L’Écran traduit, le retour



On ne dira jamais assez combien c'est passionnant, de participer à une revue. Et plus encore à une revue sur la traduction. Et plus plus encore à une revue sur la traduction/adaptation audiovisuelle. Car oui, L’Écran traduit, cette formidable revue consacrée à la traduction/adaptation audiovisuelle sous toutes ses formes (remember?), revient en ce printemps 2014, et je la présente une fois de plus en toute objectivité.

C'est passionnant, disais-je, d'abord parce que c'est encore une autre façon de se pencher sur les spécificités de nos métiers. Mais aussi parce que cette intersection qu'explore la revue entre, d'une part, le discours sur la traduction et, d'autre part, celui sur les images et le cinéma, est d'une richesse extrême, insoupçonnée.

Ne me croyez surtout pas sur parole, allez voir un peu ce sommaire : ça parle de Georges Sadoul, de l'Othello d'Orson Welles, des débuts des confrères adaptateurs et de la création du master spécialisé de Lille dans les années 1980, des sous-titres de Poto and Cabengo, de certains doublages bizarroïdes qui font florès à la télévision italienne et de la possibilité d'une critique des traductions audiovisuelles (voui, ce dernier papier est de votre blogueuse dévouée et rougissante).

Comme pour les précédents numéros, c'est un chouette travail d'équipe qui a permis à cette merveille de voir le jour (merci, merci, merci !). Et comme pour les précédents numéros, j'ai très envie d'aller dormir maintenant qu'il est en ligne.

Tout ça ne vous parle pas trop ? Soyez curieux, allez y faire un tour ! Tout ça vous parle ? Tant mieux, plongez !

(Si vous me cherchez, vous savez où me trouver.)





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101


Enfin, enfin, mon planning se calme un peu et j'ai le temps d'écrire quelques lignes sur 101 Things a Translator Needs to Know, cet ouvrage collectif arrivé dans ma boîte aux lettres (très aimablement envoyé par Chris Durban) par une belle journée d'avril alors que je revenais d'un déjeuner en terrasse avec une consœur pas vue depuis un moment : il y a des jours, comme ça, où on a envie de chantonner "Perfect Day" en bouquinant au soleil. C'est ce que j'ai fait. Enfin, sur mon canapé. Et en chantonnant dans ma tête (j'ai pitié pour mes voisins).

Alors, de quoi s'agit-il ? Tout le monde en parle Toute la blogosphère en parle Tous les traducteurs en parlent Les traducteurs de ma timeline Twitter ainsi que pas mal de blogs de confrères en parlent depuis quelques semaines déjà, donc ne nous attardons pas sur les généralités : ce petit ouvrage est signé par un groupe de professionnels de la traduction cumulant à eux tous "plus de 500 ans d'expérience" (dixit la présentation en quatrième de couverture), parmi lesquels on retrouve Chris Durban qu'on ne présente plus, Steve Dyson, Nick Rosenthal ou Ros Schwarz - en somme, que du beau monde.

Quant à la forme, tout est dans le titre : "101 things", 101 courts articles (un ou deux paragraphes généralement) qui sont autant de petites pépites, de conseils avisés, de grands principes ou de réflexions de bon sens concernant notre métier. Thèmes abordés ? Un peu de tout : le quotidien du traducteur, ses débuts, ses compétences, sa prospection, sa clientèle, sa pratique de la traduction proprement dite, le champ est très large. La force de ces petits chapitres réside dans leur concision : pas de fioritures, pas de superflu, pas de gras, efficacité maximale. Du point de vue de la logorrhéique qui vous parle, c'est assez étourdissant : combien de séances de travail (collectives, qui plus est !) pour parvenir à cette prose taillée au cordeau ? L'ensemble n'a pourtant rien d'austère : lire un anglais précis et riche à la fois fait toujours plaisir et puis si vraiment, vraiment on a envie d'un peu de distraction, il y a aussi des illustrations. Faisons une courte pause ici : quand je dis "des illustrations", je veux dire, oui, 101 illustrations. 101 illustrations sur la traduction, un des métiers peut-être les plus difficiles à illustrer (j'ai un billet en gestation sur le sujet depuis des lustres). Elles sont signées Catherine A. Hiley, dont le site présente plein de jolies choses, allez voir !

101 Things a Translator Needs to Know, c'est aussi (surtout, dirais-je)(mais pas que quand même) "Professional Translation 101" (oui, elle est facile), en somme le B.-A.-BA. Mais pas un B.-A.-BA bébête, plutôt de bonnes bases solides pour partir du bon pied dans une carrière de traducteur. On appréciera à ce titre les rappels sur la fiabilité des dictionnaires, les cas où il est possible voire indispensable de dire "non", le recours à la traduction automatique (et à l'aspirateur de textes potentiellement confidentiels qu'est Google Translate), l'évolution des technologies, les agences de traduction douteuses, la tarification, les différence de règles et d'usages en matière de ponctuation d'une langue à l'autre, la recherche de musicalité dans le texte cible, sans oublier l'importance d'une prospection ciblée et professionnelle.

Du côté des bonnes idées pour professionnels en exercice, j'ai bien aimé les passages concernant la spécialisation en traduction, le dialogue avec le client permettant de définir ses besoins réels, l'accent mis sur la valeur ajoutée (sonnante et trébuchante) d'une bonne traduction, la réflexion sur le non-dit dans les documents à traduire et les petits détails qui font qu'une traduction sera parfaitement adaptée à son usage (voire meilleure que le texte original, comme on le constate souvent). Une phrase du chapitre 66 rappelle que le traducteur est un "arbiter of the movement of languages accross boundaries", jolie formule qui synthétise assez bien me semble-t-il l'esprit général de l'ouvrage : ami traducteur, quelles que soient ton expérience et ta bouteille, le professionnel, c'est toi. Tires-en toutes les conséquences en matière de déontologie, de compétences, de prospection, de relations-clients, d'utilisation des outils à ta disposition, de responsabilité, etc.

Par ailleurs, bien vu pour le mini-chapitre consacré au sous-titrage, que je reproduis ici car son titre et son illustration sont déjà une ode à notre métier. Il rappelle s'il le fallait (et manifestement, oui, il le faut) que le sous-titrage est une spécialisation à part entière qui ne s'improvise pas :



Au passage, si Jan Ivarsson ne fait pas partie des joyeux contributeurs recensés à la fin de 101 Things, le titre de ce chapitre rappelle l'accroche fort bien trouvée de son site (et la couverture de son ouvrage Subtitling - A Handbook of an Art, lis-je ailleurs, mais je ne l'ai jamais eu entre les mains) :



Mais je m'égare. Parlons peu, parlons bien. 101 Things a Translator Needs to Know, publié par le WLF Think Tank, "compiled and edited by Ian Hinchliffe, Terry Oliver and Ros Schwarz", est disponible chez lulu.com. Pour lire quelques extraits, c'est par là. On trouvera un autre avis assez développé sur cet ouvrage chez JALTranslation. Bonne lecture, bonnes traductions !


Publicité éhontée : Vous avez vu ? Le top 100 des blogs de professionnels des langues remet ses compteurs à zéro. Allez y jeter un coup d’œil, il y a plein de gens sympathiques dans la liste, notamment Bahan et le blog de l'ATAA ! Et on peut voter aussi pour les pages Facebook et les comptes Twitter consacrés à la traduction. Zou !


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Mais qu'est-ce que tu fais de tes week-ends ?


Depuis quelques mois, on me pose souvent une question qui ressemble à peu près à : "Alors Les Piles, tu as retrouvé ton rythme d'avant ton fol égarement dans l'Eurocratie ?" Puisque j'en ai marre de répondre : "Euh, ben oui en fait." et que j'apprécie les efforts déployés par mes congénères pour engager la conversation, j'essaie d'ajouter quelque chose. J'explique par exemple que je me suis posé quelques conditions pour reprendre la traduction en free-lance, la principale à mes yeux étant que je m'interdis de travailler plus d'un week-end par mois.

Pourquoi ? Parce que mon fol égarement dans l'Eurocratie m'a tout de même aidée à recadrer un peu mes horaires de travail et m'a permis de constater qu'on se portait beaucoup mieux quand le boulot le week-end était l'exception et non la règle. C'est con, hein ? J'ai un peu l'impression d'inventer l'eau chaude, mais étant passée sans transition il y a dix ans de l'état d'étudiante à l'état de travailleuse indépendante dans un secteur où la disponibilité est un atout, je ne m'étais jamais vraiment posé la question : je faisais mes plannings sur sept jours, samedi et dimanche étaient des jours comme les autres. Et au final, avec ma propension à diluer mes heures de boulot et mon besoin frénétique de disperser mon attention pour me concentrer (cherchez pas, c'est comme ça depuis toujours), je finissais par être grosso modo sept jours sur sept collée à mon ordinateur, même si je ne travaillais pas réellement sept jours pleins par semaine.

À divers moments quand j'étais à l'Organisation (et surtout dans les derniers mois), il m'est arrivé de devoir travailler le week-end. Ça m'a gavée à un point inimaginable. Je m'en suis voulu d'avoir occasionnellement traînassé pendant la semaine, j'en ai voulu aux gens qui m'avaient collé trop de boulot sur le dos, je m'en suis re-voulu de n'avoir pas osé faire remarquer que j'étais déjà surchargée, j'en ai re-voulu aux intéressés de n'avoir pas spontanément prêté attention à la charge de travail qui pesait déjà sur mes frêles épaules, et puis j'en ai voulu aux responsables de la politique de recrutement de l'Organisation qui laissent partir plein de traducteurs en contrat temporaire sans les remplacer et sans songer que moins de traducteurs, ça veut dire plus de boulot pour ceux qui restent (look who's talking). Que de rancœur, que de rancœur, mes amis.

Bref. En revenant à la vie de free-lance, j'ai ruminé tout ça et j'ai décidé d'avoir désormais des week-ends rien que pour moi (ou pour d'autres trucs que la traduction, en tout cas), sauf situations exceptionnelles : nouveau client, planning réellement incompressible chez mon client si la traduction est vraiment intéressante, chômage technique de quelques jours (ouvrés) suivi d'un afflux de commandes, etc. Pour l'instant, j'ai fait le compte : quatre week-ends travaillés pour cinq mois de reprise, je suis dans les clous. Aucun week-end entièrement travaillé, par ailleurs, et il s'agissait à chaque fois de cas dûment justifiés par moi-même à moi-même (J'AI LES AUTORISATIONS TAMPONNÉES ET SIGNÉES) (NON JE NE SUIS PAS FOLLE).

Si je vous raconte tout ça, c'est parce que j'observe non sans curiosité des réactions variées face à l'annonce de ce grand changement (grand pour moi, en tout cas), tant chez les clients que chez les confrères.

Côté confrères, j'ai eu de tout : la réaction blasée des traducteurs qui, eux, ont toujours sanctuarisé leurs week-ends nanmaispikoiencore ; la réaction fatiguée des traducteurs-parents qui savent que s'ils n'ont pas terminé vendredi à 17h30 la traduction à rendre le lundi, ils sont dans la panade ; la réaction surprise des traducteurs pour qui le week-end n'a pas vraiment d'existence, le boulot arrive quand il arrive ; la réaction désapprobatrice des traducteurs qui jugent qu'on loupe des commandes trop de la balle quand on se fixe des jours de congé trop rigides ; la réaction curieuse des traducteurs débordés qui aimeraient bien se poser mais n'y arrivent pas ; la réaction attristée des traducteurs hyper-bons gestionnaires de leur temps qui s'arrêtent quand ils le décident parce que dans "free-lance" il y a "free" et peu importe que ça tombe samedi, dimanche ou jeudi.

Cliente X, qui a le chic pour m'appeler le vendredi à 16h et me proposer "un petit sous-titrage de 10 minutes pour lundi" (à un tarif très bof, dois-je ajouter), a fini par me dire, après plusieurs refus successifs polis mais fermes de ma part : "En fait, tu ne prends pas beaucoup d'urgences, Les Piles ?". Je ne sais pas pourquoi, j'ai senti pointer un très, très léger reproche dans cette question-constatation. Donc j'ai expliqué : les urgences, pourquoi pas, mais en semaine (et puis un tarif très bof ne donne pas envie de passer son dimanche devant son logiciel de sous-titrage, ai-je ajouté en toute subtilité, tout en sachant pertinemment que ce genre d'argument n'a à peu près aucune prise dans l'audiovisuel). Cliente X a paru surprise. On a retravaillé ensemble depuis, donc a priori mon "manque de flexibilité" (ça doit être comme ça que c'est perçu en novlangue) ne m'a pas complètement grillée, mais j'ai bien senti le sous-entendu du "Ah ouais ?" qu'elle a laissé échapper : "Mais qu'est-ce que tu fais de tes week-ends, Les Piles ? Et pourquoi diantre as-tu besoin de week-ends ?"

Je les aime bien, ces nouveaux week-ends. Vraiment, vraiment bien. Je ne saurais pas dire "ce que j'en fais" d'une manière générale, parce que c'est très variable - ça va de la glandouille intégrale à la pose d'un nouveau linoléum dans la salle de bain, en passant par les bricoles pour l'Ataa, le cycle Mankiewicz au cinéma d'art et d'essai du coin ou la nuit blanche passée à papoter avec Copine B. qui plombe un peu mes velléités d'action le dimanche. Et en fait, c'est très bien comme ça. Ma seule crainte est de me laisser happer à nouveau par ce rythme de vie un peu absurde, celui d'avant. Mais on y croit, hein ?


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Moi, je soigne ma positive attitude #2




(Rappel du principe et logo guilleret).

Je ne sais pas vous, mais j'ai un peu de mal à trouver le temps de blogouner, ces temps-ci. Du coup, je me console comme je peux avec ces quelques bribes de positive attitude traductionnelle croisées récemment.




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Une remarque rassérénante chez In Food We Trust, concernant un film que je n'ai pas vu.




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Dans la saison 6 de The Big Bang Theory (épisode 10, "The Fish Guts Displacement"), Sheldon Cooper raconte qu'il compte faire quelques blagues lors d'une messe commémorative à laquelle il doit se rendre. Son colocataire est perplexe :



Sheldon réplique :



Bon, c'est moins drôle en français qu'en anglais, d'accord. Mais l'effort est louable, non ? Et puis c'est tellement compliqué à traduire, ces "put the laughter in slaughter", "put the man in manicure" et autres "put the hot in psychotic"...

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Une bribe énigmatique et lapidaire repérée à la volée sur un groupe Facebook, que je garde sous le coude dans la catégorie "ça peut resservir dans du blabla marketing" :




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Et puis un sous-titre clin d'oeil (ou peut-être pas, hein, je ne sais pas trop) croisé dans Paul, une comédie de science-fiction de Greg Mottola écrite par les très bons Simon Pegg et Nick Frost. Les deux lascars (qui interprètent aussi les rôles principaux) recueillent un extraterrestre en goguette qui se cache des autorités américaines. Alors qu'ils installent pour la nuit leur caravane sur un terrain privé prévu à cet effet, la fille du propriétaire remarque de loin qu'ils sont trois, et non deux, comme elle le pensait initialement. Elle leur demande donc quelque chose comme "Where's the other one?", sous-titré comme suit :



... ce qui est quand même chou pour une histoire d'extraterrestre qui fait d'ailleurs elle-même référence à l'E.T. de Spielberg par la suite. Mais j'ignore si c'est un hommage volontaire de l'auteur des sous-titres (pas signés) ou une heureuse coïncidence... (Pardon au passage pour l'image pas terrible, j'ai eu la flemme de transférer cet enregistrement sur un DVD pour faire une vraie capture d'écran.)



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Intermède langue de bois


Mes petits loupiots,

Je n'ai pas beaucoup de temps pour batifoler dans mes Piles, ces jours-ci. Mais je me suis rendu compte à plusieurs occasions ces derniers temps qu'il y avait plein de gens qui ne connaissaient pas Franck Lepage. Nan ! Si ! Et je trouve ça dommage. Alors je vous copie-colle cette petite vidéo qui, j'espère, vous fera sourire.

(NB : La méthode des concepts opérationnels marche très bien aussi pour rédiger des résolutions et des communiqués de presse à l'Union européenne.)

Les conférences gesticulées de Franck Lepage et de ses acolytes sont à retrouver par là...


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