, faute de clarté peut-être...)

- "Il pourrait assurer par ailleurs la mise en place d'un cadre commun strict qui réglementerait les questions relatives au vote transfrontalier et aurait en outre l'avantage d'éviter que les États membres, lorsqu'ils transposent la directive en droit national, ne l'alourdissent d'exigences supplémentaires." (2005 - VO : " It would have the additional advantage of avoiding Member States "gold plating" a directive.")

- "il faut également s'abstenir de la pratique qui consiste à ajouter des exigences non prévues par les directives, ainsi que le "picorage" des textes normatifs et améliorer l'information." (2006)

- "...en appliquant et en renforçant la législation en vigueur tout en évitant la superposition d'un nombre excessif de mesures réglementaires ("goldplating") et en respectant l'esprit de la stratégie de Lisbonne et les spécificités du modèle social européen." (2006)

- "le «peaufinement» onéreux des obligations communautaires au niveau des États membres" (2006, pas tellement mieux que "peaufinage", finalement)

- "Il a été victime des divergences dans la transposition du texte le concernant, avec parfois l'ajout de surcharges inutiles" (2006)

- "Trop souvent, une transposition tardive ou des couches de "dorage" érodent l'effet de simplification des règles communautaires." (2008, il faut dire que la métaphore était appuyée dans la VO : "Too often late transposition or layers of “gold-plating” erode the simplifying effect of EU rules.")

- "Je sais que cela pose un problème à toutes les délégations allemandes, parce que la directive «emploi» a été enrichie par le gouvernement allemand." (2008, traduction des débats au Parlement européen)

- "invite cependant la Commission à vérifier si la transposition des directives, telles que la directive sur la transparence, a conduit, de la part des États membres, à l'introduction de dispositions non automatiquement requises par celles-ci ("gold-plating")" (2009 - VO : "asks the Commission, however, to review whether the implementation of directives such as the Transparency Directive has led to gold-plating by Member States")

- "Cette situation résulterait tant des règles européennes en la matière que des règlementations nationales, très variables selon les Etats membres, où la pratique de la « surtransposition » (goldplating) n’a pas toujours permis de tirer pleinement parti des directives « marchés publics »." (2011)

- "La plupart des États membres pourraient fournir de plus grands efforts en matière d’environnement des entreprises en améliorant la réglementation, en évitant d'imposer des obligations superflues et en améliorant l’accès des PME au financement." (2011)

- "se félicite de l'avis de la Commission selon lequel les États membres devraient éviter d'aller au-delà du prescrit de la législation de l'UE lorsqu'ils transposent les directives dans le droit national;" (2012, à vrai dire l'expression proprement dite n'est pas traduite, la VO précisant aussi sa signification : "welcomes the view of the Commission that Member States should avoid "gold-plating" by exceeding the requirements of EU legislation when transposing Directives into national law")

- "se félicite de ce que la Commission soit prête à aider les États membres à éviter la "surréglementation" au sein de l’Union européenne, comme le Comité l’avait préconisé dans son précédent avis relatif au SBA en mettant en évidence le fait que la surenchère législative de l’Union européenne constitue une barrière considérable à la création et au développement des microentreprises;" (2012 - deux occurrences, deux traductions, donc)

- "Dans de nombreux cas, les États membres ajoutent des exigences supplémentaires concernant ces prescriptions comptables, ce qui alourdit la charge administrative qui pèse sur les PME concernées." (2012)


Hors de l'Organisation, on croise également, en français, "surapplication" (à l'OCDE, 2002). Quelques autres instances ou sociétés reprennent le mot "gold-plating" tel quel assorti d'une courte explication dans des études ou des rapports francophones (voir le premier paragraphe de ce rapport du Sénat français, par exemple). Mais le terme reste toujours cantonné au phénomène d'inflation réglementaire qui survient lors de la transposition des textes de l'Union dans les États membres. Il s'agit donc d'une expression 100 % eurospeak, en somme (en témoigne également la fiche Wikipedia qui résume le concept), ce qui en fait un objet d'étude intéressant puisque son interprétation en français se fait en quelque sorte en vase clos, au sein de l'Organisation.

Même en tenant compte du fait qu'il existe comme toujours de multiples façons d'exprimer une même idée, il semble que les traducteurs de l'Organisation aient un peu tâtonné avant de trouver leur voie : on remarque ainsi d'intéressantes tentatives de restituer son côté bling-bling plaqué or imagé, à coups d'enluminures, de voile d'or, de dorage et de dorures ; on suit le fil des périphrases plus ou moins développées ; on hausse un sourcil dubitatif (comme ça, TOUJOURS) face aux termes parfois erronés qui sont employés... Et on note qu'il y a beaucoup, beaucoup de guillemets suivant des normes typographiques douteuses dans tout ça, comme si on s'excusait un peu d'essayer de traduire cette drôle d'expression (j'ajoute qu'elle est aussi, parfois, laissée telle quelle en anglais sans explication, l'expression). N'est-ce pas le signe d'un léger malaise linguistique, ou à tout le moins d'une petite gêne (ne dramatisons pas), devant cette acception propre à l'Europe et inventée de toutes pièces du mot "gold-plating" ?

Pour finir, c'est "surréglementation" qui l'a emporté en français, à la fois statistiquement, à vue de nez, dans les dernières années, et "officiellement" (hem) dans la fiche terminologique IATE consacrée au terme. Un seul mot, peut-être, mais qui peut induire en erreur (ce n'est pas tant l'excès général de réglementation qui est visé, que les exigences superflues adoptées lors de la transposition des textes européens en droit national, souligné-je dans une périphrase qui bat tous les records de lourdeur), alors que "surtransposition" (croisé parfois, voir ci-dessus en 2011) aurait peut-être levé cette ambiguïté.


Capture d'écran de la fiche IATE "gold-plating"

Dans ladite fiche, on constate d'ailleurs que pas mal de langues sont allées en définitive dans le même sens que le français, pour autant que je puisse en juger en ce qui concerne les langues que je connais (un peu) ou celles qui sont proches de langues que je connais (un peu) : dans les langues latines, on a "sovraregolamentazione" pour l'italien, "sobrerregulamentação" pour le portugais, "sobrerregulación" pour l'espagnol et "suprareglementare" pour le roumain, tandis que du côté germanique au sens large, on trouve "overregulering" pour le danois et le néerlandais, sans oublier "Überregulierung" en allemand.

Conclusion : quitte à employer un terme peut-être pas aussi précis qu'on le souhaiterait mais au moins compréhensible immédiatement, en fin de compte, ça ne serait pas plus simple de dire ça simplement en anglais aussi, hein, chers facétieux collègues qui faites des concours de bons mots pendant vos réunions très-très sérieuses ?


Comme là, quoi !


Le bonus que Tatie Les Piles vous livre parce qu'elle est comme ça, Tatie Les Piles, elle aime les boni : et sinon, toujours en eurospeak, vous connaissez le "Six-Pack" ?

Ta-ta-ta, je vous vois venir. Il n'a pas grand rapport avec ceci...



Ne ressemble pas non plus à cela... (à mon grand regret)


(Par souci d'exhaustivité, je vous invite à découvrir la photo d'origine entière sur un blog de qualité intitulé "Shirtless Daily"
tout en compatissant avec votre blogueuse dévouée pour les heures de recherches iconographiques
qui ont été nécessaires à la rédaction de cette fin de billet)

C'est comme je vous dis : je suis sûre que ces noms-là sont choisis pour la rigolade (on s'amuse comme on peut), parce que le Six-Pack, c'est le paquet législatif relatif à la gouvernance économique adopté en 2011, qui renforce la coordination et la surveillance des politiques économiques et budgétaires. Et qui regroupe six grandes mesures, donc. Six. Hahahaha.





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Merci de revenir pour la suite de ces vingt anti-commandements de vieille conne à destination des jeunes diplômés en traduction qui s’apprêtent à se lancer à leur compte ! Les dix premiers sont à lire là.



11. Si tu consultes un professionnel ou une association de traducteurs pour avoir des infos, ou (mieux encore) si tu prospectes auprès d’agences ou de clients finaux, ne prends pas la peine de relire ton mail ou d’y passer un correcteur d’orthographe avant de l’envoyer (ça fait toujours bon effet).

Non mais franchement, tu n’as aucun amour-propre ? Ou tu ne connais pas la gent traductrice, ces personnages étranges qui ont une forte propension à renvoyer un mail d’excuse quand il s’aperçoivent a posteriori qu’ils ont laissé une coquille dans un message adressé à un vieux pote, ces gens qui corrigent les tweets avant de les retweeter, ces curieux internautes qui envoient de gentils petits mots aux gens qui fréquentent les mêmes forums qu’eux ou qui tiennent un blog pour leur signaler une faute d’accord, ces névrosés qui ont du mal à aller jusqu’au bout d’une offre de location d’appartement si elle est rédigée en dépit des règles élémentaires de la grammaire et de l’orthographe (ai-je vraiment envie de payer un loyer à quelqu'un qui ne sait pas accorder un participe passé, franchement ?).

Bref, un traducteur qui reçoit un mail truffé de fautes d’orthographe n’a qu’une envie : appuyer sur le bouton « supprimer ». Soit tu n’obtiendras jamais de réponse, soit tu recevras un mail très désagréable qui te rappellera d’un ton hautain qu’un traducteur est censé écrire un français impeccable et que toi, petit scarabée, tu as l’air mal barré de ce point de vue-là (personnellement, je pratique la première option, mais j’en connais qui adoptent la seconde, non sans une certaine jubilation sadique). Et si tu t’adresses à un client, réfléchis deux minutes à l’impression calamiteuse que tu vas produire sur ton interlocuteur. Ça semble aller de soi, mais crois-moi, mieux vaut le rappeler…


12. Pour prospecter, envoie des CV aux services RH des boîtes qui t’intéressent et attends qu’ils te répondent.

Ce serait chouette de trouver du boulot comme ça, hein ? Ça ne mange pas de pain de le faire, d’ailleurs, on a parfois de bonnes surprises avec des CV envoyés au petit bonheur la chance plusieurs mois ou plusieurs années auparavant. Mais d’une manière générale, c’est loin d’être suffisant.

Déjà, sauf exception, on ne s’adresse jamais au service des ressources humaines : les RH servent à recruter des salariés, or le traducteur indépendant ne l’est pas, salarié, il est grosso modo un prestataire de services extérieur à la boîte. On va donc plutôt viser des directeurs ou responsables de collections (dans l’édition), des chargés de postproduction ou des directeurs techniques (dans l’audiovisuel), des project managers dans les agences de trad et d’une manière générale toutes les personnes susceptibles de faire appel à des traducteurs dans les entreprises (service export, communication internationale, achats, etc.). Évidemment, le ciblage des destinataires des candidatures joue pour beaucoup dans le nombre de réponses que l’on obtient.

Mais une fois qu’on a rectifié le tir en envoyant des CV à des interlocuteurs un peu plus pertinents que les DRH des entreprises qu’on vise, on ne s’arrête pas là, non non ! On écrit dans la lettre ou le mail accompagnant le CV qu’on se permettra d’appeler pour en discuter et ON APPELLE (sinon ça ne sert à rien). Et puis non seulement on décroche son téléphone, mais on se déplace, on se rend en personne sur des salons professionnels ou à des événements en lien avec les domaines où l’on veut exercer, on tâche de rencontrer aussi des consœurs zé frères pour se faire un petit réseau, bref, on sort de sa coquille. Forcément, on est assez peu préparé à ça, me direz-vous. Eh bien tant pis, on se bouge les fesses et on apprend, parce qu’en résumé, même en mettant toutes les chances de son côté, ce n'est pas facile, alors autant dire qu'on trouve rarement des clients (et encore moins des clients intéressants) sous le sabot d’un cheval.

Pour en savoir plus, on peut par exemple suivre la formation proposée par Chris Durban et Nathalie Renevier pour la SFT, qui est en tournée permanente et triomphale dans la France entière dans différentes régions (tarif réduit pour les étudiants) et est, me répète-t-on, formidable (je m’étais inscrite à une session il y a quelques semaines à Metz, mais une bronchite, un début de surmenage et un dégât des eaux m’ont dissuadée de m’y rendre le jour J, j’en étais fort marrie).


13. Si tu démarres dans la traduction audiovisuelle, vante-toi d’une longue expérience dans une team de fansubbing super efficace (tu verras, les pros adorent).

Si tu ne vois pas le pourquoi de ce conseil, lis par exemple ce texte sur premiere.fr.


14. Endette-toi sur dix ans pour acquérir dès que possible un coûteux logiciel de TAO, un plus coûteux encore logiciel de sous-titrage, sans oublier un encore encore plus coûteux logiciel de doublage, histoire de pouvoir faire face à toute éventualité dans les quinze jours qui suivent l'obtention de ton diplôme.

Les agences de traduction ne manqueront pas de t’envoyer bouler si tu n’as pas SDL Trados Studio, te dis-tu. Si tu veux faire du sous-titrage, il est impératif que tu t’équipes, te dis-tu aussi. La vieille conne te dit : attends.

Attends de voir de quoi tu as besoin exactement et quels sont les logiciels qui te paraissent utiles et confortables à utiliser. Une licence de base SDL Trados Studio coûte dans les 700 euros (je crois), un logiciel de sous-titrage pro tourne autour de 1000-2000 euros selon les éditeurs et les versions. Ce sont des investissements lourds, qui s’ajoutent à certaines dépenses d’installation indispensables (ordinateur performant, chaise un chouia ergonomique, dicos et ouvrages de référence, théière grande contenance, etc.) et peut-être aux mensualités d'un prêt étudiant ou à d'autres joyeusetés de ce genre.

Teste des outils comme OmegaT (logiciel libre utilisé avec bonheur par certains professionnels comme Pierre-de-la-Poutre-dans-l’œil), fais connaissance avec des confrères qui accepteront de te prêter ou de te louer un logiciel de sous-titrage, privilégie les clients qui n’exigent pas ce genre d’équipement (il y en a, oui-oui) ou te laissent le choix de ton logiciel (encore heureux, dis, ça veut dire quoi le « free » dans « free-lance » ?) ou mettent à disposition de leurs traducteurs des postes de sous-titrage/doublage ou encore ceux qui te loueront un logiciel sans t’arnaquer.

Bref : prends ton temps. Les logiciels ne font ni les commandes ni la qualité du travail. Et par ailleurs, un logiciel utile et rentable est un logiciel qu’on maîtrise bien et qu’on sait pleinement exploiter, sans quoi il ne sert qu’à perdre du temps et à s’arracher les cheveux.


15. Travaille sans contrats et sans bons de commande, on est en confiance.

Oui, il y a plein de commandes de traduction qui se passent très bien. Mais non, nous ne vivons pas dans un monde de Bisounours. Tu débarques sur un marché que tu ne connais pas, tu t’adresses à des entreprises dont tu ignores tout ou à peu près, tu ne sais pas trop distinguer a priori un requin d’un client réglo : la prudence est de mise.

D’ailleurs elle devrait toujours être de mise, mais avec le temps, on entend parler de telle ou telle boîte qui est recommandable ou véreuse, on crée des relations vaguement de confiance avec des clients très bien, bref, il peut paraître moins dangereux de baisser la garde. Dans ton cas, au contraire, quelques principes méritent d’être rappelés :

  • Pas de traduction pour l’édition sans contrat de cession de droits. L’ATLF propose un modèle de contrat sur son site qui vaut la peine d’être lu de près. Ne pas oublier que pour la traduction d’un livre, on doit percevoir un tiers de l’à-valoir à la signature du contrat, un tiers à la remise de la traduction et le dernier à l’acceptation de la traduction (jamais « à la publication », car l’ouvrage peut, après tout, ne jamais être publié…).

  • Théoriquement, pas de traduction pour l’audiovisuel sans contrat non plus. Je dis « théoriquement » car dans les faits, beaucoup de boîtes – pas forcément malhonnêtes – fonctionnent sans contrat, tandis que celles qui font signer des contrats à leurs auteurs ne sont pas nécessairement réglos. En remplacement, pour avoir au moins une trace de la commande, le mieux est de demander au client de renvoyer un ARCA complété (accusé de réception de commande d’adaptation), histoire d’avoir une trace de la commande complète et de ses conditions de réalisation. Un modèle peut être téléchargé en cliquant ici. Un indice sur votre écran : si le client rechigne à le renvoyer, c’est mauvais signe.

  • Pas de traduction pour une agence sans un bon de commande de ladite agence.

  • Pas de traduction pour un client direct inconnu sans un devis signé par le client et portant la mention « Bon pour accord ».

  • (Ajoutons, pour la traduction audiovisuelle, qu'il faut toujours exiger a posteriori l'« attestation de traduction » qui te permettra ensuite de déposer ladite traduction auprès de la Sacem ou de la Scam.)

Disons-le clairement, rien de tout ce qui précède n’empêchera un client véreux de continuer à vérer s’il le veut. Mais montrer qu’on sait comment se passent les choses et qu’on sait qu’il existe des contrats et des bons de commande, exiger une trace écrite de toute commande, etc. permet de se protéger un peu. Un peu.


16. Quand tu traduis, ne consulte aucune source de documentation hors Internet (c’est vieux, c’est du papier, c’est poussiéreux, c’est nuuuuul).

Rhââ, je sais, ça paraît fou, là encore. Et ta blogueuse dévouée fait elle aussi BEAUCOUP de recherches sur Internet. Mais l’erreur consisterait à croire qu’on y trouve toutes les réponses et qu’il n’y a pas d’autre source d’information, or j’ai l’impression que c’est de plus en plus le réflexe de beaucoup de traducteurs qui démarrent aujourd’hui. On peut le comprendre, car on trouve effectivement une masse d’infos incroyable en ligne, dont beaucoup d’une qualité très fiable. Ce n’est pas pour autant qu’il faut systématiquement négliger deux autres grandes sources d’infos : les bibliothèques (avec leurs ouvrages de référence qui ne portent pas ce nom pour rien) et les spécialistes, qu’on peut contacter pour leur demander des explications, une info sur un terme, etc.

En résumé, partir du principe que « si je ne trouve pas une info sur Internet, c’est qu’elle est introuvable » (je vous livre là un bout de vécu de relectrice), ou se dire que l’à-peu-près-sans-confirmation-mais-bon-ça-va-quoi qu’on a trouvé en ligne fera bien l’affaire, c’est un peu… léger.


17. Si tu travailles en équipe avec des traducteurs plus expérimentés ou si tu es en contact avec des professionnels compétents qui révisent tes traductions, surtout, reste persuadé(e) que tu sais tout mieux qu’eux en toutes circonstances.

Je sais, là encore, c’est difficile. Il faut bien prendre confiance en soi et apprendre à défendre ses choix de traduction, non ?

Bien sûr. Mais méfie-toi quand même un peu, vas-y mollo, ménage le traducteur expérimenté et le réviseur compétent : si ça se trouve, l’un ou l’autre sait ce qu’il fait et l’expérience lui a appris des choses que tu ne sais pas encore. Si-si.

Évidemment, s’il est inutilement cassant, s’il se montre désagréable, s’il est manifestement incompétent et/ou s’il dénigre systématiquement ton travail, ne te laisse pas faire (on peut être un bon partenaire de binôme et un bon réviseur en expliquant gentiment ce qu’on fait) (c’est même mieux) (c’est même l’idéal). Mais d’une manière générale, écoute vaguement ce qu’il a à te dire, on ne sait jamais, ça pourrait même te servir plus tard.


18. Si tu dégotes un ou deux clients réguliers, arrête de prospecter.

Tu as décroché tes premiers contrats, le client semble mordre à l’hameçon et te donne désormais du boulot toutes les semaines ? BRA-VO ! Tu as même trouvé un deuxième client régulier, et le travail que te confient ces deux premiers clients t’occupe à plein temps et te permet de payer ton loyer et même un peu plus ? BRA-VO bis !

Ne commets pas l’Erreur Fatale, ne t’arrête pas là. Non, deux clients, ce n’est pas suffisant. Je ne sais plus si ce conseil figure dans The Prosperous Translator ou si je l’ai entendue en parler par ailleurs, mais Chris Durban préconise de ne pas dépendre à plus de 20 % d’un même client et elle a bien raison. Si je calcule bien, ça nous fait un minimum de cinq clients réguliers, ça. Pourquoi ? Parce qu’on ne met pas tous ses œufs dans le même panier, pardi. On n’est jamais à l’abri d’un client qui fait faillite, qui change de prestataire, qui décide de payer moins, qui arrête d’externaliser ses traductions, qui cesse d’avoir besoin de traductions régulières, etc. Et puis les gens changent de poste dans les entreprises, les affinités avec tel ou tel client sont susceptibles de faire varier la masse de travail confiée à tel ou tel traducteur, le successeur de ton interlocuteur préféré chez ton client chéri peut arriver avec son propre carnet d’adresses et choisir de travailler avec d’autres professionnels. Bref, en un mot comme en cent : la diversification, il n’y a que ça de vrai. Attention, je ne dis pas que c’est facile, hein. Ni que ça se fait en deux semaines. Mais à long terme, ça évite de gros problèmes : se remettre de la perte d’un client qui représente 15-20 % de son chiffre d’affaires, c’est faisable. Se remettre de la perte d’un client qui en représente 70 %, c’est très dur.

Donc deux clients, c’est super, et si j’étais toi je m’offrirais peut-être même une paire de ballerines André (tellement choupettes, non ?) (on ne voit pas bien sur la photo, mais elles ont des poils) (j'adore) pour marquer le coup. Mais ça ne suffit pas. Les bottines Chie Mihara, ce sera pour fêter le cinquième client.


19. Vis dans l’instant, fuck la paperasse : oublie l’affiliation à l’Agessa et les déclarations à la Scam ou à la Sacem.

Tu t’es dépatouillé des questions de statut, tu es désormais traducteur/adaptateur de l’audiovisuel et content de l’être ? Assieds-toi avant de lire ce qui suit : ce n’est pas fini. Hélas. Miséricorde. Bouhouhou. Snif-snif.

Dans un avenir relativement proche, il te reste deux démarches à effectuer dont tu ne percevras pas les bénéfices tout de suite, mais à moyen et long terme. La première, c’est l’affiliation aux sociétés de gestion collective des droits d’auteur, la Scam et la Sacem. Oui, il faut payer un droit d’inscription, se taper l’épluchage des programmes télé pour guetter la moindre diffusion ou rediffusion des fictions ou documentaires qu’on a traduits (surtout dans le cas de la Sacem), faire signer des attestations de traduction et remplir des bulletins de déclaration, tout cela prend un peu de temps. Mais franchement, fais-le. Prends la peine de déclarer tes premières « œuvres », même si tu as l’impression que c’est pour des clopinettes. Au bout de quelques années, si tu travailles régulièrement pour l'audiovisuel, tu seras content de t’en être occupé, je te le promets.

La seconde démarche, c’est l’affiliation à l’Agessa quand tu dépasseras un certain seuil de revenus (8 379 euros par an actuellement). Dès lors que tu établis une note de droits d’auteur, l’Agessa prélève sur tes revenus des cotisations de sécurité sociale (+ quelques autres trucs). Mais tu n’es pas affilié à l’Agessa, c’est-à-dire que tu cotises dans le vide, tu ne bénéficies pas des prestations du régime auquel tu contribues. C’est dommage, avouons-le. Une fois que tu es affilié, non seulement tu peux bénéficier du régime de Sécu général, mais en plus tu cotises aussi pour la retraite (générale) et la retraite complémentaire. Et ça, même si tu n’en vois pas trop l’intérêt aujourd’hui à 23 ans, c’est une bonne chose aussi. Sans parler du fait que c'est obligatoire, bien sûr.

NB : Je ne crois pas qu’on puisse passer à côté des cotisations à un régime de retraite quand on est autoentrepreneur ou profession libérale, mais vérifie bien sûr que tu es dans les clous, hein.


20. Vis pleinement ta condition de travailleur indépendant et ne pense qu’à ta gueule.

Tout le monde ne croit pas à l’action collective, c’est un fait. Très subjectivement, ta blogueuse dévouée trouve bien dommage que tous les traducteurs du monde ne veuillent pas se donner la main : si tu veux mon avis, on réglerait pas mal de problèmes en faisant preuve d’un chouia de solidarité confraternelle (au lieu de la jouer perso par exemple dès qu’une baisse de tarifs - souvent très collective, elle - pointe le bout de son nez).

Mais même si tu ne partages pas ma façon de voir les choses, cher petit scarabée, envisage quand même de rejoindre l’une des nombreuses associations de traducteurs indépendants qui nous aident tous à mieux exercer notre bô métier, en défendant nos intérêts et en œuvrant pour la reconnaissance de ce travail méconnu. Et si vraiment, vraiment, tu n’es pas convaincu, va lire ce billet que j’avais écrit au printemps 2012, qui récapitule quelques bonnes raisons profondément égoïstes pour adhérer à l’une ou l’autre de ces organisations. Et adhère.


Allez, c’est fini, je ne te retiens pas. N’oublie pas qu’il y a d’autres billets intéressants qui te concernent sur les blogs des consœurs zé frères, comme ceux qui sont répertoriés dans la rubrique « Étudiants et jeunes traducteurs » par ici. N’hésite pas à faire usage de la rubrique « Contact » de ce blog si tu veux râler, ou à m'écrire à lespilesintermédiaires(arobase)yahoo.fr. Et puis rassure-toi : la vieille conne en apprend encore tous les jours, dans ce métier.





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