En décembre dernier, Carol O’Sullivan – chercheuse outre-Manche et, entre mille autres choses, tenancière du blog MA Translation Studies News – publiait un billet intitulé « Subtitles For People Who Really Like The Film ». Sa traduction par les soins de votre blogueuse dévouée a connu un parcours tortueux, mais elle atterrit finalement ici et je m’en réjouis, car j’aime vraiment beaucoup ce billet. J’adresse aussi un grand merci à Samuel Bréan pour sa relecture attentive. Bonne lecture !



À quand des « sous-titres pour ceux qui aiment vraiment le film » ?


Carol O’Sullivan

Et si les DVD offraient un plus grand choix de sous-titres ?

Vous me direz que la plupart des DVD proposent déjà plusieurs sous-titrages. Alors que j’écris ces lignes, j’ai d’ailleurs devant moi l’édition limitée zone 2 de Chinatown (Roman Polanski, 1974) parue au Royaume-Uni, qui comporte des sous-titres anglais, danois, néerlandais, français, finnois, allemands, italiens, norvégiens, espagnols et suédois, sans oublier des sous-titres anglais pour les sourds et malentendants. Pléthore de sous-titrages, à ne plus savoir où donner de la tête. C’est exact, mais je ne parlais pas de ça.

Je pensais à des sous-titrages destinés non pas à un public différent (francophone ou germanophone, entendant ou malentendant, etc.), mais à un même public, simplement désireux de profiter des films de plusieurs façons différentes.

Le DVD devrait être le support idéal pour cela. Il est vrai que de nombreuses éditions DVD de comédies proposent déjà en bonus des sous-titrages variés. Ma préférée est sans doute l’édition spéciale dite « ultimate definitive final » de Monty Python : Sacré Graal ! (Terry Gilliam et Terry Jones, 1975) sortie au Royaume-Uni en 2002, qui annonce parmi ses bonus ô combien spéciaux : «NEW! Subtitles For People Who Don’t Like The Film » [NOUVEAU ! Sous-titres pour ceux qui n’aiment pas le film], lesquels consistent en un remix de vers issus de la seconde partie d’Henry IV, de Shakespeare[1]. Cependant, il s’agit là de sous-titrages « gags », de détournements, plutôt que de « traductions » à proprement parler. En 2010, Jean-Luc Godard a semble-t-il réalisé un vieux rêve en présentant Film Socialisme à Cannes avec un sous-titrage déconcertant. Le DVD américain édité par Kino Lorber propose un sous-titrage classique, mais permet également de visionner les sous-titres du cinéaste en « anglais navajo[2] ».

Lorsque les spectateurs se rendent compte qu'il existe autant de versions d’un sous-titrage que de traducteurs, leur curiosité est souvent piquée. Quelques courageux éditeurs ont relevé ce défi.

Prenons par exemple le DVD zone 1 d’Ebola Syndrome (Yi boh laai beng duk, Herman Yau, 1996), édité en 2007 par Discotek. Il offre à la fois des « sous-titres délirants de Hong Kong[3] » et des sous-titres anglais classiques, plus récents.



Je l’avoue, je reste dubitative. Les sous-titres « de Hong Kong » paraissent par endroits trop « délirants » pour être honnêtes, comme dans cette réplique à laquelle la traduction anglaise apporte un double sens supplémentaire[4] (dans l’ordre, le sous-titrage « classique » et le sous-titrage « délirant ») :



[NdT : « To play with oneself » est également un euphémisme pour « se masturber ».]

Le spectateur peut opter pour l’un ou l’autre de ces sous-titrages pour suivre le film.

Ebola Syndrome n’est pas le seul film de Hong Kong dont le DVD offre un tel choix. L’édition zone 1 de Bio Zombie (Sang dut sau shut, Wilson Yip, 1998), commercialisée par Tokyo Shock en 2000, propose également plusieurs sous-titrages anglophones (bien que cette particularité ne soit pas mise en avant sur la jaquette du DVD). Outre la version originale en cantonais et un doublage en anglais, le spectateur peut en effet visionner la version originale accompagnée de sous-titres anglais ou de sous-titres en « Engrish[5] ».



Ces derniers proviennent d’une édition DVD antérieure parue chez l’éditeur hongkongais Mei Ah. Les différences entre les deux pistes de sous-titres sont assez distrayantes, comme en témoigne cette courte séquence dans laquelle les deux anti-héros du film font leurs armes de tueurs de zombies. Voici les sous-titres anglais classiques :



Et voici la même scène sous-titrée en « Engrish » :



Par moments, les sous-titres en « Engrish » ne permettent plus du tout de saisir le sens des dialogues originaux, comme dans l’exemple suivant (le sous-titre « correct » est le premier) :




Si vous comprenez le cantonais et connaissez ce film, n’hésitez pas à vous manifester pour nous expliquer comment la traduction d’une même réplique peut aboutir à ces deux sous-titres ! Ailleurs, les deux versions accomplissent même l’exploit de dire le contraire l’une de l’autre :



 

Les spectateurs n’ayant eu accès qu’aux sous-titres en « Engrish » de l’édition Mei Ah semblent pourtant se faire une raison (voir cette page ou celle-là, en anglais), jugeant que le faible prix du DVD compense une traduction pour le moins exotique.

Autre exemple de sous-titres hors des sentiers battus que j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer : ceux de l’édition du Château de l'araignée (Kumo no Sujō, Akira Kurosawa, 1970) parue en 2003 chez Criterion, qui propose deux sous-titrages identifiés par le nom de leur auteur respectif, Linda Hoaglund et Donald Richie.



Le livret accompagnant le DVD contient également deux courts textes dans lesquels les adaptateurs détaillent la manière dont ils ont abordé ce sous-titrage. La traduction de Linda Hoaglund tend vers un registre légèrement archaïsant, tandis que celle de Donald Richie vise la fluidité et une lisibilité maximale. Elles sont différenciées par des polices distinctes :




Dernier exemple tout à fait réjouissant d’alternative offerte au spectateur, le DVD zone 1 de L’Embuscade (Machibuse, Hiroshi Inagaki, 1970) édité en 2005 par Animeigo propose de choisir entre les options « japonais intégralement sous-titré » et « japonais partiellement sous-titré ».



Trouvant l’idée très intéressante, je supposais initialement que les sous-titres « partiels » apportaient une traduction classique des dialogues et que les sous-titres « intégraux » étaient enrichis de notes de traduction (explications, notions propres à la culture japonaise, etc.). Renseignements pris auprès d’Animeigo, le sous-titrage « partiel » ne traduit pas les dialogues, mais affiche uniquement des notes explicatives et la traduction des inscriptions apparaissant à l’écran.



Le sous-titrage « intégral » traduit les dialogues en sus des notes et inscriptions :



Contacté par e-mail, l’éditeur m’a expliqué que l’ajout de cette option répondait à une demande des consommateurs. En effet, beaucoup de spectateurs comprennent suffisamment le japonais pour apprécier les dialogues d’un film, mais pas assez pour lire les idéogrammes apparaissant dans les cartons et les sous-titres originaux, ou pour saisir les références culturelles. Il semble qu’Animeigo procède désormais souvent de cette façon pour ses nouvelles sorties.

Cependant, me direz-vous, il s’agit là d’exemples anecdotiques, tirés d’une poignée de films destinés pour la plupart à un public de niche. Sont-ils vraiment probants ?

Il me semble que oui, pour plusieurs raisons :

  • 1. Donner le choix entre plusieurs sous-titrages permet de souligner le fait qu’une traduction audiovisuelle de qualité ne tombe pas du ciel.

  • 2. C’est aussi une façon de rappeler aux spectateurs que la qualité des sous-titres influe directement sur la façon dont ils vont apprécier le film. Bon nombre d’éditions DVD semblent bricolées à la va-vite, sans qu’un grand soin soit apporté à la qualité de la copie ou à l’ergonomie des menus (et ne parlons même pas de la pertinence des choix de traduction). Le fait de proposer un assortiment de sous-titrages pourrait s’inscrire dans une prise de conscience plus globale de l’importance de la conception des DVD (oui, je sais bien que les ventes de DVD ont reculé de près de 20 % en 2012 par rapport à 2011, mais je reste optimiste ; à l’instar du livre, il me semble que ce n’est pas parce qu’il existe d’autres sources de divertissement que l’extinction du DVD est imminente).

  • 3. La citation du nom du sous-titreur – comme celle du nom des traducteurs de l’écrit – est une pratique souhaitable, ainsi que le répète inlassablement Chris Durban. Une traduction de qualité doit être dûment récompensée.

  • 4. La visibilité accrue des traductions parmi les options et bonus des DVD permet de sensibiliser au rôle indispensable que jouent les traducteurs dans la réalisation et la distribution des films.

  • 5. Les sous-titres ont un fort potentiel ludique et divertissant ; à ce titre, plus ils sont délirants, mieux c’est.


  • Pour autant, est-ce l’avenir du sous-titrage ? Probablement pas. L’expérience – quelque peu lassante, du reste – nous montre que les distributeurs et les éditeurs de DVD traitent le sous-titrage avec une grande désinvolture. Pourtant, de nombreux films mériteraient une réédition de luxe assortie de traductions-bonus. Songeons à Jeunes filles en uniforme (Mädchen in Uniform, Leontine Sagan, 1931) : ce serait formidable d’avoir accès au sous-titrage français d’époque signé par Colette, ou aux sporadiques sous-titres anglais (au nombre de 124 !) qui figuraient sur la première copie traduite projetée au Royaume-Uni en 1932. Et quid de Day Watch (Dnevnoy dozor, Timur Bekmambetov, 2006), dont les éditions DVD américaine et britannique ont déçu les spectateurs qui espéraient retrouver les sous-titres réjouissants de la sortie en salles[6] ? Lorsqu’un sous-titrage fait l’objet de controverses et de récriminations, le support DVD offrirait un bon moyen de le comparer et de le confronter à d’autres : la version des 400 coups (François Truffaut, 1959) ressortie par le British Film Institute au Royaume-Uni en 2010, par exemple, a donné lieu à de nombreuses doléances. Un nouveau sous-titrage a dû être réalisé en urgence, les spectateurs ayant signalé qu’une bonne partie des dialogues originaux ne se retrouvaient pas dans les sous-titres.

    En attendant, il serait déjà appréciable que les éditeurs DVD offrent le choix entre sous-titrage sourds et malentendants et sous-titrage de traduction. Ils sont trop nombreux à rogner sur ce poste (ils se reconnaîtront). Cela a assez duré. D’ailleurs, n’hésitez pas à faire connaître ceux qui ne jouent pas le jeu.



    Carol O’Sullivan © 2013


    [1] NdT : dans l’édition française du DVD (Studio Canal, 2003), l’option « Sous-titres pour ceux qui n’aiment pas le film » existe également et consiste en une adaptation de répliques du Cid de Corneille.

    [2] NdT : ces sous-titres en « anglais navajo » figurent aussi sur l’édition DVD française du film parue chez Wild Side en 2010.

    [3] Les sous-titrages « made in Hong Kong » constituent un phénomène désormais reconnu. Réalisés par des sous-titreurs dont l’anglais n’est pas la langue maternelle, ils proposent des solutions de traduction surprenantes, voire parfois désopilantes. Pour de plus amples informations, voir David Bordwell, Planet Hong Kong: Popular Cinema and the Art of Entertainment, Madison, Irvington Way Institute Press, 2011, p.78.

    [4] Dans les sous-titres français de Jean-Marc Bertrix présentés sur l’édition DVD sortie par Metropolitan en 2006 : « Li, va jouer dehors, / je dois parler avec Kai. »

    [5] NdT : c’est-à-dire dans un mauvais anglais que les locuteurs d’un anglais plus normé jugent typique des pays asiatiques. Voir par exemple le site http://www.engrish.com/.

    [6] NdT : je n’ai trouvé aucune mention d’un sous-titrage particulièrement inventif pour la sortie française du film (il a du reste connu un succès très modeste en France). Au sujet des sous-titres diffusés outre-Atlantique, voir Alice Rawsthorn, « The director Timur Bekmambetov turns film subtitling into an art », New York Times, 27 mai 2007, consultable sur http://www.nytimes.com/2007/05/25/style/25iht-design28.1.5866427.html?pagewanted=all&_r=1&.



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    Tics, manies et autres névroses (ép. 11)



    Le point de départ de ce billet est un tweet de @libbyheighway, qui a bien voulu que je m'en inspire pour rédiger un nouveau chapitre de cette étude hautement rigoureuse de nos tics, manies et névroses.


    Le traducteur est un petit être délicat. Confronté au monde hostile qui l'entoure, il a parfois des réactions étranges, compulsives, inquiétantes. Certains préfèrent parler de "déformations professionnelles" pour minimiser la chose, mais let's face it : le traducteur professionnel est gravement atteint. Cette série de billets explore les tics, manies et autres névroses de la gent traductrice.


    Il se fait tard, une voix nasillarde dans un haut parleur indique que le magasin de bricolage va bientôt fermer ses portes, il y a très exactement 35 articles entassés dans ton caddie, tu te dis qu'il faudrait songer à te diriger vers les caisses, mais... Où est donc passé le traducteur qui t'accompagnait, où se cache la traductrice qui est entrée avec toi dans le magasin il y a deux heures ?

    Regarde, il est là. Quatrième allée sur la gauche. Il est immobile devant un mur d'outils variés et tu vois bien, de loin, qu'il est très concentré, mais... que tient-il dans les mains ? Qu'est-ce qui mobilise ainsi toute son attention, au point qu'il a occulté la fermeture imminente du magasin ? Qu'est-ce donc qui semble l'avoir propulsé dans une dimension parallèle ?

    Un emballage de tournevis.

    Oui. Mais. Un emballage de tournevis EN SEPT LANGUES, môssieur !

    La voilà, la malédiction éternelle du traducteur faisant des courses. Du traducteur déballant n'importe quel objet acheté dans le commerce. Du traducteur prenant en main un emballage de plat cuisiné. Du traducteur découvrant un menu bilingue. Du traducteur visitant un site disponible en plusieurs langues. Du traducteur... oui, mesdames et messieurs, du traducteur saisissant un paquet de nouilles chinoises :



    (Nous y voilà : merci, Elizabeth !)

    Mais qu'est-ce au juste que la contemplation multilinguite (eh oui, il lui fallait bien un nom) ? Une plongée soudaine hors du temps ? Une lente dérive vers un univers déconnecté de la réalité ? Le symptôme d'un douloureux besoin d'évasion ? Celui d'une neurasthénie alarmante ?

    Attention, pas de psychodrame outrancier : il est important, pour le parent/conjoint/ami/amant/fuck-friend témoin d'un accès de contemplation multilinguite, de savoir que le traducteur qui en est atteint ne souffre pas. Ce qui peut ressembler de loin, pour le profane, à de soudaines absences quelque peu préoccupantes, est en vérité une seconde nature chez le traducteur.

    Rien de grave, en somme. Tout au plus un mini-tic, une microscopique manie, une toute-toute-toute petite névrose.

    Même pas, plutôt une habitude, un réflexe. Car selon une loi bien connue, tout texte, quel qu'il soit, tend à attirer le regard du traducteur lambda. L'alinéa 2.3 de ladite loi dispose en outre que l'attention dudit traducteur est irrémédiablement capturée dès lors que son œil constate la coexistence en un même lieu de différentes variantes linguistiques d'un même texte.

    Voilà pour le principe. Reste à analyser les raisons profondes de cette plongée en contemplation multilinguite. Elles sont au nombre de trois, si l'on en croit les dernières recherches sur le sujet :

    1. la curiosité : oui, sa soif perpétuelle d'apprendre pousse le traducteur à chercher la réponse à des interrogations aussi existentielles que "comment dit-on 'réchauffer 3 minutes au micro-ondes' en portugais ?" ou "tiens, comment ils ont traduit 'gravy' en français ?" ou encore "voyons si ce mot a la même racine germanique en néerlandais qu'en allemand". Et non, il ne faut pas s'en moquer : le traducteur est lingophile, une pathologie fort bien décrite récemment par mon éminent confrère Pierre, par ici, et qui transparaît dans d'occasionnelles crises de localite. Sans oublier que le traducteur est comparitopathe, si vous avez tout bien suivi. Cette passion pour la langue, les langues, et cette envie irrépressible de comparer les énoncés rédigés dans des langues différentes sont constitutives de l'être-traducteur, c'est comme ça. Et puis on ne sait jamais, ça peut servir un jour en vadrouille. Si-si.

    2. l'espièglerie : ah, il ne faudrait pas prendre le traducteur pour un triste sire. Il aime la galéjade et - il faut l'avouer - lorsqu'il prend en main un gratin de poisson quadrilingue ou un kit de jardinage d'intérieur made in China, une petite partie de lui-même espère bien tomber sur l'une de ces perles de traduction drolatiques qui vous éclairent une journée. Votre blogueuse dévouée ne s'est ainsi jamais remise de cette poêlée aux aubergines qu'elle a croisée un jour (et qu'elle vous a déjà servie, oui, je sais) :

    Ne jamais sous-estimer la valeur d'une bonne tranche de rigolade, en somme. Et tant pis si ça ne te fait pas rire, toi, parent/conjoint/ami/amant/fuck-friend. (Mais si, quand même, regarde, c'est trop drôle, non, hihihihi ?)

    3. un brin de masochisme : moui, il faut l'avouer aussi. Lorsqu'il prend en main un gratin de poisson quadrilingue ou un kit de jardinage d'intérieur made in China, le traducteur sait aussi qu'il va peut-être se faire du mal et tomber sur une nouvelle illustration du manque de considération dont fait l'objet son beau métier.

    Mais à bien y réfléchir... c'est aussi relativement rassurant s'agissant du caractère indispensable des traducteurs humains, ma foi.

    Du coup, l'enchaînement de la curiosité du point 1., du fou rire du point 2., puis de la grimace du point 3. culmine chez le traducteur en une sorte d'Aufhebung où se mêlent la curiosité satisfaite, la certitude d'avoir gagné quelques minutes d'espérance de vie en rigolant un peu et l'optimisme quant à l'utilité future de son métier.

    Alors, vous voyez bien qu'il n'y a rien de grave. C'est un moment de grâce pour le traducteur plongé dans sa bulle de contemplation multilinguite. Ne le dérangez pas, laissez-le, il en a besoin.

    (Et abonnez-le au groupe "Traductions de merde", si ce n'est pas déjà fait. Des heures de bonheur assurées.)




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    Satisfaction futile


    Hem. On va encore dire que je suis rancunière, hein.

    Vous vous souvenez de la tournée 2011 du Lac des cygnes par le "Saint-Pétersbourg Ballet Théâtre" (sic) ? Non ?

    Si-si, cliquez par là, zallez voir.



    Voilà, vous y êtes ? Cette affiche qui, on ne sait trop pourquoi, annonçait un ballet de "Piter Tchaikovski".

    Eh bien voilà à quoi ressemble l'affiche de la tournée 2014, c'est-y pas mieux ?



    (On ne peut pas dire qu'ils se soient foulés pour renouveler l'allure générale de l'affiche, mais leur budget communication a dû être sérieusement entamé par la correction de "Piter" en "Piotr".)

    Encore un petit effort, d'ici deux ou trois ans on aura un tréma sur le premier "i" de Tchaïkovski et ce "live" inutile disparaîtra de l'affiche.

    Espoir, espoir, mes amis !



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    Spam


    Un article fort intéressant dans le numéro de mars du Monde diplomatique nous retrace "Une histoire du spam", ce fléau familier de l'internaute moderne (ou pas moderne, d'ailleurs). Pour vous dire s'il est intéressant, il commence par tout un tas de considérations linguistiques et de mots rigolos. Et même, il commence par parler de traduction (oh ! ah !).



    Un peu plus loin, je découvre quelque chose que tout le monde sait sans doute, mais que pour ma part j'ignorais, s'agissant de l'origine du mot "spam" :



    Ne m'étant jamais vraiment posé la question, j'ignorais complètement qu'il y avait un lien entre ces courriels envoyés par des officines proposant du Viagra à vil prix et ce sketch survolté et bien connu des Monty Python.


    Alors je plonge dans la suite de l'article, je m'enthousiasme, je me réjouis de ce papier agréable à lire et bien informé.

    Et soudain, douche froide. Je cherche. Sous le nom de l'auteur, Finn Brunton. Dans la note qui le présente. À la fin de l'article. Dans le sommaire juste en-dessous. J'ai du mérite à chercher, hein, car je lis le Diplo sur un écran de 8 cm sur 5, autant dire que ça prend du temps de balayer des pages A3.

    Mais non, je ne trouve rien. Et je crois bien que ce que je cherche éperdument en chatouillant la surface de mon naïpod n'est pas là, en fait.

    Dites, Le Monde diplomatique. Je vous aime beaucoup, énormément, même. Mais quand un article démarre par la phrase "Au moment de rédiger cet article, j'ai eu une pensée compatissante pour le traducteur qui le réécrirait en français", ce serait fort civil de votre part d'indiquer son nom, au traducteur.

    M'avez spammé ma lecture, tiens.



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    Change de métier #7


    (Rappel du principe. Voir aussi l'album "Candidatures de free-lances en folie".)

    Mes excuses par avance à ceux qui auraient déjà vu passer cette capture d'écran sur la page Facebook des Piles il y a quelques jours, mais je ne m'en remets pas et j'en profite du coup pour réactiver cette rubrique un peu délaissée.



    En retournant sur le site hier, j'ai constaté que le paragraphe d'introduction avait été modifié et que la référence à Google Trad avait disparu. Mais cela reste... surprenant.



    J'avoue, j'ai failli lui écrire, avec pincettes et circonvolutions. Et puis je me suis dit que ce n'était pas mes oignons. Quelqu'un a peut-être signalé à cette consœur que son entrée en matière n'était pas extrêmement judicieuse...




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    Faites-moi plaisir


    Twitter a cela de pratique qu'on y voit passer, moyennant des abonnements bien choisis, à peu près tout ce qui se publie en ligne concernant la traduction, les langues, les difficultés de communication interculturelle, mais aussi plein d'autres domaines potentiellement intéressants de près ou de loin.

    C'est-à-dire environ un article sur trois portant dans son titre la formule "Lost in translation". Ou "Found in translation". Vous trouvez que j'exagère, hmm ?

    Bon. Faisons une petite recherche élémentaire sur Gougueule, juste pour voir, sans aucune prétention scientifique : 1. l'expression précise "lost in translation" 2. en excluant les termes "Coppola" et "Murray" pour éliminer autant que faire se peut les références au film qui porte ce titre 3. en restreignant le champ de la recherche aux 30 derniers jours.



    Je vous la fais courte, il y a 21 pages de résultats.



    211 entrées, dit Gougueule. Dites, c'est pas un peu beaucoup, ça, pour un mois ? Le tout, noyé dans la masse, bien sûr. Car si on enlève la restriction de date, on aboutit à près de 15 millions de résultats. Et il y a un peu de tout, dans le lot.



    Rappelons que "lost in translation", c'est d'abord deux choses. Premièrement, une citation approximative du poète américain Robert Frost : "Poetry is what gets lost in translation." (issue de Conversations on the Craft of Poetry, 1959). Je dis "approximative" car la véritable citation semble être plutôt "I could define poetry this way: it is that which is lost out of both prose and verse in translation" (je fais aveuglément confiance aux infos trouvées en ligne, ne connaissant pas l'ouvrage dont il est question). Deuxièmement, le titre d'un poème d'un autre Américain, James Merrill, texte que je vous invite à aller découvrir par là si vous ne le connaissez pas (publié initialement en 1974 dans le New Yorker). Comme je ne suis pas non plus une exégète accomplie de cet auteur (et que ledit poème n'est pas limpide-limpide à la première lecture, bien qu'il dégage une curieuse impression de familiarité, peut-être parce qu'il me rappelle mes jeunes amours Auden-iennes), je vous en copie-colle ici la substantifique moelle telle qu'elle est résumée dans un article sur ce curieux petit site intitulé Digital Archive of Revision for Scholars & Students :

    It is Merrill’s most anthologized lyric poem, taking as its main conceit the narrator’s childhood memory of piecing together a puzzle with his nanny during the summer of his parents divorce. When Merrill was 13 years old, in 1939, his parents’ divorce made front-page news in The New York Times. Merrill imagines the puzzle-making as a way to reconstitute the family that is falling apart but the metaphor extends into his adulthood and characterizes his lifelong efforts to redeem losses by forging reparative connections. Embedding mysteries and recondite references to future events Merrill complicates the poem’s central metaphor by both engaging the reader in the process of “piecing together” and by suggesting adult analogues—such as translation, or poetic creation—to the child’s play. Memories of the language of his French nanny, “Mademoiselle” (later discovered to be German) evoke passages from a Rainer Maria Rilke translation of Paul Valéry’s “Palme” that lead him to connect seemingly disparate activities.

    Si on jette un coup d’œil à Ngram, l'outil fort intéressant permettant de déterminer la fréquence d'apparition d'un mot ou d'une expression dans le corpus de Google Books, on note que "lost in translation" est carrément inexistant avant les années 1950 (et la citation de Robert Frost, donc), mais connaît un premier pic de popularité après la fin des années 1970 (et la publication du poème de Merrill, donc), puis un second pic de popularité dans les années 2000 (avec, peut-on le supposer, la sortie du film de Sofia Coppola).



    Ce qui est marrant (si si), c'est que lorsqu'on jette un autre coup d’œil aux résultats Google Books d'avant Merrill, l'expression est utilisée pour parler, très littéralement, de notions ou de nuances qui sont, effectivement, "lost in translation", c'est-à-dire qui se perdent dans le processus de traduction, que la référence à Robert Frost soit ou non explicite (voir les résultats sur Google Books ici). C'est à partir des années 1980 que commence la récupération de l'expression dans des titres de livres ou d'articles (voir par là), et que cette petite poignée de mots semble acquérir une quasi-autonomie. Impression confirmée si l'on fait une recherche sur les titres de livres chez amazon.com (oui, pardon, entre Google et Amazon, aujourd'hui je fais fort dans la World Company) : plus d'un millier de bouquins comportent dans leur titre ou leur sous-titre l'expression "lost in translation". Là encore, si l'on fait abstraction des ouvrages consacrés au film de 2003 et des rares qui doivent aborder des questions d'intraduisibilité, il y a à boire et à manger :



    Petite parenthèse franco-centrée : sur le web français, c'est manifestement le film qui fait entrer l'expression anglaise dans les titres d'articles (articles qui ne sont pas consacrés au film, hein). Dans des contextes parfois très, TRÈS fantaisistes.



    Donc oui, "lost in translation" se porte bien. Très, très bien, même. À tel point que pour se démarquer, des petits malins se sont dit qu'ils pourraient utiliser aussi... "found in translation". Pardon, que dites-vous ? Ça ne veut rien dire, c'est n'importe quoi ? N'exagérons pas, même s'il y a un peu de ça. Une occurrence assez ancienne (1963) de l'expression en tant que telle (et non dans des phrases telles que "The article is also to be found in translation in XXX...") apparaît sous la plume d'un certain David Ossman, auteur, réalisateur et comédien américain :



    Ça avait l'air intéressant, mais on n'en saura pas plus, le bouquin n'étant pas consultable en intégralité. Seulement voilà, comme sa cousine "lost in translation", "found in translation" est employée pour parler de tout et n'importe quoi. Sur Gougueule, plus de 400 000 résultats. Et là encore, un peu de tout.



    Bref. Résumons-nous, vous voulez bien ?

    Le principe général

    Si vous écrivez un papier, si vous publiez un livre, etc. sur l'étranger, l'incommunicabilité, les langues, la traduction, que sais-je dans ce genre-là, ne l'intitulez pas "Lost in translation". Ni "Found in translation". Ce n'est pas original, c'est éculé comme c'est pas possible, et en plus, vous serez noyé dans la masse grandissante des publications qui portent ce titre. Et puis vous galvauderez tout à la fois une jolie citation de poète, un joli poème et un joli film, nan mais.

    Le principe, version groupie

    Si vous écrivez un papier sur n'importe quel sujet et que vous avez envie de caser à tout prix dans le titre "Lost in translation" parce que vous êtes trooooop fan de Sofia Coppola (et de Bill Murraaaaayyy !)(je sais)(moi aussi je l'aime, Bill) et que vous trouvez ce film trooooop cool, retenez-vous, s'il vous plaît. Manifestement, vous ne savez pas utiliser cette expression et ça risque fort d'être ridicule (en plus d'être éculé)(et peu original)(et de galvauder tout à la fois etc. etc.).

    Le principe, version prestataire de services linguistiques

    Si vous avez envie d'intituler votre site, votre entreprise, une page de votre site, etc. "Lost in translation" ou "Found in translation", voire "(not) Lost in translation" (hahaha), abstenez-vous, par pitié. Vous êtes environ 14 milliards à avoir eu la même idée.

    La question subsidiaire

    « Oui, mais si j'écris sur Lost in Translation de Sofia Coppola, Lost in Translation de James Merrill, Robert Frost ou la notion d'intraduisible ? »

    Là d'accord. Mais un peu d'originalité ne vous ferait pas de mal, que diantre. Allez, faites-moi plaisir.




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    ImpÉcr #27
    The Human Factor


    Ce mois-ci, un tout petit sous-titre qui parle de traduction, tiré de The Human Factor, ultime film d'Otto Preminger (inspiré d'un roman de Graham Greene, comme tant d'excellents films, d'ailleurs).



    Et si vous vous demandez ce que vaut la traduction de Louise et Aylmer Maude (car oui, Louise était aussi dans le coup), publiée dans les années 1920, voici un petit billet qui aborde les mérites respectifs de quatre traductions en anglais de Guerre et paix.




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