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... de la traduction/adaptation audiovisuelle (ou en tout cas de ce que j'en connais surtout : sous-titrage et voice-over), agrémenté d'exemples qui permettront aux profanes d'utiliser ces termes, locutions et sigles divers dans les salons mondains comme s'ils les connaissaient. Bonne lecture !

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22 minutes, 26 minutes, 43 minutes, 52 minutes, 90 minutes... : formats standard de programmes audiovisuels.
=> "Je traduis un 43 minutes pour Arte."
On peut décliner ça à l'infini, même avec les formats moins standard.
=> "J'ai une trad à te proposer, un 86 minutes sur les lombrics. Tu prends ?."

35 : sous-entendu "35 millimètres", en référence à la largeur standard d'une pellicule. Film destiné à une sortie cinéma (et Saint Graal pour une bonne partie de la profession).
=>
"- Je sous-titre mon premier 35.
- Ouah, la classe."


Ataa : Association des traducteurs/adaptateurs de l'audiovisuel. Association modeste et géniale.
=> "T'es pas encore adhérent de l'Ataa ?"

Bavard (ou pas) : caractéristique d'un programme audiovisuel à traduire. Utile à connaître avant d'accepter une commande.
=> "C'est un 90 minutes, mais je te rassure, c'est pas trop bavard."

Cartons, synthés : inscriptions incrustées dans l'image indiquant par exemple le nom et la profession d’une personne interviewée. On étend l'appellation aux inscriptions figurant sur les cartes et les schémas créés spécialement pour le programme, ou encore aux titres des éventuels "chapitres" d’un film ou d'un documentaire, aux citations apparaissant en incrustation à l'écran, etc. (pour une distinction subtile entre cartons et synthés, voir le commentaire de Laurence, ici). Pénibles à traduire quand il y en a beaucoup.

Ceefax : voir Télétexte.

Changement de plan : dans un programme, passage d'un plan à un autre (exemple : gros plan sur les mâchoires d'une murène commune (Muraena helena), premier changement de plan pour passer à l'image de la main du plongeur sous-marin également en gros plan, puis deuxième changement de plan pour filmer en plan moyen la murène déchiquetant la main du plongeur). Signal, pour le repéreur (ou l’auteur des sous-titres, dans le cas où ce dernier fait lui-même son repérage), qu'il faut arrêter le sous-titre en cours, en laissant quelques images entre la fin du sous-titre et le changement de plan. En théorie, un sous-titre ne devrait jamais chevaucher un changement de plan (j'ai dit "en théorie" – dans les faits, c’est parfois difficilement évitable, même si ça brise le petit cœur du traducteur consciencieux).
=> "Il est tout pourri, le repérage ! Aucun changement de plan n'est respecté !" (traducteur outré devant un DVD sous-titré par SDI)

DA : droit(s) d'auteur. Au pluriel, ce qui fait vivre le traducteur/adaptateur de l'audiovisuel. Au singulier, ce qui reconnaît à l’auteur la paternité de sa traduction et garantit (en théorie) le respect de l’intégrité de celle-ci. Concept en péril.

DA : aussi "directeur artistique" (on dit également directeur de plateau). La personne qui supervise un enregistrement de voice-over ou de doublage.
=> "Le DA a massacré ma trad."

Diff, rediff : diffusion (d'un programme audiovisuel à la télévision), rediffusion (...).
=>
"Date de diff".
"C'est une traduction hyper-urgente, un programme en diff dans une semaine."
"La rediff de mon docu sur les cachalots est annulée, je suis dégoûtée."


Feuillet : sous-entendu, "feuillet de 1 500 signes, espaces comprises, comptabilisés informatiquement", c’est-à-dire "tranche" de 1 500 signes. Unité fréquente de facturation des traductions audiovisuelles (voice-over), une variante étant le feuillet de 250 mots (qui est à peu près équivalent). Attention, le feuillet de 1 500 signes en traduction audiovisuelle n’est pas le même feuillet de 1 500 signes qu’en traduction littéraire : le feuillet de traduction littéraire, traditionnellement, est un feuillet type de 25 lignes de 60 signes. Quelle différence, me direz-vous ? Eh bien c’est une page complète, pas un nombre de caractères : toute ligne blanche ou fin de page vide entre dans le calcul du nombre de feuillets. En audiovisuel, le comptage informatique s’est subrepticement substitué à ce mode de calcul plus avantageux, hérité de l’édition.
=> "Un tarif de 30 euros le feuillet de 1 500 signes, espaces comprises."

Générique : le truc qui reste à traduire quand on pense avoir terminé. Contient en général un production executive, un producer, un executive producer, un associate producer, un senior producer, un executive in charge of production, un series producer, un co-executive producer, un supervising producer et un lead associate producer, dont on a toujours un peu de mal à démêler les fonctions exactes.

Incrust : incrustation. Opération technique permettant d'intégrer des sous-titres aux images d'une fiction ou d'un documentaire. Devenue inutile pour les DVD, en voie de disparition à la télévision.
=>
"- Je prévois un délai supplémentaire pour l'incrust ?
- Naaaan, pas la peine, c'est de la VM."


Labo : laboratoire. Prestataire de postproduction jouant le plus souvent les intermédiaires entre traducteur et client final. Sorte "d'agence de traduction" de l'audiovisuel, en somme (le fonctionnement, en mode "requin", est le même du point de vue des traducteurs), sauf qu'il fait des prestations techniques en plus.
=>
"- C'est un labo super sympa, qui paie bien et augmente ses traducteurs spontanément chaque année.
- Tu plaisantes ?
- Oui."


Langue cible, langue source : la langue source est la langue d'origine du programme à traduire, la langue cible est la langue vers laquelle on traduit le programme.

Lisibilité : exprimée en caractères par seconde, déterminée selon ce qu'on estime être la vitesse de lecture maximale du téléspectateur. Une lisibilité de 14 caractères par seconde, par exemple, signifie que dans un sous-titre de 2 secondes, on a le droit de caser au maximum 28 caractères, en comptant les espaces. On a un peu de marge, mais au-delà, le spectateur risque d'avoir du mal à suivre. La lisibilité se situe souvent entre une douzaine et une quinzaine de caractères par seconde, en France.
=> "Ils sont illisibles, ces sous-titres ! On est au moins à 25 caractères par seconde, là !" (traducteur de plus en plus outré regardant toujours le même DVD sous-titré par SDI)

NDA, note de DA : note de droits d'auteur. Document qui permet aux auteurs (de traductions, notamment) de se faire payer.
=> "Comment ça, vous n'avez n'as pas reçu ma NDA d'il y a trois mois !?"

Nombre de caractères par ligne : nombre de caractères que le traducteur a le droit de caser dans une ligne de sous-titre (variant le plus souvent entre une grosse trentaine et une quarantaine) ; paramètre indispensable à connaître avant d’entamer un sous-titrage, fixé par le diffuseur des sous-titres.
=> "Pour Arte, c'est combien de caractères par ligne, déjà ?"

Open : format de sous-titrage qui, contrairement au télétexte, permet l'utilisation de tous les caractères spéciaux et majuscules accentuées qu'on veut et ne s'affiche pas sur un fond noir tout moche. Typiquement, désigne les sous-titres de DVD ou les sous-titres télé incrustés dans l'image.
=>
"- C'est du sous-titrage télétexte ou open ?
- Open.
- Cool, je ne vais pas être obligée de remplacer tous mes "Ça" par des "Cela".


PAD : prêt à diffuser. Sorte de grosse cassette (ne m'en demandez pas plus, je suis nulle en technique) livrée par un prestataire de postproduction à une chaîne de télévision, afin que celle-ci n'ait plus qu'à lancer ladite grosse cassette pour diffuser la version française (sous-titrée ou doublée) d'un programme. Pour des précisions un chouia plus sérieuses, voir ici.
=> "La diff est le 12. Donc livraison du PAD pour validation le 9. Ça nous fait une incrust le 8. Et une simu le 7."

Pour hier : date de rendu habituelle des traductions audiovisuelles.
=>
"- Et c'est pour quand, cette trad ?
- Pour hier, comme d'hab."


Programme : terme désignant à peu près tout ce qui peut faire l'objet d'une traduction/adaptation audiovisuelle (documentaire, série, fiction, dessin animé, etc.).
=> "Traduire un programme, relire un programme, réécrire un programme, simuler un programme, en avoir marre d’un programme, guetter la diffusion d'un programme..."

Relevé : voir script.

Repérage : en sous-titrage, opération consistant à saisir dans un logiciel le point d'apparition et le point de disparition de chaque sous-titre, en fonction du montage du film ou du documentaire et du débit de parole des acteurs ou des intervenants. Désigne aussi le résultat de cette opération (fichier de sous-titrage ou export texte dans lequel l’auteur des sous-titres pourra taper son texte).
=> "Tu m'envoies le repérage de La Rivière sans retour ?"

Sacem : Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique. Société de perception et de répartition des droits (SPRD) reversant quand elle le veut bien des droits aux auteurs de traductions audiovisuelles de fictions (sous-titrage et doublage) lorsque celles-ci sont diffusées à la télévision, éditées en DVD ou distribuées en salles.
=> "La Sacem traite de tout ce qui concerne la déclaration, la protection et la gestion d'oeuvre musicale." (extrait du site de la Sacem) (cherchez l'erreur)

Scam : Société civile des auteurs multimédia. Société de perception et de répartition des droits (SPRD) sympa reversant des droits aux auteurs de traductions audiovisuelles de documentaires lorsque celles-ci sont diffusées à la télévision.
=> "Créée par des auteurs pour défendre leurs droits, la Scam rassemble réalisateurs, auteurs d'entretiens et de commentaires, écrivains, traducteurs, journalistes, vidéastes, photographes et dessinateurs." (extrait du site de la Scam)

Script : nom abusivement donné au relevé du texte de la version originale d'un programme à traduire (on dit aussi "relevé", donc). Peut faire gagner du temps quand il est complet et bien fait, en fait perdre dans le cas contraire (c'est-à-dire en général quand il est effectué par quelqu'un dont la langue maternelle n'est pas la langue du programme). Règle d’or : ne jamais se fier au script, toujours à son oreille.
=> "Je me demande à quoi ça sert d'avoir un script qui transforme "You were wrong about him" en "You were right about them"..." (interrogation récente de votre blogueuse dévouée)

Simu, simulation, simuler, simulateur/trice : la simu en sous-titrage est le pendant de la relecture dans d'autres domaines de la traduction. Normalement, le traducteur simule ses sous-titres en compagnie soit 1. d'un autre traducteur ; 2. de son client ; 3. d'un technicien ; 4. d'un mélange de tout ça. C'est l'occasion de relire et corriger les sous-titres, au besoin, et de permettre à un "oeil extérieur" (si possible compétent) d'améliorer encore le travail du traducteur. Voir ici pour de plus amples explications.
=> "Simuler du S&M est une activité tout à fait honorable."

SM, S&M : sourds et malentendants (sous-entendu "sous-titrage à destination des sourds et malentendants"). On dit aussi VSM (V pour version), à ne pas confondre avec VM.

Snac : Syndicat national des auteurs et des compositeurs (dont dépendent les auteurs de sous-titrage, doublage et voice-over constitués en groupement au sein du syndicat).
=> "Le Snac, c'est groovy."
"Tu vas à la prochaine réunion de groupement au Snac ?"


Synthés : voir "cartons".

TC : timecode. Compteur des heures/minutes/secondes/images (00:00:00:00) figurant sur une bande vidéo. Indispensable pour s'y retrouver quand on parle d'un passage donné.
=>
"- Elle est où, la phrase dont tu me parles ?
- À 10:22:16:21.
- Aaaaah, OK."

Indispensable aussi pour effectuer un repérage précis, en sous-titrage.
=>
"- Le sous-titre, je le fais commencer à 10:22:16:21, ou à 10:22:16:22 ?
- 10:22:16:22, c'est mieux.
- Ouais, c'est ce que je me disais, aussi."


Télétexte : format de diffusion des sous-titres SM et VM. Vous savez, ce sont ces caractères sur fond noir tout moches. La norme utilisée pour le sous-titrage télétexte porte le doux nom de Ceefax. Elle empêche l'utilisation de certains caractères (majuscules accentuées, Ç, etc.), ce qui est parfois bien pénible.
=>"Le télétexte, c'est quand même la mort esthétique du sous-titre !" (V., traductrice chevronnée et esthète)

VM : version multilingue. Option permettant au téléspectateur de choisir entre doublage et sous-titrage quand il regarde un film ou une série. Et objet de crêpages de chignon et de crise de nerfs répétés pour les auteurs.

Voice, voice-over (et ses dérivés douteux : voicer, voice-overiser) : désolant anglicisme au genre incertain (le ? la ?) désignant la traduction des interviews des différents intervenants qui sont amenés à émettre un point de vue, un avis d’expert ou un témoignage au cours d'un documentaire (ou les acteurs d'une fiction, mais uniquement à la télévision russe - ayant vu L'Arme fatale 3 sous cette forme à St Petersbourg en 97, je peux témoigner du traumatisme subi par les malheureux téléspectateurs). Dans la version française, les voice-over donnent l’effet d’une interprétation simultanée, c'est-à-dire que la voix d’un comédien de langue française vient se superposer à celle de l’intervenant d’origine (d'où le côté "over").
=>
"- Ils veulent des sous-titres ou de la voice, pour ce passage ?
- Te casse pas la tête, tu voices tout."


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